La honte!

Enfant, vous vous êtes sûrement déjà retrouvé dans la situation de ce petit garçon : par défi ou par maladresse, vous avez approché cet objet fragile qui s’est retrouvé par terre, brisé en mille morceaux. L’horreur, quand on voit le vase se casser !… On sait qu’on va se faire gronder, peut-être même punir, et quand on est enfant, c’est presque insurmontable ! Certains pleurent, d’autres accusent le chien, d’autres encore prennent le balai pour cacher les morceaux sous le lit – pas vu, pas pris !

Quand on se sent en faute, on a souvent envie de se cacher, de disparaître dans le sol – après une mauvaise note, quand on n’a pas encore fini le dossier urgent, quand on a dit un bourde ou pas fait ce qu’on aurait dû… C’est la honte ! Et la honte déchaîne toute une série de réactions, comme une spirale : même si on n’accuse plus le chien, au bas mot on baisse les yeux, ou on a recours à des demi-mensonges, on noie le poisson, ou on évite tout simplement ses parents/son chef/ son voisin…

Lorsque nous sommes en tort, par action ou par omission, nous sommes coupables. Il y a comme une dette, objective, qui s’inscrit sur notre ardoise. Et la culpabilité conduit, plus ou moins selon notre culture, à la honte. La honte, c’est cette conscience que la relation a été bousculée par notre culpabilité. La culpabilité est objective, alors que la honte est liée à la relation, au regard que l’autre a sur nous. La honte est liée à la peur de décevoir, la peur de blesser, la peur d’être accusé ou rejeté en bloc…

Culpabilité et honte sont liées, et ce depuis la première transgression, qui nous est relatée dans le livre de la Genèse. Lorsque Dieu crée le monde et l’humanité, il met une limite à la liberté humaine : ne pas manger de tel arbre, sous peine de mourir. Sous l’influence du tentateur, représenté par un serpent, Eve et Adam goûtent au fruit défendu. Ils découvrent alors qu’ils sont nus – et ce qui était innocent devient honteux : ils s’habillent pour cacher leur nudité. Puis Dieu entre en scène…

Lecture biblique : Genèse 3.8-13

8 Le soir, quand souffle la brise, l’homme et la femme entendirent le Seigneur se promener dans le jardin. Ils se cachèrent de lui au milieu des arbres. 

9 Le Seigneur Dieu appela l’homme et lui demanda : « Où es-tu ? » 

10 L’homme répondit : « Je t’ai entendu dans le jardin. J’ai eu peur, car je suis nu, et je me suis caché. »                   

11 « Qui t’a appris que tu étais nu, demanda le Seigneur Dieu ; aurais-tu mangé du fruit de l’arbre que je t’avais défendu de manger ? » 

12 L’homme répliqua : « C’est la femme que tu m’as donnée pour compagne ; c’est elle qui m’a donné ce fruit, et j’en ai mangé. »

13 Le Seigneur Dieu dit alors à la femme : « Pourquoi as-tu fait cela ? » Elle répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé du fruit. »

 

La spirale de la honte

Très vite, Adam & Eve glissent dans la spirale de la honte. Déjà, ils se couvrent, se cachant l’un à l’autre. Même s’ils sont complices dans la faute, la honte les atteint, avec l’impossibilité de rester nus, simplement tels qu’ils sont. Leur regard a changé et quelque chose s’est perdu.

Mais le pire, c’est quand Dieu arrive. Dieu ne vient pas de manière spécialement menaçante, mais il vient avec ce qu’il est : sa puissance, sa sainteté, son autorité. C’est le moment d’assumer les conséquences de ce qui a été commis. Bien souvent, lorsque nous commettons une faute, nous relativisons, nous minimisons la règle transgressée ou l’impact de notre acte… mais quand le chef arrive, toute l’ampleur de ce qu’on a fait nous saute aux yeux à nouveau.

Pour Adam & Eve, se présenter à Dieu est insurmontable, et ils partent se cacher. Evidemment, c’est peine perdue, devant Dieu ! Adam avoue sa peur, mais remarquez le demi-mensonge : « j’ai eu peur, parce que je suis nu. » Il est nu depuis le début ! Pourquoi devrait-il avoir soudain honte devant Dieu ? Quand Dieu l’interroge davantage, Adam accuse la femme, qui à son tour accuse le serpent. Ils contournent la vérité : la relation avec Dieu est brisée.

