Libérer la parole

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Il y a parfois des sujets dans l’actualité qui nous touchent, nous interpellent ou nous scandalisent. Il y en a un qui a fait la une, alors même que la crise du Covid occupe presque toute la place médiatique. Vous en avez forcément entendu parler. Je pense à ces accusations d’inceste ou de violence sexuelle contre des personnes publiques parfois très connues.

La parole se libère depuis quelque temps, et c’est heureux, autour des questions de violences sexuelles et conjugales. On pourrait se dire, peut-être, que les temps changent…

Vous avez peut-être vu ces vidéos d’archives qui refont surface, pas si anciennes que cela, puisqu’elles datent des années 70 ou 80. Il y a par exemple ce micro-trottoir ou des hommes répondaient à une journaliste qui leur demandaient s’il leur arrivait de battre leur femme. Et certains disaient, devant la caméra, que ça leur arrivait… quand leur femme le méritait ! Ou cette vidéo d’une grande émission de télévision des années 80, autour de l’inceste, où un médecin disait que dans bon nombre d’incestes il y a quand même beaucoup de romantisme et de tendresse…

Voir ces images et entendre de telles affirmations aujourd’hui fait vraiment froid dans le dos… Il serait évidemment impossible de tourner de telles vidéos aujourd’hui. Mais le drame des violences sexuelles et conjugales a-t-il pour autant cessé ? Certainement pas !

La parole se libère, certes, notamment sur les réseaux sociaux avec différents hashtags, et les témoignages se multiplient, y compris dans des ouvrages publiés. Mais ça dérange, parce que le problème est toujours là…

Il y a aujourd’hui des scandales qui éclatent dans tous les milieux, y compris dans des Églises évangéliques… Encore très récemment, vous avez peut-être entendu ces révélations terribles et accablantes sur un célèbre pasteur et apologète américain, décédé l’année dernière, qui dissimulait un comportement de prédateur sexuel. Vous me direz peut-être que ça ne se voit pas trop en France, dans nos Églises… mais ne nous faisons pas d’illusion, j’ai peine à croire qu’on en soit complètement indemne.

Car tous les milieux sont touchés ! D’après une enquête récente, 1 français sur 10 dit avoir été victime de violence sexuelle durant son enfance !

Aujourd’hui en France, une femme meurt tous les 2 jours et demi sous les coups de son conjoint. Et la situation ne s’est pas améliorée pendant la crise sanitaire. Les signalements pour violence conjugale ont augmenté de 40% pendant le premier confinement, et de 60% pendant le deuxième…

Dans l’écrasante majorité des cas, les victimes de ces violences, sous toutes leurs formes, sont des femmes ou des enfants. Et les auteurs de ces violences, à une écrasante majorité, sont des hommes. Le problème est encore bien là… malheureusement.

Non seulement on ne peut pas rester insensible à ces drames mais nous devons être conscients qu’ils touchent aussi nos milieux. Nous avons forcément parmi nous, et autour de nous, des personnes qui ont été ou sont victimes de telles violences.

N’avons-nous pas quelque chose à dire en tant que chrétiens ? Qu’est-ce que la Bible nous dit sur ces questions ? Pour y réfléchir, je vous propose de lire une partie d’un récit que l’on trouve dans l’Evangile selon Jean, celui de la rencontre de Jésus avec la femme Samaritaine.

Voici le contexte. Jésus s’était rendu en Galilée. Alors qu’il était seul, ses disciples étant allé en ville pour acheter des provisions, Jésus rencontre une femme, seule elle aussi, venue chercher de l’eau à un puits, en plein milieu de la journée. Jésus engage alors un dialogue avec elle, et lui demande de puiser de l’eau pour lui. C’était déjà surprenant, étant donné l’inimitié qu’il y avait entre les Juifs et les Samaritains. Mais Jésus en profite pour parler d’une autre eau, spirituelle celle-là, dont tous, Juifs, Samaritains ou n’importe qui d’autre ont réellement besoin. Lisons la suite du récit, à partir du verset 13, dans le chapitre 4 de l’Évangile selon Jean :

