Tous les articles par Florence VANCOILLIE

Appelés à l’intégrité, coûte que coûte

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Comment testez-vous les compétences de quelqu’un, un étudiant, un cuisinier, une musicienne, une scientifique, un mécanicien ? Il me semble qu’il faut au moins deux éléments : mettre au défi et observer. Mettre au défi en donnant des exercices, une étude de cas, un projet, une période d’essai. Si c’est trop facile, vous ne pourrez pas mesurer l’étendue des compétences. Et bien sûr, il faut en être témoin, l’observer, pour pouvoir l’évaluer. Si l’étudiant fait son devoir maison, mais que le prof ne corrige pas, c’est utile mais incomplet !

Pierre a commencé sa lettre aux chrétiens dispersés d’Asie mineure en rappelant tout ce qu’ils ont reçu en Christ – c’est si énorme qu’on peut carrément dire que c’est une nouvelle vie. Et cette vie nouvelle s’exerce, se prouve, dans les défis de la vie quotidienne, et aux yeux de tous. L’analogie avec les examens s’arrête là ! La vie chrétienne n’est pas seulement un cheminement intérieur, spirituel, fait de convictions : elle se met en pratique publiquement dans notre vie de tous les jours. Pour parler de cette mise en pratique, Pierre évoque trois situations difficiles : la vie dans une société dont le gouvernement n’est pas toujours irréprochable, la souffrance au travail, et la solitude dans le couple.

Vincent a prêché la semaine dernière sur l’appel à être des citoyens exemplaires, et je vous invite à lire la suite.

Lecture biblique : 1 Pierre 2.18-25

17 Honorez tous les hommes, aimez vos frères, craignez Dieu, honorez le roi.

18 Serviteurs, soyez soumis avec une profonde crainte à vos maîtres, non seulement aux bons et aux doux, mais aussi aux acariâtres. 19 Car c’est une grâce de supporter, par respect pour Dieu, des peines que l’on souffre injustement. 20 Quelle gloire y a-t-il, en effet, à supporter les coups si vous avez commis une faute ? Mais si, après avoir fait le bien, vous souffrez avec patience, c’est là une grâce aux yeux de Dieu.           

21 Or c’est à cela que vous avez été appelés, car le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces :

22 Lui qui n’a pas commis de péché et dans la bouche duquel il ne s’est pas trouvé de tromperie ; 23 lui qui, insulté, ne rendait pas l’insulte, dans sa souffrance, ne menaçait pas, mais s’en remettait au juste Juge ; 24 lui qui, dans son propre corps, a porté nos péchés sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont les meurtrissures vous ont guéris. 25 Car vous étiez égarés comme des brebis, mais maintenant vous vous êtes tournés vers le berger et le gardien de vos âmes.

1/ le contexte de l’esclavage

Esclaves, soyez soumis! Même lorsque votre maître est injuste et cruel.

C’est difficile à entendre, les mots sont forts, choquants, et paraissent loin de notre vision de l’Evangile. Le texte était déjà choquant à l’époque de Pierre, mais pas pour les mêmes raisons…

Pierre n’emploie directement le mot “esclave”, mais serviteur. Mais les serviteurs étaient en général des esclaves. Quelques mots sur l’esclavage qui évoque pour nous différentes réalités, marquées par l’injustice, l’hypocrisie, et la violence, à différentes périodes de l’Histoire.

Dans l’Antiquité, le modèle “patron-salarié” existe assez peu : la plupart des “employés” sont des esclaves. Sont esclaves les ouvriers dans les mines, les gens de maison, les fonctionnaires, les employés de PME… On compte, selon les époques, et selon les chercheurs, entre 25 et 90% d’esclaves dans la société. C’est le modèle du travail, avec des conditions de vie et de travail très variables : entre un premier ministre sous l’ordre du roi ou de l’empereur qui vit confortablement au palais, et un ouvrier du bâtiment qui travaille sans sécurité, logé dans un baraquement de fortune, soumis aux coups d’un contremaître indifférent, il y a tout un monde, qui reflète la diversité des conditions de travail qu’on pourrait retrouver aujourd’hui.

Il y a cependant une spécificité à l’esclavage: l’esclave ne s’appartient pas, il appartient à son maître. Il fait partie de ses propriétés, voire de ses outils, et il est entièrement soumis à son autorité : le maître a quasiment tout pouvoir sur lui.

