Dépasser nos a priori

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Quelle est la personne que vous connaissez le mieux au monde ? Votre conjoint ? Votre meilleur ami ? Vos enfants ou vos parents ?

Pour ma part, la personne que je connais le mieux au monde, c’est ma femme. Ça fait 30 ans qu’on se connait, 28 ans de vie commune… on peut dire qu’on se connaît bien ! Mais quel chemin parcouru, dans notre connaissance mutuelle, par rapport au jour où on s’est rencontré pour la première fois ! Forcément, on se faisait une idée l’un sur l’autre, on avait certains a priori. Aujourd’hui, les masques sont tombés ! Mais ça n’a en rien entamé notre amour…

Et vous, quelle est la personne que vous connaissez le mieux au monde ? Et pourquoi est-ce que c’est la personne que vous connaissez le mieux au monde ? Parce que vous la connaissez depuis longtemps, de façon intime, que vous l’avez vue changer, que vous avez évolué avec elle… Ce n’est pas un CV ou un test de personnalité qui nous permet de connaître quelqu’un, c’est la relation qu’on va entretenir avec elle.

Il me semble que l’analogie est valable pour la foi. Avoir la foi, c’est connaître Dieu et sans cesse apprendre à le connaître, dans une forme de relation personnelle et intime avec lui. Et si on en reste à nos a priori, on ne le connaîtra jamais vraiment.

Il y a un épisode des évangiles qui peut l’illustrer. Il se trouve au chapitre 6 de l’Evangile selon Marc.

Dans les premiers chapitres de son Evangile, Marc a évoqué le début du ministère de Jésus en Judée. Il a appelé une poignée de disciples à le suivre, il allait de village en village, annonçant une bonne nouvelle, celle du Règne de Dieu désormais tout proche. Il guérissait aussi des malades. Et sa renommée a vite grandi, des foules venaient l’écouter et le voir. Et puis, Jésus décide de quitter la Judée et de se rendre dans son pays, là où il a grandi, à Nazareth, en Galilée.

Marc 6.1-6
1 Jésus quitta cet endroit et se rendit dans son pays ; ses disciples le suivaient. 2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Impressionnés, de nombreux auditeurs disaient : « D’où lui vient cela ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée et comment ces miracles se réalisent-ils par ses mains ? 3 N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? » Cela les empêchait de croire en lui. 4 Et Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, dans sa parenté et dans sa maison. » 5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il posa les mains sur quelques malades et les guérit. 6 Et il s’étonnait de leur manque de foi.

Ca ne se passe pas aussi bien pour Jésus à Nazareth qu’en Judée… Nul n’est prophète en son pays. C’est une expression qui est entrée dans le langage courant. On ne sait pas forcément que ça vient de la Bible et que Jésus est le premier à l’avoir dit !

 

La barrière des a priori

Qu’est-ce qui pose problème pour les habitants de Nazareth ? C’est qu’ils croyaient déjà connaître Jésus :

« N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? » Cela les empêchait de croire en lui. (v.3)

Ils sont incapables de croire en Jésus parce qu’ils le connaissent trop bien. Ou plutôt ils croient le connaître. “Il est de chez nous, on connaît sa famille, on l’a vu grandir.” Ils sont incapables de voir en Jésus autre chose que ce qu’ils connaissent déjà : le charpentier, le fils de Marie. Ils sont bloqués par leurs a priori.

Est-ce que ça ne nous arrive pas à nous aussi d’être piégés par une telle attitude ? Pourtant, comment peut-on prétendre connaître quelqu’un si on en reste à notre première impression, ou pire, à nos a priori ?

Il me semble que c’est valable aussi dans le domaine de la foi… Je crois qu’un des principaux obstacles à la foi, c’est justement nos a priori. Si vous n’êtes pas croyants, je suis sûr que vous avez des a priori sur la foi, la Bible, la religion, Jésus. Et je ne vous jette pas la pierre, c’est normal. D’ailleurs, si vous êtes croyants, je suis sûr que vous avez aussi des a priori, y compris sur ce que doit être votre vie de croyant, sur l’Église voire même sur Dieu. Qui peut prétendre que sa foi est exempte de tout a priori ?