Jean 4.13-30

13 Jésus lui répondit : « Toute personne qui boit de cette eau aura encore soif ; 14 mais celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif : l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. »
15 La femme lui dit : « Seigneur, donne-moi cette eau, pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus besoin de venir puiser de l’eau ici. »
16 Jésus lui dit : « Va, appelle ton mari et reviens ici. »
17 La femme lui répondit : « Je n’ai pas de mari. »
Et Jésus ajouta : « Tu as raison de dire que tu n’as pas de mari ; 18 car tu as eu cinq maris, et l’homme avec lequel tu vis maintenant n’est pas ton mari. Tu as donc dit vrai. »
19 « Seigneur, lui dit la femme, je vois que tu es un prophète. 20 Nos ancêtres samaritains ont adoré Dieu sur cette montagne, mais vous, les Juifs, vous dites que l’endroit où l’on doit adorer Dieu est à Jérusalem. »
21 « Crois-moi, continua Jésus, l’heure vient où vous n’adorerez le Père ni sur cette montagne, ni à Jérusalem. 22 Vous, vous adorez Dieu sans le connaître ; nous, nous l’adorons et nous le connaissons, car le salut vient des Juifs. 23 Mais l’heure vient, et elle est même déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père par l’Esprit qui conduit à la vérité ; car ce sont de tels adorateurs que le Père recherche. 24 Dieu est Esprit, et il faut que ceux qui l’adorent le fassent par l’Esprit qui conduit à la vérité. »
25 La femme lui dit : « Je sais que le Messie, c’est-à-dire le Christ, va venir. Quand il viendra, il nous enseignera toutes choses. »
26 Jésus lui répondit : « Je le suis, moi qui te parle. »
27 À ce moment-là, les disciples de Jésus revinrent ; et ils s’étonnèrent de le voir parler avec une femme. Pourtant aucun d’eux ne lui demanda : « Que lui veux-tu ? » ou : « Pourquoi parles-tu avec elle ? »
28 Alors la femme laissa sa jarre et retourna en ville, où elle dit aux gens : 29 « Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait ! Ne serait-il pas le Christ ? » 30 Ils sortirent donc de la ville et vinrent à la rencontre de Jésus.

Vous me demanderez peut-être : mais quel est le rapport entre ce récit et la question des violences sexuelles et conjugales ? Le lien, je le vois dans le dialogue initié par Jésus, qui permet une libération de la parole pour une femme en souffrance. Regardons cela plus en détail…

Changer de regard

Quel regard portez-vous sur cette femme lorsque vous entendez Jésus lui dire qu’elle a eu 5 maris et que l’homme avec lequel elle vit n’est pas son mari ? En “bon évangélique”, on pourrait avoir tendance à porter un regard accusateur sur elle. Eh oui, qu’est-ce qu’elle a bien pu faire pour avoir 5 maris successifs ? Et qu’est-ce que c’est que cette relation avec cet homme qui n’est pas son mari ? Ce n’est pas clair…

Mais pensez-vous vraiment qu’elle a choisi d’avoir eu 5 maris ? A l’époque, comment est-ce que ça se passait ? Qui avait tout pouvoir dans un couple pour répudier son conjoint, pour tout et n’importe quoi ? Les hommes, évidemment ! Les femmes, elles, ne pouvaient pas répudier leur mari…

Dans quelles conditions les choses se sont passées pour elle ? On ne le sait pas. On ne connaît pas son histoire. Jésus, lui, visiblement, connaissait son histoire. Et il ne la juge pas. Voyez-vous la moindre parole de jugement de la part de Jésus sur cette femme ?

Ca me rappelle un autre récit de l’Evangile selon Jean, le récit dit de la femme adultère. Mais elle n’était pas toute seule à être adultère, que je sache ! Ceci dit, on ne parle que d’elle… On ne dit rien de l’homme qui était au moins aussi coupable qu’elle ! Lui, la foule ne cherchait pas à le lapider. Et qu’est-ce que Jésus dit à la fin à cette femme ? Certes, il lui dit de ne plus pécher… mais il lui dit aussi “Moi non plus, je ne te condamne pas !”

Tout cela me fait un peu penser à ces arguments scandaleux qu’on entend encore parfois, à propos d’une femme violentée qui l’a peut-être un peu cherché, ou d’une femme violée qui aurait quand même dû faire attention à sa manière de s’habiller !

Et si nous changions notre regard sur la femme Samaritaine… à partir du regard que Jésus porte sur elle ?

Jésus connaît notre histoire

Revenons donc à ce dialogue entre Jésus et la femme Samaritaine. Pourquoi Jésus lui demande-t-il d’aller chercher son mari, d’autant que, visiblement, il connaît très bien son histoire ? Il sait parfaitement qu’elle vit avec un homme qui n’est pas son mari…

D’ailleurs, on peut s’interroger sur l’intention de Jésus. Vous remarquerez que la femme ne va finalement jamais chercher son “mari” ou l’homme avec qui elle vit. Et Jésus ne s’en soucie plus, il ne le lui redemande pas après leur dialogue. Donc, ce n’était pas vraiment la question…

Et si ce que Jésus dit à cette femme était là plutôt pour lui montrer qu’il connaît, justement, son histoire. Et qu’il connaît sa souffrance, sa honte, sa véritable soif.

