La foi d’Abraham (Une espérance qui transforme 1/4)

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Le fait que Dieu nous rejoigne vient, évidemment, transformer notre vie : sa présence, son amour pour nous, son soutien, ses promesses, nous ouvrent des perspectives nouvelles à la fois dans notre façon de voir le monde, et, du coup, dans notre façon de vivre dans ce monde.

Notre Union d’églises (Union des Eglises Evangéliques Libres de France) propose pour cette rentrée un parcours de méditations et prédications pour nous approprier, ou nous réapproprier, cette ouverture, cette largeur, cet horizon que Dieu vient insérer dans notre vie. On aurait peut-être parfois tendance à normaliser notre vie avec le Christ, à mettre notre foi dans une case, à côté des autres, mais la foi en Christ nous met en relation avec un Dieu vivant, vivifiant, qui ébranle nos petits systèmes pour nous faire entrer dans sa dimension à lui.

Et pour cette première semaine, le parcours se concentre sur l’espérance que Dieu nous donne, cet horizon nouveau dévoilé par la foi, à partir de la vie d’Abraham, le père des croyants, celui à partir de qui a commencé l’aventure du peuple juif, quelques 2000 ans avant Jésus-Christ, jusqu’à Jésus et donc jusqu’à l’Eglise. Avant de descendre cette semaine pour explorer tel ou tel aspect de son parcours et comment ça peut nous inspirer aujourd’hui, nous sommes invités à rester ce matin en surplomb, avec la vue d’ensemble de la foi d’Abraham, à partir d’un commentaire qu’en fait l’auteur de la lettre aux Hébreux,  dans le NT, qui s’adresse à des chrétiens au début de notre ère.

Un mot du contexte : l’auteur s’adresse à des chrétiens découragés. Découragés parce qu’ils subissent des pressions dans la société – de la part des autorités et puis de leur entourage qui voudrait les faire revenir à leur religion d’avant. Ils sont aussi découragés parce que, passé l’enthousiasme des débuts, ils ont l’impression de stagner avec le Christ, ça n’avance plus comme au début, et ils sont tentés soit de changer de spiritualité soit d’ajouter autre chose, un autre « module » spirituel, pour optimiser leur expérience. Evidemment, ce découragement peut nous toucher nous aussi, quand nous sommes coincés dans une situation où rien n’avance, quand on ne comprend pas ce qui nous arrive, quand on a l’impression d’être tiraillé entre deux mondes contradictoires, ou quand Dieu paraît silencieux… alors l’ardeur des débuts semble lointaine.

Dans la lettre aux Hébreux, l’auteur rappelle d’abord tout ce qui fait que le Christ est unique : il n’est pas un simple prophète, un prêtre, un grand maître, il est Dieu faisant irruption parmi les humains pour toucher notre vie – que pourrait-on y ajouter ? Et avant de conclure son argumentation, l’auteur rappelle à ces chrétiens découragés ce qu’est vraiment la foi, en s’appuyant sur les exemples des grands croyants juifs, de leurs ancêtres spirituels, qu’il relit évidemment dans une perspective chrétienne. Donc ce matin, nous lisons un extrait de cette argumentation concentrée sur Abraham.

Lettre aux Hébreux, chapitre 11

8 Par la foi, Abraham obéit quand Dieu l’appela : il partit pour un pays que Dieu allait lui donner en possession. Il partit sans savoir où il allait. 

9 Par la foi, il vécut comme un étranger dans le pays que Dieu lui avait promis. Il habita sous la tente, ainsi qu’Isaac et Jacob, qui devinrent tous deux héritiers de la même promesse de Dieu. 10 Car Abraham attendait la cité qui a de solides fondations, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur.

11 Par la foi, Sara elle-même, bien que stérile, fut rendue capable d’avoir une descendance, alors qu’elle avait passé l’âge d’être enceinte. En effet elle eut la certitude que Dieu serait fidèle à sa promesse. 

12 C’est ainsi qu’à partir d’un seul homme, Abraham, pourtant déjà en âge de mourir, sont nés des descendants nombreux comme les étoiles dans les cieux, innombrables comme les grains de sable au bord de la mer.

Pour nous parler de la foi d’Abraham, l’auteur va très vite : il ne cherche pas à tout raconter, il considère sûrement que son auditoire connaît plus ou moins sa vie, il ne s’appesantit pas non plus sur les moments peu glorieux (qui nous sont racontés dans le livre de la Genèse, parce que la Bible n’invente pas des super-héros : elle nous présente des hommes et des femmes ordinaires, touchés par un Dieu extraordinaire). Ici, l’auteur de la lettre aux chrétiens trace à grands traits ce qui pour lui est essentiel : comment la foi d’Abraham s’est manifestée.

Si vous voulez la version longue, vous pouvez lire la Genèse à partir du chapitre 12. Sinon, en version ultra-concentrée : Abram, un obscur Mésopotamien de 75 ans, marié, sans enfants, entend l’appel de Dieu à partir de chez lui – dans cet appel, il y a une promesse : Abram aura une descendance innombrable, un pays, un impact sur le monde, et surtout le soutien de Dieu qui fait alliance avec lui. Abram et Saraï étaient bien, là-haut, chez eux, ils avaient une vie bien cadrée – sans trop d’horizon mais bien cadrée. Ni une ni deux, Abram prend sa femme, ses troupeaux et il fonce – dans le désert. Pendant 24 ans, il attend l’héritier promis, et il finit par avoir un fils avec sa femme. Tout à la fin de sa vie, il arrive à acheter une toute petite parcelle du pays que Dieu lui montre, mais jamais il ne s’installe vraiment.

