Vivre la fraternité (4) Vivre l’unité

 

Il y a aujourd’hui entre 2 milliards et 2,5 milliards de chrétiens dans le monde. Tous ne sont pas pratiquants mais ça représente quand même environ un tiers de la population mondiale. Plus d’un milliard sont catholiques, 900 millions protestants, et puis il y a les orthodoxes, les orientaux, les anglicans ou d’autres…

En France, il y aurait plus de 40 millions de chrétiens (plus ou moins pratiquants), avec une très forte majorité de catholiques. Les Protestants seraient autour de 2 millions. Et pour combien d’Eglises et d’Unions d’Eglises ? Bien plus de 50 Unions d’Eglises différentes ! Certaines sont membres de la Fédération Protestante de France, d’autres du Conseil National des Evangéliques de France, certaines des deux… et d’autres encore d’aucun des deux !

En janvier, nous sortons de deux semaines de prière pour l’unité des chrétiens. Deux semaines différentes, à une semaine d’écart ! Là encore, certaines Eglises participent aux deux, d’autres à une seule, voire à aucune des deux…

Franchement, est-ce que vous trouvez ça normal ? Tout le monde se dit chrétien, disciple de Jésus-Christ, et chacun marche de son côté… quand on ne se tire pas dans les pattes les uns des autres !

Bien-sûr, vous me direz que c’est compliqué, qu’il y a des histoires différentes, des traditions et des pratiques différentes, des divergences théologiques… Il ne suffit pas de claquer des doigts pour balayer ces difficultés, et dire que finalement on est tous pareils et qu’on devrait tous se retrouver dans une seule Eglise. Ce serait irréaliste, naïf.

Mais peut-on vraiment se satisfaire de cette dispersion ? Peut-on vraiment se contenter de dire que l’unité de l’Eglise est en Jésus-Christ, qu’elle est spirituelle, qu’elle ne dépend pas de nous ? Peut-on parler de fraternité chrétienne en excluant tous ceux qui n’appartiennent pas à notre Eglise ou qui ne partagent pas nos convictions théologiques ? Ou dire que c’est mon Eglise qui est fidèle, et que l’unité passe par l’intégration à mon Eglise !

Vivre la fraternité, c’était aussi vivre l’unité ! Mais qu’est-ce qu’on entend par là ? Et comment le vivre ? Pour répondre à cette question, je vous propose de lire un extrait de la dernière prière de Jésus pour ses disciples, en Jean 17.

Cette prière clôt les discours d’adieu de Jésus à ses disciples. On y trouve ses dernières instructions : la promesse du Saint-Esprit, l’annonce de son retour, l’avertissement que ça ne sera pas toujours facile pour eux, l’importance de l’amour les uns pour les autres… Dans sa prière, il s’en remet d’abord à son Père : « Maintenant, Père, donne-moi cette gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe. » (v.5). Ensuite il prie pour ses disciples, pour leur mission dans le monde : « Je ne te demande pas de les retirer du monde mais je te demande de les protéger du Mauvais. » (v.15). Et puis, à la fin, il élargit sa prière, au-delà de ses disciples :
Jean 17.20-23
20 « Je ne prie pas seulement pour mes disciples. Je prie aussi pour ceux qui croiront en moi à cause de leur parole. 21 Que tous soient un ! Père, tu vis en moi et je vis en toi. De la même façon, que tous soient un en nous, ainsi le monde croira que tu m’as envoyé.
22 « Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée. Alors ils seront un, comme nous sommes un, 23 moi en eux et toi en moi, ainsi ils seront parfaitement un. Alors le monde saura que tu m’as envoyé, et que tu les aimes comme tu m’aimes.

On comprends bien qui est concerné par cette prière : « ceux qui croiront en moi à cause de leur parole. » (v.20) On peut difficilement faire plus large… Il s’agit de tous les croyants, dans toutes les générations, depuis les premiers disciples. Bref, nous sommes concernés !

Or, dans ces quatre versets, l’objet de la prière de Jésus est claire. Il le répète quatre fois : « Que tous soient un ! » (v.21), « Que tous soient un en nous » (v.21), « alors ils seront un » (v.22), « ainsi ils seront parfaitement un » (v.23) !

Si on n’a pas compris, je ne sais pas ce qu’il faut faire… Jésus prie pour l’unité de ses disciples. Et s’il insiste autant, c’est qu’il devait se douter que cette unité n’irait pas de soi. Et il ne la présente pas comme une option facultative mais comme un absolu : « que tous soient un » et l’objectif est d’être « parfaitement un ».

Jésus précise toutefois une condition qui rend possible cette unité. Au verset 21 : « Père, tu vis en moi et je vis en toi. De la même façon, que tous soient un en nous. » De même ensuite, il précise : « ils seront un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi » (v.22-23).

L’unité est donc en Christ, elle est reçue de Dieu. Les hommes n’ont pas à la construire artificiellement… C’est vrai ! Mais ne peut-on pas dire aussi que ne pas la vivre, c’est refuser ce que Dieu veut donner ?

