Apprendre à voir vraiment

Nous continuons notre série autour des miracles du prophète Elisée, à l’œuvre en Israël dans les années 850-800 av. J.-C.

Lecture biblique: 2 Rois 6.8-23

8 C’est l’époque où le roi de Syrie est en guerre contre Israël. Il consulte ses officiers, puis il décide d’installer son armée à un certain endroit. 9 Mais Élisée fait dire au roi d’Israël : « Attention ! Évite de passer à tel endroit. C’est là que les Syriens ont installé leur camp. » 10 Le roi d’Israël envoie donc des soldats surveiller l’endroit que l’homme de Dieu a indiqué. Cela se passe plusieurs fois. Élisée prévient le roi d’Israël, qui fait très attention. 11 Le roi de Syrie est inquiet à cause de ce qui arrive. Il réunit ses officiers et leur dit : « Il y a parmi vous un traître, qui est pour le roi d’Israël. Est-ce que vous ne voulez pas me dire son nom ? » 12 L’un des officiers répond : « Notre roi, il n’y a pas de traître parmi nous ! Mais Élisée, le prophète qui est en Israël, est capable de rapporter à son roi les paroles que tu dis dans ta chambre à coucher. » 13 Alors le roi de Syrie donne cet ordre : « Allez voir où il est, et je le ferai arrêter. » Quand le roi de Syrie apprend qu’Élisée se trouve à Dotan, 14 il envoie une troupe nombreuse de soldats, avec des chars et des chevaux. Ils arrivent de nuit et entourent la ville. 
15 Le jour suivant, le serviteur d’Élisée se lève tôt le matin et il sort de la ville. Il voit les soldats, les chevaux et les chars qui entourent la ville. Il crie : « Quel malheur, maître ! Qu’est-ce que nous allons faire ? » 16 Élisée répond : « N’aie pas peur ! Ceux qui sont avec nous sont plus nombreux que ceux qui sont avec eux. » 17 Ensuite Élisée prie en disant : « SEIGNEUR, ouvre les yeux de mon serviteur pour qu’il voie clair. » Le SEIGNEUR ouvre ses yeux, et le serviteur peut voir que tout autour d’Élisée, la montagne est couverte de chevaux et de chars brillants comme du feu.

18 Les Syriens descendent vers Élisée. Le prophète prie de nouveau : « SEIGNEUR, ferme les yeux de tous ces soldats. » Et le SEIGNEUR leur ferme les yeux, comme Élisée l’a demandé.  19 Alors Élisée dit aux soldats : « Vous n’avez pas pris le bon chemin, et ce n’est pas la bonne ville. Suivez-moi, et je vous conduirai auprès de l’homme que vous cherchez. » En fait, Élisée les conduit à Samarie. 20 Quand ils entrent dans la ville, Élisée prie encore : « SEIGNEUR, ouvre leurs yeux pour qu’ils voient clair. » Le SEIGNEUR leur ouvre les yeux, et ils voient qu’ils sont en pleine ville de Samarie. 21 Dès que le roi d’Israël voit tous ces soldats, il demande à Élisée : « Mon maître, est-ce qu’il faut les tuer ? » 22 Élisée répond : « Non, ne les tue pas ! D’habitude, tu ne mets pas à mort ceux que tu fais prisonniers au combat. Alors, donne plutôt à manger et à boire à ces soldats, puis laisse-les retourner chez leur roi. » 23 Le roi d’Israël leur fait donc servir un grand repas. Après qu’ils ont mangé et bu, ils les laisse retourner chez leur roi. À partir de ce moment-là, les bandes de voleurs syriens ne viennent plus dans le pays d’Israël.

Décidément, avec Elisée, on ne s’ennuie pas ! Voilà une histoire pleine de suspense, et de rebondissements…

On a d’un côté ce roi syrien dont les plans sont comme des coups d’épée dans l’eau : rien ne fonctionne, tout est déjoué, au point qu’il se demande s’il n’y a pas un espion d’Israël dans son état-major. Mais non, c’est l’œuvre d’un prophète, qui, de loin, devine et défait tous les projets de ce roi contre Israël. Même lorsqu’il met toutes les chances de son côté pour attraper ce prophète – et là, on se demande qui va gagner : la grande armée ou le petit prophète ? – retournement de situation, l’opération tourne au fiasco quand les soldats syriens se retrouvent malgré eux en plein territoire ennemi, et le roi renonce. De l’autre côté, on a Dieu, fort, puissant, fidèle, qui domine la situation et change les cartes selon son bon vouloir. A travers l’exaucement des prières d’Elisée, le texte nous montre surtout Dieu à l’œuvre, Dieu vainqueur, un Dieu protecteur qui prend soin de son prophète fidèle (il n’y en a plus beaucoup à cette époque-là en Israël) et même de son peuple, pourtant peu attentif à Dieu en cette période.

1)   Un Dieu indéfectiblement présent

La puissance de Dieu est une évidence, une conviction de base du croyant. Si Dieu n’est pas puissant, il n’est pas Dieu ! Et pourtant, on a beau croire que Dieu a créé le monde, croire que Dieu soutient le monde, croire qu’il renouvellera le monde, au cœur de la difficulté, on ressemble bien souvent à ce serviteur d’Elisée paniqué par la vision de l’armée ennemie – d’ailleurs, dans cette histoire, nous devons attendre, comme lui, la prière d’Elisée pour prendre conscience de la présence active de Dieu dans cette situation.

