Reprendre avec les bonnes priorités

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Comment s’est passé l’été pour vous ? … Et dans votre relation avec Dieu ? est-ce que vous avez eu des expériences riches et intenses (peut-être que vous étiez en colonie, dans un séjour chrétien, que vous avez lu un livre génial, visité d’autres églises pendant vos congés, ou vu Dieu dans des moments de stress, de changement…) ? ou est-ce que c’était plutôt déconnecté, en pointillé, le rythme étant plus décalé ?

La rentrée (scolaire mais pas seulement), c’est une période où l’on revient à un rythme plus habituel, plus régulier – et en même temps, c’est l’effervescence des redémarrages, des nouveautés, qui peut nous donner le tournis. C’est d’autant plus important de reprendre du bon pied, aussi d’un point de vue spirituel – un enjeu qui revient régulièrement même si on est chrétien depuis longtemps !

Comment repartir du bon pied, notamment dans notre relation avec Dieu ? Dans les Evangiles, qui racontent la vie de Jésus, se trouve une petite anecdote, une anecdote domestique, pas très spectaculaire, qui peut donner nous donner quelques indices en cette période de redémarrage.

Lecture biblique : Luc 10.38-42

38 Pendant qu’ils étaient en route, il entra dans un village, et une femme nommée Marthe le reçut. 

Jésus et ses disciples sont en route vers Jérusalem, et ils arrivent à Béthanie près de Jérusalem, là où vit Marthe avec sa famille. Là, l’auteur de l’Evangile fait un zoom sur Jésus, et sur cette femme qui l’accueille chez elle. On ne sait rien d’elle (est-elle mariée ?) si ce n’est son rôle de maîtresse de maison qui pratique l’hospitalité, si essentielle notamment dans les cultures orientales. Jésus va se lier d’amitié avec cette famille, et revient régulièrement chez eux. Ici, c’est sûrement la première rencontre.

 

39 Elle avait une sœur, appelée Marie, qui s’était assise aux pieds du Seigneur et écoutait sa parole. 

Voilà une scène paisible, touchante, de Marie aux pieds du Christ, dans l’attitude d’écoute qui caractérise le disciple : on imagine Jésus, assis devant, parlant de Dieu, expliquant la façon dont Dieu voit le monde, invitant à vivre autrement, avec plus de justice et d’amour, plus de confiance et de simplicité, et puis Marie (et sûrement d’autres disciples) assise par terre devant lui – c’est presque une carte postale, dans des tons pastels, qui illustre la posture du croyant : calme, proche de Dieu, proche du Christ, désireux d’apprendre pour mieux ressembler à Dieu. On pourrait l’afficher dans notre chambre pour nous encourager à la prière et à la méditation de la Bible.

Sauf que sous cette apparente simplicité se cache une sérieuse transgression des codes culturels : une femme a pris la position d’un disciple, assise comme une élève. Or à l’époque les femmes sont mineures juridiquement, elles n’ont pas accès à l’éducation, à la synagogue elles sont à part, elles ne prennent pas la parole, au Temple elles sont loin de tout… Leur rôle c’est de prendre soin du foyer, d’aider à l’entreprise familiale et éventuellement elles peuvent avoir une petite activité si c’est convenable. Elles ont essentiellement un rôle de support et de soutien envers leur époux.

Or Marie a soif d’écouter Jésus, tellement soif qu’elle vient se placer au premier rang dans la classe de Jésus : elle aurait pu écouter d’une oreille depuis la cuisine, ou se tenir discrètement dans un coin. Non, elle vient s’asseoir au premier rang. Et apparemment, Jésus ne dit rien. Il l’accepte, peut-être s’en réjouit-il, et nous nous émerveillons de son accueil au-delà des codes, des conventions : pour lui, l’essentiel c’est cette soif d’être proche de Dieu, peu importe le reste.

