Disciples à plein temps ?

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Ce matin, nous commençons la campagne de rentrée proposée par notre Union d’Églises sur le thème : “Partout et tout le temps, suivre le Christ tout simplement”. J’ai participé à la formulation de cette thématique, et je l’assume. Mais je me dis quand même que c’est facile à dire et bien plus difficile à faire !

Suivre le Christ, est-ce vraiment si simple que ça ? Est-ce que vous trouvez que c’est facile de vivre en chrétien aujourd’hui ? On pourrait d’ailleurs élargir la question, que vous soyez croyant ou non : est-ce que vous trouvez que c’est facile de vivre au quotidien en cohérence avec vos convictions et vos valeurs ?

On a sans doute tous des convictions et des valeurs qui nous animent. J’espère que c’est votre cas ! C’est ce qui donne du sens à notre existence. Mais sans doute que, plus ces convictions sont fortes et plus ces valeurs sont élevées, plus il est difficile de les vivre et de les mettre en pratique. Parce que nos idéaux rencontrent la réalité, la réalité de notre monde et de ceux qui le composent, et il faut bien l’avouer aussi, la réalité de notre coeur, de notre volonté, pas toujours à la hauteur.

Évidemment, ce serait plus facile de vivre seulement avec ceux qui partagent nos convictions et nos valeurs. En l’occurrence, suivre le Christ serait déjà plus facile si ce n’était pas partout et tout le temps… Si on pouvait choisir les jours, les circonstances et les personnes avec qui suivre le Christ. Plus largement, si on pouvait côtoyer seulement ceux qui partagent nos valeurs et discuter seulement avec ceux qui ont les mêmes idées que nous, la vie serait tranquille !

Apprendre à vivre parfois en décalage voire à contre-courant, avec les frustrations, voire les souffrances que cela implique, faire face à la contradiction voire à l’opposition, ce n’est, certes, pas confortable… mais c’est incontournable, sauf à se retirer complètement du monde et vivre dans sa bulle. Et c’est une option que le croyant ne peut pas choisir, puisque le Christ envoie explicitement ses disciples dans le monde, pour être témoin de leur Seigneur.

Eh oui, nous sommes bel et bien appelés à suivre le Christ, partout et tout le temps.

C’est dans cette perspective que l’apôtre Pierre écrit à des croyants d’Asie Mineure. Et dans son adresse, il les désigne avec des termes qui peuvent surprendre au premier abord. Mais s’ils sont bien compris, ils restent pertinents pour nous aujourd’hui. Ils permettent même de dire comment nous sommes appelés à suivre le Christ, tout simplement.

1 Pierre 1.1-2
1 De la part de Pierre, apôtre de Jésus Christ.
À ceux que Dieu a choisis et qui vivent en immigrés, dispersés dans les provinces du Pont, de la Galatie, de la Cappadoce, de l’Asie et de la Bithynie. 2 Dieu, le Père, vous a choisis d’avance selon un projet qui est le sien ; il vous fait vivre pour Dieu, grâce à l’Esprit saint, pour que vous obéissiez à Jésus Christ et que vous soyez purifiés par le sang qu’il a versé.
Que la grâce et la paix vous soient données en abondance !
Les termes utilisés par Pierre pour décrire la situation des destinataires de sa lettre évoquent plutôt la précarité : ils sont immigrés et dispersés. Mais c’est pourtant ainsi que Dieu les a choisis (c’est affirmé deux fois dans le texte !), selon son projet.

Immigrés

Être immigré, c’est être dans une situation de précarité, qui peut certes s’améliorer avec les années, grâce à une intégration réussie, mais qui est souvent synonyme de difficultés multiples, d’incompréhension, de frustrations, voire de souffrance et de rejet…

On en parle souvent dans la Bible. Abraham et les patriarches étaient des migrants nomades. Et puis il y a eu l’Exode, avec la sortie d’Egypte et l’errance de 40 ans dans le désert, et aussi l’Exil, avec les 70 ans passées par les habitants de Juda en exil à Babylone.

Cet omniprésence du motif de l’immigration fonde les appels répétés à accueillir et aimer les immigrés, comme par exemple :

Deutéronome 10.19
Vous donc aussi, aimez l’immigré car vous avez été immigrés en Égypte.

Et s’il y a cet appel répété à aimer l’immigré, c’est que ce n’est pas forcément naturel… Hier comme aujourd’hui, le statut d’immigré est un statut précaire. Dans le Nouveau Testament, le motif est repris et compris de façon spirituelle : le croyant est un immigré ici-bas, il est seulement de passage sur Terre, en chemin vers sa patrie céleste.

Et c’est parfois aussi synonyme de difficultés multiples, d’incompréhension, de frustrations, voire de souffrance et de rejet…

Dispersés

Les destinataires de la lettre de Pierre sont non seulement immigrés mais aussi dispersés. Les provinces mentionnées ici étaient situées en Asie Mineure, la Turquie actuelle. Elles désignent sans doute des destinataires multiples d’une lettre appelée à circuler dans plusieurs Églises d’une même région. Bien que dispersés, ils reçoivent la même lettre, qui les désignent tous de la même manière : “ceux que Dieu a choisis” (dans les versions plus anciennes ont traduisait “les élus”)

On pourrait comprendre cette dispersion comme une faiblesse… Mais en y réfléchissant, j’ai pensé à une parabole de Jésus : la parabole du Semeur.