Ce qui nous impressionne n’impressionne pas Dieu. Les armées, les tactiques, même les soldats à nos portes : ce qui nous impressionne n’impressionne pas Dieu. Autrement dit, Dieu est bien plus puissant que ce qui est plus fort que nous : la persécution, la maladie, la haine, et même la mort. Je me souviens du témoignage d’une personne, qui a cru en Jésus-Christ suite à la maladie et à la guérison de sa fille : à 5 ans, celle-ci avait une tumeur au cerveau. Le traitement en cours ne fonctionnait pas très bien. Des gens étaient venus prier pour cette enfant, et du jour au lendemain, l’examen a montré la disparition de la tumeur, au point que les médecins n’ont pas compris. Ils sont restés perplexes devant la disparition complète de la tache, au point de se demander s’ils ne s’étaient pas emmêlé les pinceaux avec cette patiente. Mais non, elle était guérie, et elle a 35 ans aujourd’hui.

Alors c’est vrai que nous ne sommes pas toujours libérés de façon aussi spectaculaire, c’est même rare. Dans la Bible, on voit que beaucoup de miracles ont lieu, tout au long de l’histoire, mais qu’il y a certaines périodes où les miracles se concentrent, en général des périodes critiques – la sortie d’Egypte et l’alliance de Dieu avec le peuple d’Israël , la dégénérescence du peuple à l’époque d’Elie et Elisée et le rappel que Dieu est à l’œuvre, et enfin, dans la Bible, la venue de Jésus et les premiers pas de l’Eglise, comme si Dieu voulait appuyer la véracité de l’Evangile.

Néanmoins, au-delà du côté spectaculaire de tel ou tel miracle, ce texte rappelle une vérité permanente : où que nous allions, quelle que soit la situation, nous ne sommes pas seuls. Et si nous nous sentons démunis, parfois à juste titre, Dieu ne l’est pas. Autour de nous, comme invisible, se dresse cette forteresse de la présence de Dieu. La Bible est pleine d’images pour nous aider à nous représenter la présence de Dieu à nos côtés : l’armée de feu ici,  le roc où nous pouvons tenir ferme, la main qui nous porte, l’aile qui nous cache, le rempart solide… Parfois Dieu crée une déviation pour contourner l’obstacle, parfois il détourne l’attention de ceux qui attaquent, parfois il donne la force de traverser l’obstacle. D’ailleurs, avec Elisée, ce n’est finalement pas l’armée de feu qui résout la situation, mais une sorte de diversion par laquelle Dieu désoriente les soldats ennemis. Quelle que soit la situation, même impressionnante, urgente, submergeante, Dieu est présent avec nous.

2)  Prière et paix

Dieu est présent avec nous, et nous devons apprendre à le voir. Apprendre à ouvrir les yeux sur sa présence, c’est prendre conscience de la situation réelle – tant que nous ne mettons pas dans la balance la présence et la puissance de Dieu, notre vision de la situation est irréaliste. C’est paradoxal hein ?! Nous sommes irréalistes à chaque fois que nous laissons de côté l’engagement de Dieu pour nous. Quand nous ne voyons pas Dieu avec nous, nous sommes aveugles sur la situation.

Alors comment ouvrir les yeux, comment retrouver la vue ? L’exemple d’Elisée est frappant : il prie ! Il prie. Certes, il prie pour son serviteur, pour les soldats, dans ce texte, mais la relation de fond entre Elisée et Dieu suppose une vie de prière riche. On a l’impression de voir un tandem en action : Elisée ne prend pas autorité sur Dieu en lui disant « fais-ci, fais-ça », mais c’est comme si chacun faisait sa part. Et la part d’Elisée, c’est la prière. Notre part, c’est la prière. Bien souvent, nous prions pour des choses précises, factuelles, presque matérielles – pour nous ou pour les autres. Mais l’exemple d’Elisée nous invite à prier aussi pour voir, pour que Dieu ouvre nos yeux, pour qu’il montre ce qu’il est en train de faire – et comment nous pouvons agir dans son plan. « Montre-moi Seigneur, change mon point de vue, ma perspective ». C’est valable dans la difficulté, mais aussi dans les bons moments ! Dans la clairière comme dans la sombre vallée, discerner la présence de Dieu est crucial pour comprendre notre chemin.

Une parenthèse sur le fonctionnement du texte : une fois qu’Elisée a prié, nous voyons l’armée de feu, mais ensuite nous sommes au courant de la situation, nous savons ce qu’Elisée fait, nous ne sommes plus du côté des aveugles (les soldats) mais de ceux qui savent, au point que nous avons presque du plaisir à suivre la situation – ici, c’est un peu l’arroseur arrosé pour les soldats ennemis.

« Change mon point de vue, Seigneur. Je me sens coincée, désarçonnée, effrayée : change mon point de vue Seigneur. Ouvre mes yeux pour que je voie la réalité en face, la réalité de ta présence. »

Le changement de point de vue a deux conséquences dans cette histoire : 1) la paix intérieure – ne crains pas, dit Elisée au serviteur. Avec les mots de l’apôtre Paul : si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?? (Rm 8.31) Ne crains pas !

2) la paix envers les autres, avec là le contraste entre le roi d’Israël excité par la prise inattendue de soldats ennemis, et la compassion dont fait preuve Elisée. Puisque nous sommes désormais sans crainte, nous pouvons laisser l’agressivité, la manipulation, la vengeance – nous sommes avec Dieu ! