Christ est ma vie (2) Être transformé par le Christ

 

Est-ce que vous êtes satisfait de ce que vous êtes ? Et si vous êtes croyant, est-ce que vous êtes le chrétien ou la chrétienne que vous rêvez d’être ? Sans doute pas… En tout cas, moi, je n’ai pas cette impression pour moi-même.

La semaine dernière nous nous sommes interrogés sur ce que cela impliquait d’être disciple du Christ : répondre à l’appel du Christ et choisir de le suivre, en s’efforçant chaque jour de discerner ce qu’il attend de nous. On a beau vouloir suivre le Christ, se laisser inspirer par son exemple, le prendre comme modèle… on n’y arrive pas toujours. Malgré toute notre bonne volonté, on est rapidement confronté à nos limites. Sans compter nos incohérences et parfois nos mauvais choix… Et c’est une source de frustration, de découragement voire de culpabilité.

On peut vite se dire qu’on n’est pas à la hauteur, qu’on ne progresse plus… bref, qu’on n’est pas un bon chrétien !

Or, on veut tous être quelqu’un de bien. Et si on est croyant, on veut être un bon chrétien… Mais qu’est-ce que c’est être quelqu’un de bien ? Qu’est-ce qu’un bon chrétien ? Comment va-t-on mesurer le fait d’être quelqu’un de bien ? Qui va nous dire si nous sommes un bon chrétien ?

Bien-sûr, il est légitime de se dire que notre marche à la suite du Christ va nous changer, qu’elle doit nous rendre, d’une certaine manière, meilleur… Parce que notre maître est le meilleur modèle qui soit ! Mais comment l’évaluer ? Et comment entrer, ou rester, dans une dynamique positive ? Comment peut-on être transformés par le Christ ?

Voyons ce qu’en dit l’apôtre Paul dans sa deuxième lettre aux Corinthiens :

2 Corinthiens 3.12-18
12 C’est parce que nous avons une telle espérance que nous faisons preuve d’une grande franchise. 13 Nous ne faisons pas comme Moïse, qui se couvrait le visage d’un voile pour empêcher les Israélites de fixer leur attention sur la disparition de l’éclat passager. 14 Mais ils ont refusé de comprendre ; en effet jusqu’à ce jour, ce même voile est présent quand ils lisent les livres de l’ancienne alliance. Il ne leur a pas été révélé que c’est à la lumière du Christ que ce voile disparaît. 15 Aujourd’hui encore, chaque fois qu’ils lisent les livres de Moïse, un voile recouvre leur intelligence. 16 Mais, comme il est écrit : «Lorsqu’on se tourne vers le Seigneur, le voile est enlevé.» 17 Or le Seigneur, ici, c’est l’Esprit ; et là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. 18 Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons en Christ, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au Seigneur, et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet ce que réalise le Seigneur, qui est l’Esprit.

Les versets 12 et suivants proposent une lecture métaphorique d’un épisode de l’Ancien Testament. Moïse se tenait dans la présence même de Dieu, sur le mont Sinaï, et lorsqu’il redescendait, son visage rayonnait de la gloire de Dieu. Pour protéger les Israélites, qui n’étaient pas prêts à être ainsi confrontés à la gloire de Dieu, Moïse se voilait le visage. L’apôtre Paul y voit le symbole du voile qui recouvre les yeux de ses frères et soeurs Juifs, incapables de discerner en Jésus-Christ le Fils de Dieu. Mais grâce au Christ, le voile est levé. Et en lui un processus de transformation en profondeur peut s’enclencher en nous : « nous sommes transformés pour être semblables au Seigneur ».

Au coeur de ce processus de transformation, il y a la gloire de Dieu. Au premier abord, ça peut surprendre… Il convient donc de bien comprendre de quoi il s’agit.

La gloire de Dieu

Le terme hébreu utilisé dans la Bible et que l’on traduit par « gloire » dérive d’une racine qui évoque le poids. Dans le monde antique en particulier, le poids permettait de mesurer la valeur de quelque chose. La gloire de Dieu, c’est son « poids », sa valeur, son importance.

Quand la gloire de Dieu se manifeste, notamment dans des visions données à des prophètes, elle se manifeste toujours sous la forme d’un éclat éblouissant qui émane de Dieu. Dans la vision d’Esaïe (chapitre 6), par exemple, l’éclat de la gloire de Dieu est si vif que les séraphins eux-mêmes, ces êtres célestes qui vivent dans la présence même de Dieu, sont obligés de cacher constamment leurs yeux avec leurs ailes.

D’ailleurs, dans l’Ancien Testament, la gloire de Dieu inspirait la crainte voire la terreur. Il y avait une maxime qu’on répétait sans cesse : on ne peut pas voir Dieu et rester en vie !

Dans le Nouveau Testament, on trouve le terme grec doxa. Il évoque la valeur. Mais il est aussi utilisé pour évoquer l’éclat (par exemple d’un astre ou d’une lumière). Il s’applique naturellement à Dieu aussi.