Pour résumer, c’est une vie dans la précarité, dans l’incertitude presque complète, sans assurance. Et c’est dans ce « moins » que va jaillir le « plus », un surcroît de bénédiction : pour eux, et pour ceux qu’ils rencontrent. En acceptant de laisser ce qui les rassurer pour Dieu en comptant uniquement sur lui, ils sont témoins des merveilles que Dieu est capable de mettre en œuvre. Ils ne s’appuient plus sur ce qui est rassurant au quotidien (et avec les récentes crises, on a vu, et on voit, que ce qui nous rassure au quotidien peut très vite s’effriter). Pour eux, la parole du Créateur a plus de solidité que le diamant.

L’auteur élargit ensuite :

13 C’est dans la foi que tous ces gens sont morts. Ils n’ont pas reçu les biens que Dieu avait promis, mais ils les ont vus et salués de loin. Ils ont ouvertement reconnu qu’ils étaient des étrangers et des gens de passage sur la terre. (l’auteur évoque des paroles d’Abraham qui se définit comme étranger et migrant Gn 23.4 alors qu’il campe sur la terre promise)

14 En reconnaissant cela, ils montrent ainsi clairement qu’ils recherchent un pays qui serait le leur. 15 S’ils avaient pensé avec regret à celui qu’ils avaient quitté, ils auraient eu l’occasion d’y retourner. 

16 En réalité, ils désiraient un pays meilleur que celui-ci et qui se trouverait dans les cieux. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelé leur Dieu ; en effet, il leur a préparé une cité.

Pour Abraham et sa famille, comme pour la plupart des croyants, la promesse de Dieu ne s’est pas accomplie de leur vivant – loin de là ! On aimerait tellement pouvoir définir la foi comme une connexion à un pouvoir supérieur qui nous donne des ressources démultipliées pour réussir notre vie, surtout dans un contexte culturel marqué par la performance, la consommation, l’optimisation…

En réalité, la foi ne fait pas de notre vie un paradis terrestre. Les anciens croyants, qui ont suivi Dieu avec conviction et persévérance, en sont témoins : être croyant ne garantit pas la satisfaction à 100%. On tombe malade, on est sujet aux accidents, on se fait blesser par d’autres, on se bat avec soi-même… sans arriver jamais au contentement plein, parfait, durable, parce que ce contentement n’est pas pour maintenant.

Pour Abraham et sa famille, la promesse de Dieu se représente comme un pays, une terre où s’installer et s’épanouir : pour vous ce n’est pas forcément un pays, mais ce qui vous permet de vous enraciner et de vous déployer, de vous sentir chez vous, assurés, confiants. Et cette promesse, l’auteur de la lettre la réinterprète à la lumière : ce terrain que Dieu promet, c’est ni plus ni moins que le bonheur, une terre marquée par la justice et la paix, l’égalité et la fraternité, l’honnêteté et la bonté. Même la terre que les descendants d’Abraham ont habitée n’avait pas cette qualité, et indique quelque chose de plus grand, une réalité qui ne peut venir que du ciel, que de Dieu, en qui tout est parfait !

Nous avons un pas d’avance sur Abraham : Dieu a commencé à poser les fondations en venant à travers Jésus. Jésus a montré à tous à quoi ressemble une vie juste, paisible, libre et généreuse ; il est mort, étouffé par la jalousie, la corruption, le mensonge de ceux qui l’entouraient, il est mort pour porter ce qui nous détruit, mais lorsqu’il est ressuscité, la justice et l’amour de Dieu se sont imposés pour toujours : son retour à la vie marque en quelque sorte le coup d’envoi du chantier –comme si Dieu était passé du plan à la réalité, en posant une belle dalle de béton.

Au milieu de notre quotidien imparfait, la parole de Dieu résonne pour décrire un projet d’architecture inédite (à grands traits, nous n’avons pas tous les détails… seulement la certitude que Dieu, le Dieu juste et aimant, tout-puissant, prépare ce monde auquel nous aspirons tous, si profondément, un monde équitable, où chacun peut se déployer dans la liberté et la joie, dans la solidarité). Ce plan, Dieu nous invite à le voir aujourd’hui, déjà, un peu, par l’imagination, par la foi, ce grand projet, pour déjà y participer à la mesure de nos moyens, pour y goûter – même un peu, mais un peu si délicieux qu’il éclipse des tonnes de fadeur.

Pour Abraham, faire confiance à Dieu et à sa promesse, c’était partir et planter sa tente, ici et là. C’était vivre le présent en se rappelant constamment la promesse d’avenir. Pour nous, c’est aussi vivre le présent – il ne s’agit pas de vivre dans l’illusion, de partir s’isoler dans nos rêves en attendant que Dieu nous réveille… Non, vivre le présent, mais en nous laissant inspirer par la justice et la paix que Dieu prévoit. Vivre à deux niveaux : le quotidien, fragile, partiel, frustrant – nous y sommes – et, par la foi, imaginer ce que Dieu prévoit, sa promesse, dont les fondations souterraines ne sont pas très visibles mais assurent la construction d’un monde enfin juste et bon.

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