Etre sage face à l’insensé

Regarder le culte ici.

La façon dont Jésus communique est percutante, car il est plein de sagesse – malgré sa trentaine d’années – une sagesse qui ne ressemble pas à celle des autres, et qui pointe directement vers Dieu. C’est une des raisons qui attirent tant de monde à lui, à son époque comme aujourd’hui, et jusqu’à aujourd’hui, bien des non-chrétiens reconnaissent la profondeur et l’intérêt des paroles de Jésus, même sans en accepter toute la portée.

Cette sagesse, nous sommes nous aussi invités à la vivre, en particulier dans nos échanges avec les autres et dans nos relations. Dans l’Ancien Testament, le livre des Proverbes juifs regroupe ainsi une flopée de proverbes à déguster goutte à goutte, pour laisser la sagesse de Dieu nous inspirer. Même s’il y a une couleur locale indéniable (les proverbes en question sont écrits environ 900 av. J-C., au Proche Orient – et c’est parfois très savoureux, imagé et plein d’humour), ces proverbes touchent en fait à des principes universels qu’on retrouve dans notre quotidien : le rapport au travail, à l’argent, au pouvoir, l’éducation, la justice sociale, et, très souvent, notre façon de communiquer, de parler, d’être en relation.

Parmi ces proverbes sur la relation et la façon de s’exprimer, j’en ai choisi un un peu énigmatique car il paraît se contredire : comme tout proverbe, ces courtes phrases sont là pour piquer la réflexion et inviter à grandir en sagesse.

Lecture biblique : Proverbes 26.4-5

4 Ne réponds pas à l’insensé selon sa folie
de peur que tu ne lui ressembles toi aussi.

5 Réponds à l’insensé selon sa folie
de peur qu’il ne s’imagine être sage.

Alors, il faut répondre ou pas ? Avant de voir quel conseil nous donne vraiment le proverbe, il faut quand même définir qui est l’insensé à qui répondre (ou pas).

Qui est l’insensé ?

Si vous lisez le livre des Proverbes, vous verrez qu’on trouve régulièrement des oppositions binaires : le riche/ le pauvre ; le paresseux/ le travailleur ; l’honnête/ le menteur ; le lâche/ le courageux etc. et le binôme le plus fréquent, parce qu’il est le plus global, c’est le sage versus l’insensé.

L’insensé, littéralement, c’est celui qui manque de bon sens, le sot, le stupide – et là, on ne parle pas de potentiel intellectuel, mais de sagesse pratique, de savoir-être, de mode de vie, de comportement. Tout le monde peut se tromper ! Mais l’insensé se retrouve régulièrement dans des difficultés qu’il aurait pu éviter, soit en prenant le temps de réfléchir aux conséquences de ses actes, soit en tirant des leçons de ses erreurs passés. La cigale qui chante tout l’été et se lamente de n’avoir rien dans ses greniers l’hiver ; celui qui part en randonnée sur un coup de tête, sans carte et sans eau ; celle qui ne fait que râler et se demande pourquoi personne ne vient lui parler ; celui à qui il arrive toujours des problèmes, mais quand on voit son comportement, c’est évident que ça ne pouvait pas marcher… L’insensé est plus que celui ou celle qui fait des erreurs de temps en temps : c’est la personne chez qui l’erreur se répète et s’installe. Il y a évidemment différentes formes et différents degrés d’avancement dans l’errance.

Donc voici l’insensé, qui s’oppose au sage. Or, le sage, dans l’Ancien Testament, ce n’est pas un vieux barbu qui a roulé sa bosse sur la Terre entière, ce n’est pas une scientifique qui reçoit le Prix Nobel, comme une expertise, en arts martiaux la ceinture noire 8e dan, le plus haut des niveaux. Le sage, c’est celui qui cherche la sagesse de Dieu et qui se met à son écoute. Donc l’insensé, c’est celui qui se ferme à la sagesse de Dieu, qu’il soit hors du peuple ou dans le peuple : les proverbes juifs sont écrits pour des Juifs !

On peut donc être croyant, chrétien, et en même temps borné, obtus, arrogant, campé sur ses positions sans aucune remise en question – vis-à-vis des autres et parfois vis-à-vis de Dieu. Encore une fois, cela nous arrive à tous, mais l’insensé, quel que soit son degré de foi, c’est celui qui s’enferme dans un certain schéma. Un exemple : ça vous arrive de traîner pour faire quelque chose, mais vous n’êtes pas tous paresseux !