On peut comparer l’esclavage à la caste des Intouchables en Inde, cette caste en-dessous de tout, qui n’a aucun statut dans la société. En Inde, beaucoup de chrétiens viennent de la caste des intouchables : ces “moins-que-rien” découvrent avec émerveillement que Jésus les aime et les élève au rang d’enfants de Dieu. De la même façon, dans l’Antiquité, beaucoup d’esclaves se tournent vers le Christ et composent une grosse partie des églises.

Pour nous qui vivons avec les Droits de l’Homme, dans une société d’émancipation qui recherche la liberté et qui affirme l’égalité de tous, le message de Pierre paraît d’un conformisme décevant. Il faut bien se dire que ce n’est pas le même monde : là où nous avons certains recours quand la situation dégénère, en particulier au travail, à l’époque il n’y a ni police, ni syndicat, ni prud’hommes… Un esclave qui se rebelle ou qui est rattrapé après s’être enfui a de fortes chances d’être frappé, mutilé, voire tué en réponse.

Pierre ne s’exprimerait pas tout à fait de la même façon aujourd’hui. Quoique ! Même si les conditions de travail se sont nettement améliorées, et qu’un employé en théorie peut toujours démissionner, il y a bien des situations d’injustice dans lesquelles on peut se sentir coincé: quand l’adversaire est trop important, quand le système dysfonctionne, quand il y a de la corruption, etc.

En s’adressant aux esclaves, Pierre ne se prononce pas sur ce que devrait être la situation : il ne cautionne pas l’esclavage en tant que tel ! Son exhortation ne nous empêche de lutter pour plus de justice en milieu professionnel. Mais en attendant l’évolution de la société, que fait-on demain matin ? A quoi est appelé le chrétien dans une situation injuste, difficile, qui ne se résoudra peut-être jamais ou en tout cas pas tout de suite?

2/ un appel à la soumission?

L’appel de Pierre est a priori simple à comprendre : esclaves, soyez soumis à votre maître, pas seulement quand c’est facile, mais aussi quand c’est difficile.

Qu’implique cette soumission ? Là aussi c’est connoté ! Il faut regarder ce que dit le texte: ici, se soumettre à son maître, quoi qu’il arrive, c’est supporter des punitions injustes, contrairement au fait d’être puni parce qu’on a mal agi. Être puni parce qu’on a volé ou menti, c’est normal, ce n’est pas de la persécution! Mais il arrive qu’on soit puni alors qu’on a bien agi: soit parce que le chef montre de la méchanceté gratuite, soit parce qu’on a refusé de se compromettre et de mal agir malgré les ordres. La sanction tombe, alors qu’on n’a rien à se reprocher.

Pierre n’exhorte pas à rechercher la souffrance! Mais à rester intègre, quoi qu’il arrive, quel que soit l’interlocuteur ou l’adversaire.

Pierre passe du temps sur cette situation de l’esclave maltraité: déjà parce que c’est le lot de beaucoup de chrétiens à son époque, mais aussi parce qu’il y voit un parallèle particulier avec la figure du Christ. Pierre s’inspire de cette vieille prophétie d’Esaïe 53, qui compare le Messie à un serviteur souffrant, à un homme injustement maltraité, à une brebis muette sur le chemin de l’abattoir… Christ, bien qu’innocent et juste, nous a obtenu en subissant sur la croix les sanctions que nous méritions. Il s’est humilié, soumis, mis en-dessous de tout, pour nous relever. Mais la croix, ce n’est pas seulement la porte qui s’ouvre sur notre salut, un point de passage qu’on peut laisser derrière soi : c’est un style de vie. Pierre insiste: Jésus a souffert pour vous, pour vous obtenir le pardon ET pour vous donner un modèle.

Alors, on n’est pas Jésus, le Sauveur de l’humanité, et on n’est pas appelés à mourir sur la croix pour sauver les autres: un seul pouvait le faire, et sa mort a suffi. Par contre, le fait que Jésus soit toujours resté innocent, intègre, irréprochable, exemplaire, dans tout ce qu’il a fait, quel que soit son adversaire, ça nous sommes appelés à l’imiter, quitte à en souffrir. A la croix, nous sommes acquittés de nos injustices, pour vivre dans la justice de Dieu.

