Eloge du bon sens

 

C’est la fin de l’année, le temps des bilans et des projets. On se demande souvent en quoi l’année écoulée a été bonne ou mauvaise. Quand on est croyant on en fait un sujet de reconnaissance ou de prière. On prend parfois de bonnes résolutions pour l’année qui vient… quitte à oublier que les bonnes résolutions prises une année auparavant ne sont souvent restée que de belles intentions !

Je ne vous propose pas ce matin de prendre des bonnes résolutions mais quand même d’écouter quelques conseils. Ils ne viennent pas de moi mais de la Bible… Et plus précisément d’un livre qui a pour objet de parler de sagesse, une sagesse pratique qui nous rejoint dans notre quotidien : le livre des Proverbes.

Dans le passage qui nous est proposé pour ce matin, le texte est écrit sous la forme de conseils qu’un père donne à son enfant pour que ce dernier se conduise avec sagesse dans la vie.

Proverbes 23.15-26
15 Mon enfant, si ton cœur s’attache à la sagesse, j’en aurai une grande joie. 16 Je serai profondément heureux si tu parles avec droiture.
17 N’envie pas intérieurement les pécheurs, mais respecte constamment le Seigneur. 18 Alors tu auras un avenir, ton espérance ne sera pas déçue.
19 Toi, mon enfant, écoute-moi et tu deviendras sage, tu iras droit ton chemin. 20 Ne fréquente pas les gens qui s’enivrent de vin et se gavent de viande. 21 Car les buveurs et les gloutons seront réduits à la misère, à force de somnoler ils n’auront plus que des vêtements en loques à se mettre.
22 Écoute ton père, car tu lui dois la vie ; ne méprise pas ta mère lorsqu’elle a vieilli. 23 Apprends à être véridique, sage, discipliné et intelligent, et ne renonce pas à ces qualités. 24 Le plus grand bonheur d’un père est d’avoir donné la vie à un enfant juste et sage. 25 Donne cette joie à ton père et à ta mère, ce bonheur à celle qui t’a mis au monde.
26 Mon enfant, fais-moi confiance, prends plaisir à suivre mon exemple.

A part l’appel à respecter le Seigneur, au verset 17, ces conseils n’ont rien de spécifiquement “croyants”. C’est le cas, d’ailleurs, de presque tout le livre des Proverbes… Bien-sûr, on y parle parfois de Dieu, qui est considéré comme la référence ultime : “Reconnaître l’autorité du Seigneur est le commencement de la sagesse.” (Pr 1.7) Mais les Proverbes ne disent pas grand chose de la personne et de l’oeuvre de Dieu, et presque rien en rapport avec l’histoire du salut et le projet de Dieu pour les humains. A la rigueur, il n’y aurait pas besoin d’être croyant pour les suivre, ni même pour les formuler. D’ailleurs, plusieurs des proverbes bibliques sont explicitement issus de sages d’autres peuples que le peuple d’Israël !

On l’a dit, la sagesse dont parle le livre des Proverbes est une sagesse pratique. Elle se base sur l’expérience de la vie et l’observation du monde des humains, pour en tirer des leçons liées au comportements, aux relations, aux priorités à se donner dans la vie. La démarche et les objectifs des Proverbes sont d’ailleurs clairement décrits au début de l’ouvrage :

Proverbes 1.2-5
2 Ces proverbes apprennent à se conduire avec sagesse et à accepter les avertissements. Ils permettent de comprendre des paroles pleines de sens. 3 Ils enseignent à vivre de façon intelligente, en se comportant de manière juste, équitable et droite. 4 Ils donnent des exemples de bon sens aux ignorants, des connaissances et des sujets de réflexion aux jeunes gens. 5 Même les sages les consulteront avec profit, même les personnes intelligentes y trouveront des directives.

La présence même de ce livre dans la Bible est significative. Elle souligne l’importance du bon sens pour le croyant. Or, parfois, à être trop spirituels, j’ai l’impression que les croyants en arrivent à perdre leur bon sens !

Il ne s’agit pas, évidemment, de remplacer la foi par le bon sens… Il y a sans doute des croyants qui manquent d’audace dans leur foi, qui sont trop prudents, trop sages. Mais je suis persuadé qu’il y en a d’autres qui manquent de bon sens. La foi ne peut pas être un prétexte pour faire n’importe quoi et agir de manière irréfléchie !

Dans l’Eglise, on valorise en général les hommes et les femmes de foi, dans leur audace voire leur folie parfois. Et c’est bien. Mais on devrait aussi valoriser les hommes et les femmes de bon sens, qui font preuve d’une sagesse pratique. C’est moins spectaculaire… mais c’est tout aussi important. Une vie chrétienne équilibrée arrive à intégrer les deux : la foi et le bon sens, l’audace et la sagesse.

Un principe de bon sens

Quels sont donc ces principes de bon sens que l’on trouve dans notre texte ? Peut-être faudra-t-il un peu les reformuler mais quelle est leur pertinence aujourd’hui ?