En réalité, la honte est normale, même bonne et saine : c’est comme l’ombre de la faute qui vient assombrir la relation. Imaginez que quelqu’un grille une priorité en voiture : il vous rentre dedans, et emboutit la moitié de la voiture. Choc de l’accident, retard probable sur votre journée, peut-être blessures, coût de la réparation, temps consacré à gérer l’incident etc. Imaginez que votre chauffard ne montre aucun scrupule : « oui, je vous ai embouti, et alors ? où est le problème ? » Et c’est un inconnu ! Plus la relation est forte, plus l’ombre de la faute est épaisse. Elle entame, et parfois brise, la relation, presque comme une double peine.

 

          L’attitude de Dieu

Mais comment Dieu réagit-il ? On saute souvent au jugement qu’il va prononcer, moins sévère que prévu d’ailleurs. C’est un jugement qui va matérialiser la distance et la rupture entre Dieu et l’homme.

Mais avant le jugement, regardez l’attitude de Dieu. Il sait déjà ce qui s’est passé. Pourtant il vient à la rencontre de ses créatures en faute, il vient leur parler, il leur pose des questions. Il leur tend des perches, comme autant de chances d’avouer, de demander pardon, peut-être d’envisager ensemble des solutions.

Lorsqu’on est en tort, on a l’impression que Dieu se détourne de nous, qu’il se cache, qu’il ne veut plus nous voir, comme s’il nous renvoyait dans notre chambre. Il y a d’autres moments où on peut croire qu’il se cache, dans les épreuves et les crises par exemple – le livre de Job par exemple explore ce qui ressemble à un silence de Dieu. En tout cas, quand on est en faute, on croit que Dieu ne veut plus de nous.

Pourtant, loin de se détourner, Dieu vient à la rencontre d’Adam et Eve, il part à leur recherche. Il ne déborde pas de colère ou de rage, mais il les écoute. Alors qu’il sait !

Il peut arriver que Dieu se cache ou se détourne de nous. Mais cette attitude de Dieu au jardin, après cette faute qui a tout déréglé en déchirant la confiance qu’il y avait entre Dieu et l’homme, cette attitude est révélatrice. Par défaut, Dieu vient à notre recherche.

Et j’en veux pour preuve que cette attitude se manifeste à nouveau à travers Jésus : en Christ, Dieu vient à notre rencontre, qui que nous soyons, quelle que soit notre indignité. Loin de nous renvoyer pour toujours, il est venu se promener dans notre monde. Il nous appelle par notre nom et nous invite à la vérité. Pas pour nous accabler de culpabilité ou pour nous rejeter, mais pour nous relever. Il vient avec grâce et bonté, comme lors de cette soirée fatidique.

Je prenais tout à l’heure l’exemple d’un vase brisé. Quand on casse quelque chose de précieux, quelqu’un doit rembourser. Lorsque nous péchons, nous offensons Dieu. Pourtant, il a décidé de payer lui-même la facture, en devenant un homme qui assume nos fautes dans sa mort, comme un grand frère. En Christ, Dieu couvre nos fautes et nos hontes pour réconcilier le monde avec lui-même…

J’aimerais explorer ce que ça implique par rapport à la honte et à nos relations, mais je vous invite à une pause, pour méditer sur cette grâce de Dieu, en Christ, avec un chant : « Devant le trône du Très Haut » JEM 739.

          Application n°1 : ne pas laisser la honte nous séparer de Dieu

Quand nous sommes en tort – et malheureusement ça arrive régulièrement, à moins d’avoir l’illusion que nous sommes irréprochables ! – quand nous sommes en tort, nous avons beau savoir que Dieu est plein de grâce, c’est encore ce vieux réflexe humain de nous cacher de Dieu qui ressurgit. Cette petite voix qui nous dit : « Tu ne peux pas prier parce que tu as fait ça… Tu n’es pas cohérent, donc tu n’es pas digne de prendre la cène… Tu vas aller au culte, tu vas chanter à Dieu des louanges ? mais regarde, tu es complètement décalé… Dieu ne veut pas de toi… » Et nous imaginons un Dieu déçu, en colère, un Dieu terrifiant. Et nous nous coupons encore plus de lui…

Lorsque nous sommes en tort, c’est normal et sain d’avoir honte. Ce qui me désole, dans ma propre vie et dans celle des autres, c’est que cette honte prenne le pas sur la grâce de Dieu. Qu’elle nous écrase, et nous sépare encore plus de Dieu. Oui, notre réflexe c’est de nous cacher, parce que nous sentons que nous avons offensé Dieu. Mais qui tire bénéfice de cette honte quand elle nous paralyse ? Pas nous… pas Dieu… l’Ennemi, oui, lui qui tente par tous les moyens de nous séparer de Dieu : il utilise nos fautes mais aussi notre honte, avec des accusations qui recouvrent la voix de Dieu.