Or le texte nous emmène en coulisses :

40 Marthe, qui s’affairait à beaucoup de tâches, survint et dit : « Seigneur, tu ne te soucies pas de ce que ma sœur me laisse faire le travail toute seule ? Dis-lui donc de m’aider. » 

La sœur de Marie, en bonne maîtresse de maison, veille à la logistique du repas et de l’accueil : il y a du monde, et puis surtout elle veut honorer le maître spirituel dont tout le monde parle qui vient enfin chez elle ! Alors elle sort le grand jeu. Et elle aurait bien besoin d’aide… Déjà que c’est stressant ce genre d’invitations, alors si en plus sa sœur fait défection, c’est impossible à gérer !

Le texte est rapide, mais il faut prendre en compte le facteur temps : les frustrations montent, et comme a dit un prédicateur « il n’y a pas que les légumes qui chauffent !… ». Marthe finit par demander à Jésus d’arbitrer, et indirectement elle s’adresse à sa sœur, dont l’attitude la choque doublement : d’une part, elle se prend pour un disciple, d’autre part, elle ne fait pas son travail ! Si encore tout était terminé, bon, pourquoi pas ?

Marthe est complètement prise par son service, par le désir de bien faire les choses – pour faire honneur à Jésus bien sûr, et peut-être aussi pour tenir sa réputation d’hospitalité : combien de fois les femmes sont-elles jugées sur leur cuisine ?…

Ce désir de bien faire, nous l’avons aussi, bien sûr ! Pour notre famille (un parent qui travaille d’arrache-pied pour donner les meilleures chances à ses enfants), dans le travail, envers nos amis, pour l’église et pour Dieu aussi ! Il n’y a qu’à voir le temps important que beaucoup passent bénévolement dans divers services…

Cela dit, Marthe se laisse absorber par sa tâche au point de faire la demande que Marie arrête d’écouter Jésus, celui-là même qu’elle a invité parce que ses enseignements transforment la vie avec Dieu et donc la vie tout court. C’est un comble !! Elle veut tellement bien recevoir Jésus qu’elle finit par essayer de priver Marie de Jésus, au nom du service envers Jésus. C’est la maîtresse de maison que ses invités voient à peine, qui ne profite pas de leur présence voire qui les laisse seuls dans le salon – mais le repas est bon ! Comme le parent absorbé par son travail qui se retrouve déconnecté de sa famille, ou l’ami qui nous rend service mais qui s’agace vite sous l’effet du stress… L’absence, ou l’agacement, viennent corroder les bonnes intentions…

41 Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses. 42 Une seule est nécessaire. Marie a choisi la bonne part : elle ne lui sera pas retirée. »

Jésus ne rentre pas dans son jeu. Il reconnaît le stress de Marthe, il se montre attentif à ce qu’elle ressent et à ce qu’elle fait. Cela dit, tout en montrant du respect, il l’invite à prendre un peu de recul pour faire la part des choses : qu’est-ce qui est vraiment essentiel à ce moment-là ?

Vous remarquez qu’il ne fait pas la leçon : « oh la la, arrête de t’énerver ! » ou « mais c’est pas important tout ça, c’est qu’un repas ! » Sans être condescendant, il invite quand même à relativiser, mais d’une manière énigmatique : qu’est-ce que c’est que cette part, cette bonne part ?

Avant de m’attarder sur cette « part » choisie par Marie, remarquez que Jésus cautionne complètement le fait que Marie soit parmi ses disciples : femme, mais aussi esclave, étranger, enfant, marginal, pauvre, malade, personnalité sulfureuse, repris de justice, etc. – tous peuvent venir au Christ, peu importe le regard que la société porte sur eux ou le rôle dans lequel ils sont enfermés.

 

La « bonne part »

L’enjeu pour nous, comme pour Marthe, c’est de comprendre ce qu’est cette bonne part, afin de pouvoir la choisir dans notre vie quotidienne.

Il me semble que cette bonne part, celle qui ne peut pas nous être enlevée, c’est le fait d’être près de Dieu, près du Christ. Car lui est notre source, notre Créateur, notre rocher, notre inspiration. Marie se tient proche de Jésus, elle est avec lui, à son écoute.

