Elie au mont Carmel: un Dieu sans égal (Elie 2/4)

Pour la prédication, je vous invite à continuer la série commencée dimanche dernier, sur Elie, le prophète de l’AT qui a vécu environ 850 ans avant J.-C. à une époque où le peuple d’Israël glisse dans l’idolâtrie envers différentes divinités, sous l’influence de son roi Achab et de son épouse païenne Jézabel. Au top du panthéon, on trouve la divinité phénicienne Baal, dieu de l’eau, de la fécondité, de la réussite, et la déesse Ashera, sa femme.

Elie se dresse contre l’idolâtrie et annonce à Achab une sécheresse à durée indéterminée pour prouver que Baal est impuissant, et donc inexistant. Dans la troisième année, Dieu annonce à Elie qu’il va mettre fin à cette sécheresse, mais ça ne va pas se faire dans la discrétion car il y a beaucoup trop d’enjeux. Nous allons lire ensemble le récit de cette fin de sécheresse : le texte est assez long, trop percutant pour être coupé, donc je vais commenter au fur et à mesure, et je soulignerai brièvement deux ou trois pistes de réflexion à la fin.

Elie fait venir à lui le roi Achab.

Lecture biblique : 1 R 18.16-46

16 Achab vint à la rencontre d’Élie, 17 et dès qu’il le vit, il lui dit : « Te voilà, toi qui amènes le malheur sur le peuple d’Israël ! » 

Oui, puisque c’est Elie qui a provoqué la situation en annonçant la sécheresse 3 ans plus tôt.

18 Élie répondit : « Ce n’est pas moi qui ai amené le malheur sur Israël ; c’est toi et ta famille, parce que vous avez refusé d’obéir aux commandements du Seigneur et que vous avez adoré les dieux étrangers. 19 Mais maintenant, envoie des messagers. Qu’ils rassemblent tout le peuple d’Israël autour de moi, sur le mont Carmel, avec les 450 prophètes du dieu Baal et les 400 prophètes de la déesse Achéra, qui sont les protégés de la reine Jézabel. »

20 Achab fit convoquer toutes les tribus d’Israël, de même que les prophètes, sur le mont Carmel. Quand ils furent rassemblés, 21 Élie s’avança devant tout le peuple et dit : « Quand cesserez-vous de sautiller tantôt sur un pied, tantôt sur l’autre ? Ou bien c’est le Seigneur qui est Dieu, alors rendez un culte au Seigneur ! Ou bien c’est Baal qui est le vrai Dieu, alors rendez un culte à Baal ! » Mais personne dans le peuple ne répondit.

Le mont Carmel se situe quasiment à la frontière entre Israël et la Phénicie au Nord (Liban actuel). Symboliquement, c’est le lieu idéal pour confronter le peuple à son idolâtrie. Notez que l’idolâtrie, ce n’est pas forcément exclusif (ou bien ceci, ou bien cela) : le peuple passe de l’un à l’autre, sautille de l’un à l’autre. Il n’a pas complètement abandonné Dieu, mais il incorpore d’autres croyances, il fait sa sauce. Pourquoi c’est de l’idolâtrie ? Parce que Dieu s’engage à 100% avec son peuple, et il attend la réciproque. Dans un autre contexte, prenez une femme mariée : elle vit avec son mari, puis elle prend un amant, tout en continuant de vivre avec son mari – on est d’accord qu’elle le trompe ?! La foi pure, ce n’est pas seulement croire en Dieu, mais lui donner la place qui lui revient, sans compromis.

Le peuple ne répond pas, sûrement un aveu de culpabilité.

Plus que de les inviter à se positionner, Elie veut surtout leur prouver une fois pour toutes que seul Dieu est Dieu, que les autres ne sont que des statues insensibles et impuissantes. Et pour cela, il propose un défi.

