Enthousiastes !

 

Récemment, nous avons vécu l’atelier « Rêvons ensemble » dans le cadre du parcours Vitalité et lors de cette journée, notamment dans les travaux en petits groupes, un mot est revenu à plusieurs reprises : enthousiasme. Il apparaissait comme un des éléments clés du rêve pour notre Eglise, un enthousiasme à renouveler, à entretenir.

Aujourd’hui le terme a parfois une connotation négative : l’enthousiasme serait une forme de radicalisme, une dévotion excessive. On se méfie des enthousiastes, surtout en matière religieuse… Mais le mot est particulièrement intéressant. Il vient du grec enthousiasmos et désignait à l’origine le fait d’être possédé par une divinité. Ca vient de en theos : en Dieu. Revisité par l’Evangile, ce mot pourrait être formidable pour le chrétien, qui trouve « en Dieu » son énergie, son espérance, sa force, sa ferveur.

Le hic, c’est que le mot n’apparaît jamais dans le Nouveau Testament ! C’est dommage : on aurait bien voulu…

Il y a par contre un autre terme qui apparaît plusieurs fois dans le Nouveau Testament, et qui est sans doute assez proche quant au sens, c’est le mot zelos, qui a donné le mot zèle en français. Mais ce mot non plus n’est pas toujours perçu positivement. Faire du zèle… c’est en faire trop !

Et c’est le cas aussi dans le Nouveau Testament puisque le mot zelos peut être traduit par zèle, dans un sens plutôt positif, mais aussi par jaloux… et là ça l’est beaucoup moins ! C’est le contexte qui permet de faire la différence. Or, dans le Nouveau Testament, le terme est utilisé plus souvent de façon négative que de façon positive. D’ailleurs le mot a aussi donné « zélote », le nom d’un parti politico-religieux Juif extrémiste au Ier siècle…

Je trouve intéressant de constater que l’enthousiasme et le zèle, que l’on peut légitimement souhaiter pour une Eglise ou pour le croyant, sont des mots qui peuvent avoir à la fois un sens positif et un sens négatif…

Où est donc la frontière ? Quand notre enthousiasme ou notre zèle sont-ils positifs, et quand sont-ils dangereux ? Et comment faire pour entretenir, ou retrouver, notre enthousiasme et notre zèle ?

Pour répondre à ces questions, je vous propose de lire un texte qui, sans utiliser les mots « enthousiasme » et « zèle », aborde bel et bien ce sujet. Il se trouve au début de l’Apocalypse. Parmi les lettres aux 7 Eglises d’Asie Mineure, c’est la dernière, celle qui est adressée à Laodicée.

Vous le verrez, ce texte contient l’une des paroles les plus dures du Nouveau Testament mais aussi l’une des promesses les plus douces de la Bible !
Apocalypse 3.14-20
14 « Écris à l’ange de l’Église qui est à Laodicée : « Voici le message de celui qui est vraiment le Oui de Dieu. Il est le témoin fidèle qui dit la vérité, il est à l’origine de tout ce que Dieu a créé.  15Je connais tout ce que tu fais : tu n’es ni froid ni brûlant. Si seulement tu pouvais être froid ou brûlant ! 16 Mais comme tu es tiède, ni froid ni brûlant, je vais te vomir de ma bouche. 17 Tu dis : je suis riche, j’ai gagné beaucoup d’argent, je n’ai besoin de rien. Mais en fait, tu es malheureux, tu mérites la pitié, tu es pauvre, aveugle et nu, et tu ne sais même pas cela. 18 C’est pourquoi, voici ce que je te conseille : achète chez moi de l’or que le feu a rendu pur, et tu deviendras riche. Achète des vêtements blancs pour te couvrir, ainsi tu ne seras pas nu et tu n’auras plus honte. Achète un médicament pour le mettre dans tes yeux, et tu verras clair. 19 Tous ceux que j’aime, je les corrige et je les punis. Montre donc plus d’ardeur et change ta vie ! 20 Voilà : je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi. 21 Moi, je suis vainqueur et je suis allé m’asseoir avec mon Père sur son trône. Alors, les vainqueurs, je les ferai asseoir aussi sur mon trône.

Les versets 15-16 sont terribles : « Je connais tout ce que tu fais : tu n’es ni froid ni brûlant. Si seulement tu pouvais être froid ou brûlant ! Mais comme tu es tiède, ni froid ni brûlant, je vais te vomir de ma bouche. »

Pourquoi une parole si terrible à propos des tièdes ? Je ne sais pas ce que vous en pensez mais moi je trouve qu’il n’y a rien de pire qu’un café tiède ou une bière tiède ! Un café doit être chaud, et une bière bien fraîche ! Eh bien, la tiédeur n’est pas souhaitable non plus pour le croyant. Et l’enjeu est bien plus grand que pour un café ou une bière !

On pourrait dire qu’un chrétien tiède est un chrétien imbuvable… parce qu’en plus, en général, il n’a pas conscience qu’il est tiède ! On le voit avec l’Eglise de Laodicée : elle se satisfait de sa tiédeur, elle se croit riche mais, aux yeux du Seigneur, elle est pauvre, aveugle et nue. C’est la raison sans doute de la violence des propos, destinés à faire sortir cette Eglise de sa torpeur, lui ouvrir les yeux. Elle a besoin d’acheter de l’or pur, des vêtements blancs et un collyre pour ses yeux. Et c’est auprès du Seigneur qu’elle les trouvera, pas ailleurs.

