Un sel qui conserve (Vous êtes le sel de la terre 3/5)

Dans notre campagne de rentrée (« Vous êtes le sel de la terre »), nous explorons ensemble les différents sens de cette affirmation de Jésus. Vincent évoquait la semaine dernière le sel qui donne du goût aux aliments. Nous voyons aujourd’hui une autre propriété du sel : préserver. Bien avant les conserves qui datent du 19e  ou l’arrivée des réfrigérateurs et congélateurs a conservation par le sel est une des premières techniques humaines pour conserver les aliments – pour la viande, le poisson, ou encore les légumes (en saumure, vous connaissez la choucroute). Et aujourd’hui, même s’il ne faut pas manger trop salé, parmi la multitude de conservateurs et additifs douteux qu’on trouve dans les produits, le sel reste un conservateur naturel de choix. Vous êtes le sel de la terre. Vous, église, êtes l’additif qui conserve, qui préserve, le monde. Vous êtes des conservateurs – au sens chimique du terme ! Le E 3.16 ? d’après le verset de Jean 3.16 qui parle de l’amour de Dieu pour le monde ?

On peut relever au moins deux éléments « conservateurs » qui empêchent le milieu de s’abîmer. D’abord, la recherche personnelle de la sainteté : en luttant contre notre corruption naturelle, nous limitons les dégâts que nous pouvons faire autour de nous. Par notre éthique familiale, professionnelle, personnelle, nous pouvons favoriser la vertu, qui bénéficie forcément à la société. En respectant le code de la route, par exemple, vous contribuez à une meilleure sécurité dans les transports. Une autre façon d’être conservateur, c’est d’être constructif avec nos proches : de les encourager sur une voie qui soit bonne pour eux, en recherchant leur bien et non notre propre intérêt. Soutenir un ami, écouter un collègue, aider un camarade de classe, soulager un inconnu en lui rendant service – c’est aussi travailler à leur bien, et donc favoriser l’équilibre dans notre milieu ambiant.

Mais ces deux éléments évoquent notre impact sur notre entourage direct. On passe de « la terre » à « mon quotidien ». Il faut bien reconnaître que la Bible, AT & NT confondus, évoquent assez peu l’impact que nous pouvons avoir sur « le monde » au sens général – et c’est sûrement par souci pragmatique : notre zone d’influence est finalement assez petite, mais suffisamment importante pour constituer un défi de taille. Notre sainteté et nos relations sont déjà un immense chantier. Pourtant, dans sa première lettre à son collègue Timothée, l’apôtre Paul nous invite à voir plus loin, plus large, sur la façon dont nous pouvons favoriser le bien de notre monde.

Lecture biblique : 1 Timothée 2.1-4  

1 En tout premier lieu, je recommande que l’on adresse à Dieu des demandes, des prières, des supplications et des remerciements pour tous les êtres humains. 

2 Prions pour les rois et pour toutes les personnes qui détiennent l’autorité, afin que nous puissions mener une vie tranquille, paisible, respectable, dans un parfait attachement à Dieu. 

3 Voilà ce qui est beau et agréable à Dieu notre sauveur, 4 qui veut que tous les humains soient sauvés, et qu’ils parviennent à connaître la vérité.

  1. La prière, conservateur à large spectre

La façon dont nous pouvons favoriser l’équilibre de notre monde, sa non-corruption, ou en tout cas limiter sa corruption, c’est par la prière. Toutes sortes de prières, d’après Paul : de manière détaillée, variée, en fonction des situations ou des besoins. Par la prière, nous nous impliquons dans le projet de Dieu « anti-corruption ». Et ça c’est quelque chose qui nous dépasse : est-ce que Dieu attend vraiment que nous priions pour lancer ses projets ? Ca nous met un sacré poids sur les épaules, et puis ça voudrait dire que l’action de Dieu est aléatoire, qu’elle dépend de notre bon-vouloir de petits humains largement égocentriques. Ce ne serait pas très fiable !

