L’expérience de la résurrection

https://www.youtube.com/watch?v=MlhR9jQDGHo

La résurrection du Christ étire notre imagination au-delà de ce que nous connaissons : comment ça s’est passé ? A quoi Jésus ressemblait-il ? Comment la mort, ce point commun qui nous unit tous, peut-elle être vaincue ? Comment est-ce possible ? Par la foi, nous passons du comment ?? au comment ! Quelle victoire ! Comme il est grand !

Et notre émerveillement se nourrit de ces questions… Nous sommes émerveillés parce que nous sommes toujours un peu surpris par la résurrection, et que nous ne pouvons pas en faire le tour, en épuiser le sens, en expliquer le processus.

Or l’émerveillement n’est pas juste un instant fugace, une parenthèse annuelle ou hebdomadaire dans un quotidien ordinaire. L’impressionnante résurrection du Christ est aussi une invitation, une invitation à laisser cette réalité inimaginable s’imprimer durablement dans notre vie.

Comme Jean, Luc nous raconte la 1e rencontre entre Jésus et l’ensemble de ses disciples. C’est un texte qu’on lit finalement assez rarement… Pour remettre dans le contexte, nous en sommes à la 3e apparition du Christ ressuscité. Dimanche matin, il apparaît aux femmes venues au tombeau. Dimanche dans la journée, il va à la rencontre de deux disciples périphériques (hors des Onze, le cercle rapproché de Jésus) en route vers le village d’Emmaüs. Ceux-ci, bouleversés par leur rencontre avec Jésus, se dépêchent de revenir à Jérusalem pour tout raconter au cercle rapproché.

Lecture biblique : Luc 24.36-49

36 Ils parlaient encore, quand Jésus lui-même se présenta au milieu d’eux et leur dit : « La paix soit avec vous ! » 

37 Ils furent saisis de crainte, et même de terreur, car ils croyaient voir un fantôme. 

38 Mais Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous troublés ? Pourquoi avez-vous ces doutes dans vos cœurs ? 39 Regardez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi et voyez, car un esprit n’a ni chair ni os, contrairement à moi, comme vous le constatez. » 

40 Il dit ces mots et leur montra ses mains et ses pieds. 

41 Comme ils n’arrivaient pas encore à croire, tellement ils étaient remplis de joie et d’étonnement, il leur demanda : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? » 

42 Ils lui donnèrent un morceau de poisson grillé. 43 Il le prit et le mangea devant eux. 

44 Puis il leur dit : « Quand j’étais encore avec vous, voici ce que je vous ai déclaré : ce qui est écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, dans les livres des Prophètes et dans les Psaumes, tout cela devait s’accomplir. » 

45 Alors il leur ouvrit l’intelligence pour qu’ils comprennent les Écritures, 46 et il leur dit : « Voici ce qui est écrit : le Christ souffrira, et ressuscitera d’entre les morts le troisième jour, 47 et l’on proclamera son nom devant toutes les populations, en commençant par Jérusalem ; on appellera chacun à changer de vie et à recevoir le pardon des péchés. 48 Vous êtes témoins de tout cela. 49 Et j’enverrai moi-même sur vous ce que mon Père a promis. Et vous, restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez remplis de la puissance d’en haut. »

 

La résurrection : une expérience concrète

La première partie du récit se concentre sur la rencontre entre Jésus et ses disciples.

Même s’ils savent que Jésus est ressuscité, entre l’entendre et le voir, entre l’idée de la résurrection et la réalité concrète, il y a un gouffre ! Ils croient voir un fantôme ! Tout se mélange : d’abord la peur, la terreur même, les doutes, la confusion… qui ne s’effacent pas tout de suite. Il ne suffit pas d’y croire pour avoir digéré la nouvelle ! Jésus insiste par deux fois : en montrant son corps, puis en mangeant un morceau. Il prend le temps de leur montrer que c’est vrai, oui c’est bien vrai, il est vivant !

Jésus insiste : ce n’est pas une fake news ! Il est vraiment ressuscité !