22 Élie reprit : « Moi je reste seul comme prophète du Seigneur, tandis que les prophètes de Baal sont au nombre de 450. 23 Donnez-nous deux taureaux : les prophètes de Baal en choisiront un, qu’ils découperont et placeront sur du bois pour l’offrir en sacrifice, mais sans allumer le feu. Je préparerai l’autre, et je le placerai sur du bois, mais je n’allumerai pas non plus le feu. 24 Ils prieront leur dieu, et moi je prierai le Seigneur. Le dieu qui répondra en allumant le feu, c’est lui qui est Dieu ! »

Tout le peuple répondit : « Nous sommes d’accord ! » 

Le défi est simple : chaque camp offre un sacrifice, que son dieu doit consumer – Baal était le dieu de l’eau, mais aussi de l’orage, donc l’idée que la foudre vienne consumer l’offrande est plausible.

Elie est face à 450 + 400 prophètes païens. Il provoque les prophètes de Baal, mais les autres sont là aussi. Seul face à 850 prophètes! Elie est tellement sûr de lui, sûr de Dieu, qu’il n’hésite pas à affronter la foule, s’appuyant sur un principe formulé par Coluche : « C’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison ». N’empêche que pour se dresser ainsi contre le nombre, les institutions, le système, il en faut, du courage, et surtout, cette conviction que Dieu en vaut la peine !

Elie est tellement sûr de lui qu’il leur donne l’avantage.

25 Élie dit aux prophètes de Baal : « Choisissez l’un des taureaux et préparez-le, vous les premiers, puisque vous êtes les plus nombreux ; ensuite priez votre dieu, mais n’allumez pas le feu. »

26 Ils prirent le taureau qu’on leur présenta, ils le préparèrent, puis ils prièrent Baal depuis le matin jusqu’à midi : « Baal, réponds-nous ! » disaient-ils, et ils dansaient en sautillant autour de l’autel qu’ils avaient construit ; mais ils ne reçurent pas un mot de réponse. 

27 Vers midi, Élie se moqua d’eux, en disant : « Criez plus fort ! Puisqu’il est un dieu, il est très occupé ; ou bien il a une obligation urgente, ou encore il est en voyage ; peut-être qu’il dort, et il faut le réveiller ! » 

28 Ils crièrent plus fort ; selon leur coutume, ils se blessèrent avec des épées et des lances, jusqu’au sang. 29 Quand midi fut passé, ils appelèrent Baal avec encore plus d’excitation, jusqu’à l’heure où l’on offre le sacrifice de l’après-midi, mais ils ne reçurent aucune réponse : ni un mot ni un signe !

Les prophètes de Baal ont beau avoir le temps, il ne se passe rien. Leur « dieu » ne répond pas. Elie les provoque, et c’est la surenchère, jusqu’à ce que ça devienne vraiment gore. Les entailles, c’était une pratique courante dans la religion de Baal : Baal était censé apporter la vie par l’eau, et ses adorateurs pensaient qu’en période de sécheresse il était mort. Du coup, rituellement, à la fin de la saison sèche, ils se blessaient pour s’identifier à sa mort et « l’aider » à revivre. Le sang qui coulait devait aussi provoquer le ruissellement de l’eau.

Le Dieu de la Bible, lui, interdit ce genre de pratique, non seulement inutile mais aussi moribonde.

C’est au tour d’Elie :

30 Alors Élie invita tout le peuple à s’approcher de lui ; quand ils se furent approchés, Élie se mit à réparer l’autel du Seigneur, qui avait été renversé. 31 Il prit douze pierres, nombre correspondant aux douze tribus des descendants de Jacob – à qui le Seigneur avait déclaré : « Tu t’appelleras désormais Israël ». 32 Avec ces pierres, il reconstruisit l’autel appartenant au Seigneur. Il creusa, tout autour de l’autel, un fossé pouvant contenir une trentaine de litres ; 33 il disposa du bois sur l’autel, puis découpa le taureau et plaça les morceaux sur le bois. 34 Il ordonna ensuite à ceux qui étaient là : « Remplissez quatre cruches d’eau, et versez-les sur le sacrifice et sur le bois. » Ils le firent. Élie reprit : « Faites-le une deuxième fois. » Ils le firent. « Faites-le une troisième fois », ajouta-t-il. Et ils le firent. 35 L’eau coula tout autour de l’autel et remplit même le fossé.

