Un autre bonheur

Nous vous proposons avec Vincent une série de prédications sur le fameux discours de Jésus dans les collines – le « Sermon sur la Montagne ». Nous sommes au début de l’Evangile de Matthieu, au début du ministère de Jésus : après son baptême, il choisit quelques disciples pour le suivre, et se met à enseigner. Jésus proclame que le règne de Dieu s’est approché, il invite à changer de vie, à se tourner vers Dieu pour entrer dans cette existence nouvelle. Très vite, sa réputation le précède : de nombreuses foules viennent à lui – il prêche, il guérit, il délivre. Dans ce tumulte, Jésus fait une pause pour enseigner un peu plus en profondeur à quoi ressemble la vie avec Dieu. Il ne dit pas encore comment on y arrive, mais il décrit la vie de celui/celle qui entend l’invitation de Dieu, se tourne vers lui et change de vie. Et il commence avec un portrait.

Lecture de l’Evangile de Matthieu (ch. 5, v.1-12)

1 Jésus voit les foules qui sont venues. Il monte sur la montagne, il s’assoit et ses disciples viennent auprès de lui. 2 Jésus prend la parole et il les enseigne en disant :

3 « Ils sont heureux, ceux qui ont un cœur de pauvre, parce que le Royaume des cieux est à eux !

4 Ils sont heureux, ceux qui pleurent, parce que Dieu les consolera !

5 Ils sont heureux, ceux qui sont doux, parce qu’ils recevront la terre comme un don de Dieu !

6 Ils sont heureux, ceux qui ont faim et soif d’obéir à Dieu, parce qu’ils seront satisfaits !

7 Ils sont heureux, ceux qui sont bons pour les autres, parce que Dieu sera bon pour eux !

8 Ils sont heureux, ceux qui ont le cœur pur, parce qu’ils verront Dieu !

9 Ils sont heureux, ceux qui font la paix autour d’eux, parce que Dieu les appellera ses fils.

10 Ils sont heureux, ceux qu’on fait souffrir parce qu’ils obéissent à Dieu. Oui, le Royaume des cieux est à eux ! 11 Vous êtes heureux quand on vous insulte, quand on vous fait souffrir, quand on dit contre vous toutes sortes de mauvaises paroles et de mensonges à cause de moi. 12 Soyez dans la joie, soyez heureux, parce que Dieu vous prépare une grande récompense ! En effet, c’est ainsi qu’on a fait souffrir les prophètes qui ont vécu avant vous. »

Jésus regarde et il voit. Il voit les foules, les gens malades, pauvres, en pleurs, en souffrance. Dans la foule autour de lui, dans la foule de ce matin, il voit – ceux qui sont insatisfaits de leur vie, ou qui nagent à contre-courant. Ceux qui languissent et qui peinent, ceux qui crient et espèrent. Et Jésus saisit l’opportunité de montrer à ses disciples, et aux foules, comment Dieu regarde cette situation.

1)     Heureux ceux que Dieu voit

Le discours tout entier est bien structuré, avec le balancement : heureux ceux qui… car Dieu leur répondra. Ce qui frappe, c’est le paradoxe de ses formulations. Heureux ! Heureux, bénis, chanceux, sont… ceux qui se savent pauvres, qui pleurent, qui languissent, qui sont persécutés… Heureux ?!? Jésus prend clairement le contre-pied de nos a priori, à l’époque comme aujourd’hui. Nous avons tous reçu des vœux de bonne année, de bonne santé, de réussite et de prospérité, éventuellement de joie & d’amour… Pourtant, Jésus affirme que l’avenir appartient aux décalés, à ceux qui se retrouvent sur le côté de la route. Certains s’y retrouvent de force, marginalisés ou ralentis par la maladie, le chômage, le deuil, l’angoisse… D’autres par conviction, parce qu’ils vivent à contre-courant, qu’ils cherchent le sens de la vie ailleurs, qu’ils ne se font pas à la violence et au cynisme du monde.

Eux tous, nous tous, Jésus les voit et reconnaît leur situation. Ce que nous vivons ne passe pas inaperçu, mais nos luttes, même discrètes, ont du poids aux yeux de Dieu. Jésus rappelle les psaumes, les prophètes, qui décrivent Dieu comme le Dieu des opprimés, des veuves et des orphelins, celui qui essuie les larmes et qui dissipe le deuil de ceux qui se tournent vers lui.

