Prier ou agir, faut-il choisir ?

 

Tout à l’heure, nous avons prié pour les actions du SEL. Nous offrons aussi la possibilité de donner pour soutenir financièrement ces actions.

Plus proche de nous, nous sommes tous confrontés à des besoins, des attentes autour de nous, et on ne sait pas toujours comment y répondre, ni même si nous devons y répondre… Peut-être qu’alors nous prions pour ces besoins.

Est-ce suffisant ? Ici se pose en fait la question du lien entre nos prières et nos actions. Finalement, en tant que croyant, ne sommes-nous pas convaincus que c’est Dieu qui agit ? La Bible ne dit-elle pas que la prière du juste a une grande efficacité ? Alors pourquoi la prière ne suffirait-elle pas ? Plutôt que de faire des bêtises, ne faudrait-il pas seulement prier et laisser Dieu agir ?

Je vous propose de chercher des éléments de réponse à ces questions dans un extrait du chapitre 15 de l’Evangile selon Jean :

Jean 15.5-10

5 (Jésus dit :) « Je suis la vigne, vous êtes les sarments. Si quelqu’un reste attaché à moi comme je suis attaché à lui, il donne beaucoup de fruit. En effet, sans moi, vous ne pouvez rien faire. 6 Celui qui ne reste pas attaché à moi, on le jette dehors, comme les branches. Alors les branches deviennent sèches, on les ramasse, on les jette dans le feu, et elles brûlent. 7 Si vous restez attachés à moi, et si mes paroles restent en vous, demandez ce que vous voulez, et vous l’aurez. 8 Donnez beaucoup de fruits et soyez ainsi mes disciples, alors vous montrerez la gloire de mon Père. 9 Je vous ai aimés comme le Père m’a aimé. Restez dans mon amour. 10 J’ai obéi aux commandements de mon Père et je reste dans son amour. De la même façon, si vous obéissez à mes commandements, vous resterez dans mon amour.

« Demandez ce que vous voulez, et vous l’aurez ! » Au coeur de ce texte, cette affirmation ressemble un peu à un slogan publicitaire… » On pourrait presque ajouter : appelez le 08 777 et dites « Jésus ! »

Sauf que ce n’est pas un slogan publicitaire mais une promesse de la Bible. Une promesse que Jésus répète à plusieurs reprises dans les évangiles, pas toujours avec les mêmes mots mais toujours avec la même idée. Demandez et vous recevrez !

On perçoit bien qu’il n’y a pas derrière ces formules l’évocation d’un Dieu qui serait prêt à répondre à tous nos caprices ! La formule n’est ni magique ni automatique : il ne suffit pas de demander et ça arrive !!! Ce n’est pas comme ça que ça fonctionne…

Le sens de la promesse est précisé par les contextes dans lesquels elle apparaît. Selon les cas, Jésus y insiste sur la façon de demander (en son nom), ou sur les bonnes choses qu’on demande (sous-entendu : si on demande de mauvaises choses, Dieu ne va pas forcément nous les donner !).

Dans notre texte (Jean 15), le promesse est bien là, formulée de façon assez absolue : « demandez ce que vous voulez, et vous l’aurez. » Mais elle apparaît dans le développement d’une image, celle de la vigne. Jésus est la vigne, nous ne sommes que les sarments, les branches de la vigne. D’où la nécessité de rester attaché à lui. Et cela apparaît comme une condition à la promesse : « Si vous restez attachés à moi, et si mes paroles restent en vous, demandez ce que vous voulez, et vous l’aurez. »

Or, rester attaché au Christ, c’est demeurer dans son amour. Et comment demeurer dans son amour ? En obéissant à ses commandement (cf. v.10). Le lien entre la prière et l’action est au coeur de ce texte. Jésus le dit clairement : « sans moi, vous ne pouvez rien faire. »

Bref, la promesse toute seule semble absolue : « demandez ce que vous voulez, et vous l’aurez. » mais ajoutez les conditions explicites qui lui sont associées : « si vous restez attachés à moi, et si mes paroles restent en vous » et le contexte de la métaphore qui souligne que sans lui nous ne pouvons rien faire, et on se rend compte qu’on est très loin d’une formule magique !

En fait, si on est vraiment attaché à Jésus-Christ, on ne lui demandera pas n’importe quoi, on sera conduit à lui demander ce qui correspond à sa volonté… et il l’accordera. Et si on est attaché à Jésus-Christ, alors on accomplira sa volonté dans notre vie, on agira en conséquence… et certaines de nos demandes pourraient bien se concrétiser dans notre engagement. C’est aussi à travers nous que le Seigneur les exaucera.

