Rendre compte de notre espérance

 

Parmi les textes bibliques proposés pour ce dimanche, il y a un extrait de la première épître de Pierre. Cette lettre a été écrite dans un contexte de persécution pour les premiers chrétiens. Vous verrez que cela transparaît dans le texte, lorsqu’on y évoque des souffrances à endurer et de l’adversité à affronter.

1 Pierre 3.13-17
13 Qui vous fera du mal si vous êtes pleins de zèle pour le bien ? 14 Même si vous aviez à souffrir parce que vous faites ce qui est juste, vous êtes heureux ! N’ayez aucune crainte des autres et ne vous laissez pas troubler. 15 Mais reconnaissez et honorez dans vos cœurs le Christ comme Seigneur. Tenez-vous toujours prêts à vous défendre face à tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous. 16 Mais faites-le avec douceur et respect ! Ayez une conscience pure, afin que ceux qui insultent votre bonne conduite de chrétiens aient à rougir de leurs calomnies. 17 Car il vaut mieux souffrir en faisant le bien, si telle est la volonté de Dieu, plutôt qu’en faisant le mal.

Dans un monde idéal, quand on fait le bien on est honoré, et quand on fait le mal on est condamné. Mais nous ne sommes pas dans un monde idéal… et tout n’est pas aussi simple que cela.

L’épître de Pierre n’est pas écrite à des chrétiens qui vivent dans un monde idéal… mais bel et bien dans notre monde, où l’injustice et les inégalités sont présentes, un monde où, aujourd’hui encore, certains croyants rencontrent de l’opposition, de l’adversité, simplement à cause de leur foi.

Et pourtant, même face à la persécution, pour le chrétien demeure l’impératif d’avoir une conduite sans reproche, et aussi celui d’être témoin de son espérance. Même dans la tempête, l’arbre que nous sommes est appelé à rester debout, et même à porter du fruit ! Mais comment faire ?

Le problème, c’est la peur…

“N’ayez aucune crainte des autres et ne vous laissez pas troubler.” Cette exhortation se comprend bien dans un contexte de persécution… mais la peur se manifeste aussi dans d’autres contextes. Même si les peurs, alors, ne sont pas toujours justifiées… elles existent bel et bien.

Dans un état laïque nous n’avons pourtant nullement à craindre de témoigner de notre foi. La laïcité garantit la liberté de croire et de vivre sa foi, y compris de façon publique, dans la mesure où ça ne trouble pas l’ordre public et que cela se vive dans le respect.

Et pourtant, nos peurs sont là parfois… Elles peuvent traduire notre timidité, notre manque de confiance, notre crainte d’être incompris ou moqué.

D’un certaine façon, l’épître de Pierre nous dit : Soyez qui vous êtes ! Assumez votre foi, vos convictions, votre espérance ! N’ayez pas peur !

L’important, c’est le coeur

Et pour vaincre cette peur, Pierre nous invite à revenir à notre coeur : “Mais reconnaissez et honorez dans vos cœurs le Christ comme Seigneur.” Ou, plus littéralement : “sanctifiez dans votre coeur Christ le Seigneur.”

Tout commence là. Dans l’intime et le personnel… mais pas pour y rester confiné !

On pourrait prolonger la métaphore de l’arbre, et dire que le coeur, ce sont les racines. Elles sont en général invisibles, mais elles sont essentielles. C’est par elles que l’arbre peut rester debout et qu’il puise les nutriments dont il a besoin pour grandir et porter du fruit.

Il s’agit pour nous de cultiver notre intériorité. J’ai entendu plusieurs personnes qui ont dit avoir redécouvert une certaine intériorité dans le temps de confinement que nous avons traversé. Bon, ce n’était pas forcément ceux qui ont dû faire du télétravail avec des enfants en bas âge à la maison !!!

En tout cas, il y a un vrai défi, important à relever, celui de cultiver notre intériorité. Et ça demande de savoir s’arrêter, confinement ou pas.

Pour le croyant, il s’agit, dans cette intériorité, de réserver une place, un sanctuaire, pour le Seigneur. Et prendre le temps d’y aller, de fermer les fenêtres et les portes autour de nous pour y rencontrer Dieu, seul à seul. Pour plonger nos racines en lui. Nous y puiserons la sève qui nous vivifiera, le courage et la force dont nous avons besoin pour affronter nos peurs.

Un droit de réponse !

Si les racines sont solidement ancrées dans le sol, si nous nous nourrissons dans notre intériorité de notre intimité avec Dieu, alors l’arbre de notre vie sera solide… il sortira de terre, et aux yeux de tous, il portera son feuillage, ses fleurs ou ses fruits.

Et comme ça sera aux yeux de tous, ça va probablement susciter des réactions. Alors Pierre dit : “Tenez-vous toujours prêts à vous défendre face à tous ceux qui vous demandent de rendre compte de l’espérance qui est en vous.”

La façon dont l’épître l’exprime ici traduit le contexte d’hostilité… Il s’agit de se défendre ! Mais dans tout contexte, il s’agit surtout de répondre aux interrogations, parfois curieuses, parfois hostiles, que suscite une vie remplie par le Seigneur.

Et je trouve intéressant que ce soit le mot espérance qui soit utilisé ici. Pierre aurait pu parler simplement de la foi : tenez-vous prêt rendre compte de ce que vous croyez. Mais il parle plutôt de l’espérance. Parce que ce qui fait, fondamentalement, la particularité de la foi chrétienne, c’est son espérance, basée sur l’événement de la résurrection du Christ.

Dans le contexte qui est le nôtre, où prédomine le pessimisme, la crainte, presque un sentiment de fin du monde… c’est bien d’une espérance que nous devons être porteurs ! Il faut que notre espérance soit notre réponse à la morosité ambiante, aux inquiétudes, aux colères, aux suspicions parfois jusqu’au complotisme, et au cynisme qui nous entoure. Et cette espérance doit s’incarner dans notre vie.

En douceur…

Une dernière précision s’impose, au verset 16 : “Mais faites-le avec douceur et respect !”

Ce double impératif est pertinent dans tous les contextes. Dans l’adversité, pour ne pas répondre à l’agression par l’agressivité. Mais dans un contexte plus paisible aussi, pour que le témoignage ne soit pas offensif ou intrusif. Un foi qui s’impose n’est plus vraiment la foi, c’est une idéologie.

La foi et l’espérance chrétienne demandent une libre adhésion, qu’on ne peut jamais contraindre. L’Evangile est un appel, et la foi est une réponse à cet appel. Nous ne pouvons en parler qu’avec douceur et respect…

Le Royaume de Dieu ne s’établit pas par la force mais par l’amour. Le Fils de Dieu n’est pas venu sur terre en Général de guerre avec une armée d’anges, il est venu humblement, en serviteur, jusqu’à mourir seul, sur une croix.

La douceur et le respect dans notre témoignage chrétien doivent être un écho de la personne de Jésus-Christ, qui disait de lui-même qu’il est doux et humble de coeur. C’est bien lui notre espérance, dont nous témoignons !

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