S’armer de détermination

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L’apôtre Pierre écrit à des chrétiens harassés, harcelés, en souffrance. Leur connexion au Christ, leur entrée dans le cercle de Dieu, les a conduits à être rejetés des autres cercles, les cercles habituels, les cercles du quotidien : au travail, en famille, au niveau social, politique… Au fur et à mesure qu’on avance dans sa lettre, on remarque que plusieurs thèmes reviennent comme des refrains ; et notamment, la souffrance des chrétiens en décalage avec le monde qui les entoure. Des chrétiens qui se retrouvent comme « exilés » dans leur quotidien, parce que toute leur vie a basculé lorsqu’ils ont fait de Jésus la pierre angulaire de leur existence. Tenir ferme sur Jésus, parfois contre vents et marées, est difficile et coûteux. Pierre revient sur cette expérience pour aborder un aspect particulier : la pression que les autres exercent sur nous pour que nous rentrions dans leur moule.

Lecture biblique : 1 Pierre 4.1-6 (TOB)

1 Ainsi, puisque le Christ a souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de la même conviction : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché, 2 pour vivre le temps qui lui reste à passer dans la chair, non plus selon les convoitises des hommes, mais selon la volonté de Dieu. 

3 C’est bien assez, en effet, d’avoir accompli dans le passé la volonté des païens, en vivant dans la débauche, les convoitises, l’ivrognerie, les orgies, les beuveries et les idolâtries infâmes. 4 A ce propos, ils trouvent étrange que vous ne couriez plus avec eux vers la même débauche effrénée, et ils vous outragent. 5 Mais ils en rendront compte à celui qui est prêt à juger les vivants et les morts. 

6 C’est pour cela, en effet, que même aux morts la bonne nouvelle a été annoncée, afin que, jugés selon les hommes dans la chair, ils vivent selon Dieu par l’Esprit.

          La pression des pairs

Quand on se tourne vers le Christ, il y a un avant et un après. Pour des chrétiens d’origine païenne, c’est très visible : entre participer à des sacrifices à Isis ou une autre divinité dont les rituels s’accompagnent de beuveries, substances diverses, tout ce qui peut conduire à un délire mystique et tout ce qui peut suivre un délire mystique ! et puis considérer que notre vrai culte c’est d’honorer Dieu dans tout ce que nous sommes et dans tout ce que nous faisons, en visant l’amour et la justice, vous imaginez le fossé !

Pour ceux qui grandissent dans une famille chrétienne, ou dont le parcours est plus long, moins radicalement dramatique, il y a aussi un avant et un après, même si le point de bascule correspond peut-être à une quinzaine d’années. L’après, c’est la foi en Christ qui conduit à un engagement personnel, c’est la détermination à mettre Jésus au centre de notre vie.

Peu importe la radicalité du changement, il y a forcément une part (variable selon les contextes !) de décalage entre le chrétien qui s’attache à suivre la volonté de Dieu, et la vie de ceux qui ne s’alignent pas sur Dieu. Et même dans une société laïque, ce décalage peut conduire à une pression de la part des autres, voire au clash, lorsque à cause de notre foi, nous ne suivons pas le mouvement.

Alors attention, qui dit « non-chrétien » ne dit pas « affreuse personne qu’il faut éviter comme la peste et qui est en train de détruire le monde » – pas du tout ! Lorsque notre entourage, non chrétien, nous invite à l’amour, l’entraide, l’honnêteté, le respect,… c’est très bien! Moi je veux bien que mes amis non chrétiens me mettent la pression pour être plus aimante et plus respectueuse ! Aucun problème ! Bon, on n’a pas toujours les mêmes motivations, ou les mêmes définitions, mais quand on est à peu près en phase, c’est déjà énorme !

Mais ce ne sont pas ces cas-là, de pression vers les bonnes choses que nous reconnaissons comme alignées sur la volonté de Dieu, ce ne sont pas ces cas-là qui nous font vaciller, qui nous poussent au compromis ou qui nous font souffrir… Pierre parle ici des pressions à participer à des activités qui nous détournent du projet que Dieu a pour notre vie. Les pressions pour boire jusqu’à l’ivresse, pour assouvir nos désirs sans restriction, pour faire tout ce qu’on veut, comme on veut, quand on veut. Pierre évoque des tentations basiques, mais tellement répandues ! Il n’y a pas que les ados et les étudiants en soirée qui font face à ce genre de pressions ! Les scandales médiatiques autour des figures politiques ou religieuses nous montrent que les excès du boire, manger, prendre du plaisir, ne sont jamais très loin.

Cela dit, d’autres pressions peuvent s’exercer, plus subtiles mais tout aussi embarrassantes : pour négocier un contrat en jouant sur les rapports de force, sans respect pour l’interlocuteur, pour gérer notre frustration par la critique en douce, la calomnie, les rumeurs…, pour trafiquer des résultats scientifiques qui permettront d’avoir telle bourse ou tel accord, etc. Vous voyez sûrement ce que vous ressentez comme une pression dans votre vie. [pause] C’est ce que « tout le monde fait » mais qui vous met en décalage avec ce que Dieu désire.