Cette intégrité mise à l’épreuve, dit Pierre, est une grâce, un honneur, et même une vocation, parce qu’elle nous permet de prouver qu’on ressemble au Christ, comme les défis, les exercices, dont je parlais au début. Une épreuve, dans les deux sens du terme, qui révèle la nature de notre vie nouvelle. Prenez l’exemple du mouvement non-violent conduit par MLK: c’est facile d’être non-violent avec un mari qui vous aime, un enseignant respectueux, un supérieur plein d’humilité. Mais là où la non-violence a une chance de se révéler, et de marquer les esprits, c’est lorsqu’elle s’oppose à la violence et à l’injustice. Aimer ceux qui nous aiment et qui nous font du bien, c’est facile, disait Jésus, mais aimer ceux qui nous font mal, c’est là que réside l’originalité de la vie nouvelle marquée par l’amour de Dieu. Un amour d’un autre monde, qui s’est démontré pour nous alors que nous étions ses ennemis, un amour qui s’éprouve avec ceux qui nous font du mal.

Ca ne veut pas forcément dire qu’on accepte tout et qu’on ne met aucune limite, qu’on glorifie la souffrance ou qu’on aime la douleur. L’exemple du Christ nous appelle plutôt à une vie juste, quoi qu’il en coûte.

C’est refuser de répondre à la violence par la violence, à l’injustice par le sabotage ou la vengeance, c’est s’abstenir des magouilles, des calomnies, des tactiques d’intimidation, des insultes, c’est respecter les règles du jeu même quand l’autre ne le fait pas. Imiter le Christ, c’est faire de son mieux, toujours, même avec le pire.

3/ Responsables de notre chemin

Le maître apparemment y gagne. Les carcans de la société semblent se renforcer. Et soi-même, on passe pour quoi? Refuser d’utiliser les armes à notre disposition, même si elles sont injustes, c’est passer pour un faible, un lâche, “trop bon trop… bête”. Socialement, on est perdant, incompris, en plus de toutes les difficultés inhérentes à la situation.

L’exhortation de Pierre apporte un autre regard, le regard de Dieu. Déjà, il s’adresse directement aux esclaves: en dehors du NT, aucun écrit ne fait ça. On ne parle pas à des outils, sauf pour leur donner des ordres! Mais Pierre, au nom de Jésus, interpelle ces esclaves, et plus largement ceux qui se sentent écrasés, impuissants, humiliés, incompris, coincés, en leur disant qu’ils ont le choix. Oui, ils ont le choix, dans cette impasse. Pas forcément le pouvoir de changer les choses, mais le choix de supporter l’injustice d’une manière intègre et droite. Le choix de courber le dos, non parce qu’ils sont faibles, mais parce qu’ils suivent l’exemple du Christ, le Juste, et prennent leur croix. Oui, ils ont le choix de résister au mal et de ne pas se laisser embarquer à leur tour dans l’injustice. La crainte dont parle Pierre, c’est la crainte de Dieu, la foi, le désir de servir le Maître, le juste Maître qui s’est donné pour les racheter et les appeler à la liberté.

Ce ne sont pas des moins-que-rien, ce sont des imitateurs du Christ, le Fils de Dieu lui-même, qui a enduré l’injustice par amour pour nous, pour nous rendre justes aux yeux de Dieu. Le suivre, prendre sa croix, imiter Jésus, c’est faire de son mieux, toujours faire de son mieux et choisir la justice.

Alors c’est extrêmement difficile, quasiment infaisable à vue humaine, et c’est seulement en se rapprochant du Christ, en s’imprégnant de son style, en lui demandant l’aide de son Esprit, que nous avons une chance de grandir dans cette intégrité. Et Pierre ajoute une remarque, qui fait écho au début de notre culte: le Christ s’est confié au juste Juge. Même dans le pire des cas, face à la pire des incompréhensions, Dieu voit, et il mesure, et il prend en compte ce que nous faisons. Lui, il rendra justice, en son temps. C’est en gardant les yeux fixés sur cet horizon de justice, cet héritage impérissable dont Pierre parlait au début, que nous pouvons traverser les vallées sombres: la lumière de la justice de Dieu ne tardera pas à se manifester – conduisons-nous donc, comme dit Paul, quoi qu’il arrive, en enfants de lumière, en personnes lumineuses et justes, pour la gloire de Dieu.

Une espérance à vivre!

