Qui est enfant de Dieu? (Mt 21.28-32)

Je vous invite ce matin à méditer le texte du jour, dans l’évangile de Matthieu. Nous sommes à Jérusalem, dans la dernière semaine de la vie de Jésus, juste avant la Pâque. Depuis que Jésus est arrivé à Jérusalem, après avoir prêché dans tout le pays pendant plus de trois ans, la tension monte. Les responsables religieux du peuple voient d’un mauvais œil arriver ce fameux Messie, connu pour ses enseignements originaux et ses miracles. Ces responsables sont tellement troublés devant le comportement de Jésus qu’ils vont le voir et l’interpellent sur la légitimité de ses actes. Au nom de qui prétend-il révolutionner la foi juive ? A ce questionnement sur son autorité, Jésus répond par trois paraboles, et ce matin nous méditerons la première. Lecture

On donne souvent à ce court passage le titre de « parabole des deux fils ». Une parabole, c’est une petite histoire ou une comparaison tirée de la vie quotidienne, visant à faire réfléchir celui qui écoute. Jésus utilise énormément de paraboles pour enseigner, parce qu’elles lui permettent de marquer les esprits et aussi d’interpeller quand l’histoire s’écarte des sentiers battus et rebattus. Ces histoires, on peut les comprendre de plusieurs manières, c’est ce qui en fait la richesse. Avant de creuser les significations de cette histoire, clarifions ce à quoi Jésus fait référence. On imagine une petite ferme familiale, gérée par un père et ses fils. Un jour, le père demande à l’un puis l’autre de l’aider dans son travail. Les deux réagissent de manière inattendue : l’un dit non mais finit par se mettre au travail, l’autre dit oui mais ne bouge pas d’un pouce. Quel est le fils qui fait ce que son père désire ? quel est celui qui fait sa volonté ? on pourrait formuler un peu autrement : lequel des deux se comporte vraiment comme un fils ? lequel se révèle comme vraiment proche de son père ?

1)   Celui qui obéit : sens premier, évident

Le premier sens de la parabole, sa signification la plus évidente, c’est que celui qui se comporte vraiment un fils, est celui qui obéit à son père. Peu importent les belles paroles, ce qui compte c’est ce qu’on fait.

Dans la bouche de Jésus, dans sa ligne de pensée, le père en question, c’est Dieu. Les fils, ce sont tous ceux qui sont en relation avec Dieu, qui font partie de son peuple, qui sont proches de lui. Ce que le père de la parabole demande à ses fils, c’est de participer à son œuvre, à son travail, d’être ses partenaires. Ce que Dieu demande à ses enfants, c’est de vivre en partenariat avec lui, de prendre leur place dans l’œuvre de leur père, en connaissant les projets du père et en voyant comment les réaliser avec leurs moyens. Dieu s’attend à ce que ses enfants fassent sa volonté. Il ne s’agit pas d’une volonté tyrannique, mais plutôt du projet sain et équilibré que le créateur avait lors de la création et qu’il nous invite à nous approprier. Ce projet, ce n’est pas seulement un travail ponctuel, comme pourrait le laisser imaginer la parabole, c’est tout un mode de vie. Dieu souhaite que ses enfants s’approprient ses projets, ses valeurs, pour les mettre en œuvre à leur tour : par des paroles, des gestes, des pensées, etc. Ce qui est crucial, c’est d’être en accord avec Dieu, de vivre en tant qu’enfants de Dieu et non pas comme des fils rebelles qui ferment leur cœur à leur père.

