Une foi aux mille nuances

 

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Dans trois semaines, nous fêterons Pâques. Nous proclamerons la mort et la résurrection de Jésus, Dieu fait homme.

Si Jésus est mort, c’est pour nous délivrer de nos chaînes, de nos esclavages, de nos blessures – celles que nous portons, et celles que nous imposons aux autres. C’est pour nous rapprocher du Dieu dont nous étions déconnectés en portant sur lui tout ce qui en nous fait horreur à Dieu (ce que la Bible appelle péché). Par sa mort, nous sommes pardonnés, libérés de toute honte et de toute culpabilité devant Dieu – Jésus a tout assumé.

Mais Jésus ne nous donne pas seulement une nouvelle chance, la possibilité d’un nouveau départ, en effaçant l’ardoise de nos dettes. Il nous invite à une vie nouvelle, dont sa résurrection est le gage : il est vivant, d’une vie divine qui transperce même la mort. Cette vie, par la foi, nous pouvons la recevoir, comme nous avons reçu le pardon de Dieu par la foi. La caractéristique de cette vie, c’est que nous sommes maintenant connectés à Dieu. Directement, sans problème de réseau : nous pouvons recevoir de Dieu et lui donner, lui parler, lui demander, avec la liberté d’un enfant qui se confie à son père.

Mais ce n’est pas toujours facile de savoir comment se tenir devant Dieu. Comment être en relation avec lui. Dans notre enfance, nous avons appris que dans nos relations avec les autres, nous pouvons avoir différentes attitudes. Vous ne vous comportez pas de la même façon envers le maire de votre village ou votre beau-frère, votre conjoint ou votre mère, envers un inconnu ou un voisin. On s’adapte : le vocabulaire n’est pas le même, ni les sujets de conversation, ou encore le degré de confidence. Et le critère c’est l’identité de l’autre, qui détermine ma relation avec lui.

Le problème dans notre relation avec Dieu, c’est qu’on ne le voit pas. On l’entend rarement. Quelle attitude avoir envers lui ? Cette question, on ne peut y répondre qu’en méditant sur qui est Dieu. Tout dépend de qui est ce Dieu qui nous sauve, ce Dieu qui nous réconcilie avec lui.

Pour nourrir notre méditation, et nous aider à mieux être en relation avec Dieu, je vous propose un texte de l’AT, dans le livre de l’Exode, il y a quelques 3500 ans. Nous sommes à une époque difficile. Depuis plusieurs siècles, les descendants d’Abrahm, son fils Isaac et son petit-fils Jacob habitent en Egypte, où avec le temps ils sont devenus esclaves. L’oppression est de plus en plus dure. Il y a quelques années, un Juif a bien essayé de soulager leur misère, mais dans son ardeur il a tué un Egyptien et il a fui le pays. Cet homme c’est Moïse. Nous le retrouvons quarante ans plus tard…

Lecture biblique : Exode 3. 1-15

1 Moïse garde les moutons et les chèvres de Jéthro, son beau-père, le prêtre de Madian. Un jour, Moïse conduit le troupeau au-delà du désert et il arrive à l’Horeb, la montagne de Dieu.

2 Là, l’ange du SEIGNEUR lui apparaît dans une flamme, au milieu d’un buisson. Moïse regarde : le buisson est en feu, mais le feu ne détruit pas le buisson. 

3 Moïse se dit : « Je vais faire un détour pour voir cette chose étonnante. Le buisson n’est pas brûlé. Pourquoi donc ? » 

4 Le SEIGNEUR voit que Moïse fait un détour pour regarder. Alors Dieu l’appelle du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Moïse répond : « Je suis là ! » 

5 Le SEIGNEUR dit : « N’approche pas du buisson ! Enlève tes sandales parce que cet endroit est saint. 6 Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Moïse se cache le visage parce qu’il a peur de regarder Dieu.

Piqué par la curiosité devant un buisson qui ne brûle pas, Moïse s’avance. Au milieu de ce buisson, la voix de Dieu.

C’est l’ange du Seigneur, ange au sens de messager. On retrouve bien souvent cet « ange du Seigneur » dans l’AT, un messager qui s’exprime au nom de Dieu, avec l’autorité divine, au point que quand il parle on peut dire que Dieu parle. Là où il est, on peut dire que Dieu est présent d’une manière spéciale. On ne voit pas Dieu tel qu’il est, mais ce messager porte un peu du poids divin.

Dieu appelle Moïse deux fois, avec affection, c’est lui qui prend l’initiative, mais il le repousse juste après : « N’avance pas trop près ! Garde tes distances ! Et enlève tes chaussures, comme on le fait quand on entre chez un supérieur. » A d’autres époques, on ferait la révérence, on s’inclinerait.