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Stéphanie, convertie il y a quelques années, est mariée à un homme qui ne fait aucun effort pour comprendre sa démarche spirituelle. Frédéric enseigne l’économie et souffre, régulièrement, d’entendre en salle des profs ses collègues dénigrer la foi chrétienne. Elodie se sent de plus en plus mal à l’aise dans les repas de famille, où les discussions autour de l’astrologie et de la voyance heurtent ses convictions. Lucas a été choqué, hier, de voir des tags anti-chrétiens en passant devant une église. Ca lui a rappelé les derniers articles lus dans le journal qui caricaturaient la foi évangélique. A la fac, les amis d’Alexa lui mettent la pression pour qu’elle les suive dans leurs aventures, qu’elle se « libère » un petit peu ! Olivier suit de près l’actualité politique, et s’inquiète depuis plusieurs années de ce qui passe pour de la laïcité. Quant à Sophie, elle est confrontée aux dysfonctionnements de son travail, parfois aux limites de l’illégalité, et elle se demande comment suivre Jésus dans ce contexte.

Ils sont chrétiens, et comme nous, il leur arrive de ressentir ce sentiment d’étrangeté, de décalage, voire de rejet, de la part d’individus ou de la société ambiante. Oui, il y a bien pire ailleurs, beaucoup sont persécutés pour leur foi, mais il n’empêche que cette situation est inconfortable. Ils se sentent parfois comme étrangers dans leur propre pays. Dans ces moments-là, on est tenté de céder, de faire comme les autres pour avoir la paix. Ou alors de se protéger en s’enfermant dans une bulle chrétienne.

Les chrétiens d’Asie mineure (Turquie) à qui écrit l’apôtre Pierre, quelques décennies après Jésus-Christ, ressentent aussi ces tensions de l’exil  (1 Pierre 1.1):

De la part de Pierre, apôtre de Jésus Christ.

À ceux que Dieu a choisis et qui vivent en immigrés/ étrangers/ exilés, dispersés dans les provinces du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bithynie. 

Dans des contextes différents, les difficultés se ressemblent. Pierre veut encourager à tenir bon dans cet exil. Et il commence, Vincent l’a prêché dimanche dernier, avec le rappel de l’espérance puissante, vivante, qui nous est donnée en Christ. Et Pierre insiste sur l’impact de cette espérance sur la vie quotidienne, concrète, de ceux qui croient. Il précisera plus tard à quoi ça peut ressembler dans tel ou tel contexte de vie, mais il affirme, ici, de manière générale, le principe : l’espérance vivante reçue en Christ est une espérance à vivre !

Lecture biblique : 1 Pierre 1.13-2.3

13 C’est pourquoi tenez-vous prêts à agir, gardez votre intelligence en éveil. Mettez votre espérance tout entière dans le don qui vous sera accordé quand Jésus Christ se révélera. 

14 Obéissez à Dieu et ne vous conformez pas aux mauvais désirs que vous aviez autrefois, quand vous étiez encore ignorants. 15 Mais soyez saints dans toute votre conduite, tout comme Dieu qui vous a appelés est saint. 16 En effet, l’Écriture déclare : « Vous serez saints, car je suis saint. » (Lévitique 19.2)         

17 Dans vos prières, vous donnez le nom de Père à Dieu qui juge de manière équitable, selon ce que chaque personne a fait ; c’est pourquoi, durant le temps qu’il vous reste à séjourner sur la terre [littéralement: de votre exil], que votre conduite témoigne du respect [crainte] que vous avez pour lui. 18 Vous savez, en effet, à quel prix vous avez été délivrés de la manière de vivre que vos ancêtres vous avaient transmise et qui ne menait à rien. Ce ne fut pas au moyen de choses périssables, comme l’argent ou l’or ; 19 non, vous avez été délivrés par le sang précieux du Christ, comme celui d’un agneau sans défaut et sans tache. 

20 Dieu l’avait désigné pour cela, avant même la création du monde, et c’est pour vous qu’il l’a manifesté dans ces temps qui sont les derniers. 21 Par lui, vous croyez en Dieu qui l’a ressuscité d’entre les morts et qui lui a donné la gloire ; ainsi vous pouvez placer votre foi et votre espérance en Dieu.