Dans ce contexte spirituel, Jésus avertit que les apparences ne valent rien, qu’il ne s’agit pas de prétendre aimer Dieu ou lui laisser une place, mais qu’il faut le vivre vraiment. Il ne sert à rien de mettre des versets bibliques dans toutes les pièces de sa maison ou de n’écouter que de la musique de louange si au fond, on ne met pas en pratique ce que Dieu demande. Ce texte rappelle un enseignement que Jésus avait donné au début de son ministère : dans le sermon sur la montagne, Jésus dit : «  Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : “Seigneur, Seigneur”, qui entreront dans le Royaume des cieux, mais seulement ceux qui font la volonté de mon Père qui est dans les cieux. » Il y a un écho entre ces deux textes que la traduction que j’ai lue tout à l’heure n’a pas rendu. Quand le père s’adresse à ses fils, il leur dit à chacun : « Mon fils, va travailler aujourd’hui dans la vigne. » Il souligne le lien qui les unit, et qui précède sa demande. Le premier répond simplement : je ne veux pas. Le deuxième est bien respectueux : j’ai lu tout à l’heure « oui père j’y vais ». Dans le texte original la formulation est un peu différente, c’est : oui, Seigneur. En français, on ne dirait pas « seigneur » à son père (pas à ma connaissance en tout cas) mais en grec, on dit facilement « seigneur », ou « maître » à toute personne à qui l’on doit un respect particulier, comme le père par exemple – c’est le « yes, sir ! » qu’on entend dans le monde anglo-saxon. Le deuxième fils respecte le protocole, il paraît bien conscient que son père mérite le respect, il semble reconnaître l’autorité paternelle. C’est ce qui renforce le choc quand, finalement, il désobéit. Tous les titres respectueux qu’on donne à Dieu, les petits rituels par lesquels on lui rend honneur, ne valent pas grand-chose si on ne va pas plus loin, si on tient aux belles paroles, aux apparences. Dieu n’attend pas de nous une politesse superficielle, mais une véritable relation avec lui.

2)   Celui qui se repent

Les deux fils de la parabole évoquent deux réalités dans le paysage des croyants à l’époque de Jésus, ceux qui se considèrent comme enfants de Dieu. Il y a ceux qui pensent que leur vie est pure, bonne, en règle avec Dieu, que tout va bien, et qui se leurrent sur leur état spirituel. Il y a ceux au contraire dont la noirceur spirituelle est visible par tous, ils vivent en désaccord avec les valeurs de Dieu. Jésus interpelle ses interlocuteurs en leur rappelant que tous, d’une manière ou d’une autre, nous disons « non » à Dieu, que ce soit visible de tous ou caché. Dire non à Dieu, c’est une manière de décrire le péché. Avant même de commettre le mal, tous nous sommes, naturellement, rebelles à Dieu, notre père, notre créateur, notre seigneur. Ce « non » rebelle marque chacun de nous. Tous, nous sommes pécheurs. Aucun de nous ne vit en règle avec Dieu. Il y a ceux qui lui tournent le dos, et ceux qui restent face de lui mais dont les oreilles sont fermées.

Ce que Jésus sous-entend à peine, c’est que ses adversaires, les autorités religieuses juives, les pharisiens, sont comme le fils hypocrite : ils cachent leur rébellion, leur péché, sous une apparence pieuse et respectable. Toutefois, malgré leur orthodoxie apparente et leur bonne conscience, leur relation avec Dieu n’est pas réelle. Le problème, c’est qu’ils sont persuadés que tout va bien, et ne sont pas conscients du fossé qui les sépare de Dieu : ils ne vivent pas vraiment en enfants de Dieu. En face d’eux, il y a une catégorie de gens, que Jésus désigne sous le nom de collecteurs de taxes et prostituées. Les collecteurs de taxes étaient souvent considérés comme des voleurs. Collecteurs de taxes, prostituées, ce sont globalement les personnes de mauvaise réputation, considérées comme immorales, et absolument indignes de Dieu. Ces personnes-là, comme les meurtriers, les menteurs, bafouent la volonté de Dieu parce qu’ils pèchent. Dans l’esprit des pharisiens, ces gens-là ne sont pas proches de Dieu. Toutefois, certains d’entre eux se sont repentis, comme le fils rebelle.

