Se préparer à l’action de Dieu

Le temps de l’Avent, c’est le temps de l’attente. Attente des vacances, attente des fêtes, parfois avec appréhension, comme le rappelait Vincent dimanche dernier. Mais il y aussi une autre dimension : en nous préparant à fêter la venue de Dieu parmi les hommes, en Christ, il y a plus de 2000 ans, nous nous rappelons que Dieu n’est pas au bout de son œuvre et que nous sommes encore dans l’attente. Encore aujourd’hui, nous attendons que Dieu nous restaure, qu’il agisse dans notre vie, et, plus loin, qu’il bâtisse ce monde juste et paisible qu’il s’est fixé comme but. Nous attendons que Dieu révèle son salut. Car il n’y a que Dieu qui peut sauver, relever, guérir profondément.

Vincent nous rappelait que même dans cette attente intérieure, Dieu est actif. Par son Esprit en nous, il nous prépare et nous inspire. Mais quelle est notre part ? Le texte proposé aujourd’hui nous permet de zoomer sur cette part qui est la nôtre. C’est un extrait de l’Evangile de Luc, c’est-à-dire la biographie que Luc écrit sur Jésus, et après avoir raconté la naissance de Jean (le cousin de Jésus) et de Jésus, il nous transmet la prédication de Jean le Baptiste qui à sa façon prépare le moment où Jésus va parcourir les routes et annoncer le salut de Dieu.

Texte biblique: Luc 3.1-6

1 C’était la quinzième année du règne de l’empereur Tibère ; Ponce-Pilate était gouverneur de Judée, Hérode régnait sur la Galilée et son frère Philippe sur le territoire de l’Iturée et de la Trachonitide, Lysanias régnait sur l’Abilène, 2 Hanne et Caïphe étaient grands-prêtres.

La parole de Dieu se fit alors entendre à Jean, fils de Zacharie, dans le désert. 

On voit l’historien méthodique ! Luc nous donne tout le contexte politique et religieux du moment où Jean a reçu ce qu’il devait transmettre au nom de Dieu. Tibère, c’est l’empereur romain de l’époque, un empereur qui frise la cruauté dans ses dernières années. Ponce-Pilate est son émissaire à Jérusalem et sa région, tandis que les autres régions d’Israël sont gouvernées par des Juifs acoquinés avec le pouvoir romain. Israël est sous domination étrangère : le contexte paraît peu favorable à ce que Dieu agisse. C’est même un contexte d’opposition : Hérode fera tuer Jean, Ponce-Pilate & les grands-prêtres juifs feront condamner et crucifier Jésus quelques années plus tard.

Pour nous la situation est différente, mais nous paraît aussi peu favorable pour que Dieu agisse. Que ce soit sur le plan politique, spirituel, économique, moral, dans l’ambiance de peur actuelle ou de scepticisme global, nous pouvons avoir l’impression qu’il y a des murs devant nous, devant Dieu, et que Dieu aura du mal à se frayer un chemin dans notre société.

Et pourtant, Dieu se révèle dans ce temps-là. C’est à ce moment-là qu’il adresse sa parole à Jean, une parole que Jean est appelé à relayer largement, à claironner à qui veut l’entendre, une parole qui prépare les gens à accueillir Jésus. Et c’est dans ce contexte-là que Jésus va commencer à parler de Dieu, à enseigner, à guérir, à sauver…

Mais remarquez où se trouve Jean lorsque Dieu lui adresse la parole : dans le désert. Le désert est un endroit où Dieu aime parler – un endroit où il y a peu de distractions, où généralement on se tient prêt à écouter Dieu. C’est dans le désert que Dieu a donné sa loi à Moïse par exemple. Mais ce qui compte c’est moins le lieu que l’attitude de celui qui écoute : Jean dans le désert s’est rendu disponible à Dieu.

Dans le brouhaha qui nous entoure, dans notre brouhaha intérieur – nos préoccupations, nos activités – comment nous rendons-nous disponibles à Dieu ? Nous aurons du mal à aller au désert… mais au quotidien, comment créons-nous l’espace pour nous mettre à l’écoute de Dieu ? Est-ce que c’est un temps de prière après le petit-déjeuner ? Ou dans la voiture ? Une lecture biblique avec le café ou la tisane ? Comment nous préparons-nous à écouter Dieu ?

3 Jean se mit à parcourir toute la région voisine de la rivière, le Jourdain. Il lançait cet appel : « Changez de comportement, faites-vous baptiser et Dieu pardonnera vos péchés. »

4 Ainsi arriva ce que le prophète Ésaïe avait écrit dans son livre : « Un homme crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, faites-lui des sentiers bien droits ! 5 Toute vallée sera comblée, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les courbes de la route seront redressées, les chemins en mauvais état seront égalisés.

6 Et tout le monde verra le salut accordé par Dieu. »

Dieu n’a pas seulement parlé à Jean pour lui-même mais il l’envoie proclamer le besoin de se préparer à l’action de Dieu. Qu’annonce donc Jean ? Changez de comportement (parfois traduit par « Repentez-vous / Convertissez-vous ») et faites-vous baptiser – alors Dieu vous pardonnera vos péchés. La citation du prophète Esaie vient en renfort : faites des sentiers bien droits, et tout le monde verra le salut de Dieu. Quand on parle de pardon des péchés, de salut, quelle réalité est derrière ? Ce n’est pas seulement une absolution ! Mais une réconciliation. Ce que Dieu désire, c’est nous appeler ses enfants. Mais le mal que nous commettons, nos erreurs, nos fautes, nos mensonges, nos déviations, tout cela nous éloigne de lui et nous empêche de vivre librement avec lui.

