Dieu est amour. Vraiment?

Dieu est amour… Cette notion est centrale chez les chrétiens, et même au-delà : combien de fois ai-je entendu, chez des gens qui professaient ou pas le christianisme, « Dieu est amour, donc il aime tout le monde ! Dieu est amour donc… ceci ou cela ne le dérange pas ! » Dieu est amour… Peace and Love ! Je me demande même si cette notion n’est pas à la racine de certaines révoltes spirituelles : si Dieu est vraiment amour, comment comprendre les événements choquants (les injustices, les maladies, les crises, les catastrophes)? Ne serait-ce pas moins douloureux de croire que Dieu n’existe pas que de croire qu’il n’aime pas?  Un Dieu sans amour, c’est intellectuellement mais spirituellement révoltant.

Mais à quoi ressemble cet amour ? L’amour fait partie de ces mots de vocabulaire un peu galvaudés auxquels chacun donne une définition variable. Dans une discussion avec Nicodème, un Juif religieux, Jésus en vient à donner lui-même une définition de l’amour de Dieu, dans ce qui est devenu un verset phare de la foi chrétienne.

Lecture biblique : Jean 3.16-18.

16 Oui, Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que toute personne qui croit en lui ne périsse pas mais qu’elle ait la vie éternelle. 

17 Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. 

18 Celui qui croit au Fils n’est pas jugé ; mais celui qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au Fils unique de Dieu. 

Plutôt qu’un juge, un sauveur

Jésus oppose l’amour de Dieu au jugement. Puisque Dieu aime, il ne juge pas. Lorsque nous disons « Dieu est amour », c’est souvent pour répondre au jugement. Au jugement des autres sur nous – mais Dieu, lui, n’est pas comme ça ( !). Au jugement que nous portons sur nous-mêmes, à notre culpabilité – et là c’est parfois plus difficile de se convaincre de son amour pour nous, quand nous avons honte de ce que nous avons fait et que nous avons du mal à nous aimer.

Dieu connaît tout de nous. Quel regard porte-t-il sur nous ? En fait, il y a un jugement de la part de Dieu, parce que Dieu voit les choses comme elles sont, avec justesse et justice. Pour toute la tolérance que nous professons de nos jours, nous ne pouvons pas le lui reprocher, car nous jugeons nous aussi (ceux qui n’ont pas nos valeurs, qui ne votent pas comme nous, ceux qu’on lynche dans les média, ceux qui nous blessent). Et au quotidien, nous avons du mal à accepter l’autre tel qu’il est, ne serait-ce que nos parents ou notre conjoint. Alors pourquoi Dieu ne jugerait-il pas ?

L’amour ne rend pas Dieu aveugle… il ne le détourne pas de la vérité ni de la justice. La bonne nouvelle, c’est que Dieu choisit de ne pas s’arrêter au jugement. Il va au-delà de la pure objectivité, et il offre une nouvelle chance – le pardon !

Un sauveur qui donne de sa personne

Dire que Dieu est amour, c’est vrai, la Bible le dit, mais le sens que nous donnons à cette phrase aujourd’hui est un peu réducteur, comme si Dieu n’était qu’amour et rien d’autre. Comme si c’était l’amour qui était Dieu finalement.

Et puis c’est l’amour qui passe au premier plan, comme si l’amour existait en soi, un vague sentiment nébuleux, un gaz qui remplirait l’atmosphère. Il y a le CO2, et puis l’amour de Dieu. C’est passif et impersonnel. Si un jour mon mari ou ma mère me dit : « je t’aime, mais c’est normal, je suis amour ! » je crois que je serais un petit peu déçue !

Loin d’être passif, plus qu’être « amour », Dieu a aimé. Il a pris l’initiative ! Il est passé à l’action : le pauvre Nicodème n’a pas dû comprendre tout ce que disait Jésus à ce moment-là. Avec le recul, les proches de Jésus ont compris qu’il avait parlé à ce moment-là de sa vie et de sa mort, sur la croix.

Parce que, quand Dieu nous regarde, il nous juge. Mais le verdict ne lui convient pas, parce qu’il nous aime ! Il ne veut pas nous condamner, nous rejeter, nous détruire. Non, son rêve c’est que nous vivions avec lui – c’est un peu pour ça qu’il nous a créés ! Alors parce qu’il nous aime, il va au-delà du jugement, et il envoie, il donne de sa personne, une part de lui, que nous appelons « le Fils », pour porter pour assumer à notre place les jugements qui pèsent sur nous. Comme une gigantesque main tendue pour nous ramener à lui, parce qu’il nous aime nous et qu’il veut vivre avec nous.

Dieu aime le monde

L’amour n’est pas qu’un sentiment, c’est une relation, qui se traduit par des actes et des paroles. L’amour n’existe pas sans un aimant et un aimé. Dieu a aimé le monde – mais qui est ce monde ?