Donc pour terminer sur l’insensé : il peut être croyant ou pas, plus ou moins insensé, et j’ajouterais qu’on peut aussi être insensé dans certains domaines, sur certains sujets où, pour x ou y raison, on est enfermé dans un schéma de pensée stérile voire destructeur. Evidemment, ça veut dire que vous et moi pouvons être insensés quand on touche à certaines cordes – et c’est bien pour cela que nous avons tous besoin de la sagesse de Dieu dans tous les domaines !

Ne réponds pas… réponds… ou l’art de répondre sans imiter

Alors comment réagir avec sagesse face à l’insensé ? Parmi tous les conseils que le livre des Proverbes donne (notamment le fait de ne pas trop écouter l’insensé), celui-ci nous interpelle à cause de sa forme paradoxale : ne réponds pas mais réponds. Réponds mais sans répondre. A vrai dire, le proverbe ne donne pas de contenu bien précis à son conseil, il pointe plutôt deux écueils, deux fossés qui encadrent le chemin de la sagesse.

La situation initiale, c’est que l’insensé nous a parlé, ou nous a communiqué quelque chose : par écrit, par mail, dans son attitude,… Je vais me concentrer sur la parole, mais évidemment, ça peut s’appliquer plus largement à la dynamique de relation en général. Ce qui vous dit que vous avez affaire à un insensé, c’est cette impression que vous n’arriverez à rien, que vous ne pouvez pas discuter.

1er fossé : entrer dans la surenchère. Partir comme une fusée dans la direction de l’insensé et finalement l’imiter dans notre façon de faire, comme dans la cour d’école « c’est celui qui dit qui est ! ». Chez les adultes ( !), c’est répondre à des préjugés par des préjugés, à des arguments sans preuves par des arguments sans preuve, à du chantage par du chantage, à un ton qui monte par… un ton qui monte ! C’est rester au même niveau que l’insensé et faire soi-même ce qu’on lui reproche ! En général, parce qu’on se laisse entraîner par nos émotions ou notre conviction… L’exigence de la sagesse, c’est de ne pas répondre au mal par le mal, ni à la bêtise par la bêtise.

2e fossé, inverse : se taire. Laisser faire. Attendre que ça passe en faisant le dos rond. C’est une sorte de fuite. Mais du coup, on laisse l’insensé penser qu’il a remporté l’argument, qu’il a raison.

En soi, est-ce bien grave ? Cela dépend bien sûr des enjeux ! Si c’est pour une marque de biscotte, peut-être qu’on peut laisser couler… Mais il y a des cas graves, pour l’insensé lui-même si rien ne s’oppose à ce qu’il continue de penser ou d’agir ainsi. Du coup, ça peut être grave pour l’entourage, qui va continuer de subir.

Dans ces deux écueils, on retrouve deux tendances qui nous marquent plus ou moins dans la relation : certains, très attachés à la vérité, répondront à l’insensé, sans parfois veiller à la forme et pour de nobles raisons tomberont dans le premier écueil. D’autres, attachés à la paix dans la relation, veilleront à ne pas faire plus de vagues qu’il n’y en a, au risque de laisser proliférer la folie de l’insensé. Le sage ne s’exprime pas n’importe comment au nom de son zèle pour la vérité, et il n’accepte pas tout non plus, au nom de l’amour, de la paix ou de la tolérance.

Avant de voir comment répondre avec sagesse, précisons l’objectif : il s’agit de poser en face du discours de l’insensé un discours sage, qui tient la route. Cela ne veut pas forcément dire que l’insensé sera convaincu et qu’il adoptera soudainement votre point de vue étincelant de bon sens… Mais même s’il n’en ressort pas convaincu, il est nécessaire que vous apportiez une parole de vérité, ne serait-ce que comme un petit panneau indicateur sur sa route.

