Tenez bon! Le Seigneur sera votre force (Ep 6.10-18)

Pendant l’Avent, nous attendons la venue de Dieu. Je vous propose de méditer le texte du jour, à la fin de la lettre de Paul aux Ephésiens, un texte qui nous donne des indications sur la manière dont nous devons attendre la venue de Dieu.

Lecture Ep 6.10-18

Nous sommes en guerre ! Voilà comment se conclut la lettre aux Ephésiens, une lettre où Paul met pourtant un fort accent sur la paix : Jésus-Christ nous réconcilie avec Dieu et avec les autres. En nous reconnectant chacun à Dieu, il nous reconnecte aussi les uns aux autres. La paix est donc une des principales victoires du christ, un bien que nous sommes appelés à nous approprier dans l’Eglise et à développer. Toutefois, Paul termine sa lettre avec une image apparemment opposée à la paix : celle du combat. Il appelle plusieurs fois les chrétiens à résister, en revêtant – et c’est là le point fort du texte – une armure complète qui nous permettra de tenir. Paul utilise là une image forte qui a pour but de marquer les esprits au moment de son exhortation finale et d’encourager les chrétiens dans le temps qui précède le retour du Christ.

1)   L’appel à tenir ferme dans la bataille spirituelle

Nous sommes en guerre. Paul nous invite à reconnaître que la vie chrétienne n’est pas un long fleuve tranquille, et que nous ne sommes pas en terrain neutre. Au contraire, nous rencontrons des obstacles, des adversaires, et nous devons prendre position dans le combat engagé. Quoi que nous fassions, nous y sommes, et nous avons besoin de nous préparer de manière adéquate.

Evidemment, nous pensons tout de suite aux combats que vivent les chrétiens de l’église persécutée dans le monde, pour qui la lutte est une réalité quotidienne et malheureusement difficile à nier. En creusant un peu, on peut penser aussi aux résistances discrètes mais réelles que rencontre la foi chrétienne dans la société occidentale d’aujourd’hui. Mais il me semble que Paul nous invite à ne pas être dupes : même dans l’hypothèse de conditions politiques ou religieuses optimales, aucun chrétien n’est exempté de ce combat.

En effet, Paul nous invite à voir plus loin que les adversaires en chair et en os, à voir plus loin que les difficultés ou les résistances que nous rencontrons : ceux face à qui nous devons résister ne sont pas en chair et en os, mais ce sont des adversaires spirituels : des forces très puissantes, des puissances de la nuit, des esprits mauvais, regroupés sous l’égide de l’adversaire principal qu’est le diable. Vous remarquerez que Paul ne se lance pas dans une description détaillée des différents démons, de leur organisation, de leur mode de fonctionnement, de leurs œuvres. A mon sens, ce qui ressort de cette liste, c’est surtout la variété des opposants, qui ont en commun le fait de lutter contre Dieu et ceux qui lui appartiennent. Paul nous pousse à reconnaître que chacun, dans son contexte, est engagé dans la lutte et doit faire face aux pièges du diable.

Il me semble qu’on n’a pas besoin d’aller dans le spectaculaire pour reconnaître ces méthodes de l’adversaire : ce peut être le mépris ou le rejet violent de notre foi chez les autres, mais aussi les doctrines qui nous détournent de la vérité de l’Evangile ou les tentations de commettre le mal (mensonge, vol, tromperie, etc.), ou encore, et c’est plus pernicieux, des situations apparemment innocentes, où nous tombons doucement dans l’indifférence, dans le ressentiment ou l’amertume, dans des situations où nous nous sentons dans notre droit et nous écartons, sans vraiment le voir, de la grâce qui a transformé notre vie. Personnellement, je reconnais que je n’ai pas besoin d’aller très loin pour tomber dans ces pièges-là…!

Face à ces stratagèmes, à la diversité des adversaires, et surtout à leur nature spirituelle, nous armer ne signifie pas mettre un gilet pare-balles ou acheter un fusil. Nous avons besoin d’être équipés sur le plan spirituel pour tenir bon, et Paul nous dirige vers le seul qui puisse nous rendre forts : Dieu. Le seul qui puisse nous permettre de résister, c’est Dieu, le Dieu décrit au début de la lettre, au ch.1 (peut-être un des plus beaux passages de la Bible), celui dont la puissance et la force spirituelle ont vaincu le mal, toutes les forces du mal, dans leur variété et leur hargne, celui qui a vaincu la mort en faisant ressusciter Jésus-Christ.