22 Vous vous êtes purifiés en obéissant à la vérité, pour vous aimer sans hypocrisie comme des frères et des sœurs. Aimez-vous donc ardemment les uns les autres, d’un cœur pur.  23 En effet, vous êtes nés de nouveau, non d’une semence périssable, mais grâce à une semence impérissable, grâce à la parole de Dieu qui est vivante et qui demeure à jamais. 24 Car il est écrit : « Tout être humain est comme l’herbe, et toute sa gloire comme la fleur des champs ; l‘herbe sèche et la fleur tombe, 25 mais la parole du Seigneur demeure pour toujours. » (Esaïe 40.6-8)

Or, cette parole est celle de la bonne nouvelle qui vous a été annoncée.   

2.1 Rejetez donc toute forme de méchanceté, toute ruse, ainsi que l’hypocrisie, la jalousie et les calomnies. 

2 Comme des enfants nouveau-nés, désirez avec ardeur le lait pur de la parole de Dieu, afin qu’en le buvant vous grandissiez jusqu’au salut. 3 En effet, « vous avez goûté combien le Seigneur est bon. » (cf. Psaume 34.9)

L’œuvre fondamentale de Dieu

Pierre est passé du constat à l’exhortation, de l’indicatif : vous êtes, à l’impératif : faites ! Après la description de l’espérance vient l’invitation à vivre totalement cette espérance. Et c’est très important que ce soit dans ce sens-là ! C’est parce qu’on a reçu énormément en Christ, qu’on a une responsabilité. Mais l’initiative, la base, la source – c’est l’œuvre de Dieu. C’est en réponse à son œuvre que nous sommes invités à œuvrer.

Ces indicatifs de la foi sont tellement importants que Pierre les rappelle au milieu de ses exhortations :

1.15 Dieu qui vous a appelés

1.19 vous avez été délivrés par le sang précieux du Christ, comme celui d’un agneau sans défaut et sans tache. 

1.20 Dieu avait désigné [Jésus] pour cela avant même la création du monde

1.21 Dieu qui a ressuscité [Jésus]

1.22 Vous vous êtes purifiés en obéissant à la vérité

2.1 vous êtes nés de nouveau

2.3 puisque « vous avez goûté combien le Seigneur est bon. »

C’est Dieu qui a appelé, qui a pris l’initiative, c’est lui qui a œuvré à travers Christ, mort et ressuscité, pour que nous soyons délivrés, purifiés, de nos schémas stériles et destructeurs. Pierre parle d’un prix qui a été payé, par la mort de Jésus, comme une rançon versée pour nous faire sortir de ces dysfonctionnements internes et externes qui nous tenaient en otages. Mais l’image évoque aussi les anciens sacrifices juifs, qui montraient le besoin de couvrir les fautes, de purifier les taches de notre vie.

Même sans être familier des sacrifices, la pureté nous parle ! C’est la désinfection que l’on cherche avec le sacro-saint gel hydroalcoolique ; c’est la garantie d’éliminer 100% des bactéries avec l’eau de javel ; c’est l’eau pure, potable, que l’on peut boire sans réserve une fois qu’elle a été traitée chimiquement ou de manière naturelle, avec des bactéries. Dieu nous a désinfectés, traités, assainis – et son œuvre est tellement radicale, que la recevoir c’est comme naître de nouveau !

Déterminés à être saints

Mais naître ne suffit pas : il faut grandir ! On naît pour grandir, pas pour rester nourrisson… Le projet de développement, d’éducation, de croissance, pour le chrétien se résume en un mot : la sainteté. Devenir saints, pour ressembler au Dieu qui est saint. Refléter à notre façon les couleurs qui rendent Dieu si unique et merveilleux : juste, joyeux, aimant, lumineux, fidèle, véridique, pacifique, courageux, généreux… Au lieu de chercher des influenceurs sur les réseaux sociaux, Pierre nous invite à regarder au meilleur des modèles : le Christ, image parfaite de Dieu.

Quelle pression ! Mais comme toute croissance, c’est un processus… un processus où Dieu œuvre, mais qui compte aussi sur notre détermination.

Au v.13, soyez vigilants, tenez-vous prêts à agir – littéralement, mettez une ceinture à votre intelligence : à l’époque, les vêtements étaient larges et amples, et on mettait une ceinture pour sortir. Aujourd’hui : mettez votre manteau, vos baskets, ne vous effondrez pas sur le canapé, n’allez pas vous cacher au fond du lit, mais tenez-vous prêts. Soyez prêts à faire des efforts, pour vivre à fond votre espérance. Car il y a des efforts à faire pour refléter la grâce : comme les musiciens, la plus délicate des danseuses a passé des heures, des mois, des années, à s’entraîner pour interpréter le rôle de sa vie. Nous sommes appelés à refléter Dieu – c’est notre rôle ! mais pour que la grâce se déploie, il faut que nous soyons déterminés.