Le premier conseil, on l’entend à travers cet appel répété d’un père qui demande à son enfant de l’écouter pour devenir sage. C’est pour son bien et pour le bonheur de ses parents. Et je comprends très bien cela ! J’ai le privilège d’être papa de deux filles devenues adultes. Les voir aujourd’hui mener leur barque, en étant attachées à des valeurs que nous nous sommes efforcés de leur transmettre en tant que parents, et le faire à leur propre façon, c’est incontestablement une de mes plus grandes joies !

On pourrait reformuler ce premier principe de bon sens ainsi : être à l’écoute des anciens, ou apprendre de l’expérience des autres. La sagesse non seulement s’acquiert mais elle se transmet.

Il ne s’agit pas simplement de reproduire ce qu’ont fait ses parents. Vous savez comme moi qu’il y a toujours plein de choses que nous ne voulons ni ne devons faire comme nos parents, et que nos enfants ne doivent pas faire comme nous ! Mais même si chacun doit prendre sa vie en main, nous ne partons pas de zéro. On ne se fait pas tout seul. Jamais. On ne construit pas son identité, ses valeurs tout seul, on ne mène pas sa vie tout seul. On est précédé par des anciens, dont les premiers sont nos parents, mais ils ne sont pas les seuls. Et le bon sens veut qu’on les écoute et qu’on apprenne de leurs exemples. C’est vrai dans tous les domaines de notre vie, y compris dans sa dimension spirituelle évidemment.

Deux conseils de bon sens

On peut encore souligner deux conseils plus spécifiques dans notre texte. Le premier apparaît au verset 17 :

17 N’envie pas intérieurement les pécheurs, mais respecte constamment le Seigneur. 18 Alors tu auras un avenir, ton espérance ne sera pas déçue.

C’est ici la seule parole qui intègre le Seigneur. Le danger souligné est celui de l’envie, de la jalousie, mais aussi celui des frustrations et de l’insatisfaction. Le pécheur, c’est celui qui se conduit mal. Le danger souligné ici, c’est de mettre le bien-être personnel, ou la réussite, avant les valeurs morales. Pourquoi envier le pécheur ? Parce que, malgré voire à cause de son comportement condamnable, il semble aller bien, il réussit, il prospère. Alors pourquoi ne pas agir comme lui ?

C’est une vision à court terme… qui vaudra bien des déconvenues à ceux qui s’y limitent. La vision à long terme met les valeurs morales en premier, d’où le respect du Seigneur. Sans cette vision à long terme, il n’y a pas d’espérance possible.

Le deuxième conseil est au verset 20 :

20 Ne fréquente pas les gens qui s’enivrent de vin et se gavent de viande. 21 Car les buveurs et les gloutons seront réduits à la misère, à force de somnoler ils n’auront plus que des vêtements en loques à se mettre.

Le conseil peut résonner de façon particulière en cette période de fêtes, où on se laisse plus facilement aller aux plaisir de la table… En fait, la mise en garde concerne surtout ceux qui mettent le plaisir avant le devoir ou la responsabilité, la fête avant le travail.

Dit de la sorte, ça fait un peu rabat-joie… En réalité, c’est un conseil de bon sens. La vie facile, sans contrainte, où on estime que tout nous est dû, est une illusion. Tôt ou tard, ça se retournera contre nous. Ce que veut dire le proverbe ici, c’est qu’on n’a rien sans rien !

Je trouve que ces deux conseils de bon sens gardent toute leur pertinence aujourd’hui.
C’est particulièrement vrai dans notre monde hyper-connecté, où tout est à portée de clic, en une fraction de seconde. On est formaté à vouloir tout tout de suite, à rechercher le plaisir immédiat, à ne s’intéresser finalement qu’au court terme.

Et il existe des versions “spirituelles” de ce formatage. On les trouve dans les théologies de la prospérité qui promettent aux croyants la prospérité physique et matérielle ici et maintenant, en réponse à leur foi. Tout et tout de suite ! On les trouve aussi dans les réponses toutes faites, qui font l’économie de la réflexion pour proposer des solutions simplistes : “il suffit de prier”, “il suffit de se repentir”…

Voilà des attitudes qui manquent, pour le moins, de bon sens ! Et qui, du coup, ne sont pas spirituellement pertinentes non plus !

Conclusion

Les paroles de bon sens du sage qui s’expriment dans notre texte de ce matin sont pertinentes pour nous aujourd’hui. Elles sont de bon conseil sur la façon d’envisager notre quotidien.

On peut même en faire une lecture spirituelle et y voir une invitation à privilégier une vision à long terme, qui nourrit l’espérance, plutôt qu’une vision à court terme, qui nourrit l’immaturité spirituelle.

Et si c’était une bonne résolution à prendre pour la nouvelle année ? Privilégier une vision à long terme, pour nourrir notre espérance !

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