Mais ce n’est que la moitié de la vérité… car en face de notre offense, il y a la croix. En face de notre honte, il y a la main tendue de Dieu, la main du Christ sur laquelle notre nom est inscrit avec amour.

Dans la Bible, Dieu nous invite régulièrement non pas à nous cacher, mais à revenir à lui, à répondre à ses appels, pour reconstruire. C’est la repentance : le fait de reconnaître nos torts devant Dieu, de reconnaître leur impact sur notre vie et notre relation avec lui, mais pour aller plus loin… pour reconstruire ensemble. Parce que Dieu est un Dieu qui reconstruit.

kintsugi 2

Au Japon existe l’art du kintsugi : c’est l’art de réparer les vases avec du fil d’or. On vend même des vases déjà brisés comme matière première ! Dieu est un maître en kintsugi : que le vase soit une chose, un événement, ou nous-mêmes, Dieu répare avec du fil d’or ce que nous avons cassé. Ce ne sera pas comme avant, mais la vie est possible.

Que notre faute soit derrière nous ou que nous soyons encore dans l’engrenage du péché, Dieu nous invite à nous tourner vers lui. A venir à lui en vérité, pour demander son pardon et son aide. Pour retrouver la joie de sa présence et nous remettre debout…

          Application n°2 : ne pas laisser la honte briser nos relations

Nous péchons aussi les uns contre les autres. Comment la grâce que nous expérimentons auprès de Dieu peut-elle transformer nos relations humaines ?

1/ Quand nous péchons, à quel point la honte nous paralyse-t-elle ? Je trouve la grâce de Dieu tellement libératrice ! Là où la honte remet tout en question, donne l’impression que tout est fichu, et pousse à la fuite, au mensonge, à l’accusation, la grâce de Dieu me rappelle que ma faute n’est pas plus grande que son pardon. Que mon péché n’est pas plus grand que son amour. Et, peu à peu, ça joue sur ma façon de gérer la faute : si Dieu me pardonne, qui m’accusera ? Si Dieu m’accueille, qui me rejettera ?

Prendre position face à la honte, ce n’est pas minimiser la faute, c’est refuser qu’elle ait le dernier mot. C’est demander pardon en sachant que notre vie ni votre valeur ne sont en jeu, et participer à la reconstruction. La grâce de Dieu nous apprend qu’il y a toujours un avenir, même quand tout semble bouché, et que c’est dommage, que c’est gâché, de nous laisser enfermer dans la honte.

2/ De l’autre côté, quand c’est l’autre qui est en tort, quel exemple de grâce offrons-nous ? Si nous sommes offensés ou blessés, est-ce que nous renvoyons l’autre dans un coin ? nous le rayons de la carte ?  Donnant l’impression que tout est fichu ?

C’est la question du pardon… Et Jésus nous invite à l’imiter lui, pas un Dieu imaginaire rempli d’indignation ! Lui, le Dieu qui vient à notre rencontre pour reconstruire avec nous…

Je pense en particulier à l’exemple que nous donnons aux plus jeunes dans nos familles, parce que c’est dans l’enfance que s’enracinent des fonctionnements de fond. Devant l’erreur ou la faute de nos enfants, petits-enfants, neveux, etc. est-ce que nous donnons l’impression que la culpabilité enfonce et écrase, qu’elle remet tout en question, que la relation est brisée ? Ou est-ce que nous donnons l’exemple d’un amour accueillant, généreux, d’une relation qui n’est pas mise en péril par la faute ? est-ce que nous prenons le temps de nommer et reconnaître les problèmes ET d’envisager des solutions ?

 

Le problème de la honte, c’est qu’elle nous fait croire que la voie est sans issue. Que c’est fini. Or, avec Dieu, il n’y a pas de fatalité. Dieu paie la facture, mais en plus il répare avec du fil d’or ce qui était brisé. Sa grâce, dès la première faute, surpasse notre péché. Quel que soit le vase brisé, rien n’oblige à ce qu’il reste cassé. Dieu reconstruit, Dieu relève ; même du pire péché mortel, il nous fait revenir à la vie… il l’a montré en Christ !

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