Réjouissez-vous, même dans l’épreuve!

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Cela vous est sûrement déjà arrivé, comme conducteur ou passager : vous êtes en voiture, en route vers une destination précise mais inconnue, et vous suivez un itinéraire. Parfois, le GPS nous fait passer par un itinéraire « plus court » complètement contre-intuitif (du type, à l’opposé des panneaux indicateurs…) qui vous fait hésiter à chaque carrefour : je suis le GPS ou le panneau/ mon orientation ?… D’autres fois, la carte du GPS n’est pas à jour, ou le lieu indiqué n’est pas très bien référencé (pas de rue, pas de numéro, pas de panneau). Votre hôte vous a peut-être donné des indications précises du genre : après la maison jaune aux volets bleus, au 3e talus, tu prends le chemin sur ta gauche puis tu tournes à 47° jusqu’au grand arbre, et ensuite, à droite, etc. Heureusement, de plus en plus, ça se résout ainsi : « appelle-moi quand tu es devant la mairie et je viens te chercher » !

Dans ces moments d’incertitude, la tension monte très très vite. On se demande si on va finir par arriver, combien de temps ça va durer, comment on va se sortir de ce pétrin… on refait mille fois dans sa tête le chemin parcouru en se demandant ce qu’on a raté, tout en étant hyper-vigilant pour se repérer dans cet environnement inconnu.

En tant que chrétien, quand on avance dans la vie et qu’on rencontre des obstacles, on peut ressentir le même genre de confusion. Se dire : « je ne comprends pas, comment puis-je passer par là alors que Dieu m’a sauvé ? alors qu’il dit qu’’il m’aime et qu’il veut mon bonheur ? » On a l’impression que notre chemin ne correspond pas à la destination prévue, et ce décalage pousse au doute.

Le doute fait partie intégrante de la foi chrétienne, en particulier quand on se sent perdu. Il peut concerner Dieu : « Comment, Seigneur, pourquoi tu permets cela ? » mais parfois on doute de soi : « qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? j’ai dû me tromper quelque part ! ah c’est peut-être à cause de la fois où… de telle posture… ou alors je ne suis pas assez ceci ou cela… »

Dans sa première lettre, l’apôtre Pierre écrit beaucoup sur la souffrance, parce que les chrétiens qu’il connaît souffrent pour leur foi. Il les exhorte à tenir bon, à s’accrocher à Dieu, à résister aux pressions… Mais il sait aussi que la souffrance et l’injustice peuvent nous déstabiliser et nous faire douter. Et c’est sur ce point qu’il attire maintenant notre attention, tout en reprenant des thèmes déjà abordés (mais rien de tel que la souffrance pour nous faire oublier l’évidence !).

Lecture biblique : 1 Pierre 4.12-19

12 Très chers amis, ne trouvez pas étrange d’être en plein feu de l’épreuve, comme s’il vous arrivait quelque chose d’étrange. 

13 Réjouissez-vous plutôt d’avoir part aux souffrances du Christ, afin que, quand il révélera sa gloire, vous débordiez également de joie. 14 Si l’on vous insulte à cause du nom du Christ, heureux êtes-vous, car l’Esprit de Dieu à qui appartient la gloire repose sur vous. 15 Qu’aucun d’entre vous n’ait à souffrir comme meurtrier, voleur ou malfaiteur, ou pour s’être mêlé des affaires d’autrui. 16 Mais si quelqu’un souffre parce qu’il est chrétien qu’il n’en ait pas honte ; qu’il remercie plutôt Dieu de pouvoir porter ce nom.

17 Le moment est arrivé où le jugement commence, et ceux qui appartiennent à la maison de Dieu sont jugés d’abord. Or, si le jugement débute par nous, comment sera-ce à la fin, lorsqu’il frappera ceux qui résistent à la bonne nouvelle de Dieu ? 

18 Comme l’Écriture le déclare :

« Si le juste n’est sauvé que difficilement, qu’en sera-t-il du méchant et du pécheur ? »

19 Ainsi, que ceux qui souffrent selon la volonté de Dieu se remettent eux-mêmes entre les mains du créateur, lui qui est fidèle, tout en continuant à faire le bien.

 

Un itinéraire paradoxal, mais valide !

Pour ces chrétiens qui souffrent, et qui peut-être se demandent si c’est de leur faute, s’ils ont raté quelque chose ou s’ils ont mal suivi Dieu, Pierre se veut rassurant : Vous êtes sur le bon itinéraire ! Vous ne vous êtes pas trompés ! ne vous inquiétez pas, ne trouvez pas le chemin étrange… Jésus l’avait annoncé : le chemin du salut est un chemin étroit ! (Mt 7.14) il avait aussi dit : heureux ceux qui sont persécutés à cause de leur appartenance au Christ (Mt 5.11) !

La persécution, c’est quand on souffre au nom de sa foi. Toutes nos difficultés dans la vie ne sont pas des attaques ou de la persécution : si vous vous comportez mal, c’est logique que la situation se retourne contre vous. La persécution, c’est quand on n’a rien fait de mal, et que la seule raison du rejet que l’on subit, c’est notre foi.

Et la persécution fait partie du paysage de la foi, parce que nous suivons le Christ, qui a été lui-même rejeté et persécuté. La persécution est normale ! Pas systématique, mais normale, probable, et cohérente avec le chemin pris, même si c’est injuste.