Vous remarquez : Elie s’ajoute une difficulté en versant de l’eau partout. Du côté des symboles : douze pierres, douze cruches versées – c’est comme un renouvellement de l’alliance entre Dieu et son peuple.

36 À l’heure où l’on présente à Dieu le sacrifice de l’après-midi, le prophète Élie s’avança et dit : « Seigneur, Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, montre aujourd’hui que c’est toi qui es Dieu en Israël, que je suis ton serviteur, et que c’est sur ton ordre que j’ai fait tout cela. 

37 Réponds-moi, Seigneur, réponds-moi, afin que ce peuple sache que c’est toi, Seigneur, qui es Dieu, et tu le ramèneras ainsi à sa fidélité d’autrefois ! » 

Un homme, debout. Pas de rituel particulier. Une prière simple, droit au but, centrée sur Dieu et sur le désir de le servir.

38 Le Seigneur fit alors descendre du feu, qui brûla le sacrifice, le bois, les pierres et la poussière, et qui fit évaporer l’eau du fossé.

39 Lorsque les Israélites virent cela, ils s’inclinèrent tous jusqu’à terre, puis ils se dirent : « C’est le Seigneur qui est Dieu ! C’est le Seigneur qui est Dieu ! »

Quel contraste ! Après l’échec cuisant des prophètes de Baal, Dieu révèle la puissance de son feu, de sa présence, de sa force. La victoire de Dieu dans ce défi est éclatante : au foot, ce serait un 12-0 ! Israël ne peut que reconnaître qu’entre les deux camps, aucune comparaison n’est possible : Dieu seul est vivant, fort, digne d’être reconnu et suivi. Le reste, c’est du vent.

40 Élie leur dit : « Saisissez les prophètes de Baal, qu’aucun d’entre eux ne s’échappe ! » Ils les saisirent tous, Élie les fit descendre jusqu’au bord du torrent de Quichon, et là, il les fit égorger.

Conclusion sanglante : le massacre des faux prophètes. Nous aurions sûrement préféré une version moins violente (ramener les prophètes à la frontière p. ex. ou les emprisonner). Elie ne fait pas dans la dentelle, on le voit ici : il est sûrement rempli d’adrénaline, après ce qui vient de se passer. Pour lui, c’est sûrement plus clair d’éliminer visiblement tout souvenir du culte à Baal – même s’il y a des dommages collatéraux. Et puis, n’oublions que Jézabel, la reine païenne, a elle-même voulu massacrer les prophètes juifs, qui ont dû se cacher pour survivre. Sans justifier ce débordement de violence, on sent bien qu’on est dans un environnement où la nuance et la délicatesse n’ont pas trop leur place.

Bon, Dieu a prouvé qu’il est Dieu, mais – et la sécheresse ?

41 Ensuite Élie dit à Achab : « Va manger et boire, car j’entends le bruit de la pluie. »

42 Achab alla manger et boire ; mais Élie se rendit vers le sommet du mont Carmel, où il s’inclina jusqu’à terre, le visage entre les genoux. (pour prier)

43 Il dit à son serviteur : « Monte regarder du côté de la mer. » Le serviteur monta, regarda et revint dire : « Il n’y a rien du tout. » À sept reprises, Élie l’envoya regarder. 

