Le berger et la porte

Cette prédication fait partie d’un mini-culte filmé pendant la période de confinement dû au CoVid 19. La vidéo peut être visionnée ci-dessous.

Jésus aimait raconter des histoires. On en trouve plusieurs dans les évangiles, ce sont les paraboles. Inspirées de la vie quotidienne, elles font références à des situations que tout le monde connaissaient. Mais Jésus les racontait pour enseigner des vérités spirituelles. Derrière leur apparente simplicité, elle ont une portée et une profondeur étonnantes.

Parfois elles sont évidentes à comprendre, parfois un peu plus obscures. Mais elles nous réservent souvent des surprises. Le texte de l’Evangile de ce dimanche en est un parfait exemple.

Je vous propose de lire, dans l’Evangile selon Jean, au chapitre 10, les versets 1 à 10.

Jean 10.1-10
1 Jésus dit : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : celui qui entre dans l’enclos des moutons sans passer par la porte, mais en grimpant par un autre côté, celui-là est un voleur, un brigand.
2 Mais celui qui entre par la porte est le berger des moutons. 3 Le gardien lui ouvre la porte et les moutons écoutent sa voix. Il appelle ses moutons chacun par son nom et les mène dehors.
4 Quand il les a tous fait sortir, il marche devant eux et les moutons le suivent, parce qu’ils connaissent sa voix. 5 Mais ils ne suivront certainement pas un inconnu ; ils fuiront plutôt loin de lui, parce qu’ils ne connaissent pas la voix des inconnus. »
6 Jésus se servit de cette image pour leur parler, mais ses auditeurs ne comprirent pas ce qu’il leur disait.
7 Jésus poursuivit : « Oui, je vous le déclare, c’est la vérité : moi je suis la porte de l’enclos des moutons. 8 Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs, des brigands ; mais les moutons ne les ont pas écoutés. 9 Moi je suis la porte. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera de la nourriture. 10 Le voleur ne vient que pour voler, tuer et détruire. Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.

On cite souvent ce texte pour évoquer la figure du bon berger appliquée à Jésus. Et c’est vrai. C’est bien une des leçons de cette parabole. Jésus est comme un bon berger, qui prend soin de son troupeau. Il protège et rassure ses moutons, qui connaissent et aiment sa voix. C’est une très belle image de la proximité du croyant avec son Dieu, inspirée d’une image biblique, présente par exemple dans le fameux Psaume 23 : “Le Seigneur est mon berger…”

Mais dans les versets que nous avons lus, lorsque Jésus explique l’histoire que nous venons de lire, il ne parle parle pas d’abord du berger. Avant de dire qu’il est le berger, il se compare à un autre élément de l’histoire, et ce n’est pas celui auquel on aurait forcément pensé. Il affirme ainsi, au verset 9 :

“Moi je suis la porte. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera de la nourriture.”

Certes, Jésus est le bon berger de cette parabole. Mais il en est aussi la porte… Or que dit-on de cette porte, dans l’histoire ?

C’est par elle que passe le berger, à l’inverse des voleurs et brigands qui, eux, escaladent l’enclos.
C’est par elle que passent les moutons, guidés par le berger. Elles peuvent ainsi entrer et sortir de l’enclos.

 

La porte c’est l’entrée légitime dans l’enclos

La porte de l’enclos laisse passer le véritable berger alors que les voleurs et les brigands escaladent l’enclos. Jésus est donc l’entrée légitime dans l’enclos. Qu’est-ce que ça signifie ? En fait, nous avons ici une affirmation messianique forte. Jésus est le Messie, celui que Dieu a choisi pour accomplir son plan de salut, son projet pour nous réconcilier avec lui.

En réalité, Jésus est à la fois le berger et la porte qui permet au berger d’entrer. Un peu comme la lettre aux Hébreux dira que Jésus est à la fois le sacrifice et le prêtre qui offre le sacrifice. D’ailleurs, on retrouvera cette notion de sacrifice, dans la deuxième partie de l’explication que Jésus donnera de cette histoire. Il affirmera alors qu’il est aussi le bon berger “qui donne sa vie pour ses moutons”.

L’Evangile, c’est-à-dire la Bonne Nouvelle, c’est que Dieu pourvoit à tout pour notre salut. Il est la porte et le berger qui nous fait entrer et sortir de l’enclos. Il est le sacrifice et le prêtre qui offre le sacrifice. Or Jésus, le Fils de Dieu devenu homme, est le seul à pouvoir être cela. Justement parce qu’il est à la fois pleinement homme et pleinement Dieu. C’est un des plus grands mystères de la foi chrétienne. Mais c’est aussi l’un des plus importants, sans lequel l’édifice de l’Evangile s’écroule… mais grâce auquel nous pouvons recevoir l’assurance du salut, parce qu’il repose entièrement sur Dieu.

 

La porte permet aux moutons d’entrer et de sortir

L’autre leçon de cette histoire, c’est ce que cette métaphore de la porte nous dit du salut lui-même. “Moi je suis la porte. Celui qui entre en passant par moi sera sauvé ; il pourra entrer et sortir, et il trouvera de la nourriture.” Et Jésus conclut en disant : “Moi, je suis venu pour qu’ils aient la vie et qu’ils l’aient en abondance.”

Si on prête attention à l’histoire que raconte Jésus, le berger entre dans l’enclos pour en faire sortir les moutons, les amener à leur lieu de pâturage, et qu’ils trouvent leur nourriture. Cette porte, explique Jésus, permet aux moutons d’entrer et de sortir. Autrement dit, le salut, ce n’est pas d’être à l’abri dans l’enclos, c’est d’être conduit par le berger en dehors de l’enclos. Le berger, grâce à la porte, ne confine pas ses moutons dans l’enclos mais leur permet d’entrer et de sortir. Une image qui résonne de façon particulière pour nous, après presque deux mois de confinement…

Le salut, c’est la porte, pas l’enclos ! Ça me semble important de le dire parce que la tentation existe de comprendre le salut plutôt comme un enclos… au risque qu’il devienne un bunker. Le salut que Dieu nous offre ne nous enferme pas, il nous rend libre et nous garantit la présence du Seigneur à nos côtés.

Or il y a des chrétiens qui se confinent dans leur Église, dans leur pratique religieuse ou dans leurs certitudes. Ils se coupent du monde et ne suivent pas le berger qui veut les y mener. Pire, ils referment la porte que le gardien vient d’ouvrir, préférant se replier sur eux-mêmes.

Mais ça, c’est le contraire de l’Evangile, qui est amour du prochain, partage, espérance. Jésus est la porte de l’enclos. Une porte grande ouverte !

 

Conclusion

Lorsque nos églises et nos temples se rouvriront, il ne s’agira pas de nous y confiner ! Nous nous y rassemblerons, certes. Et nous en aurons besoin ! Mais nous devrons garder la porte grande ouverte sur le monde. Plus encore, il s’agira, s’il le faut, de déconfiner nos Églises !

Notre appel n’est pas de nous rassembler dans l’enclos de l’Eglise et de rester entre nous, en sécurité et bien au chaud… Notre appel est de passer la porte et de suivre le Christ là où il nous conduira, dans les pâturages du monde, pour y apporter et y vivre l’Evangile.

C’est là que le Christ nous attend !

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