Si tous ces décalés sont déclarés heureux, ce n’est pas par dolorisme ! Mais parce que. Parce que Dieu les voit et leur donne une espérance au-delà du présent : à ceux qui se tournent vers lui, Dieu offre une identité (fils de Dieu), un héritage, une place près de lui, la plénitude, la joie – pour toujours. L’avenir lumineux, éclatant, invite à ne pas se décourager, à persévérer malgré des situations bien sombres…

Nous avons peut-être particulièrement besoin de l’entendre, à notre époque. En effet, nous sommes bien souvent le nez dans le présent, sans perspective d’avenir, coincés dans le court terme sans voir la globalité de ce que Dieu prévoit. C’est vrai que dans le passé, l’écueil était inverse : les croyants regardaient tant vers l’avenir glorieux qu’ils acceptaient le présent même le plus sombre, justifiant parfois des atrocités. Cela a été dénoncé avec raison. Cela dit, de nos jours, c’est le contraire, une grande partie de notre attente – voire sa totalité – est concentrée sur le bien-être présent, comme s’il n’y avait pas de perspective plus lointaine.

Jésus présente la réalité de la vie avec Dieu autrement : l’espérance nous tourne vers l’avenir, vers les promesses, vers demain. Mais ce que Dieu promet n’est pas cantonné à un futur inaccessible ! Dès aujourd’hui, cette lumière de l’avenir vient adoucir notre présent, alléger nos peines, encourager notre cœur. Tout nous est promis, demain, mais nous en avons un avant-goût par la foi, aujourd’hui.

Jésus nous interpelle donc en montrant comment Dieu voit notre monde, nos situations : ceux qui ont les mains vides aujourd’hui, tendues vers Dieu, ne sont pas des perdants ! Dieu veille sur eux et leur réserve ses bénédictions. Quel réconfort !

Mais les béatitudes dépassent ce simple constat de fait : ces promesses ne sont pas juste le résultat de la compassion de Dieu, elles témoignent aussi des principes et des valeurs de Dieu. Qu’est-ce qui le touche dans notre vie ? Qu’est-ce qu’il valorise, qu’est-ce qu’il veut récompenser ? Au-delà du réconfort, il y a une invitation pour tous à entendre les critères de Dieu pour une bonne vie.

2)     Heureux ceux qui vivent les valeurs de Dieu

Et là c’est le clash avec les définitions habituelles – autant dans l’Antiquité qu’aujourd’hui. Jésus prend le contre-pied de notre idéal : l’homme ou la femme qui sait, fort, indépendant, pragmatique, dynamique, positif, charismatique… On a presque l’impression que Jésus fait l’apologie de l’impuissance, de la bonne poire qui se fait avoir, qui donne qui donne sans recevoir, du naïf idéaliste qui ne sait pas profiter de la vie et qui perd son temps à des causes perdues…

En fait, si on creuse, les valeurs de Dieu sont un peu différentes. Je relèverai 3 caractéristiques principales.

D’abord, Jésus met l’accent sur l’intériorité. Dieu regarde au cœur, au-delà des apparences. Tout commence avec le cœur. On peut avoir la plus belle vie qui soit, la plus pieuse ou la plus pure, si notre cœur n’est pas tourné vers Dieu, il manque l’essentiel. Dieu ne demande pas qu’on fasse nos preuves ou qu’on rentre dans les bonnes cases, mais qu’on s’ouvre à lui. Qu’on entre tout entier dans une relation profonde avec lui – et bien sûr, il y aura des fruits visibles, mais ça c’est la conséquence, pas le commencement. La bénédiction de la présence de Dieu s’offre à ceux qui se mettent à nu devant lui pour la recevoir.

Ensuite, l’humilité est centrale. Jésus invite à se reconnaître pauvre devant Dieu, devant les autres, avec nos manques, nos défaillances, nos fautes. Ce n’est pas forcément agréable ! Nous pouvons même parfois en pleurer. Mais c’est en nous plaçant devant Dieu en vérité que nous pouvons être graciés, réconfortés, transformés. Cette humilité, c’est le chemin vers la douceur et la bonté, l’empathie, la patience, la bienveillance. Pour accueillir l’autre tel qu’il est, comme Dieu m’accueille moi-même. L’humilité peut paraître assez naturelle au début, mais c’est peut-être difficile de persévérer dans l’humilité, après plusieurs ou de nombreuses années de vie chrétienne, pour redécouvrir chaque jour l’ampleur de la grâce de Dieu envers nous – et envers les autres.

