Non à la discrimination !

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Lecture biblique : Galates 3.26-29

L’épître aux Galates n’est pas vraiment la plus diplomatique des épîtres de l’apôtre Paul… Il parle sans détour et dénonce avec fermeté ce qui doit l’être.

La question centrale, c’était de savoir s’il était nécessaire, pour tous les chrétiens, Juifs ou non, de respecter un certain nombre de principes de la loi de Moïse, notamment la circoncision. Paul doit recadrer les choses parce que la tendance était clairement en Galatie de demander aux croyants d’origine non-juive de se faire circoncire et de respecter un certain nombre de prescriptions juives.

Or, dès Galates 1.6 il dénonce cette attitude : « Dieu vous a appelés gratuitement par le Christ, et je m’étonne que vous lui tourniez le dos si vite pour aller vers un autre Évangile. » Et il va garder ce ton très ferme tout au long de son épître.

Notre texte constitue l’aboutissement de tout le raisonnement de Paul sur le rôle de la loi, en une affirmation radicale et absolue qui porte haut les valeurs de l’Évangile : « Il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. En effet, vous êtes tous un dans le Christ Jésus. »
Dans l’Église, pas de discrimination !

Ce qui est intéressant dans la formule du verset 28, c’est que le raisonnement de Paul jusqu’ici concernait exclusivement la question des Juifs et des non-Juifs. En Jésus-Christ, il n’y a plus de distinction à faire, tous ceux qui croient sont descendants d’Abraham, qu’ils soient Juifs ou non. Il aurait pu donc dire simplement : « Il n’y a plus ni Juifs ni Grecs car tous vous êtes un dans le Christ Jésus. » Mais il en tire une conclusion plus vaste : non seulement il n’y a plus ni Juifs ni Grecs, mais il n’y a plus non plus ni esclaves ni libres, il n’y a plus ni hommes ni femmes !

Si l’apôtre Paul se permet d’élargir son propos, c’est bien parce qu’il s’agit de l’affirmation d’un principe universel ! « Vous êtes tous fils de Dieu », « Il n’y a plus de différence… vous êtes tous un dans le Christ Jésus ».

Autrement dit : il ne doit y avoir aucune différence de traitement dans l’Église, aucune discrimination. Paul nous invite à un large accueil, sur la seule base de la foi en Jésus-Christ, manifestée par le baptême. Toute Église se doit d’accueillir sur cette seule base : ceux et celles qui partagent cette foi en Christ, ceux et celles qui sont en recherche ou en chemin vers cette foi en Christ. On accueille d’abord, de façon inconditionnelle. On pourra parler de théologie, d’éthique, de vie chrétienne, ensuite… Mais on accueille d’abord !

Et ce n’est pas toujours simple… La coexistence des chrétiens d’origine juive et non-juive était bien LE grand défi de l’Église naissante au Ier siècle. Mais d’autres discriminations étaient présentes dans la société de l’époque… et elles se retrouvaient dans les Églises aussi. A Corinthe, on reproduisait dans l’Église les différences sociales : chacun mangeait dans son coin sans se mélanger. Jacques reproche un peu la même chose dans son épître en dénonçant le fait qu’on accueillait bien les riches en leur donnant une place d’honneur et qu’on négligeait les pauvres.

Paul, dans notre texte, parle de la discrimination entre esclaves et hommes libres, ou entre hommes et femmes. Il s’agissait de fractures sociales fortes au temps du Nouveau Testament et elles se retrouvaient parmi les chrétiens. Mais l’apôtre Paul, au nom du principe universel qu’il souligne, affirme qu’elles n’ont plus leur place dans l’Église !
Dans l’Église, il y a encore des fractures…

Pourtant, l’exhortation garde toute sa pertinence aujourd’hui. Des fractures, il en reste dans l’Église.

Si la fracture Juifs/non-Juifs, ou esclaves/hommes libres ne nous concerne plus directement aujourd’hui, ce n’est sans doute pas le cas de la fracture hommes/femmes. Même si les choses ont évolué, la question demeure. Peut-on vraiment dire, aujourd’hui, qu’il n’y a dans les Églises aucune différence entre les hommes et les femmes ?

Vous me direz qu’il y a bien quelques textes dans le Nouveau Testament qui semblent restreindre l’implication des femmes dans l’Église, notamment concernant l’enseignement. Mais ces textes, peu nombreux, ne devraient-ils pas être lus dans le contexte culturel de l’époque et dans les circonstances de leurs destinataires ? Alors que notre texte, avec sa portée universelle, veut justement briser les fractures culturelles !

Et surtout, quand on considère plus largement le rôle assumé par des femmes dans le Nouveau Testament, on peut légitimement s’interroger sur la pertinence de leur interdire tel ou tel ministère. Elles sont les premiers témoins du Christ ressuscité, elles prophétisent dans les Églises, plusieurs sont appelées des collaboratrices par Paul, Priscille a instruit Apollos après sa conversion, Phoebé a le titre de ministre de l’Église de Cenchrées (Rm 16.1), Junia celui d’apôtre (Rm 16.7)… et tout cela dans un contexte culturel extrêmement patriarcal !

C’est par la suite, et malheureusement rapidement, que la domination masculine a fait faire machine arrière à l’Église… et pour longtemps !

Plus largement, il ne s’agit pas bien-sûr de suivre sans réfléchir les évolutions de la société. Il faut savoir résister et dire non quand il le faut, quand l’Évangile est en cause. Mais pourquoi les Églises devraient-elles être toujours à la traîne ? Lorsque Paul dit aux chrétiens de Rome : « Ne vous conformez pas au siècle présent », il ne leur dit pas « conformez-vous au siècle dernier » ! L’Evangile est le message du Royaume de Dieu, et c’est un Royaume en marche, pas un Royaume figé dans le passé.

On mesure mal à quel point l’affirmation de l’apôtre Paul ici résonne comme un coup de tonnerre dans le contexte socio-culturel de son époque ! Il est en avance sur son temps ! Et j’ai parfois l’impression qu’au lieu d’être un poste avancé du Royaume qui vient, l’Église a trop souvent été un poste retranché sur des combats d’arrière-garde…

Nous avons, en tant qu’Eglise, la responsabilité de manifester le Royaume de Dieu. Un Royaume dans lequel « il n’y a plus de différence entre les Juifs et les non-Juifs, entre les esclaves et les personnes libres, entre les hommes et les femmes. » Un Royaume dans lequel les relations sont différentes que dans la société, à cause du Christ, parce que nous sommes « tous un dans le Christ Jésus. » !
Conclusion

Je suis fasciné par la portée de cette affirmation de l’épître aux Galates. Le coup de tonnerre continue à résonner…

Pour reprendre, et prolonger, l’exhortation de Paul aux Romains, je dirais :
Ne vous conformez pas au monde présent… mais conformez-vous au Royaume qui vient.
Vivez l’Évangile, la même bonne nouvelle de salut pour tous, Juifs et non-Juifs, esclaves et libres, hommes et femmes… et j’ajouterais riches et pauvres, petits et grands, résidents et exilés, et la liste continue…

Non, l’Église ne peut pas être un lieu de discrimination. Ce serait une trahison du Royaume de Dieu. C’est le lieu où l’Évangile est proclamé et vécu, où la promesse est rappelée : « En croyant au Christ Jésus, vous êtes tous fils de Dieu. »

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