La création de l’homme (Gn 2.4-25)

Nous continuons ce matin notre série sur la Genèse avec la suite du ch.2. C’est un temps « idéal », paradisiaque, l’époque de la création. Même si aujourd’hui le monde a bien changé, depuis l’irruption du mal dans le monde, ce tableau conforme aux intentions de Dieu nous donne des principes, une direction, pour mieux vivre en accord avec Dieu. Avant de lire le texte, deux précisions.

Le chapitre 2 ne raconte pas la suite du ch.1, mais re-raconte la même histoire en faisant un zoom sur la création de l’être humain. Le ch.1 racontait la création avec un poème grandiose divisé en 7 jours ; ici, c’est comme si on plongeait dans un détail du poème, mais sous la forme d’une histoire, avec un début, un milieu et une fin. On change donc de genre littéraire.

Par ailleurs, on trouve énormément d’images qui sont une façon symbolique d’évoquer les actes créateurs de Dieu qui nous dépassent. Par exemple, il est peu probable, biologiquement, que l’homme ait vraiment été fabriqué à partir de la poussière : c’est plutôt une façon de montrer que l’homme appartient à la terre, qu’il est fragile, etc. L’image sert de support visuel à une vérité plus profonde.                                       Lecture

Il y a tellement de sujets passionnants dans ce texte ! De manière simple et visuelle, presque enfantine, il aborde une multitude d’enjeux sur les origines de l’humanité, mais aussi sur le sens et le fonctionnement de la vie de l’homme dans le monde. On pourrait trouver un regard sur l’écologie, le mariage, l’évolution, la relation aux animaux, la place de l’interdit, etc. etc. Mais si on prend simplement le texte pour ce qu’il est, sans l’utiliser pour répondre à une question prédéfinie, on trouve que le texte, de lui-même, insiste sur 2 points essentiels, sur lesquels je vais me concentrer ce matin.

Le premier enjeu, c’est la place de l’homme dans le monde, et le deuxième, c’est la création de la femme.

1)     La place de l’homme dans la création

Au début il n’y a rien… parce que Dieu n’a pas envoyé de pluie, et parce que l’homme n’est pas là pour cultiver la terre. Donc, Dieu plante le jardin, avec l’écosystème nécessaire. Mais l’homme est essentiel à ses yeux pour que la création puisse se développer de manière harmonieuse et féconde. Dès que tout est en état de marche, Dieu place l’homme dans le jardin avec une mission : « cultiver, et garder ». Cultiver : développer, faire grandir, avec sûrement des progrès scientifiques. Cultiver dans le but de tirer un certain profit, notamment pouvoir manger. Mais Dieu donne un garde-fou : l’homme ne doit pas surexploiter la création, en abuser – il doit la protéger, la garder, veiller sur elle.

L’homme a une place particulière dans la création : il est formé de poussière, attaché à la terre qu’il doit cultiver, solidaire de la création. Mais l’homme est aussi autre : il n’est pas l’alter ego des animaux. Dieu l’a rempli de son souffle, lui a donné un statut unique (image de Dieu, cf. Gn 1.26-27), une responsabilité unique. Créature, l’homme est aussi fils du Créateur, appelé à veiller sur la création.

C’est un peu comme le fils du patron qui travaillerait dans l’entreprise de son père. Son père est PDG, mais lui, il s’occupe de gérer les équipes et de concevoir de nouveaux projets pour développer l’entreprise familiale. Évidemment, le fils est appelé à respecter l’état d’esprit de son père en perpétuant les valeurs fondamentales de la maison : par exemple la qualité des produits, le bien-être des employés, les horaires aménagés etc.

De même, l’homme reçoit la charge de maintenir et de faire évoluer la création, sans bien sûr la déformer ni la défigurer. Dans ce mandat que Dieu donne à l’homme, on trouve un équilibre qui nous aide en cette période de grands questionnements suscités par les scandales liés à la surconsommation/ surexploitation du monde, autour de l’écologie, de la consommation, du sort des animaux… L’homme n’est pas censé agir comme un tyran égoïste et capricieux – mais à l’inverse, et c’est une tentation pour certains, il n’est pas non plus censé tout lâcher, et oublier ses responsabilités. Aux yeux de Dieu, l’action de l’homme dans la création est essentielle, dans un esprit de service (c’est l’autre sens du verbe traduit par cultiver) – servir la création parce que derrière, c’est le Créateur lui-même que l’on honore et que l’on respecte.