Dieu révèle à Moïse, dès les premiers mots de leur échange, sa sainteté en premier. Qu’est-ce que cela signifie ? Dieu est pur : rien de mal en lui, rien d’imparfait qui puisse l’approcher sous peine de se consumer, de s’auto-détruire, comme on se brûle en touchant une flamme. Mais dans la pureté de Dieu, il y a aussi de la puissance, quelque chose de majestueux et d’impressionnant comme un éclair ou un sommet enneigé. Dieu est roi.

La sainteté de Dieu va être au cœur de ce que Dieu veut apprendre au peuple d’Israël par la suite : on ne s’approche pas de lui n’importe comment, sous peine de se brûler. Dieu demandera un temple avec des étapes, des sas, des restrictions, pour le souligner : on ne s’approche pas n’importe comment du Créateur, du Roi pur et puissant.

7 Le SEIGNEUR continue : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte. Je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs égyptiens. Oui, je connais ses souffrances. 8 Je suis donc descendu pour le délivrer du pouvoir des Égyptiens. Je veux l’emmener d’Égypte dans un pays beau et grand qui déborde de lait et de miel. C’est le pays des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizites, des Hivites et des Jébusites. [en évoquant les peuples, il dessine le contour des régions qui formeront le pays] 9 En effet, les cris des Israélites sont montés jusqu’à moi, et j’ai vu aussi comment les Égyptiens les écrasent. 10 Alors maintenant, je t’envoie vers le roi d’Égypte. Va et fais sortir de son pays les Israélites, mon peuple. »

Dieu ne s’étend pas sur sa sainteté, et il montre vite sa compassion. Il voit, il entend, il connaît les souffrances de son peuple – alors il va agir (il va « descendre »), et il va agir par l’intermédiaire de Moïse.

Il va libérer Israël de l’esclavage, pour le faire entrer dans un pays où le peuple pourra être souverain, et vivre librement sa relation avec Dieu. C’est un projet d’abondance que Dieu a : abondance visible, matérielle (le lait et le miel symbolisent la richesse des terres), mais aussi abondance spirituelle (la liberté, la joie, la justice, la paix…).

C’est un projet qui en annonce un autre, plus global : le salut en Jésus. Toute sa vie, et jusque dans sa mort, il œuvrera pour libérer de l’esclavage, et du pire qui soit : l’esclavage du péché, ce mal en nous qui nous empêche de vivre vraiment, dans la présence de Dieu. Le salut, c’est cette vie abondante dans la présence de Dieu, que nous commençons à vivre par la foi, mais dont nous attendons le plein accomplissement, lorsque Dieu aura instauré justice et paix dans ce monde.

Dieu intervient, non pas parce qu’Israël est un peuple particulièrement attendrissant, mais parce qu’il y a plusieurs siècles, Dieu a fait une promesse. Une promesse à Abraham, Isaac, et Jacob. La promesse d’un pays, la promesse de la vie avec lui. Il a fallu du temps pour accomplir cette promesse pour des raisons qui nous échappent. Mais maintenant, Dieu se montre fidèle à sa promesse, à sa parole, à l’alliance conclue avec les ancêtres de Moïse.

11 Moïse répond à Dieu : « Moi ? Est-ce que je suis capable d’aller trouver le roi d’Égypte pour faire sortir les Israélites de son pays ? » 

12 Dieu lui dit : « Je serai avec toi. C’est moi qui t’envoie. Voici la preuve : quand tu auras fait sortir d’Égypte le peuple d’Israël, vous me servirez sur cette montagne. » 

13 Moïse dit à Dieu : « Bon ! Je vais donc aller trouver les Israélites. Je leur dirai : “Le Dieu de vos ancêtres m’envoie vers vous.” Mais ils vont me demander ton nom. Qu’est-ce que je dois répondre ? » 

14 Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SUIS. Voici ce que tu diras aux Israélites : “JE SUIS m’a envoyé vers vous.”  » 15 « Puis tu leur diras encore : “Celui qui m’a envoyé vers vous s’appelle LE SEIGNEUR. Il est le Dieu de vos ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.” C’est mon nom pour toujours. C’est le nom par lequel vous pourrez faire appel à moi de génération en génération. »

Moïse va jouer un rôle clef dans le projet de libération que Dieu a élaboré. Mais il doute, moitié par politesse (oh non, c’est trop d’honneur… qui suis-je ?…), moitié parce qu’il n’est pas le héros idéal ! Déjà avancé en âge, exilé depuis quarante ans, meurtrier (un meurtre n’a pas vraiment de délai de prescription !), il n’est pas à la hauteur.

