Apprendre de nos épreuves

Le peuple d’Israël est à un moment charnière de son histoire, au terme des 40 ans de traversée du désert, et juste avant d’entrer dans le pays promis. Nous sommes entre un temps d’épreuve et un temps de bénédiction. Et Dieu dit à son peuple : vous avez traversé une longue épreuve, mais vous y avez appris beaucoup :

Deutéronome 8.1-3
1 Veille à mettre en pratique tous les commandements que je te transmets aujourd’hui ; ils vous permettront de vivre et de devenir un peuple nombreux. Vous pourrez alors prendre possession du pays que le Seigneur a promis à vos ancêtres. 2 Souviens-toi de la longue marche que le Seigneur ton Dieu t’a imposée à travers le désert, pendant quarante ans ; il t’a ainsi fait rencontrer des difficultés pour te mettre à l’épreuve, afin de découvrir ce que tu avais au fond de ton cœur et de savoir si, oui ou non, tu voulais observer ses commandements. 3 Après ces difficultés, après t’avoir fait souffrir de la faim, il t’a donné la manne, une nourriture inconnue de toi et de tes pères. De cette manière, il t’a montré que l’être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu

Ensuite, Dieu évoque l’abondance qui attend son peuple dans le pays promis. Mais il les avertit : votre épreuve est certes terminée, mais attention, un autre danger vous guette.

Deutéronome 8.11-14,17-18
11 Prends bien garde ensuite de ne pas oublier le Seigneur ton Dieu en négligeant d’obéir à ses commandements, à ses règles et à ses décrets que je te communique aujourd’hui. 12 Tu auras de quoi te nourrir abondamment, tu construiras et habiteras de belles maisons. 13 Toutes tes possessions – troupeaux, argent, or – augmenteront. 14 Alors tu deviendras orgueilleux, au point d’oublier que le Seigneur ton Dieu t’a fait sortir de l’esclavage d’Égypte. (…)
17 Tu penseras alors que tu as atteint la prospérité par toi-même, par tes propres forces. 18 Souviens-toi que c’est le Seigneur ton Dieu qui te donne les forces nécessaires pour atteindre cette prospérité, et il confirme ainsi, aujourd’hui encore, l’alliance qu’il a conclue avec tes ancêtres.

Ce texte souligne, en fait, qu’il peut sortir du positif des temps d’épreuve que nous traversons mais qu’il y a aussi de vrais dangers dans les temps de bénédiction.

N’est-ce pas le cas pour nous aussi ? Notre vie est faite de temps d’épreuve et de temps de bénédictions. Certes, dans des proportions différentes pour chacun… et nous ne le comprenons pas toujours. Mais cette alternance existe bel et bien, et les mêmes dangers nous guettent.

Deux questions se posent alors à nous : comment faire pour que nous apprenions de nos épreuves ? Et comment faire pour que nous ne tombions pas dans le piège de l’oubli quand tout va bien, ou même quand tout va mieux ?

 

Apprendre de nos épreuves

Comment apprendre de nos épreuves ? La question est légitime mais la réponse n’est pas évidente. Il n’y a pas de recettes, pas de solution toute simple… ça se saurait ! Et surtout, il faut vraiment faire preuve de prudence dans ce que l’on affirme. C’est tellement facile de dire à quelqu’un qui traverse une épreuve que Dieu est en train de lui apprendre quelque chose (si possible en citant Romains 8.28 !)… ou pire de lui dire directement : “voilà ce que Dieu veut te dire par cette épreuve” ! On peut faire de terribles dégâts avec une telle attitude.

Notre texte peut nous donner quelques clés pour adopter la bonne attitude. Un premier élément intéressant, c’est le “souviens-toi” du verset 2. Il laisse entendre que c’est souvent après coup, avec un peu de recul, qu’on comprend pleinement ce que l’on a pu apprendre d’une épreuve traversée. Quand on est au coeur de l’épreuve, c’est beaucoup plus difficile… voire impossible. Pour apprendre de nos épreuves, le facteur temps est essentiel. Et il n’y a pas de honte à dire “je ne comprends ce qui m’arrive, pourquoi Dieu permet-il cela dans ma vie ?” Les psaumes de la Bible sont remplis de telles questions !

Que peut-on donc apprendre d’une épreuve ? Je vois deux pistes dans notre texte. D’abord, au verset 2 : “(Dieu) t’a fait rencontrer des difficultés pour te mettre à l’épreuve, afin de découvrir ce que tu avais au fond de ton cœur…”

Dans l’épreuve, on apprend d’abord sur soi-même.

L’autre piste se trouve au verset 3 : “De cette manière, (Dieu) t’a montré que l’être humain ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.”

Dans l’épreuve, on apprend aussi sur notre relation à Dieu, notre dépendance, notre besoin de lui.

Voilà donc peut-être les deux questions à se poser, si nous voulons apprendre de nos épreuves :

  • Qu’est-ce que cela m’apprend sur moi-même ?
  • Qu’est-ce que cela m’apprend sur ma relation à Dieu ?