L’homme est donc créé pour travailler ! Le travail n’arrive pas après la chute : en punition pour la transgression commise, Dieu ne condamne pas l’homme au travail, mais à la peine dans le travail. Dès la création, l’homme reçoit cette vocation d’œuvrer – en partenariat avec Dieu, pour le bien. C’est une des redécouvertes de la Réforme : on a tous une vocation, pas besoin d’être prêtre, pasteur ou missionnaire – quand on enseigne, qu’on soigne, qu’on invente une bonne technique, qu’on développe une activité, qu’on vend de bonnes choses, on sert Dieu. Rémunéré ou pas, dans les relations, les rencontres, les activités quotidiennes, en servant les autres, en cultivant et en gardant, on remplit notre vocation d’images de Dieu. Voilà qui donne une belle perspective aux lundis matins !

L’homme reçoit donc des droits (manger de tous les arbres, de tous ces fruits beaux et bons et abondants), des devoirs (cultiver et garder), et un interdit.

Pourquoi Dieu interdit-il de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ? Il y a  plusieurs interprétations, mais je penche pour l’idée qu’il s’agit d’une sagesse supérieure, qui appartient à Dieu, et qui n’est pas prévue pour l’homme. Ne pas en manger, c’est accepter de dépendre de Dieu pour orienter sa vie. En manger, c’est se prendre pour ce qu’on n’est pas, et risquer de croire qu’on peut se passer de Dieu. (Mais ce sera développé la semaine prochaine…)

Au-delà du contenu de l’interdit, le principe est intéressant : l’arbre défendu, au milieu du jardin, rappelle à l’homme qu’il est une créature. Malgré ses droits et ses responsabilités, il a quelqu’un au-dessus de lui, il n’est pas tout-puissant, il n’est pas Dieu. Cet arbre rappelle à l’homme son origine, sa place et sa vocation : créé de Dieu, travaillant avec Dieu, destiné à aimer et honorer Dieu. Il suffit de voir le désespoir de ceux qui n’ont soi-disant pas de limites pour prendre conscience de la sagesse bienfaisante de Dieu qui place notre liberté dans un cadre : le cadre de sa présence.

2)       La création de la femme

En Gn 1, il est écrit : Dieu créa l’être humain à son image, il les créa homme et femme. De manière très originale pour l’époque (et pas que), la Bible pose l’égalité de l’homme et de la femme devant Dieu. Gn 2 va zoomer sur les différences : égalité ne signifie pas uniformité ou clonage.

Petite remarque : si Dieu retarde la création de la femme, c’est peut-être pour aider l’homme à se rendre compte qu’il a besoin de la femme, avec toute cette quête auprès des animaux, avant que Dieu prenne les choses en main et crée la femme. L’homme a besoin d’un alter ego, il est créé pour être en relation avec quelqu’un de ressemblant mais différent, tout simplement parce qu’il est image d’un Dieu de relations (pensez à la Trinité : c’est un mystère, mais on peut au moins dire qu’il y a des relations entre des êtres semblables mais différenciés : Père, Fils, Saint-Esprit). L’homme est créé pour la relation – et tant qu’il est seul, le monde ne tourne pas comme il faut ; la solitude de l’homme est la seule chose que Dieu qualifie de « pas bon ».

Quelques mots sur la fabrication (litt. la construction) de la femme. Dieu prend une côte, ou plutôt, un peu du côté de l’homme – pas forcément un os. L’idée étant, comme pour la poussière dont l’homme est formé, de marquer l’appartenance : l’homme est lié à la terre, tandis que la création de la femme met l’accent sur l’appartenance au genre humain – ils sont faits de la même matière, chacun retrouve en l’autre un peu de lui-même, ce qui n’est pas le cas avec les animaux. Ce lien d’appartenance, Adam le reconnaît à la fin avec une sorte de soulagement : « la voici, l’os de mes os, la chair de ma chair – on l’appellera femme parce qu’elle vient de l’homme ». Ici, il y a un jeu de mots en hébreu : l’homme se dit ish, et la femme ishah. On l’appellera ishah car elle vient de ish – comme on dirait : Bernadette parce qu’elle vient de Bernard.