L’effort fondamental et continu, c’est de se détacher des schémas anciens, des traditions surfaites, des fonctionnements vides qui conduisent à notre perte. C’est ne plus se conformer – sans pour autant vivre dans une société parallèle. Mais au milieu des autres, tenir la ligne de l’Evangile implique de faire le tri et de renoncer à certains comportements, modes de pensées, objectifs de vie, qui sont incohérents avec la grâce, qui ne sont pas sain(t)s pour nous.

Et pour nous motiver à tenir la barre en situation d’exil, Pierre rappelle que c’est sérieux ! Dieu, le grand Dieu qui nous appelle « fils » et « fille », est aussi le Juge. Pour nous les deux images ne vont pas forcément ensemble, mais dans l’Antiquité, et même jusqu’au 19e s. en France, le père de famille fonctionnait un peu comme un juge des affaires familiales. Vivre avec la crainte de Dieu, ce n’est pas avoir peur de Dieu, c’est se rappeler qu’il est passionné et exigeant, qu’il souhaite le meilleur et le plus juste en toutes circonstances, et qu’il a tout donné pour que nous vivions autrement – on ne peut pas prendre à la légère son investissement.

Vivre d’amour et de Parole 

Sur le parcours de la sainteté, deux balises aident à nous orienter : l’amour et la Parole. [clic] L’amour fraternel, dans l’église, et la Parole de Dieu, au travers des Ecritures.

L’amour de l’autre résume ce qu’est la sainteté. Mais dans ce vaste amour du prochain, que nous sommes appelés à cultiver envers tous, et Pierre y reviendra plus tard, l’amour fraternel dans l’église a une particularité : c’est une aide. L’amour fraternel n’est pas juste la convivialité (qui nous manque tant !), c’est le vis-à-vis dont nous avons besoin pour être encouragés ; c’est partager nos défis, nos questions, nos luttes, nos rêves… veiller les uns sur les autres, nous soutenir, nous conseiller. L’église, même à deux ou trois, peut nous remotiver à vivre dans l’exil qui est le nôtre quelle qu’en soit la forme. Et lorsque Pierre évoque ce qu’il faut rejeter en tant que chrétien, il prend l’exemple des mesquineries de la relation, des rumeurs, du mépris, de l’égoïsme… tout ce qui peut fragiliser les liens de la communauté et nous isoler un peu plus.

Dans cette période de distanciation physique, les relations s’étiolent aussi – alors qu’on en a besoin ! Même si on ne peut pas cultiver beaucoup de relations, peut-être choisir une ou deux personnes de confiance avec qui partager à distance pour s’entraider à tenir le cap.

Etre saint, aimer… le défi est immense ! Si nous comptons sur nos propres forces, nous retomberons dans nos travers… Nous avons besoin d’une sève nouvelle, différente, qui nous aide à vivre dans la bonté et la justice de Dieu. Cette sève, elle vient de la graine de la Parole de Dieu, plantée dans notre cœur, arrosée par le Saint Esprit. Une Parole qui nous fait voir les choses autrement, qui nous révèle les plans éternels de Dieu, son caractère, son œuvre, ses projets pour nous et avec nous… qui nourrit en nous de bonnes dynamiques, qui clarifie les objectifs, qui encourage ou qui rappelle à l’ordre pour nous garder sur le bon itinéraire. Cette parole est fiable : c’est celle de Dieu, le Dieu éternel, vrai, permanent – les principes qu’elle livre sont toujours valables, applicables différemment selon les contextes, mais toujours sensés et sûrs.

 

Puisque vous avez goûté à la bonté de Dieu, à l’extraordinaire générosité de son pardon, à la liberté qu’apporte son regard de vérité, à l’espoir que fait naître le Ressuscité, tenez bon ! Ôtez les cailloux, arrachez les mauvaises herbes, arrosez et mettez de l’engrais, bref, cultivez, auprès du Seigneur, cette plante d’espérance qui porte de si beaux fruits, même quand la météo se fait rude.