Pierre prend ces pressions très au sérieux : elles sont réelles, douloureuses, même si elles ne vont pas jusqu’à la violence physique. La moquerie, le mépris, le rejet, l’agressivité, tout ce qui déstabilise et qui blesse, même juste « ah voilà le rabat-joie de service » ou une fête entre collègues où vous n’êtes pas invité… Pierre l’a expérimenté, quand il a renié Jésus par peur d’être associé à un condamné.

Renouveler notre détermination

Alors comment résister ? Pierre nous invite à renouveler notre détermination : « Armez-vous de la même conviction que le Christ » (v.1) Recentrez-vous sur le Christ ! et Pierre développe deux perspectives.

1/ Changer de vie pour suivre le Christ, pour s’aligner sur la volonté de Dieu dans un monde qui ignore Dieu, a un coût. Il nous faut accepter l’idée que suivre Jésus coûte. Pierre parle de souffrance dans la chair et prend l’exemple du Christ lui-même : gardant le cap sur la justice et l’amour de Dieu, il a souffert le rejet au point d’être mis à mort. C’est vrai, sa mort a aussi une valeur symbolique puisqu’il se substitue à nous devant Dieu pour endurer les conséquences de nos indignités. Mais Jésus était conscient que ses disciples devraient porter leur croix, que la vie alignée sur Dieu dérange ceux qui refusent Dieu et que leur réaction peut aller très loin. Il disait même aux aspirants disciples : réfléchissez bien ! C’est extraordinaire, de vivre avec Dieu, mais il y a un coût.

Quand vous partez en rando, vous savez que vous risquez de souffrir. Peut-être qu’au bout de 3 heures, vous aurez mal aux cuisses, ou vous aurez soif, ou vous aurez une ampoule, ou vous serez découragés parce qu’il reste encore 3h pour rentrer  et que vous n’avez plus la force ! Le savoir à l’avance n’empêche pas les problèmes, mais cela vous permet d’anticiper : bouteille d’eau, pansements, barre énergétique, des endroits pour une pause, éventuellement des personnes qui sauront vous remotiver… Et puis quand ça arrive, même si vous n’avez pas de solution toute prête, vous n’êtes pas surpris : ça fait partie du chemin !

2/ Pierre ajoute une autre perspective, qui court dans toute la lettre : l’espérance. L’héritage impérissable dont il parlait au début. Cette promesse de Dieu d’une vie avec lui qui s’expérimente dès aujourd’hui, mais qui n’épanouira son potentiel que dans l’éternité. On accepte le coût parce qu’on espère dans une joie plus grande.

Cela nous conduit à regarder notre quotidien autrement : certes, nous pouvons nous sentir « perdants » parce que rejetés, humiliés,… à cause de notre foi, certes, nous pouvons être révoltés ou envieux envers ceux qui nous mettent la pression et qui semblent être en position de force. Mais nous avons établi notre vie sur le bon fondement, le fondement solide, éternel, vivant et porteur de vie pour l’éternité : Jésus. Vous vous rappelez la parabole de la maison bâtie sur le sable et celle sur le roc : la maison sur le sable était peut-être construite plus vite, mais elle n’a pas résisté à la tempête. Le seul moyen de durer, même après la mort, c’est de s’appuyer sur Jésus, le Ressuscité, le roc éternel.

Ceux qui paraissent forts aujourd’hui en nous mettant la pression ne sont pas établis pour durer : ils ne tiendront pas sous le regard de Dieu. Pierre trouve un grand réconfort dans la notion de jugement : oui, le jugement de Dieu révèlera ce qui est juste et bon. Les pratiques « que tout le monde fait » mais qui sont injustes ou destructrices, seront éradiquées. Tandis que, même si vous êtes un « perdant », un « rabat-joie », aux yeux de certains, pour Dieu vous êtes un fidèle serviteur, un disciple convaincu, un enfant loyal. Et ça dure pour toujours ! Le jugement de Dieu, c’est la révélation, comme un renversement, de ce qui dure ou pas lorsque Dieu fait son audit du monde.

Bien sûr, ce qui nous sauve, c’est le Christ ! pas nos œuvres ! Mais notre responsabilité, en tant que disciple, c’est de rester attaché au Christ, quoi qu’il arrive – de ne pas le lâcher, quelle que soit la tempête ou les pressions.

Pierre évoque ceux qui ont accepté l’Evangile autrefois, et qui sont morts aujourd’hui : ceux qui sont morts persécutés, insultés, lynchés, incompris, sont promis à la vie de Dieu, pour toujours. Les « perdants » qui ont misé sur le Christ sont vainqueurs ! Ca ne se voit pas forcément au cours de notre vie terrestre, mais la résurrection nous donne le gage que la victoire est acquise à ceux qui lui font confiance.

Conclusion

Quand nous sommes sous pression, recentrons-nous sur le Christ. Rappelons-nous tout ce qu’il a fait pour nous, dans le passé. Regardons à tout ce qu’il nous promet, et qu’il garantit par sa résurrection et son Esprit qu’il nous donne. Armons-nous pour résister et tenir ferme sur ce roc qui est le seul fondement stable, solide, pour une vie qui dire toujours.

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