Tous pécheurs, certains de manière plus évidente que d’autres. Tous en rébellion contre Dieu. Jésus à la fois remet les pharisiens bien pensants à leur place et démonte leur mépris des pécheurs repentis. Avec finesse, il réussit même à leur admettre eux-mêmes que les pécheurs repentis sont plus proches de Dieu que les hypocrites bien sages. Ils devaient être fous de rage d’être forcés d’admettre que ceux qu’ils méprisaient étaient plus justes qu’eux.

Il y a là bien sûr une exhortation à la repentance pour nous-mêmes : admettre notre péché et demander pardon à Dieu. Mais il y a aussi une exhortation à ne pas enfermer l’autre dans son passé, son style ou ses erreurs, et à se focaliser moins sur l’endroit d’où il vient mais sur l’endroit où il va. En reconnaissant que nous sommes tous logés à la même enseigne, et que nous avons tous autant besoin de pardon.

3)   Celui qui reconnaît la voix de Dieu

Cela étant, le repentir ne suffit pas. Il ne suffit pas de regretter le mal commis ou de se sentir imparfait, mais, pour vivre dans l’intimité de Dieu comme ses fils et ses filles, il faut reconnaître la voix de Dieu. On pourrait imaginer quelqu’un en voiture qui a conscience d’être égaré mais qui pour autant ne comprend pas les indications du GPS. Quand on sait qu’on n’est pas sur la bonne route, il faut trouver la bonne orientation.

C’est le sens de la référence à Jean Baptiste. Jésus dit aux pharisiens : « Jean-Baptiste est venu à vous, en montrant le chemin juste, et vous ne lui avez pas fait confiance. Pourtant les employés des impôts et les prostituées lui ont fait confiance. Vous avez bien vu cela, mais ensuite, vous n’avez pas changé votre cœur pour faire confiance à Jean ». Jean Baptiste, avant Jésus, invitait les foules à changer, à se repentir et à remettre Dieu au centre de leur vie. Son appel était urgent parce qu’il savait que le Messie allait venir. Le salut passe par les deux : renoncer au mal et accepter celui qui nous pardonne. Ceux qui ont répondu à l’appel de JB ont reconnu la voix de Dieu qui les invitait à se préparer pour l’arrivée du Messie. Le chemin juste qu’il propose, c’est le chemin du Christ.

Les pharisiens eux, ont rejeté JB. D’un côté ils ont refusé de reconnaître qui ils étaient vraiment aux yeux de Dieu, des rebelles, ils ont refusé d’admettre le problème et d’un autre côté, ils rejettent la solution : Jésus-Christ. Ils sont tellement sûrs d’eux, qu’ils échouent à entendre la voix de Dieu. Au contraire, ceux qui ont, en toute sincérité, accueilli le verdict de Dieu sur leur vie et accepté le remède – accepter le pardon que donne Jésus-Christ, ceux-là ont maintenant accès à une relation pleine avec Dieu.

Conclusion

Cette parabole, très marquée par la dispute entre les pharisiens et Jésus, nous livre un message d’espérance et de jugement. Peu importe la force avec laquelle vous avez dit non à Dieu, peu importe l’état dans lequel vous êtes, vous pouvez toujours revenir à Dieu en reconnaissant vos fautes et en acceptant le Christ comme sauveur : lui, il peut vous remettre sur la bonne voie, lui, il vous conduit vers Dieu. Cependant, peu importe qui vous pensez être, parce que si vous n’acceptez pas l’appel de Dieu, les belles paroles et les beaux masques sont inutiles.

Où que nous en soyons, cette parabole nous interpelle : sur notre relation actuelle avec Dieu, sur notre regard sur les autres, sur notre image de nous-mêmes. Encore aujourd’hui, elle nous invite à nous tourner avec honnêteté vers Dieu pour recevoir son pardon et entrer dans ses projets.

Une réflexion au sujet de « Qui est enfant de Dieu? (Mt 21.28-32) »

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