Ca me paraîtrait dangereux d’imaginer que parce que je n’ai pas prié, telle chose n’arrivera pas, comme si c’était moi (ou vous) le déclencheur de l’action de Dieu. Et pourtant, les nombreuses invitations bibliques à la prière, pour soi et pour les autres, soulignent que Dieu a décidé d’intégrer nos prières dans sa stratégie.

Je ne sais pas comment ça marche exactement – c’est un mystère ! Dieu ne nous livre pas le dosage exact des ingrédients nécessaires pour élaborer son additif E 3.16… C’est une recette secrète ! Mais son action en fait partie, par son Esprit – et notre prière aussi : elle est indispensable. Par la prière, nous reconnaissons que Dieu peut agir ; par la prière, nous combattons spirituellement ; par la prière, nous nous alignons nous-mêmes sur Dieu et sur sa volonté. Nous adoptons peu à peu ses priorités, qui influenceront aussi nos façons d’agir.

  1. L’objectif : le salut de tous

Paul nous invite à prier pour tous. Oui, prier pour « tout le monde dans le monde », comme dirait Numérobis dans Astérix & Obélix mission Cléopâtre…  L’objectif de Dieu, c’est de sauver le monde – E 3.16 ! non pardon, Jean 3.16 : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que ceux qui croient en lui ne se détruisent pas mais vivent pour toujours. Tout s’abîme en ce bas monde, mais dans ce règne de corruption, le Christ ressuscité introduit la possibilité d’une conservation éternelle. Même mieux, d’une transformation qui surpasse ce que nous pouvons connaître ici : la plénitude de la vie avec Dieu, sans mal ni mort.

Par le Christ, Dieu veut atteindre le monde. Il veut que tous les humains soient sauvés. Certains s’appuient sur cette phrase pour imaginer que « nous irons tous au paradis »… Mais ce n’est pas tout à fait l’esprit biblique ! Dieu souhaite offrir à tous son amour et la joie d’une relation avec lui, la joie de connaître la vérité, le sens de notre vie, de notre monde. Mais ce n’est pas parce qu’il lance l’invitation à tous qu’il force tout le monde à entrer dans le moule : notre adhésion personnelle, notre accord, notre confiance, est une étape incontournable, comme une signature sur un contrat.

A mon avis, Paul ici ne parle pas vraiment de l’extension quantitative du nombre des sauvés, il nous rappelle plutôt l’ampleur du projet de Dieu. Nous ne savons pas qui va croire, qui recevra avec foi la bonne nouvelle de cette vie nouvelle que le Christ permet. Dans cette indétermination, par défaut, prions pour tous ! Puisque notre meilleur ami autant que le criminel le plus endurci peuvent tout à fait répondre à l’appel de Dieu, puisqu’un Français athée autant qu’un bouddhiste vietnamien peuvent se tourner vers lui, prions pour tous ! Parfois, nous sommes pris au piège de nos préjugés, et nous imaginons que certains plus que d’autres pourront rencontrer Dieu. L’exemple de l’apôtre Paul – persécuteur des chrétiens, puis apôtre parmi les plus zélés – devrait nous rappeler que toute personne est susceptible de se laisser bouleverser par Dieu.

L’objectif de Dieu, ce n’est pas l’église… c’est le monde ! Même si l’église est le lieu où Dieu agit de manière particulière, même si dans l’église nous apprenons ensemble à vivre avec lui, ne rétrécissons pas nos perspectives aux limites de notre communauté ou même du peuple actuel de Dieu. Laissons l’objectif de Dieu élargir notre perspective.

  1. La place des autorités

Enfin, Paul accorde une mention particulière aux grands de ce monde : autorités politiques, mais je pense qu’on peut y ajouter les grands acteurs économiques et technologiques de notre temps. Tous ceux qui ont une influence directe sur la marche du monde.