Et il ne faut pas se tromper de question, comme par exemple : Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ce qui m’arrive ? Est-ce un jugement ? Une punition ? Ça, c’était l’attitude des amis de Job, qui prétendaient qu’il avait forcément commis un péché qui expliquait l’épreuve qu’il traversait. Qu’il se repente à tout irait mieux ! Or ils avaient tout faux ! Et Dieu le leur a bien dit..

Mais à la fin de son histoire, Job a appris sur lui-même et sur sa relation à Dieu. Il me semble qu’on peut l’entendre ainsi dans ce qu’il dit, la dernière fois qu’il prend la parole : “Oui, j’ai parlé de ce que je ne comprends pas, de ce qui me dépasse et que je ne connais pas.” (Job 42.3) et un peu plus loin : “Je ne savais de toi que ce qu’on m’avait dit, mais maintenant, je t’ai vu de mes yeux !” (Job 42.5)

Job a appris sur lui-même, notamment sur ses limites. Et il appris sur sa relation à Dieu, désormais c’est comme s’il le voyait de ses propres yeux.

 

Le piège de l’oubli

S’il y a un danger à se laisser submerger par l’épreuve, il y a aussi un danger quand tout va bien, ou même simplement quand tout va mieux ! Le risque, c’est d’oublier…

“Prends bien garde ensuite de ne pas oublier le Seigneur ton Dieu en négligeant d’obéir à ses commandements, à ses règles et à ses décrets que je te communique aujourd’hui.” (v.11)

Quand tout va bien, on peut facilement oublier ce qu’on a vécu, oublier ce que Dieu a fait, oublier Dieu, tout simplement. Et même s’attribuer tous les lauriers !

“Alors tu deviendras orgueilleux, au point d’oublier que le Seigneur ton Dieu t’a fait sortir de l’esclavage d’Égypte.” (v.14)

Quand je suis fort, c’est aussi un danger pour moi. Dans la détresse, forcément, on se sent vulnérable… et on comprend bien notre besoin de Dieu. Dans l’abondance, on se sent fort. Quand tout va mieux, on peut se dire : “eh bien, finalement, ce n’était pas si terrible que ça…” Et on oublie que Dieu nous a accompagné et qu’il nous a fait traverser l’épreuve.

Alors comment ne pas tomber dans le piège ? Il faut se souvenir, encore et toujours…

“Souviens-toi que c’est le Seigneur ton Dieu qui te donne les forces nécessaires pour atteindre cette prospérité, et il confirme ainsi, aujourd’hui encore, l’alliance qu’il a conclue avec tes ancêtres.” (v.18)

Il y a une constante, qui ne change pas, alors même que notre vie est faite de hauts et de bas, de temps d’épreuve et de bénédiction, et cette constante, c’est Dieu, sa présence et son action dans nos vies. Alors il faut s’en souvenir, toujours.

Et il s’agit aussi d’obéir à ses commandements. Pourquoi ? Pour rester dans la dépendance de Dieu, même quand tout va bien. En réalité, ça demande un effort de notre part. La tendance naturelle est à l’oubli… D’où la nécessité d’une discipline au quotidien. Un peu comme le sportif qui doit s’astreindre à un entraînement afin de garder la forme pour le jour du match ou du combat, ou comme le musicien qui doit faire ses gammes pour être au niveau le jour du concert. Et cela même si l’entraînement ou le fait de faire ses gammes, ce n’est pas ce qu’il y a de plus drôle… c’est indispensable.

Pour le chrétien, faire ses gammes, c’est prier, méditer la Bible, avoir une vie d’Eglise… et pas seulement quand on en a envie ! C’est justement pour cela qu’il faut une certaine discipline. Faut-il rappeler que, pour le chrétien, prier, méditer la Bible et avoir une vie d’Église, ce ne sont pas des options facultatives, à la carte, en fonction de nos envies du moment ? C’est le b.a-ba de la vie chrétienne, qui nous garde en bonne forme spirituelle pour affronter les épreuves et rester vigilant en toute circonstance.

Conclusion

Comment faire pour que nous apprenions de nos épreuves ? Et comment faire pour que nous ne tombions pas dans le piège de l’oubli quand tout va bien ? C’est à chacun d’y répondre, et surtout n’essayons pas de répondre pour les autres ! Je terminerai donc juste avec quelques questions :

Si vous êtes dans l’épreuve, ou si vous en sortez à peine, je vous laisse avec ces deux questions :

  • Qu’est-ce que cela m’apprend sur moi-même ?
  • Qu’est-ce que cela m’apprend sur ma relation à Dieu ?

Et si tout va bien pour vous aujourd’hui, je vous laisse une autre question :
Quel est mon “entraînement” au quotidien, est-ce que je “fais mes gammes” ?

C’est en se posant les bonnes questions qu’on aura les bonnes réponses !

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