Un exemple : un conducteur de voiture roule à 80 km/h sur une route. Il se fait flasher. S’il n’y avait pas de panneau qui indique une limite à 50 km/h, comment peut-on lui reprocher sa vitesse ? Par contre, s’il a vu les panneaux et n’en a pas tenu compte, c’est sa responsabilité, pas celle des autorités. Pour rester dans cette image, l’insensé roule vers vous à 80 km/h. Si vous ne dites rien, il continuera. Si vous vous exprimez en rappelant la limitation en vigueur, peut-être ralentira-t-il. On ne sait jamais à l’avance si l’attitude de l’autre est passagère, ancrée mais influençable, ou complètement bornée… Dans le doute, il nous faut répondre !

 

L’exemple du Christ, sagesse de Dieu

Répondre sans répondre, sans imiter l’insensé. C’est l’attitude du Christ face aux accusateurs de la femme adultère, c’est son attitude dans bien des rencontres où il ne fuit pas la discussion mais prend l’enjeu sous un autre angle. Mais plus que sa façon de parler, c’est sa mission que l’on peut caractériser ainsi. Face à notre folie (car devant Dieu, nous sommes complètement fous), que fait Dieu ? est-ce qu’il répond du tac au tac ? Est-ce qu’il laisse couler ? Non ! Il répond à notre folie, à notre folle errance, à notre péché qui nous désoriente de l’intérieur. Il ne nous renvoie pas notre péché à la figure, mais il ne laisse pas couler non plus. Sa technique ? Il prend sur lui, et nous montre notre folie sans pour autant nous en faire payer le prix. Le Christ incarne cette sagesse, lui, Dieu fait homme qui vient mourir sur le Croix pour faire triompher la justice sans écraser l’injuste, pour faire triompher la vérité sans écraser l’insensé.

Nous n’avons pas à mourir sur la croix, mais si nous voulons laisser sa justice transformer notre vie, sa sagesse doit nous influencer – pour notre bien et celui de notre entourage : rappelez-vous combien la sagesse du Christ est reconnue !

Et concrètement ?

Alors concrètement, à quoi ça ressemble ? Il faudrait une vie pour répondre ! Cela dépend, évidemment, des situations !

Quelques pistes, cependant, que je m’adresse aussi à moi-même :

  • Courage. Nos attitudes de lâcheté dans la relation sont souvent liées à la crainte des représailles, du conflit, de la fatigue usante de discussions folles, ou de l’inutilité de l’échange. Donc il faut du courage, mais pas une attitude agressive qui au nom du courage écrase l’autre : « ah, moi, je dis les choses ». Courage et maîtrise de soi, tact. Alors certains devront travailler à la maîtrise de soi, tandis que d’autres devront s’entraîner au courage… Et ce sont bien des processus d’apprentissage, avec toutes les erreurs de parcours qui s’imposent, mais qui ne disqualifient pas la nécessité d’apprendre : vous préférez vivre comme un insensé ?
  • J’ai dit que notre réaction devait bien sûr s’adapter aux différentes situations, et pour cela il faut du discernement.
  • A minima, il me semble que la première étape peut être plus ou moins toujours la même, c’est prendre du recul – pas partir ou reculer ! Mais faire un pas de côté intérieur pour changer littéralement de point de vue.
    • Et pour cela, il peut y avoir plusieurs façons de faire, la plus basique étant de respirer. Vous allez me dire que ce n’est pas du tout spirituel, mais je pense que Dieu créateur de notre corps et de notre esprit travaille par les deux ! Prendre une respiration, ne serait-ce que pour laisser passer la première émotion, le premier réflexe, et pouvoir choisir une autre option.
    • Technique n°2 : reformuler… « donc si je comprends bien, tu dis que… » parfois cela suffit à montrer les incohérences. Cela évite en tout cas d’entrer dans un dialogue de sourds.
    • Technique n°3, grand classique de Jésus : poser une question, chercher à en savoir plus, au moins pour comprendre le nœud du problème. Et même si vous ne comprenez pas, au moins vous restez dans la discussion, sans foncer tête baissée.

Ces « techniques » peuvent être utiles, sur le moment, mais à moyen et long terme, la technique ultime, c’est de fréquenter la Bible, de se laisser imprégner par la sagesse de Dieu, de demander à Dieu dans la prière son éclairage – sur nous-mêmes et sur les situations que nous rencontrons. Peu à peu, par son Esprit, il nous façonnera à l’image du Christ, à la sagesse si lumineuse !

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