Le vrai problème, ce n’est pas tellement d’avoir des a priori… On en a tous. Le problème c’est de faire des ces a priori des certitudes. Car des a priori, on peut les remettre en cause, on peut les surmonter. Mais des certitudes, ça ne bouge pas beaucoup… Je ne dis pas que nous ne devons pas avoir des convictions, même fortes, que nous ne devons croire en rien. Bien au contraire, nous avons besoin de convictions et de valeurs qui nous animent. C’est essentiel si on veut que notre vie ait un sens. Mais nous devons nous méfier des certitudes absolues qui risquent de nous enfermer.

Si vous avez des a priori négatifs sur la Bible, la foi ou Jésus, et si vous en faites des certitudes, alors je comprends que vous n’ayez pas la foi et même que vous n’en ayez pas envie. Et si, tout en étant croyant, vous avez laissé vos a priori concernant la vie chrétienne ou la personne de Dieu devenir des certitudes absolues, alors je crains que votre cheminement spirituel ne progresse plus vraiment parce que pour progresser, il faut savoir se remettre en question.

 

Dépasser nos a priori

Comment dépasser nos a priori ? En osant la rencontre ! C’est vrai dans nos relations humaines. Si vous voulez vraiment connaître quelqu’un et dépasser vos a priori sur lui, il vous faudra prendre le temps de le rencontrer. Ca ne veut pas dire que vous deviendrez forcément des amis intimes, vous n’allez peut-être pas trouver d’atome crochu avec lui, peut-être même que vous n’allez pas l’apprécier mais au moins, vous le connaîtrez.

Dans le domaine de la foi, c’est pareil ! Laissez vos a priori et vos certitudes pour oser la rencontre !

Car il faut comprendre que la foi est avant tout une affaire de rencontre. Dans le domaine de la foi, si vous en restez à une simple croyance, en fait, vous n’êtes guère allé plus loin que les a priori. Et vous passez à côté… Choisir la foi, c’est oser la rencontre avec Dieu, c’est apprendre à lui faire confiance, apprendre à le voir agir en nous et autour de nous, apprendre à entendre sa voix, dans la prière, dans la lecture de la Bible. Au début, certes, c’est un peu un saut dans l’inconnu… mais n’est-ce pas toujours le cas quand on découvre quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Avec Dieu aussi, osez la rencontre !

Mais j’aimerais nous adresser, à nous croyant, la même exhortation. Laissons nos certitudes pour oser la rencontre. Car tout au long de notre vie de croyant, nous pouvons nous forger des certitudes absolues et croire que nous avons tout compris. On tombe alors dans le même travers que les habitants de Nazareth avec Jésus : on croit déjà tout connaître de lui.

Or, on ne peut jamais réduire Dieu à l’image qu’on se fait de lui, ni même le réduire à notre théologie, aussi élaborée soit-elle. Pour approfondir notre foi, approfondissons notre relation avec Dieu. Osons, toujours, la rencontre, dans la prière, dans la méditation de sa Parole. Même si ça peut parfois nous remettre en question. Surtout si ça nous remet en question ! C’est comme ça qu’on grandit dans la foi.

 

Conclusion

Les a priori sont un piège. C’est vrai dans nos relations les uns aux autres. C’est vrai aussi par rapport à la foi.

Ne considérez donc pas la foi comme une simple croyance. Elle ne serait guère plus qu’une opinion voire un simple a priori.

Ne faites pas non plus de la foi une certitude inébranlable, qui vous enferme dans une posture rigide et sclérosante.

Chercher une foi vivante, fondée sur une relation vivante et structurante avec Dieu. Osez la rencontre, pour dépasser vos a priori !

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