Croire, c’est attendre

https://youtu.be/Uw3ZDdrc_uE

Quand on regarde une crèche, on y voit les différents personnages qui entourent Jésus lors de sa naissance. Marie et Joseph, évidemment. Les anges et les bergers. Les mages, même si, normalement, ils interviennent plus tard…

Mais il y a d’autres personnages qui gravitent autour de la naissance de Jésus. Après les anges et les bergers, mais avant les mages, il y a deux personnages dont nous parle Luc dans son évangile. Ils rencontrent Jésus quelques jours après sa naissance, alors que ses parents l’amènent au temple pour la cérémonie de purification ordonnée par la loi de Moïse. Tous les deux sont âgés, l’une est une prophétesse nommée Anne, l’autre un homme dont on ne connaît presque rien, nommé Siméon. C’est sur ce dernier que nous allons nous arrêter ce matin.

Luc 2.22-32
22 Puis le moment vint pour Joseph et Marie d’accomplir la cérémonie de purification qu’ordonne la loi de Moïse. Ils amenèrent alors l’enfant au temple de Jérusalem pour le présenter au Seigneur, 23 car il est écrit dans la loi du Seigneur : « Tout garçon premier-né sera mis à part pour le Seigneur. » 24 Ils devaient offrir aussi le sacrifice que demande la même loi, « une paire de tourterelles ou deux jeunes colombes. »
25 Il y avait alors à Jérusalem un homme nommé Siméon. Il était juste, il honorait Dieu et attendait celui qui devait sauver Israël. L’Esprit saint était avec lui 26 et lui avait appris qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ envoyé par le Seigneur. 27 Inspiré par l’Esprit, Siméon alla dans le temple. Quand les parents de Jésus amenèrent leur petit enfant afin d’accomplir pour lui ce que demandait la Loi, 28 Siméon le reçut dans ses bras et bénit Dieu en disant :
29 « Maintenant, ô maître, tu as réalisé ta promesse :
tu peux laisser ton serviteur aller en paix.
30 Car j’ai vu de mes propres yeux ton salut,
31 ce salut que tu as préparé devant tous les peuples :
32 c’est la lumière qui te fera connaître aux populations
et qui sera la gloire d’Israël, ton peuple. »
Que sait-on de Siméon ? Pas grand chose, en réalité.

  • On connaît son nom, qui signifie en hébreu “qui a été entendu, qui est exaucé”. On peut dire qu’ici il porte bien son nom… Sa prière, devenue le cantique de Siméon, exprime sa joie de voir la promesse de Dieu se réaliser.
  • On comprend qu’il était âgé puisqu’il dit, au début de sa prière : “Maintenant… tu peux laisser ton serviteur aller en paix.” C’est bien la phrase d’un homme qui a attendu de longues années pour voir arriver ce jour !
  • L’évangéliste Luc nous dit que Siméon était juste et qu’il honorait Dieu, il attendait celui qui devait sauver Israël. On pourrait traduire ainsi, à partir du grec, ce que Luc dit de Siméon : “Il était juste et pieux, attendant la consolation d’Israël. » On pourrait donc dire que la foi et la piété de Siméon étaient caractérisées par l’attente.
  • Luc ajoute qu’il avait reçu l’assurance qu’il ne mourrait pas avant d’avoir vu le Christ, le Messie, de ses yeux. Comment a-t-il fait pour discerner le Messie dans ce petit enfant que ses parents amènent au temple, on ne le sait pas… Le texte biblique dit simplement que c’est inspiré par l’Esprit qu’il est allé dans le temple.

Si on devait résumer en une formule très courte le personnage de Siméon, on pourrait dire : Siméon, c’est un juste qui attend. Il apparaît dans l’Evangile comme le juste dont l’attente est récompensée. Et à ce titre, il me paraît pouvoir être à la fois un encouragement et une exhortation pour nous, dans le temps que nous vivons.

D’une manière ou d’une autre, tout le monde est dans l’attente aujourd’hui. On attend la fin de la pandémie, la fin des mesures sanitaires et leurs contraintes… et certains attendent le vaccin comme le Messie ! Mais l’attente est inquiète, parce qu’elle s’étendra peut-être au-delà d’une 3e vague épidémique, parce qu’on ne sait pas encore dans quel état sera le “monde d’après”, et quel impact tout cela aura sur nous, sur notre vie professionnelle, notre vie sociale… notre vie d’Eglise !