On l’éprouve (dans les deux sens !) depuis plus d’un an : la présence physique est le plus haut degré de réalité. C’est ce qui fait que les visio-conférences ou les appels téléphoniques sont bien, mais… moins que d’être ensemble. Ce sont des ersatz – dont on est reconnaissants, mais qui ne remplacent pas l’intensité de ce que l’on peut vivre ensemble, physiquement.

Jésus prend la peine d’insister sur la réalité concrète de la résurrection (touchez-moi, palpez-moi, regardez-moi mâcher ce poisson grillé) : la résurrection est complètement réelle – pas seulement sur le plan spirituel (comme si l’âme seule était concernée), ni sur le plan symbolique (comme une belle idée, l’image d’un nouveau départ). Touchez votre chaise (ou votre canapé !), touchez vos mains… Le Christ ressuscité est tout aussi réel.

Comme l’herbe au printemps perce le sol durci par l’hiver, le Christ a percé la mort pour en faire surgir une vie concrète, durable, appelée à fleurir et à porter du fruit.

 Une expérience à interpréter

Mais Jésus ne s’arrête pas à l’expérience : comme avec les disciples sur le chemin d’Emmaüs, il va « ouvrir leur intelligence » et leur montrer combien ce qu’il a vécu est en accord avec les prophéties juives. Les disciples sont perturbés par la surprise de voir Jésus vivant à nouveau, d’autant plus que sa crucufixion ressemblait un échec : condamné dans des conditions injustes, déshonoré et humilié, mis à mort comme la pire des ordures.

Jésus n’explique pas « comment », mais il rappelle pourquoi, il rappelle le sens de ce qui s’est passé. Tout ce qui est indigne de Dieu, tout ce qui est indigne de la vie pleine et entière que nous désirons au plus profond de nous, tout ce qui contrarie / tord / dévie / contredit ce que nous sommes appelés à vivre et à être – des bénédictions remplies de la bénédiction de Dieu – tout ce qui nous fait honte, nous vide, nous désoriente : la Bible appelle cela le péché, le nôtre individuellement, inscrit dans la distorsion de notre monde, qui ne tourne pas rond. Et le cœur de l’Evangile, la Bonne Nouvelle que Jésus annonce : Dieu ne nous a pas laissés écrasés par la souffrance, empêtrés dans nos travers, mais il est venu parmi les humains en plein milieu de ces situations de mort, jusque dans la mort elle-même, pour les porter à notre place. Lui, qui est digne de toute gloire, absorbe et couvre nos indignités. Par sa résurrection, il prouve qu’il a encaissé tous les coups de l’accusation, et qu’il se tient maintenant debout, victorieux. Qui d’autre pourrait nous relever et nous remettre en marche ?

La main bien réelle qu’il nous invite à toucher est une main tendue.

Mais il faut la saisir ! C’est le changement dont parle Jésus, parfois traduit « repentance », la « metanoia » / conversion/ demi-tour qui nous fait revenir vers Dieu, pour chercher auprès de lui notre salut, et non en nous ou autour de nous. Pour chercher celui qui est en haut, debout, et qui seul peut nous relever.

Dans ce mouvement, on renonce – à nos illusions, à notre orgueil mal placé, à nos pratiques toxiques – et on adopte : le Christ, sa perfection qu’il partage avec nous, sa connexion avec Dieu. La Bonne Nouvelle qu’incarne Jésus, c’est qu’il suffit de nous tourner vers Dieu pour qu’une nouvelle vie soit possible – ici-bas, et pour toujours, dans la présence et la paix de Dieu. Si nous avons la foi, la confiance en Christ, il percera tout ce qui est mortifère comme il a percé la mort au matin de Pâques. Aujourd’hui, demain, autant de fois qu’il le faut, pour que nous soyons reconnectés avec Dieu, comblés par son amour et sa paix.