Luc 8.5-8
5 « Le semeur sortit pour semer du grain. Comme il semait, une partie des grains tomba au bord du chemin : on marcha dessus et les oiseaux les mangèrent. 6 Une autre partie tomba sur un sol pierreux : dès que les plantes poussèrent, elles se desséchèrent parce qu’elles manquaient d’humidité. 7 Une autre partie tomba dans les ronces qui poussèrent en même temps que les bonnes plantes et les étouffèrent. 8 Mais une autre partie tomba dans la bonne terre ; les plantes poussèrent et produisirent des épis : chacun portait cent grains. » Et Jésus ajouta : « Celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! »

Certes, quand Jésus explique cette parabole, il dit bien que la semence c’est la Parole de Dieu et que les différents terrains représentent les différentes façons d’accueillir ou non cette Parole. Mais qui sont les porteurs de la Parole du Christ aujourd’hui sinon ceux qu’il envoie, ses disciples ? Qui sont-ils sinon, au temps de l’apôtre Pierre, ces croyants dispersés dans les différentes provinces d’Asie Mineure ? Ils sont comme autant de graines que le Semeur jette et qui tombent dans différents terrains.

Cette dispersion peut donc aussi être perçue comme une chance d’être présent partout, “dans tous les terrains”. Dans notre contexte, on peut l’entendre sans doute comme le fait d’être dispersés sur nos lieux de vie, dans nos familles, sur nos lieux de travail ou d’engagement. Là où nous sommes dispersés, du lundi au samedi… Car c’est bien ce que nous sommes la plupart de notre temps. C’est une exception, et une exception heureuse, lorsque nous sommes rassemblés, comme ce matin. Mais la plupart du temps, nous sommes dispersés… et ce n’est pas un problème. C’est même tout à fait normal.

On peut même dire que dans une perspective biblique, on n’est pas dispersés par hasard ni même par nécessité. On y est envoyés par Dieu, pour y vivre en disciples du Christ !

Choisis

Le problème n’est pas d’être dispersés, c’est d’être isolé. Quand la dispersion résulte de l’éclatement ou du chacun pour soi, alors c’est difficile à vivre. C’est pour cela qu’il est essentiel de comprendre que nous sommes envoyés par Dieu sur nos lieux de vie. Ce n’est pas un éclatement subi, c’est ce que Dieu veut. Et on n’y est pas seulement pour soi mais pour les autres.

Car on peut être dispersés sans être isolés. On peut être dispersés et connectés ! Connectés les uns aux autres. Et on a plein de moyens de le faire aujourd’hui ! Et surtout connectés, ensemble, au même Dieu, qui est avec nous et qui nous unit dans un même appel.

C’est ce que Pierre souligne. Il y a bien une réalité qui unit tous ces croyants dispersés, c’est d’avoir été choisis selon le projet de Dieu. Il ne s’agit pas, ici, pour Dieu, de seulement connaître par avance ce qui va se passer. Dieu n’est pas un spectateur passif de l’histoire, même par avance… il est pleinement actif dans son projet. Et Pierre le souligne avec une formulation trinitaire : le projet du Père, l’oeuvre accomplie par le Fils à la croix et par le Saint-Esprit en nous. Dieu est tout entier, Père, Fils et Saint-Esprit, engagé dans la réalisation de son projet.

Le projet de Dieu, c’est nous !

Immigrés… nous sommes de passage sur cette Terre. Notre horizon s’étend au-delà de ce monde, au-delà de cette vie.

Dispersés… nous sommes envoyés par Dieu sur nos lieux de vie. Nous n’y sommes pas par hasard ou par nécessité mais parce que Dieu nous y envoie.

Choisis… nous sommes unis à Dieu et les uns aux autres. Bien que dispersés, nous ne sommes pas seuls.

En fait, pour faire encore plus court, on pourrait dire que le projet de Dieu, c’est nous ! Dans notre quotidien, nous sommes autant de graines semées par Dieu sur tous types de terrain, pour y porter la semence du Royaume de Dieu.

Et nous ne sommes pas dispersés seulement pour “prêcher la bonne parole”… mais pour vivre la Bonne Nouvelle. Cette Bonne Nouvelle, c’est Jésus-Christ mort et ressuscité. C’est Jésus-Christ vivant, pour toujours avec nous.

Bien-sûr, il s’agit aussi de dire cette Bonne Nouvelle, quand c’est le moment approprié. Mais avant tout, il s’agit de la mettre en pratique, à la maison, au bureau, sur les bancs de l’amphi, sur le terrain de sport… Il s’agit de la manifester concrètement, en laissant transparaître ce que produit l’Esprit de Dieu en nous et dont l’apôtre Paul cite une liste non exhaustive : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la fidélité, la douceur, la maîtrise de soi (cf. Galates 5.22)… Voilà une façon toute concrète d’être disciple du Christ au quotidien, partout et tout le temps !

Car être disciple de Jésus-Christ, ce n’est pas venir au culte le dimanche matin. Ou en tout cas pas seulement… C’est marcher avec le Christ vivant sur les chemins de notre vie, car il nous accompagne du lundi au samedi aussi. Car c’est alors que nous verrons si nous nous conduisons en disciples du Christ… Bref, si nous suivons le Christ, tout simplement.

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