Il se passait sans doute des choses dans l’Eglise de Laodicée. Le Seigneur dit bien dans sa lettre qu’il voit ce qu’elle fait, littéralement : « je connais tes oeuvres ». Mais le coeur n’y est pas. On pourrait dire qu’il y a un culte, une étude biblique et une réunion de prière, qu’il y a un pasteur, des locaux aux normes et un organigramme des responsables. Mais où est l’enthousiasme et le zèle ?

Le verset 20, par contraste, est une formidable promesse : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi. »

L’image est douce. C’est comme lorsqu’on attend chez soi un ami de longue date qu’on a invité, on se réjouit de le revoir. On frappe à la porte (ou on sonne à l’interphone). Quelle joie : le voilà ! On ouvre la porte, on s’embrasse et on le fait entrer chez nous. On a préparé un bon repas et on passe la soirée avec lui. « j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et il mangera avec moi. » Ici, plus question de vomir… mais de manger ensemble, dans la joie.
L’image parle de l’intimité avec Jésus-Christ. Il est l’ami intime qui vient habiter chez nous et dont la présence procure la joie. La source de notre vie spirituelle, là où naît et s’entretien notre enthousiasme, elle est dans l’intimité avec Jésus-Christ. Et cette intimité est prémisse de la gloire, celle qu’il promet de façon extraordinaire à la fin de cette lettre à l’Eglise de Laodicée : être assis, avec lui, sur son trône ! N’y a-t-il pas là de quoi nourrir notre enthousiasme ?

Etre enthousiaste

Revenons donc à nos questions du début. Quand notre enthousiasme ou notre zèle sont-ils positifs, et quand sont-ils dangereux ? Et comment faire pour entretenir, ou retrouver, notre enthousiasme et notre zèle ?

La clé pour répondre à ces questions, nous la tirons de notre texte : c’est l’intimité avec Jésus-Christ.

  • En effet, l’enthousiasme et le zèle peuvent devenir dangereux quand ils ne s’enracinent pas dans la personne du Christ, quand ils ne se nourrissent pas d’une relation personnelle avec Dieu.
  • Le zèle devient jalousie quand il est motivé par la compétition et la comparaison, avec les autres croyants, avec les autres Eglises, quand on cherche à être meilleurs, plus nombreux, plus spirituels que les autres…
    L’enthousiasme devient fanatisme quand il cherche à défendre une doctrine, une religion, une vérité absolue…

Ce zèle et cet enthousiaste n’ont pas grand chose à voir avec l’intimité avec Jésus-Christ !

Mais si le zèle et l’enthousiasme peuvent devenir dangereux, quand ils sont mal placés, ce n’est pas une raison pour renoncer à toute ferveur. Certes, aujourd’hui, on se méfie des excès, on préfère la modération… surtout en matière religieuse. On préfère que tout reste dans la sphère privée, que ça ne dérange personne ! Que tout, dans le domaine de la foi, reste modéré, au risque d’être insipide, tiède…

Non ! Il est légitime d’être enthousiaste pour Dieu quand on considère son amour et le salut qu’il nous offre ! Il est légitime d’être zélé pour lui, de vivre et d’annoncer cette Bonne Nouvelle pour tous les hommes. Si on évite bien-sûr les pièges du fanatisme et de la jalousie…

Pour renouveler et entretenir cet enthousiasme, la clé est la même : l’intimité avec Jésus-Christ !

Il nous faut cultiver cette intimité. C’est le défi de toute vie chrétienne. Alors veillons à réserver des moments de qualité avec Dieu. C’est un peu comme dans un couple, ou en amitié : on a besoin de prendre du temps ensemble, en tête à tête. C’est différent pour chaque couple ou chaque relation d’amitié. Pour les uns ce sera un week-end à la montagne, pour d’autres une sortie culturelle, ou une ballade en forêt, ou une activité sportive…

Ne nous enfermons pas non plus dans des stéréotypes avec Dieu, comme s’il n’y avait qu’une seule façon valable de cultiver notre intimité avec lui. A vous d’inventer, de trouver le lieu, le moment, la façon, la fréquence… Tenez compte de ce que vous êtes, de ce que vous vivez, de ce qui vous fait vibrer.

Prenez le temps d’y réfléchir : quand avez-vous eu pour la dernière fois la sensation de vivre un temps de qualité avec Dieu ? Demandez-vous alors comment vous pouvez faire en sorte que ça se reproduise… Créez, dans votre vie, les conditions pour vivre des moments de qualité avec Dieu, d’approfondir votre intimité avec lui.

Conclusion

L’intimité avec Jésus-Christ, voilà ce que nous devons sans cesse développer. Et vous verrez, de cette intimité naîtra l’enthousiasme et un zèle renouvelé. Comment pourrait-il en être autrement, quand le Seigneur des seigneurs, le Roi des rois entre chez nous, qu’il mange avec nous, et nous avec lui ?

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