Cette bonne nouvelle ne peut pas s’arrêter aux quelques disciples qui sont là ! L’humanité entière est empêtrée, écrasée, d’une façon ou d’une autre, plus ou moins, mais où que l’on regarde, aujourd’hui comme dans l’Antiquité, il y a besoin du secours de Dieu en Christ, d’un nouveau départ pour une vie nouvelle, façonnée par la justice, la vérité et l’amour (rien que ça ! mais c’est ce que Dieu promet, puisque c’est ce qu’il est !).

Alors que les disciples sont encore en train de raccorder les wagons, de digérer l’expérience et d’en saisir le sens, Jésus leur confie une mission : partager ce qu’ils ont reçu, cette promesse et cette invitation. Et pour porter ce message, il leur promet l’aide de Dieu lui-même, par son Esprit, qui leur donnera de l’intérieur sagesse et force, intuition et compassion.

Témoins ordinaires d’un Christ extraordinaire

C’est la spécificité de ce texte : Jésus envoie ses disciples comme témoins.

Qui est témoin ? Les disciples… ceux qu’on appellera apôtres, « envoyés », qui proclameront les premiers le message du Christ mort et ressuscité, celui qui accomplit les prophéties juives, celui qui répond aux besoins de tous.

Comment nous situer, nous, à leur suite ? Est-ce que seuls les pasteurs, missionnaires, évangélistes, sont témoins ? Même si les personnes qui ont ces ministères ont un rôle spécifique à jouer, tous les disciples sont appelés à être témoins. Le texte de ce matin nous donne plusieurs encouragements dans ce sens :

  • D’abord, les disciples sont normaux. Ordinaires. Sujets à la peur, au doute, à l’ambiguïté d’une joie qui se mélange aux questions. Les disciples sont des gens normaux, comme nous…
  • Et puis le champ de mission reste le même… Partout où nous allons, partout où nous vivons, nous côtoyons des personnes qui ont besoin de Dieu, et que Dieu appelle, qu’elles s’en rendent compte ou non.
  • Ce qui va nourrir leur témoignage, c’est l’expérience de la rencontre avec le Christ vivant. Même si nous n’avons pas touché Jésus ce fameux dimanche, peut-être que nous l’avons vu dans une vision ou un rêve, peut-être que nous avons été rempli de son amour immense, peut-être que nous avons été délivrés d’un poids qui écrasait nos épaules, peut-être que nous avons enfin trouvé un sens à notre vie… La façon dont Dieu communique avec nous aujourd’hui n’est peut-être pas visible, mais elle est forte et réelle.

Parfois nous hésitons à parler de notre foi, parce que nous avons peur des questions auxquelles nous n’aurions pas de réponse. Mais les premiers disciples n’ont pas réponse à tout, ils ont encore des doutes !… C’est de ce qu’ils connaissent, de ce qu’ils vivent avec Dieu grâce au Christ, qu’ils sont appelés à rendre témoignage.

  • A côté de notre expérience, deux éléments forment le trio gagnant : la Bible, qui consigne les Ecritures – les disciples seront convaincus par les Ecritures qui éclairent et donnent sens à leur expérience. On peut se méprendre sur un sentiment, un événement, une expérience : c’est la Bible qui nous aide à déchiffrer ce qui arrive.

Et puis le Saint Esprit, en nous, qui oriente, éclaire, convainc, soutient… Ce n’est pas notre force ou notre intelligence qui va bouleverser ceux qui nous entourent : c’est Dieu dans la puissance de son amour qui touchera les cœurs tourmentés…

Mais nous, nous pouvons être témoins de ce que nous avons vécu, de ce que nous avons compris grâce à la Parole de Dieu, confiants que Dieu lui-même par son Esprit nous souffle les paroles et les gestes par lesquels il veut rejoindre nos proches.

La résurrection du Christ est impressionnante… elle nous émerveille, bien plus, elle a vocation à s’imprimer en nous, sur nous, comme un tatouage lumineux qui recouvrirait peu à peu notre vie. Le support, c’est juste nous, ce que nous vivons avec Dieu – l’encre, Dieu la fournit, et le message aussi.

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