La gloire de Dieu c’est donc sa valeur inestimable, c’est son éclat, sa perfection, sa sainteté. Elle nous est inaccessible, elle nous terrasse, nous qui sommes pécheurs.

« Nous contemplons en Christ, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur… »

Aujourd’hui pourtant, cette même gloire, nous pouvons la contempler. Qu’est-ce qui a changé ? La venue de Jésus-Christ !

« La Parole est devenue un homme et il a habité parmi nous. Nous avons vu sa gloire, la gloire qu’un Fils unique, plein du don de la vérité, reçoit du Père. » (Jean 1.14)

Le Christ n’est pas un voile qui nous sépare de la gloire de Dieu, il est un filtre qui nous permet de la contempler. Un peu comme les lunettes spéciales qu’on doit chausser pour regarder une éclipse de soleil.

Pour Paul, ce nouvel accès, par le Christ, à la gloire de Dieu, change tout ! C’est la clé de notre transformation.

« Nous contemplons en Christ, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés… »

C’est de la contemplation que naît la transformation ! Contempler, c’est s’exposer. C’est une démarche gratuite, d’ouverture, d’accueil. Il s’agit de puiser dans l’éclat de Dieu l’énergie qui nous fait grandir. Comme une plante a besoin de la lumière du soleil pour croître.

Il nous faut redécouvrir les vertus de la contemplation. Elle nous décentre de nous-mêmes, de nos soucis, nos craintes, nos culpabilités, nos frustrations, mais aussi nos exigences, nos revendications, nos mécontentements, nos égocentrismes… Elle nous tourne vers Dieu : c’est lui qui est vraiment important, le seul à avoir du poids. Et sa gloire, sa lumière, sa vie, nous transforme.

« Nous sommes transformés pour être semblables au Seigneur… »

Il ne s’agit pas de nous améliorer par nos propres forces, de chercher à nous transformer nous-mêmes mais à nous laisser transformer par Dieu. C’est l’oeuvre de l’Esprit saint en nous. C’est même la raison pour laquelle l’Esprit saint vient habiter en nous.

Le Saint-Esprit qui habite en nous, c’est la sainteté de Dieu qui habite en nous. C’est sa gloire dans notre coeur. La proximité avec la gloire de Dieu, le Christ qui nous la révèle, voilà ce qui nous transforme. Comme Moïse était transfiguré en redescendant de la montagne.

« Nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. »

Le processus de transformation est enclenché, et il n’est pas censé s’arrêter… On passe d’une gloire à une gloire plus grande encore. Dieu prend de plus en plus de poids dans notre vie.

La transformation n’est certes pas linéaire. Elle est plus ou moins rapide, parfois elle semble un peu stagner, mais elle est réelle. C’est Dieu qui s’en charge !

Être transformé

En centrant son exhortation sur la contemplation de la gloire de Dieu en Christ, l’apôtre Paul ne nous dit pas de chercher à être quelqu’un de bien, à être un bon chrétien. Il nous invite à nous laisser transformer par Dieu, à travers le Christ, à le laisser prendre de plus en plus de poids dans notre vie.

Pourtant j’ai l’impression que nous sommes souvent préoccupés par le fait d’être quelqu’un de bien. Et parfois même, on peut avoir l’impression que notre but, en tant que croyant, est d’être un bon chrétien.

Si c’est le cas, nous faisons fausse route. Ou du moins, nous posons mal le problème. Parce que cela nous conduit à une logique de performance. C’est un mal de notre siècle, un conditionnement auquel il est difficile de se soustraire. On le voit aussi dans l’Eglise : on se compare aux autres, on n’est pas suffisamment ceci ou cela. Alors on est découragé parce qu’on n’est pas un bon chrétien, c’est-à-dire un chrétien performant, dans son témoignage, dans sa vie de piété, dans son engagement dans l’Eglise… Et là c’est vrai qu’on n’est jamais assez bon !

Dans cette optique, on risque de tomber aussi dans une vision utilitariste de l’Eglise : elle doit m’aider à devenir un bon chrétien. Elle doit me fournir des services qui contribuent à mon développement personnel, à ma croissance spirituelle, elle doit me faire me sentir bien dans ma vie de bon chrétien. Et le maître étalon, c’est moi…

Entendons l’appel de l’apôtre Paul à contempler la gloire de Dieu et nous laisser transformer par elle. Autrement dit, ce qu’il faut rechercher, ce n’est pas notre transformation mais c’est la gloire de Dieu.

Si ce que je recherche, c’est ma transformation pour devenir un bon chrétien, je risque de m’éloigner de la gloire de Dieu, en me centrant sur moi-même. Mais si je cherche à contempler, à m’exposer à la gloire de Dieu, alors elle me transformera. Dieu prendra de plus en plus de poids dans ma vie, et je changerai.

« Nous tous, le visage dévoilé, nous contemplons en Christ, comme dans un miroir, la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au Seigneur, et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet ce que réalise le Seigneur, qui est l’Esprit. »

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