Pour Jésus, la seule chose vraiment vitale, c’est d’être connecté au Dieu vivant, d’être tourné vers lui : si on a ça, ça ne veut pas dire que le reste ne compte pas, mais on a la base, on a l’essentiel qui permet de vivre le reste avec un certain équilibre. Et comme toute relation, cela nous demande un certain investissement, du temps, de l’attention… Avec Marthe, nous sommes vite tiraillés par mille sollicitations, certaines tout à fait légitimes, certaines même pour Dieu, mais avec le risque de nous occuper, préoccuper, au point de manquer de temps pour être avec Dieu.

Vous connaissez sûrement la parabole de la valise ? Si vous avez beaucoup d’affaires à prendre, ne mettez jamais les chaussettes en premier ! Vous mettez en premier les grosses choses, volumineuses, et ensuite vous calez avec chaussettes, sous-vêtements, peigne… sinon vous n’arriverez jamais à fermer la valise ! Peut-être connaissez-vous cette parabole avec l’histoire du bocal et des pierres ? C’est la même chose ! Et ça marche aussi avec les coffres de voiture, les cartables… Et les emplois du temps !

Alors comment ? Question qui revient sans cesse… C’est peut-être en se bloquant un moment dans la semaine où on est tranquille pour prier, lire la Bible, un café pris avec d’autres chrétiens pour échanger et prier, un livre de méditations qu’on parcourt le soir ou dans le bus… D’autres encore se mettent des petits réveils sur le téléphone pour se recentrer sur Dieu matin, midi, et soir.

C’est essentiel, car l’histoire de Marthe et Marie illustre bien que rien ne peut remplacer le fait d’être avec Jésus, avec Dieu. Même si on est pris par des choses importantes, même si on agit pour lui (et l’action, le service, l’obéissance font partie intégrante de la vie avec Dieu !), être avec lui est incontournable : faire pour lui ne suffit pas. La source et le but de ce que nous faisons, c’est d’être avec Dieu : sans cette relation comme source, on finit par s’épuiser, par agir par nos propres forces ; sans cette relation comme but, on se retrouve dans des situations paradoxales voire absurdes, comme Marthe qui veut accueillir Jésus mais qui ne le voit pas.

 

Cette priorité se vit au niveau du temps, mais ce n’est pas seulement une question de durée passée avec Jésus dans la journée ou la semaine… On pourrait aussi dire que c’est une priorité qualitative, c’est-à-dire qu’elle apporte une qualité, une orientation différente à tout ce qu’on fait, qu’on soit en train de prier ou pas ! Autant avec un être humain ou avec notre lit, on se retrouve à un endroit, à un moment, autant, comme Dieu est omniprésent, on peut se « brancher » sur lui quoi qu’on fasse… Un moine catholique à la fin du Moyen Âge a touché cela du doigt : il était constamment de service en cuisine, alors que les autres de la communauté priaient aux offices. Frère Laurent était donc très frustré, avec l’impression d’être privé de temps avec Dieu… Jusqu’au moment où il s’est rendu compte que Dieu était avec lui, dans sa cuisine, pendant qu’il épluchait les oignons et lavait les casseroles, et que passer du temps avec Dieu pouvait tout à fait se faire en même temps !

Alors on peut prendre des moments à part pour être avec Dieu, pour se reconnecter à lui, et emporter avec nous cette connexion… Même si on l’oublie à certains moments, on peut lever les yeux au ciel de temps en temps… pas par agacement, mais dans la prière ! Avant une discussion difficile, un rendez-vous important, au milieu d’une tâche laborieuse ou d’un trajet ralenti, rien que lever les yeux vers Dieu peut nous aider à changer de perspective… Rien que cette reconnexion nous permet de prendre du recul, nous rend disponible à Dieu pour qu’il parle, inspire, oriente, révèle… Et il le fait !

Conclusion

En tant que chrétiens, nous sommes appelés à une vie différente, infusée par la paix et la liberté de Dieu, son amour et sa justice… Cela commence par le fait de nous recentrer sur l’essentiel, en s’enracinant dans la prière et la présence de Dieu – et cela continue, quoi que nous fassions, car le Seigneur nous accompagne par son Esprit !

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