Enfin, ce qui frappe dans ces béatitudes, c’est un profond courage. Le courage de voir la vérité en face, de reconnaître difficultés et souffrances sans sauter immédiatement à une joie illusoire. Le courage de s’impliquer pour le bien : prendre l’initiative du pardon, œuvrer pour la réconciliation, pour l’équité. La foi nous rend actifs ! Le courage d’obéir à Dieu, quitte à renoncer à nos partis-pris, à notre confort, à nos propres schémas. Le courage enfin de prendre des risques par fidélité envers Dieu – Jésus est réaliste : œuvrer pour la vérité, le bien et la justice dérangera forcément certains.

C’est une vie à contre-courant ! Loin d’une existence myope et sourde, centrée sur la récompense du présent, la tranquillité, le triomphe de l’ego, la joie illusoire née des divertissements, la fierté mal placée de ceux qui écrasent les autres, du pouvoir né de la domination. Soyons clairs, il y a un certain bonheur à vivre comme ça, à la force de ses bras, chacun dans son coin, bien protégé entre quatre murs, en essayant d’entasser autant que possible. Mais ce bonheur s’obtient avec combien d’efforts, de compromis, de rejets, et d’incertitudes péniblement contrées par nos calculs ? et pour combien de temps, alors que la maladie, l’accident, la mort peuvent intervenir n’importe quand ?

Jésus invite à un autre bonheur. A une autre dynamique, inspirée par un objectif éternel. A une autre paix, ancrée dans l’amour et la réconciliation. A une autre force, tirée de la confiance dans le Dieu tout-puissant. A une autre satisfaction, construite sur le bien et la justice. A une autre joie, née des promesses de Dieu.

3)     Heureux ceux qui suivent Jésus

Creusons encore un peu. Qui se dessine derrière les paroles de Jésus ? Qui a pleuré sur le mal, la violence, et même le scandale de la mort ? Qui a accueilli avec douceur hommes et femmes, citoyens et étrangers, riches et pauvres, bien portants et malades, religieux et gens de mauvaise réputation ? Jésus. Jésus s’est fait pauvre, de riche qu’il était, il s’est fait homme, de Dieu qu’il était. Il a vécu sans injustice, bien plus, avec justice, en faisant tout ce que Dieu aime. Et il a été persécuté, rejeté, condamné. Oui Jésus s’est abaissé, il s’est fait serviteur des hommes, jusqu’à la mort, la mort sur la croix, par amour, pour nous réconcilier avec Dieu. Jésus a incarné les valeurs de Dieu, et il a expérimenté la profondeur du décalage, du déchirement, de la souffrance qui peuvent en résulter – mais sa résurrection témoigne que les promesses de Dieu aux humbles, aux doux et aux courageux se sont réalisées.

Vivre les béatitudes, finalement, c’est suivre Jésus, c’est faire de lui notre modèle. Vous me direz, ce modèle est haut, exigeant, inaccessible ! Vous risquez de le penser plusieurs fois en lisant le sermon sur la montagne… C’est vrai : vivre les valeurs de Dieu est le plus haut défi que nous puissions nous fixer. Pourtant Jésus ne cherche pas à nous narguer ou à nous décourager ! Il donne un but, une direction, une orientation à notre vie.

En tant que personnes, nous évoluons, nous avançons – vers quoi ? Choisissons ce que Dieu aime – et nous le verrons à l’œuvre en nous, près de nous, devant nous. Cultivons en nous le caractère que Jésus avait, entraînons-nous à la paix et à la justice, apprenons les valeurs de Dieu – car c’est elles qui auront cours dans l’éternité. Et n’ayons pas peur, même si nous avançons à contre-vent, à contre-courant : si nous nous ouvrons à Dieu, si nous nous risquons à le suivre et à vivre avec lui, il nous conduira lui-même sur le chemin du véritable bonheur, par son Esprit.

Une réflexion au sujet de « Un autre bonheur »

  1. Heureux…
    Yahvé, Le Père, nous a crée.
    Jésus Christ, Son Fils, nous a enseigné, guérit, éloigné du monde avec ses idoles.
    L’Esprit-Saint, envoyé par Christ, à la pentecôte, nous aide, nous accompagne, nous évite les faux pas pour nous garder sur Son(celui de Jésus) chemin.

    Il est LE chemin, LA vérité et LA vie…Voilà ce que nous(ses disciples) avons pour mission de proclamer A LA FACE DU MONDE avec FORCE et COURAGE(s’Il est avec nous, qui sera contre nous?).

    Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit ! AMEN.

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