Dieu répond avec une promesse : je t’accompagne, et un signe : tu vas y arriver, et quand tu auras accompli cette mission, tu seras avec le peuple, sur cette montagne-même où nous parlons, et vous inaugurez votre liberté avec une célébration qui sera le début d’une nouvelle ère.

Pour rassurer encore Moïse, Dieu précise son nom : Je suis. La forme utilisée dans le texte est ambiguë : ça peut vouloir dire « je suis » ou « je fais être, je crée ». Pour Dieu, qui est la source de toute vie, les deux marchent ! Puisqu’il est, puisqu’il crée, aucun obstacle n’est définitif. Dieu appelle ainsi Moïse au courage et à la confiance : allez ! on y va !

Moïse ne dira pas « je suis » aux Israélites, il dira « il est » avec les lettres qui forment le mot « yahvé », qu’on reprend parfois pour désigner Dieu. Dans ce nom, on sent la majesté de Dieu – il est. Il est saint, Il est compatissant, Il est avec nous.

            Une foi aux mille nuances

C’est ce Dieu-là que nous révèle Jésus : un Dieu impressionnant, un Dieu au cœur ardent, un Dieu très haut qui se fait très proche. Il a la vision panoramique du monde entier, avec ses univers qui nous restent inconnus, et en même temps, il nous entend et nous connaît. Et c’est avec ce Dieu-là que Jésus nous invite à vivre. Un Dieu dont la justice colore l’amour, dont la compassion fait vibrer la sainteté, un Dieu riche et profond. Comme la lumière blanche où se conjuguent les nuances des couleurs que nous connaissons, révélées dans un arc-en-ciel…

Nous sommes souvent touchés plutôt par un aspect de Dieu (Dieu est saint, Dieu est amour, Dieu est la vérité, Il est juste, artisan de paix…), parfois au détriment des autres. Mais le risque c’est de passer à côté du reste, et de rétrécir Dieu, comme on rétrécirait un arc-en-ciel à une seule couleur. Dieu est riche en nuances ; du coup, notre relation avec lui doit refléter ces différentes nuances pour être riche et authentique.

Par exemple, nous disons souvent « Dieu est amour ». C’est vrai. Mais parfois nous finissons par dire : « Dieu n’est qu’amour » – or il est aussi le Dieu saint, juste et vrai. Sa sainteté appelle notre crainte et notre respect, car nous sommes indignes, indignes de nous approcher du Créateur ! Mais Jésus a assumé cette indignité, et lorsque nous croyons en lui, nous pouvons utiliser son nom pour approcher Dieu, comme avec un laissez-passer : je connais le fils du patron ! Mieux, je suis son frère adoptif !  Mais Dieu reste le même, il est saint. On ne s’approche pas de lui comme d’un copain, ou d’un égal, même s’il nous aime. Il n’est pas à notre service, même s’il vient à notre secours. Et venir à lui, dans la prière, c’est dire d’abord : que ta volonté soit faite. Passe en premier. Qu’il n’y ait dans ma bouche aucune parole qui te déplaise, par mes mains aucun geste indigne, dans mes pensées aucun vice ni mensonge. Que ce qui doit brûler en t’approchant se détruise… Ce n’est pas une crainte peureuse qui nous habite, mais un respect admiratif, impressionné, humble devant la grandeur de Dieu…

Cela dit, n’insister que sur la sainteté de Dieu, c’est négliger les trésors de patience qui l’habitent. Négliger sa compassion et sa grâce : Il a pris l’initiative de nous sauver sans autre raison que son amour pour nous, sans que nos « mérites » y soient pour quelque chose. Et il continue ! Nous vivons dans la grâce de Dieu. Chaque jour, il renouvelle son pardon, et il œuvre pour nous transformer, par son Esprit qui habite en nous.

Voilà juste quelques couleurs sur l’arc-en-ciel de Dieu, mais rien que ces qualités-là interrogent : comment va votre relation avec Dieu en ce moment ? Y a-t-il une dimension de Dieu que vous avez oubliée récemment, ou des textes bibliques que vous évitez parce qu’ils vous mettent mal à l’aise ? Qu’avez-vous besoin de redécouvrir dans votre relation avec Dieu ? Sa justice, sa patience ? Sa sainteté, sa compassion ? Sa grandeur, sa présence ? Prenons un moment de silence pour demander à Dieu de nous éclairer, et nous conduire dans une relation plus riche et plus profonde avec lui.

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