D’autant que l’enjeu est de taille, souligné deux fois par Jésus. Au verst 21 : « ainsi le monde croira que tu m’as envoyé. » et au verset 23 : « Alors le monde saura que tu m’as envoyé, et que tu les aimes comme tu m’aimes. » L’enjeu, c’est le témoignage, la gloire de Dieu. L’unité de l’Eglise est un témoignage en faveur de l’unique Christ, qui nous unit dans notre diversité. Et la division est donc forcément un contre-témoignage.

Vivre l’unité n’est pas une option facultative pour le chrétien. On ne peut pas être personnellement en communion avec le Christ sans rechercher la communion avec les autres chrétiens, parce qu’eux aussi sont en communion avec le Christ : « ils seront un, comme nous sommes un, moi en eux et toi en moi ».

Bref, ma relation aux autres chrétiens dit quelque chose de ma relation à Dieu !

Ma relation aux autres chrétiens dit quelque chose de ma relation à Dieu

Elargir/approfondir mes relations

Qu’est-ce que la vie chrétienne, sinon le fait d’approfondir sa relation avec Dieu ? Avec toutes les conséquences que ça implique pour ma vie, mon comportement, mes relations, etc… Et justement, il me semble qu’une de ces conséquences devrait être le fait d’élargir et d’approfondir mes relations avec les autres chrétiens, ceux qui appartiennent à d’autres confessions que la mienne et qui sont aussi, à leur façon, dans une relation avec le Christ.

Mais pour cela, deux qualités sont à développer : l’ouverture et la curiosité. L’ouverture pour être capable d’accueillir ce que je ne connais pas encore. Et la curiosité pour aller chercher chez l’autre des richesses nouvelles. L’ouverture et la curiosité permettent la véritable rencontre, en surmontant les a prioris et les peurs.

Il me semble d’ailleurs que l’ouverture et la curiosité sont aussi importantes dans ma relation à Dieu. C’est terrible quand on pense tout comprendre et tout connnaître de Dieu ! En réalité, on est sûr de se tromper, parce que c’est impossible ! Être ouvert à Dieu, c’est le laisser nous surprendre et ne pas l’enfermer dans un système théologique clos. Être curieux de Dieu, c’est le chercher, encore et encore, tout au long de notre vie. Avoir envie de toujours mieux le connaître.

Et si nous avions le même élan dans notre relation aux autres chrétiens ? Car c’est aussi terrible quand on pense tout comprendre et tout connaître des autres ! « Je n’ai pas besoin de les rencontrer, je les connais ! »

Un chrétien qui ne cultive pas l’ouverture et la curiosité est un chrétien qui s’enferme, dans sa vision des autres et, pire, dans sa vision de Dieu !

Exercer mon discernement

Il ne s’agit pas pour autant de gommer toute différence, ni même de nier les divergences qui existent ! Ce n’est pas parce qu’on cherche à élargir ses relations qu’on perd tout esprit critique ! Être ouvert et curieux ne signifie pas être naïf. Au contraire, l’esprit critique est essentiel, dans toute relation authentique… mais pas l’esprit de jugement. Celui qui est animé d’un esprit critique écoute et interroge, il approfondit, il réfléchit, il se positionne. Celui qui est animé d’un esprit de jugement enferme, il critique sans réfléchir, et finalement il n’écoute pas.

Dans le regard que nous portons sur les autres, et en particulier les autres chrétiens, quel esprit nous anime ?

On entend dire parfois : « Si on va à la rencontre des chrétiens d’autres confessions, on risque de perdre notre identité ou de mettre en péril nos convictions ! » Au contraire, je crois que le dialogue et la rencontre forgent notre identité et renforcent nos convictions, soit en les enrichissant d’autres traditions, soit en discernant chez l’autres des convictions ou des pratiques que nous ne partageons pas… mais alors on sait pourquoi.

La rencontre nous fait grandir. Elle affine notre discernement, éclairé par le Saint-Esprit. Ce même discernement qui est essentiel dans notre vie chrétienne, pour nos choix de vie, pour nos orientations… et pour notre cheminement avec Dieu.

Conclusion

Finalement, pourquoi est-ce si important de chercher à vivre l’unité ? Parce que cela me donne l’occasion de rencontrer, chez l’autre, le même Christ qui vit en moi. Je ne parle pas ici d’institution et d’Eglises d’un point de vue structurel. Je parle de chrétiens, d’hommes et de femmes, de disciples du Christ. Certes, ils peuvent avoir des traditions, des façons d’exprimer leur foi différents de moi, et qui parfois m’étonnent ou me dérangent… Bien-sûr qu’on n’est parfois en désaccord ! Mais dites-vous bien que pour eux, ma façon de dire et de vivre ma foi peut leur paraître aussi tout à fait étrange !

L’enjeu est dans la rencontre du Christ, chez l’autre. Il s’agit de se rapprocher du Christ pour se rapprocher de nos frères et sœurs… et de se rapprocher de nos frères et soeurs pour se rapprocher du Christ !

Une réflexion au sujet de « Vivre la fraternité (4) Vivre l’unité »

  1. Je prie notre Dieu que nous puissions voir en France effectivement 40 millions de  nos compatriotes ayant simplement la foi en Christ ressuscité mais vraiment la foi……et avec qui la partager avec grande joie….même si notre pratique peut parfois être différente.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>