La joie dans l’épreuve

Comme Jésus, Pierre reconnaît que la persécution est possible et il y voit une occasion de joie. Pierre écrit à des personnes en souffrance, dans la confusion, et il invite à la joie. Cette joie dans l’épreuve ne vient pas toute seule : on n’est pas automatiquement joyeux quand on est persécuté ! Cette joie se cherche intentionnellement, et elle se trouve, dans l’épreuve, quand on prend du recul pour voir ce que Dieu fait. Comme la lumière peut percer les nuages, elle vient percer notre épreuve.

  • Pierre parle du passé : le Christ a souffert, injustement, quand il a été persécuté par les religieux de son époque. Lorsque nous sommes rejetés à cause de lui, comme lui, c’est un signe que nous sommes bien de son côté.
  • Pierre parle du futur : si nous souffrons comme Jésus aujourd’hui, nous recevrons aussi la vie triomphante de la résurrection comme lui, avec lui, en lui. L’allégresse que nous vivrons dans la pleine présence de Dieu, pour l’éternité, brille comme un phare lorsque nous sommes dans la tempête.
  • Et la joie s’invite aussi aujourd’hui. L’équation biblique n’est pas : souffrez aujourd’hui, soyez heureux demain (un demain un peu lointain). C’est une caricature. L’espérance biblique, c’est un salut dans l’éternité, qui commence aujourd’hui, sans être encore pleinement déployé. C’est une rose, mais en bouton ; un oranger qui pousse, dont les feuilles et les fleurs odorantes parfument notre vie, mais dont les fruits ne sont pas là.

Demain a déjà commencé, aujourd’hui c’est déjà un peu demain, et nous pouvons sentir un peu de cette allégresse éternelle. Si on va plus loin, demain a déjà commencé, et il a commencé… hier ! Lorsque le Christ est mort, et ressuscité, lorsqu’il a ouvert un nouveau chemin vers Dieu, une nouvelle étape.

A quoi ressemble le parfum de la joie aujourd’hui ? C’est la présence de l’Esprit de Dieu dans notre vie. Pierre parle de l’Esprit de gloire : pour un Juif, la gloire c’est le poids de la présence de Dieu, de sa majesté, c’est sa lumière, sa « rayonnance » comme dit un ami. Aujourd’hui, Dieu nous soutient par son Esprit, il nous inspire, nous transforme, nous fortifie, nous réconforte, il nous accorde sa paix même quand rien n’est paisible autour de nous. On se demande toujours comment on réagirait si… et les témoignages des chrétiens persécutés nous encouragent : au moment voulu, Dieu les a soutenus.

Se réjouir parce que le jugement a commencé

Pierre ajoute une 4e raison pour trouver la joie dans l’épreuve, une raison qui peut nous surprendre : le jugement de Dieu a commencé. Ce passage est difficile à comprendre, d’ailleurs je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi ! Je vous propose quelques éléments pour interpréter cet argument.

3 points principaux ressortent :

  1. Le jugement de Dieu a commencé, c’est-à-dire que nous sommes dans les derniers temps – demain a commencé ! pour la joie, mais aussi pour le jugement. Dans la Bible, le jugement de Dieu va avec l’instauration du règne de justice, et une image courante chez les prophètes, c’est les douleurs de l’accouchement qui prépare à la joie de la naissance. Le jugement c’est les douleurs, et les douleurs commencent bien avant l’arrivée de la vie.
  2. Le jugement suit un ordre, et touche le peuple de Dieu avant de toucher le monde entier. Les prophètes juifs ont déjà exprimé cette notion, mais dans un autre contexte : Ezechiel (9.6) par exemple dit que Dieu va purifier son peuple avant les autres peuples – mais attention, à l’époque, son peuple fait n’importe quoi, et Ezechiel le dénonce ! Les chrétiens persécutés pour leur foi ne sont pas tout à fait sur le même registre : ils ne sont pas punis pour leur souillure morale ou spirituelle, mais ils subissent la violence de ceux qui rejettent le Christ. Le point commun entre les deux situations, c’est que le peuple de Dieu n’est pas exempté du jugement qui s’abat sur ce monde, mais qu’il en souffre aussi, avec le monde, même si les croyants ne souffriront pas toutes les conséquences éternelles de ce jugement, grâce au pardon reçu en Christ. De cela, le croyant qui souffre aujourd’hui peut tirer un réconfort.
  3. Alors en quoi consiste ce jugement ? On peut y voir déjà le jugement-discernement, une lumière qui révèle la vérité – et c’est ça le jugement ultime : c’est la révélation de la profonde réalité, dans sa vérité objective – la persécution révèle qui suit le Christ, et qui le rejette. Elle révèle aussi en nous nos motivations, nos ambiguïtés ou la force de notre foi. Toute difficulté, d’ailleurs, même hors persécution, agit comme révélateur dans notre cœur. Que ce soit un deuil, une maladie, un accident, une injustice sociale ou professionnelle, ces épreuves vécues avec Dieu viennent mettre en lumière des rêves cachés, des idolâtries inconscientes, des questionnements profonds… Et dans l’épreuve, Dieu nous invite à renouveler notre attachement à lui, pour en sortir plus forts dans la foi.

Conclusion : confiance et persévérance

C’est justement avec ça que Pierre termine, et moi aussi. Notre recours, dans l’épreuve, la persécution mais aussi toute épreuve, notre recours c’est Dieu, le créateur qui s’est fait notre Père, qui nous accompagne jour après jour et qui fait avancer son règne. Même lorsque nous avons l’impression d’être impuissants devant la difficulté, nous pouvons toujours mettre en Dieu notre confiance, parce qu’il est Dieu, puissant, juste, aimant. Cette foi, elle se montre concrètement, lorsque nous tenons fermement notre cap, que nous avançons un pas après l’autre en communion avec Dieu.


 

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