On pourrait se demander si c’est vraiment Paul qui a écrit cette lettre : inviter à prier pour que les autorités nous garantissent une vie tranquille, ça ne lui ressemble pas ! Lui qui a couru partout, et qui a tant été persécuté ! A travers ses souffrances et sa persévérance, il a encouragé de nombreuses personnes à se tourner vers le Christ – un exemple qui se retrouve dans les témoignages des chrétiens persécutés aujourd’hui : face à la difficulté, la foi ne peut pas s’endormir, et sa vigueur rayonne d’autant plus.

Une première piste, c’est de rappeler que si l’Eglise peut s’attendre à être persécutée (Jésus nous a prévenus maintes fois), elle ne souhaite pas la persécution. Tout comme le chrétien peut s’attendre à souffrir, à être tenté, attaqué, éprouvé, sans rechercher toutefois volontairement l’épreuve et la souffrance. Dieu ne nous invite pas au masochisme. Prier pour une vie tranquille, c’est prier pour des conditions favorables à l’exercice de notre foi : pouvoir nous rassembler en église, parler du Christ en toute liberté, témoigner, vivre notre piété.

Mais aussi dans l’éthique, pour pouvoir agir d’une façon cohérente avec notre foi. Si la société nous pousse à un mode de vie contraire à notre foi, nous serons sans cesse en dilemme, et vivre avec justice deviendra compliqué : j’ai entendu plusieurs confier leurs difficultés quand un chef demande par exemple de falsifier un rapport. Prier pour une vie tranquille, c’est aussi prier pour pouvoir vivre en accord avec la volonté de Dieu.

Mais je pense aussi à une deuxième piste : prier pour que dans le monde, les conditions favorisent le chemin de nos contemporains vers Dieu. A l’époque de Paul, le simple réseau routier (administré par les autorités romaines) a été un atout considérable : Paul a pu voyager relativement vite et dans une relative sécurité. A l’époque de Luther, (on le voyait hier avec le groupe Aventure Formation) le travail de Gutenberg dans l’imprimerie a permis la diffusion des traités de la Réforme et des Bibles enfin traduites en langues vernaculaires. Plus récemment, malgré la crise sanitaire, les moyens techniques permettent à des personnes en recherche d’accéder à davantage de contenu chrétien sur internet.

Nous pouvons aussi prier et œuvrer, pour que soient limités les facteurs de destruction du monde qui désagrègent nos sociétés et fragilisent nos contemporains. Parmi beaucoup d’exemples : se préoccuper du problème écologique aujourd’hui, de la biodiversité au réchauffement climatique, ce n’est pas pour préserver à tout prix la planète telle qu’elle est. Mais derrière ces changements se dessinent des sècheresses, des terres appauvries, des migrations économiques, des maladies, des conflits, etc. : Dieu peut parler dans ce contexte, mais on part en quelque sorte de plus loin, avec des personnes davantage blessées, malmenées, fragilisées, déracinées. Paul nous invite ainsi à prier pour que Dieu exerce sa grâce envers tous, une grâce minimale, qui permette de recevoir 5/5 le message de l’Evangile lorsqu’il leur parvient.

barque

Sur cette image, on peut voir une barque au milieu d’une tempête en mer. La barque pourrait être l’église, et la tempête l’état de notre monde. Nous pouvons prier pour que notre barque tienne le choc jusqu’au port. Un peu plus large : prier aussi pour rejoindre tous ceux qui sont à l’eau, avant qu’ils ne se noient. Plus large encore : prier pour que dans la tempête, les forces de ceux qui nagent soient renouvelées, que des bouées de sauvetage leur soient lancées en attendant le canot, que des phares s’allument, que les rafales se calment afin que les messages de secours ne se perdent pas dans le vent.

Oui, le champ de prière est immense, c’est d’ailleurs une des choses qui nous découragent de prier pour la paix, pour le monde, etc. Nous n’en portons pas personnellement l’entière responsabilité, mais si chacun d’entre nous prie pour un domaine ou l’autre, après les infos du soir par exemple ou en traversant la ville, avec une vision large, pour les peuples, les autorités, les situations, afin que la paix de Dieu rejoigne nos contemporains, alors notre monde aura un bon additif.

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