J’ai découvert la semaine dernière le principe anthropique – mais la notion vous est familière, je pense. Pour résumer en des termes non scientifiques, l’idée du principe anthropique (de anthropos humain) c’est que l’univers paraît ajusté à la naissance sur Terre de la vie que nous connaissons, comme un écrin. Quelques degrés de plus ou de moins, et la Terre serait invivable. Un peu plus de proximité entre les étoiles, et tout serait bousculé. C’est comme si tout avait été mesuré avec précision et finesse pour obtenir des conditions optimales. Cette notion largement répandue dans le milieu scientique fonde aussi certaines inquiétudes écologiques, on le comprend. Mais revenons au monde : Dieu a créé le monde, il l’a désiré, il l’a peaufiné, pour l’aimer. Comment pourrait-il abandonner ce qui lui est si précieux ? Et dans ce monde, Dieu désire une relation particulière avec l’humanité.

Mais l’humanité, c’est grand, surtout aujourd’hui ! Ca paraît trop général pour nous concerner. Quand je pense à l’humanité, j’ai une sorte de vertige : je suis déjà incapable de connaître tous les habitants de ma ville, alors le pays ? le monde ? Pourtant la Bible est remplie d’individus à qui Dieu a porté toute son attention, des hommes et des femmes qu’il connaissait par leur nom, à qui il s’est révélé, pour qui il avait des projets. Ce même Dieu nous connaît par notre nom.

Dieu a aimé le monde. Si vous êtes dans le monde, Dieu vous aime et désire vous retrouver, vous ramener à lui. Si vous êtes venus au monde, c’est que Dieu voulait vous aimer. Et s’il y a des choses qui nous séparent de lui, offenses ou conflits, il parcourt le chemin jusqu’à nous pour nous réconcilier avec lui.

J’ai beau être pasteur, c’est difficile à accepter. Déjà pour soi, de se dire que oui, Dieu nous apprécie personnellement au point de vouloir vivre avec nous. Au point d’endurer la mort pour nous, sur cette croix, en Christ, pour que nous soyons avec lui.

Mais ce qui est peut-être plus difficile, c’est d’accepter que Dieu veut aimer ceux que moi je n’aime pas. Bien sûr il y a ceux qui nous agacent, mais on ne les déteste pas. Mais j’ai récemment entendu parler du collègue d’un ami qui cumule tout ce qui m’écoeure chez quelqu’un, autant sur le plan professionnel que familial, quelqu’un de malhonnête, tordu, cruel, profiteur. Bref, quelle claque quand j’ai relu ce verset que j’ai vu toute mon enfance sur les murs de mon église : cet homme aussi, Dieu veut l’aimer. Quelle que soit la profondeur de ses égarements, Dieu voit au fond celui qu’il a créé avec amour et il n’a de cesse de l’appeler à lui. Dieu l’aime assez pour l’appeler à lui, malgré tout ce qui est écoeurant.

Qu’est-ce que ça changerait si on regardait ceux qui nous entourent comme des personnes que Dieu cherche ? Dans la résidence que nous habitons, l’entreprise où nous travaillons, l’école où vont nos enfants, l’inconnu que je croise au supermarché ou dans le métro ? Quel regard, quelle attitude, quelle parole, quelle prière nous aurions pour eux si nous étions convaincus, comme Jésus l’était, que Dieu a donné ce qu’il avait de plus précieux pour les réconcilier avec lui ? que Dieu les connaît personnellement et qu’il les aime ?

Dieu est amour. C’est vrai. Mais il est plus que cela : il est celui qui nous a créés, qui donne de sa personne pour nous délivrer de nos égarements, et pour nous faire entrer dans une vie riche et abondante avec lui – dès aujourd’hui, et pour toujours.

 

Un philosophe du 20e siècle, Roland Barthes, écrivait que dire « je t’aime » porte en soi une question, qui attend la réponse de l’être aimé. Un cadeau n’a de sens que s’il est reçu – il en va de même pour l’amour de Dieu.

Comment répondre à l’amour que Dieu nous porte, comment entrer dans cette relation vitale ? Simplement en croyant, simplement par la foi. Une foi personnelle, qui répond à un amour personnel, une foi qui nous pousse à chercher Dieu, à le connaître et à l’aimer, pas seulement à croire qu’il existe quelque part.

Dieu nous aime, il le montre de bien des façons. Mais l’apogée de son amour, c’est ce don de lui-même, en Jésus, qui l’incarne. Croire que Dieu nous aime à travers Jésus, c’est reconnaître ce qu’il a fait pour nous, reconnaître la largeur et la profondeur de son amour, et l’accepter. Laisser cette vérité changer notre vie, peu à peu, comme la vie avec un être cher change votre vie peu à peu.

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