Pour le chrétien, il est aussi problématique de prier sans agir que d’agir sans prier

Prier sans agir, c’est réduire la prière à des paroles en l’air, qui n’engagent pas. Même si elle est bien formulée, pleine de citations bibliques et d’expressions spirituelles, une telle prière n’est guère plus qu’un voeu pieu. Pire, c’est l’occasion de se décharger sur Dieu de notre responsabilité… « Vas-y, Seigneur, agis ! Et moi je m’en lave les mains… »

Alors bien sûr, dans certaines circonstances plutôt extrêmes, la prière sera la seule action que nous pourrons mener. Il peut arriver que nous n’ayons aucune emprise sur les événements, que nous soyons totalement démunis… et là, le seul refuge, la seule action possible, c’est de prier.

Mais parfois, à l’inverse, la réponse à notre prière dépendra entièrement de nous, de notre engagement, de notre décision. Par exemple, on peut parfois demander à Dieu d’appeler ou d’envoyer quelqu’un pour un service… et que la personne qu’il veut envoyer, c’est nous qui sommes en train de prier !

Et puis il y a toutes les nuances possibles entre ces deux extrêmes… On peut par exemple prier pour la guérison de quelqu’un mais être appelé en même temps à visiter le malade pour lequel on prie et cette visite pourrait contribuer à sa guérison. Ou on peut prier pour un projet humanitaire à des milliers de kilomètres de chez nous et en même temps envoyer de l’argent pour le soutenir.

En réalité, un des rôles de la prière sera de discerner quelle part je suis appelé à prendre pour qu’elle soit exaucée ! C’est une question que nous pouvons intégrer dans toute démarche de prière : « quelle part Dieu veut-il que je prenne dans l’exaucement de ma prière ? »

Prier sans agir est problématique. Mais agir sans prier l’est aussi ! Parce que toute action ou toute initiative n’est pas forcément bonne. Parce qu’on peut toujours faire des mauvais choix. Parce que nous sommes appelés à « demeurer en Jésus-Christ » comme le disait notre texte, c’est-à-dire à accomplir sa volonté. Agir sans prier, c’est prendre le risque d’agir par nous-mêmes et pour nous-mêmes, d’accomplir notre volonté plutôt que celle de Dieu, de se réfugier dans l’activisme ou d’aller droit dans le mur.

« Priez sans cesse ! » disait l’apôtre Paul aux chrétiens de Thessalonique. On peut entendre cette fameuse parole comme un encouragement à accompagner notre vie, toute notre vie, de la prière. Une invitation à prier avant, pendant et après l’action.

Il nous faut prier avant d’agir pour discerner ce qu’il convient de faire. Ça ne nous garantira pas le succès, nous ferons encore des mauvais choix parfois… mais si nous ne prions pas avant d’agir, nous augmentons considérablement les risques d’erreur ! Car il s’agit toujours de discerner ce que Dieu attend de nous aujourd’hui.

Prier pendant l’action, ce n’est pas forcément s’arrêter à se mettre à genoux. C’est être conscient, au coeur de l’action, d’avoir besoin du soutien et de l’aide de Dieu, et que nos efforts, notre intelligence et notre expérience ne suffisent pas. L’oeuvre bienveillante de Dieu demeure essentielle en toutes circonstances. Prier pendant l’action, c’est aussi être prêt à ajuster nos projets, modifier la trajectoire si les circonstances l’exigent.

Et puis il convient aussi de prier après l’action. Lorsque nous avons fait notre part, continuer de prier c’est confier à Dieu la suite, et accompagner ceux qui ont pris le relais dans l’action, d’une manière ou d’une autre.

On peut dire que l’apôtre Paul était un homme d’action, vu tous ses voyages missionnaires et toutes les Eglises qu’il a fondées. Mais je suis frappé, dans ses lettres, combien la prière occupe une place importante. Voyez toutes les fois où il dit prier constamment pour les Eglises auxquels il écrit. Et voyez combien souvent il demande aux chrétiens de prier pour lui, pour l’exercice de son ministère. Il priait sans cesse. Avant, pendant et après l’action !

Conclusion

Prier ou agir, il ne faut pas choisir ! L’un ne peut pas aller sans l’autre. Pour le chrétien, il est aussi problématique de prier sans agir que d’agir sans prier !

Si nous pouvons être convaincus que c’est Dieu qui agit, nous pouvons être également convaincu qu’il choisit d’agir à travers nous. La prière n’est pas un moyen de nous décharger sur Dieu de notre responsabilité mais une façon de mettre notre vie au diapason de Dieu, d’harmoniser nos actions au projet de Dieu.

Dans notre vie de prière, une question ne doit pas être laissée de côté et je vous la laisse pour conclure : « quelle part Dieu veut-il que je prenne dans l’exaucement de ma prière ? »

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