Quand la femme dit à Jésus qu’elle n’a pas de mari, est-ce qu’elle joue sur les mots ? Est-ce qu’elle essaie de dissimuler à Jésus la réalité de sa situation ? Ou exprime-t-elle une souffrance, un constat d’échec ou de honte après ses 5 mariages successifs et sa situation actuelle compliquée ?…

Certes, en théorie, elle pourrait avoir été veuve 5 fois par exemple, et ça serait déjà une source de souffrance ! Mais ce qui est le plus probable, vu le contexte de l’époque, c’est qu’elle ait été répudiée 5 fois, et ça pouvait être pour n’importe quelle raison, même futile. Vous croyez que, si elle avait été volage et frivole, dans un village où tout se sait, elle aurait trouvé facilement des maris ? Il est tout à fait possible qu’elle ait été trimballée d’un mari à un autre… Et qui sait, l’homme avec qui elle vit l’accueille peut-être en secret, bien plus bienveillant envers elle que ses 5 maris successifs ?

Alors, certes, j’extrapole, on n’en sait rien parce que le texte ne nous en dit rien. Nous ne connaissons pas l’histoire de cette femme… Et c’est justement pourquoi nous ne pouvons porter de jugement sur elle. Jésus, lui, connaît son histoire. Et il ne la juge pas…

Une parole libérée

On ne connaît pas l’histoire de cette femme Samaritaine, mais on se rend bien compte qu’elle ne va pas bien. Pourquoi aller chercher de l’eau à midi, sinon pour être seule et ne croiser personne ?

Cette femme est peut-être bien un exemple d’une femme qui souffre en silence et qui cache sa souffrance. Elle porte avec elle le poids du silence et de la honte, des non-dits et des secrets qu’on cache. Mais Jésus y est sensible et veut lui apporter la consolation et l’espérance. Jésus permet, ici, une sorte de libération de la parole…

Car le dialogue que cette femme a avec Jésus montre qu’elle a une soif spirituelle évidente. Voyez sa réponse à Jésus : « Seigneur, donne-moi cette eau, pour que je n’aie plus soif et que je n’aie plus besoin de venir puiser de l’eau ici. »

Est-ce qu’elle n’a pas compris que Jésus parle d’une eau spirituelle ? Peut-être… Mais peut-être aussi qu’elle a compris que si elle découvre cette eau dont parle Jésus, une eau qui donne la vie éternelle, elle sera libérée, elle n’aura plus besoin de se cacher.

Et d’ailleurs, que se passe-t-il à la fin du récit (v.28-29) ? Elle laisse sa jarre et retourne en ville. Elle n’a plus besoin d’aller puiser l’eau au puits. Et elle ne se cache plus, elle va à la rencontre des habitants du village. Sa peur, sa honte n’est plus : “Venez voir un homme qui m’a dit tout ce que j’ai fait !”

Sa parole est libérée. Elle est, elle-même, libre comme elle ne l’a jamais été !

 

Conclusion

C’est vrai, je me suis permis quelques extrapolations face à ce récit… Mais le plus important, c’est l’attitude de Jésus envers cette femme Samaritaine. Sa compassion, son regard sans jugement
Le plus important, c’est aussi le chemin parcouru par cette femme. N’est-il pas évident qu’elle n’est pas la même au début et à la fin du récit ? Ne voit-on pas qu’elle est libérée d’un poids lié à des souffrances accumulées au cours de son histoire ?

Aujourd’hui encore, il y a beaucoup de femmes qui portent un lourd secret, qui souffrent en silence, à cause de blessures, de souffrances endurées. Elles ne parlent pas. Comme pour la femme Samaritaine, on ne connaît pas forcément leur histoire. Mais Jésus, lui, la connaît.

Elles ont besoin d’écoute, d’être prise en considération, de ne pas être cataloguée ou jugée.

Tous, hommes ou femmes, vous avez peut-être vos blessures, vos souffrances, le poids d’une histoire douloureuse. L’eau que Jésus vous offre est une eau bienfaisante. Déposez votre jarre, allez à la source de la grâce et de la bonté de Dieu, brisez le silence, soyez restaurés !

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