Comment, en tant que croyant, vivons-nous l’attente ? Fondamentalement, le croyant est dans l’attente. Et c’est même peut-être ce qui devrait le caractériser en premier : une foi vivante se manifeste dans l’attente. D’une certaine façon, croire, c’est attendre !

Croire, c’est attendre

Le croyant est en attente de Dieu, au quotidien. Il sait que tout lui vient de Dieu. Alors il attend l’accomplissement de ses promesses. Il cherche à le rencontrer, à l’entendre dans la prière et la méditation de sa Parole, à le voir dans les circonstances de sa vie. Il s’attend à Dieu, pour tous les aspects de sa vie. C’est cela, être croyant.

Ça ne veut pas dire qu’il restera les bras croisés et attendra que tout lui tombe du ciel. L’attente n’est pas de la paresse. L’attente chrétienne est d’abord l’assurance que Dieu se soucie de nous, et cette assurance nous met en marche, elle nous permet d’avancer. C’est sur la route, dans nos projets, au cœur de nos tâches du quotidien que nous nous attendons à Dieu, dans l’assurance de sa présence. Nous nous attendons à un lui parce qu’il marche à nos côtés, sur tous nos chemins. Cette assurance nous permet de vivre sereinement d’attente.

Cette attente active, elle se manifeste dans la vigilance. Ce n’est pas une attente contrainte et subie, comme quand on est en attente au téléphone, avec les 4 Saisons de Vivaldi en boucle jusqu’à ce qu’un conseiller soit disponible ! Le croyant attend, mais il reste toujours à l’écoute. Comme Siméon qui entend l’Esprit lui dire d’aller au temple. C’est une attente vigilante, pour être capable de discerner les signes de la présence de Dieu, les indices de ses promesses. Comme Siméon encore qui a su voir dans l’enfant amené au temple, le Messie promis. C’est dans l’attente que notre discernement est aiguisé. Nous en avons besoin pour apprendre toujours mieux à déceler la présence de Dieu dans notre vie. L’attente fait partie de notre apprentissage de disciples du Christ.

L’attente produit aussi la patience et la persévérance. Comme Siméon qui, enfin, voit la promesse qu’il a reçue s’accomplir devant ses yeux. Si l’attente est au cœur de notre posture de croyant, ça signifie que tout ne viendra pas tout de suite… La patience et la persévérance sont des valeurs clé du Royaume de Dieu. Des valeurs qui sont tellement peu dans l’air du temps, avec notre monde de l’instantané ! Un monde qui fait de nous des enfants gâtés qui veulent tout, tout de suite… et qui pleurent et crient quand ils n’ont pas ce qu’ils veulent.

En réalité, l’attente c’est la confiance. Être en attente de Dieu au quotidien, c’est lui faire confiance. Une confiance qui intègre l’incertitude et l’inconnu. Le croyant sait que ça fait partie de la vie… et il n’a pas de problème avec ça. Parce qu’il a confiance en Dieu qui veille sur lui. Cette confiance à laquelle nous sommes appelés se refuse à tout expliquer, à toujours vouloir trouver un responsable ou un coupable, à tout vouloir maîtriser. Autant d’obsessions que l’on voit se manifester aujourd’hui, dans le temps que nous traversons. Mais nous devons y résister, en tant que croyants. Celui qui s’attend à Dieu n’a pas besoin de tout expliquer et de tout maîtriser, il sait que Dieu reste aux commandes. Il ne doit pas céder aux discours simplistes, populistes ou complotistes. Et être un exemple de confiance.

Conclusion

Nous avons dit de Siméon qu’il était un juste qui attend. On a surtout parlé d’attente ce matin, moins de justice… Mais c’est justement en étant dans l’attente que le croyant devient un juste. Dans le langage biblique, un juste ce n’est pas quelqu’un de parfait et sans défaut, ce n’est pas un héros ou un saint. Le juste, c’est celui qui plaît à Dieu en s’efforçant de faire sa volonté.

Or, c’est bien dans la posture de l’attente que le croyant développe des qualités qui le rendent capable d’accomplir la volonté de Dieu. L’assurance, la vigilance, la patience, la confiance. Nous avons besoin de toutes ces qualités pour faire la volonté de Dieu et ainsi lui faire plaisir.

Siméon était un juste parce qu’il attendait Dieu. Aujourd’hui, au seuil d’une nouvelle année pleine d’incertitudes, comment attendons-nous le Seigneur ?

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