Pour nous battre contre les puissances spirituelles, nous devons nous ranger derrière un chef spirituel. Mais il ne faudrait pas se tromper : une forte inégalité réside entre les deux camps. En réalité, même si la bataille fait rage, elle est perdue d’avance, ou vaincue d’avance, depuis que Jésus-Christ est ressuscité. Le théologien Oscar Cullmann compare d’ailleurs notre situation à la situation de la France entre le débarquement des forces alliées en Normandie en 1944 et l’armistice signée en 1945. Le débarquement déclenche la victoire des Alliés, mais les combats durent encore presque un an et font des dégâts. C’est exactement ce que nous vivons : Jésus-Christ a remporté la victoire décisive et un jour, son royaume sera établi. Mais les adversaires ne se sont pas encore rendus et continuent de lutter, donc nous aussi.

2)   les moyens à disposition

Nous devons donc nous préparer, nous équiper, pour tenir bon en attendant la victoire pleine et entière de notre Seigneur. Paul résume, dans l’image mémorable de l’armure d’un soldat, les armes que nous avons à notre disposition.

Quelles sont-elles ? La vérité, la justice, la paix, la foi, le salut, la parole de Dieu. Ces armes nous les connaissons bien, car ce sont les grâces données au chrétien : la vérité révélée en Jésus-Christ, la justice offerte au croyant, la paix nous réconciliant avec Dieu et les autres, la confiance en Dieu en toutes circonstances, l’assurance d’appartenir à Dieu et la parole, la Bible, qui nous rappelle toutes ces vérités et nous apprend comment vivre avec Dieu. Toutes ces grâces ont déjà été citées par Paul : ce sont les fondements de la vie chrétienne, développés au fil des évangiles et des lettres des apôtres.

L’armure décrite a un rôle défensif : le grand bouclier protecteur, la cuirasse, le casque, mais il y a aussi l’épée (pas une grande, mais Paul fait référence à une petite épée maniable facile à emporter en toutes circonstances), et la ceinture qui porte normalement une petite arme. Les grâces de la foi ne sont pas seulement un abri antiatomique, mais elles nous rendent actifs dans la lutte.

Ces dons ne sont pas juste des outils que nous recevons pour résister, mais nous sommes appelés à nous les approprier pleinement. Par exemple, la justice que Dieu nous accorde en Jésus-Christ, nous sommes appelés à la pratiquer, à la mettre en œuvre concrètement dans notre vie. La parole de Dieu, ce ne sont pas seulement des versets à répondre du tac au tac, mais une révélation qui transforme peu à peu notre manière de voir et nous fait entrer dans les points de vue de Dieu lui-même. Et ainsi pour toutes ces grâces que nous recevons et que nous sommes appelés à mettre en œuvre dans notre vie.

Paul décrit une armure romaine, image classique du soldat de l’époque, mais en réalité, sa vraie source d’inspiration, c’est l’AT, et particulièrement le prophète Esaïe. On y lit que le Messie aura pour ceinture la justice et la fidélité (11.5) et sa parole sera une épée coupante (49.2). Dieu lui-même revêt la cuirasse de la justice et le casque du salut (59.17). Et ceux qui annoncent la bonne nouvelle de la paix sont bénis (52.7). Ainsi, l’armure que Paul nous propose, c’est l’identité-même de Dieu révélée à travers son Messie, Jésus-Christ, une identité que les enfants de Dieu ont pour vocation de s’approprier. C’est bien du Seigneur que nous tirons notre force, et bien plus !