44 La septième fois, le serviteur déclara : « Il y a un petit nuage qui monte de la mer. Il n’est pas plus grand que la main ! » Alors Élie lui ordonna : « Va dire à Achab d’atteler ses chevaux, et de redescendre, avant que la pluie le retienne. »

45 Les cieux devinrent de plus en plus sombres à cause des nuages, le vent se leva, et une forte pluie se mit à tomber, tandis que le roi Achab, sur son char, rentrait à Jizréel. (sûrement  son palais secondaire) 46 Élie attacha sa ceinture pour partir, et, rempli de force par le Seigneur, il courut devant le char d’Achab, jusqu’à l’entrée de Jizréel. (environ 40 km)

Un triomphe pour le prophète Elie

Avec l’épisode du mont Carmel, on est au sommet de la carrière d’Elie, avec cet évènement incroyable, du grand spectacle, beaucoup d’enjeux et d’intensité : c’est comme un point de bascule, il y a un avant et un après, Dieu s’est manifesté sans ambiguïté.

Elie est tellement porté par ce qui vient de se passer, et par la présence de Dieu, qu’il termine la journée sur un marathon. On est vraiment dans la victoire, le triomphe – en contraste total avec les 3 ans où Elie a dû se cacher dans le désert et à l’étranger. Il est sur son petit nuage (ou plutôt un gros !). Tout semble possible, on repart sur de bonnes bases, avec le Seigneur : il pleut, mais l’horizon est lumineux pour Elie et le peuple.

Deux divinités

J’aimerais juste revenir sur l’opposition entre Baal et Dieu. Baal c’est l’idole-type : beaucoup de promesses, tout un système qui soutient la croyance, mais derrière c’est du vent, du non-sens. On trouve autour de nous de telles idoles, soutenues par de la publicité attractive, par un discours bien rodé, et par un système qui en profite (comme les 450 prophètes entretenus par la cour…) : autour de la (sur)consommation, de l’argent, de la sexualité, le business du développement personnel etc. Et en tombant dans le panneau, on est pris dans un engrenage qui exige plus de nous qu’il ne donne.

En face, le Dieu de la Bible, le Dieu d’Israël : réel, attentif (il ne dort pas, lui), puissant – au-delà des mots et des argumentations. Et à la différence des idoles qui nous vident de notre énergie dans une poursuite sans fin, au point qu’on se dégrade et qu’on y perd notre santé, notre âme, Dieu ne demande pas qu’on se sacrifie pour lui. C’est lui qui se sacrifie pour nous, en Christ. C’est lui qui s’identifie à notre mort, sur la Croix, pour que nous puissions recevoir sa vie, sa vie éternelle. Dieu nous montre sa puissance, pas pour nous impressionner, mais pour nous conduire dans sa vitalité.

La nécessité de faire un choix

J’ai dit que Dieu ne nous demande pas de sacrifice. Ce n’est pas tout à fait vrai (mais ce n’est pas faux !). En Christ, il se donne lui-même en sacrifice parfait. Et il nous demande de répondre en lui offrant notre vie en sacrifice – pas un sacrifice sanglant, mais en réalité une offrande, un cadeau : notre reconnaissance, notre amour sincère et pur, notre investissement dans la vie avec lui, sans compromis.

Et cette reconnaissance, cette foi, passe par le rejet des autres croyances, des compromis, des systèmes bien ficelés mais qui reposent sur du vent. Nous sommes souvent comme les Israélites : un peu doubles, à sauter d’un pied sur l’autre, à compter sur Dieu ET… notre force, notre intelligence, nos envies, nos ressources, notre réseau, notre statut… Si Dieu est Dieu, s’il est vraiment vivant et puissant et bon et impliqué, qu’est-ce qui peut se comparer à lui ? Pourtant nous sommes souvent pris dans la duplicité, le compromis, et l’interpellation d’Elie au peuple nous pique encore aujourd’hui : il faut faire un choix ! Autant de fois que c’est nécessaire… Et l’exemple d’Israël est encourageant : même si le peuple s’est gravement éloigné, Dieu est suffisamment puissant pour le rejoindre et se montrer à lui.

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