Quand quelqu’un vous a blessé, ou que vous avez blessé quelqu’un, même si vous regrettez le froid qui s’ensuit, votre relation ne pourra pas être restaurée tant que celui qui a blessé l’autre ne demande pas pardon. Alors souvent, demander pardon ne nous demande pas grand-chose, à part de passer sur notre orgueil. Mais imaginez que vous avez brûlé la maison de quelqu’un, ou que vous avez renversé son enfant… Il faudra payer des dommages & intérêts ! La Bible nous dit que c’est Jésus qui paie nos dommages et intérêts envers Dieu, pour que la seule part qui nous reste ce soit de demander pardon. De nous tourner vers Dieu.

A ce moment-là, Jean-Baptiste ne sait pas que c’est son cousin, Jésus, qui portera notre salut, ni comment il le rendra possible. Mais il sait que Dieu veut nous sauver et nous pardonner. Et il sait que nous devons nous tourner vers lui pour que ce soit possible.

« Changez de comportement / convertissez-vous / repentez-vous » : ce n’est pas le changement pour le changement. Ce n’est pas non plus passer son temps à s’auto-flageller ! Non, c’est se tourner vers Dieu, nous rendre humblement disponible, mettre de côté notre orgueil et notre fierté pour recevoir une nouvelle chance.

Et dans ce mouvement, quand nous nous tournons vers Dieu, nous nous détournons forcément de quelque chose. Pour accueillir, nous abandonnons forcément autre chose. C’est le mouvement de la conversion : en croyant en Jésus, nous abandonnons d’autres croyances – l’athéisme, le matérialisme, certaines images de la divinité, certaines images de notre façon d’être aimé de Dieu, certaines conceptions du bonheur [cf. tém blabla Taizé ?]. Nous abandonnons certaines pratiques parce que nous nous rendons compte qu’elles ne sont pas compatibles avec ce que Dieu veut vivre avec nous – des fausses libertés, des addictions, des comportements qui nous avilissent… Nous faisons de la place en nous et dans notre vie, pour que Dieu agisse.

Mais que fait-on après ? Est-ce que c’est fini ? Dans plusieurs de ses lettres aux églises, l’apôtre Paul suggère que ce mouvement, ce changement, cette transformation, implique constamment de notre part un abandon et un accueil (Rm 12.1-2, Ep 4.22-24, Col 3.9-10) – l’abandon de ce qui nous éloigne de Dieu, l’accueil de ce que Dieu désire pour nous. Constamment, nous sommes appelés à faire de la place – comme à la maison ! Pour garder une maison où l’on peut circuler agréablement et inviter facilement, il faut régulièrement trier, jeter, ranger, remplacer. Le grand ménage de l’emménagement ne suffit pas ! Dans notre vie aussi, pour accueillir Dieu, le ménage nous attend ! Il y a les déchets encombrants : la débauche, la malhonnêteté, le vol… Mais il y a aussi les vêtements jetés sur la chaise, les anciennes clefs éparpillées, les papiers qui s’accumulent : rien de grave en soi, mais l’accumulation et la confusion. Qu’est-ce que ce serait dans notre vie ? L’immaturité ? L’indifférence ? l’orgueil, le jugement, le mépris, la dureté de cœur et le refus de pardonner (souvent pour des raisons qu’on trouve très bonnes, mais qui devant Jésus ne tiendraient pas forcément….), la paresse, l’amertume…

Comment faisons-nous le point ? Est-ce que nous osons regarder en face les sentiers tordus de notre cœur – bien souvent nous sentons là où ça coince dans notre vie : est-ce que nous fuyons ou est-ce que nous remettons à Dieu ? Et quand nous n’avons aucune idée de ce qui nous encombre, est-ce que nous osons demander à Dieu de nous montrer ce qui cloche ?

Jean invite à poser un geste d’engagement, à ne pas s’arrêter aux bonnes intentions : pour lui c’est le bain du baptême – avec un sens partiel par rapport au baptême demandé par Jésus. Pour Jean, c’est un geste qui montre concrètement que nous voulons laisser Dieu agir en nous et nous sauver, un appel à l’action pour ne pas en rester aux vœux pieux… Si vous voulez davantage lire la Bible, quelle est votre stratégie ? Un moment bien défini, une alarme, une application ? Si vous voulez renoncer au jugement, comment allez-vous le mettre en pratique ? S’il reste des conflits dans votre vie, à qui irez-vous demander pardon ?

Ces décisions, ces gestes, ça ne veut pas dire que nous allons nous sauver nous-mêmes ! Mais que nous nous ouvrons à l’action de Dieu dans notre vie, avec humilité, conscients que nous avons toujours besoin de lui pour devenir l’homme ou la femme qu’il veut que nous soyons. Parce qu’après tout, c’est Dieu qui comble les vallées de nos blessures, qui abaisse les montagnes de notre suffisance, qui redresse les courbes de nos fonctionnements tordus, qui égalise les chemins que nous prenons, afin que nous puissions marcher avec assurance et joie dans sa présence. Alors dans la conviction que Dieu peut agir dans toutes les situations, dans l’espérance du salut qu’il a accompli en Christ, tournons-nous humblement vers Dieu et laissons-le nous transformer. Il le fera !

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