Vous avez peut-être remarqué que ces dons ne sont pas particulièrement liés à la guerre, ils ressemblent davantage aux habits que nous devrions porter tous les jours ! à la vie normale du chrétien, de plus en plus proche de Dieu. Pour survivre, nous devons nous accrocher à Dieu et à la vocation qu’il nous donne. Pas besoin d’aller provoquer les adversaires ou de développer une stratégie particulière ! Notre préparation, notre équipement, c’est simplement de vivre en enfants de Dieu avec détermination et persévérance, demeurer dans le Christ vainqueur, nous enraciner toujours plus profondément en lui, c’est ainsi que nous pourrons tenir, fermement établis sur le roc, en sachant que la tempête se déchaîne. Enracinons-nous en Dieu, c’est en lui que nous pourrons tenir.

3)   L’importance de la prière

Demeurer, s’enraciner, s’appuyer, autant d’images d’une relation intime avec Dieu, que Paul encourage en nous appelant à la prière : « 18. Priez sans cesse. Faites toutes vos prières et vos demandes par l’Esprit saint ! » La prière n’est pas une arme supplémentaire, c’est le canal qui nous permet de recevoir les dons de Dieu, d’être en relation avec lui par le Saint Esprit. La prière conduit à demander à Dieu tout ce dont nous avons besoin pour chaque jour, pour tenir bon : nous ne sommes pas seuls dans le combat contre le mal sous toutes ses formes. Dans la prière, nous apprenons aussi à nous ranger derrière le Seigneur, à ne pas faire les fanfarons mais à le laisser intervenir dans notre vie, dans notre cœur. Dans la prière nous exerçons notre confiance en Dieu et nous nous ressourçons en nous rappelant l’immensité de son amour et de sa puissance. Enfin la prière nous met à l’écoute de Dieu et de ses projets pour nous, des directions qu’il nous conseille.

Dans ce cadre-là, l’intercession pour nos frères et sœurs chrétiens a une place importante. Dans d’autres textes, nous sommes invités à soutenir les chrétiens éprouvés, dans leur santé, leur foi, leur famille etc. à être solidaires les uns des autres, à nous encourager et nous consoler les uns autres dans les moments de faiblesse, de malheur, de difficultés. Ici, l’intercession est plus large : tous ont besoin de la prière. Même ceux qui apparemment ne rencontrent aucune difficulté, ceux qui paraissent forts ou bien ancrés dans la foi : puisque nous sommes impliqués dans la bataille, nous avons tous besoin du Seigneur pour tenir. Même celui qui est fort, qui marche bien, peut tomber ! Prier les uns pour les autres, c’est prier pour ceux qui vacillent, afin que Dieu les garde, et pour ceux qui tiennent, afin que Dieu les garde aussi ! Plus tôt dans sa lettre, Paul parle de l’église comme d’un corps où nous nous aidons les uns les autres à grandir, à progresser dans notre identité d’enfants de Dieu, à vivre avec Dieu. La prière est un moyen concret de nous édifier les uns les autres.

Conclusion

En conclusion, on peut dire que Paul nous invite à être vigilants, attentifs, lucides sur notre situation : le monde n’est pas encore apaisé, et la victoire du Christ à la croix suscite une résistance ultime de ceux qui ne veulent pas reconnaître Dieu comme Seigneur. Nous ne devons pas être dupes, mais pas morbides pour autant, ou craintifs : Dieu est déjà vainqueur, il nous a établis chez lui, et il nous donne quotidiennement toutes les grâces dont nous avons besoin. Notre rôle, dans cette période intermédiaire où nous attendons la proclamation universelle du règne de Dieu, c’est de développer avec détermination la nouvelle identité que Dieu nous donne en Jésus-Christ : une identité marquée par la vérité, la justice, la paix, le salut, la foi et la connaissance de la volonté de Dieu. Alors enracinons-nous dans le Christ, puisons en lui nos forces, nos motivations, nos valeurs, nos espoirs, laissons son Esprit nous pétrir à l’image de Dieu, et Dieu nous gardera, il nous protégera et nous conduira sur son chemin.

Une réflexion au sujet de « Tenez bon! Le Seigneur sera votre force (Ep 6.10-18) »

  1. Bonsoir frère, je suis très ravie et merci de m’avoir laissé le lien de ce blog, je suppose que nous pourrions d’avantage échanger sur la parole de notre Seigneur.
    Que Dieu vous bénisse.

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