Quelle est la vocation de la femme ? Etre une aide pour l’homme, face à lui. On a pu donner l’impression qu’être une aide, c’était être inférieure, être une assistante, voire une bonne à tout faire. En fait, le mot « aide » se traduit aussi « secours, délivrance », et dans la Bible il désigne quasi toujours l’aide que Dieu apporte à son peuple en difficulté. Dieu crée la femme pour délivrer l’homme de la solitude… Ce qu’il faut voir ici, ce n’est pas la supériorité de l’un ou de l’autre, mais la gravité de la solitude : l’homme est fait pour des relations profondes, pour être compris par des personnes qu’il estime et qu’il aime.

Homme et femme : pareils mais différents. Ils se ressemblent pour pouvoir se reconnaître et se comprendre, pour donner et recevoir. En même temps, ils sont essentiellement différents – au point qu’on a parfois l’impression que l’autre est un alien. Peut-être que même sans le péché, Adam et Eve auraient dû apprendre à communiquer… Vraiment pareils, mais vraiment différents. La relation véritable nous ouvre vers l’inconnu, vers ce que l’autre a et que je n’ai pas. L’altérité conduit à un échange, à un enrichissement. (« Aimer, c’est trouver sa richesse hors de soi » Alain) Si l’autre n’est qu’un miroir, c’est moi que j’aime et que j’écoute, ce n’est pas l’autre.

Ca c’est vrai pour toutes les relations, pas seulement le couple ! Il se trouve que la première femme arrive à la fois comme le premier autre humain et l’épouse. Si l’on comprend la peine particulière vécue dans le célibat, le poids de la solitude, il serait faux de croire que seul le mariage répond au besoin de relations. Même si l’auteur fait une parenthèse sur le sens du mariage (l’homme quittera père et mère, s’attachera à sa femme et ils seront une seule chair – une seule personne), la création de la femme rappelle avant tout que nous sommes tous appelés à des relations profondes qui nous ouvrent à l’autre.

Cela étant, l’auteur fait une parenthèse sur le couple, avec cette expression étonnante : devenir une seule chair. Il ne s’agit pas de revenir à l’étape avant la femme, en absorbant l’autre ou en fusionnant ce que Dieu a séparé. L’expression ici dénote l’intimité particulière du couple, la sexualité bien sûr, mais aussi la solidarité d’une vie commune, d’un foyer unique qui présente front commun au monde. Une loyauté telle qu’elle se place au-dessus des autres loyautés, même les loyautés évidentes (l’attachement aux parents, à la fratrie ou aux enfants, qu’on ne va pas abandonner bien sûr, mais le couple prime sur toutes les autres relations). C’est contre-intuitif, mais telle est la valeur que Dieu donne au couple, au-delà de la fécondité… Comme une image de l’intimité profonde que chacun peut vivre avec Dieu. On comprend que ce type d’engagement se vit dans la durée !

Conclusion

Au début il n’y avait rien… et ce n’était « pas bon ». Puis Dieu créa, façonna, construisit, et la création s’acheva, belle et bonne. Au centre de cette œuvre, l’être humain. Au-dessus de lui : Dieu le créateur, le modèle, le vivificateur. Autour de lui : un monde magnifique dont il peut jouir, mais qu’il doit aussi aider à développer, avec sagesse. Enfin, à côté de lui, l’alter ego, la femme, le prochain, avec qui partager les joies et les responsabilités que Dieu donne.

Alors que Dieu nous inspire, qu’Il renouvelle en nous son souffle, pour que nous occupions avec joie la place qu’il nous donne dans ce monde.

Une réflexion au sujet de « La création de l’homme (Gn 2.4-25) »

  1. Merci Florence.
    Il est bon, par ces temps difficiles que nous avons nous-même créés (parce-que sauvés MAIS pêcheurs) et que nous vivons depuis longtemps, à des degrés différents ; de se souvenir par qui, pourquoi, pour quoi, comment, pour qui l’homme et la femme ont été créés par Yahvé.
    Que Notre Seigneur te bénisse ainsi que ton mari.
    Qu’Il bénisse chacun des membres de l’E.E.L. de Toulouse.
    André

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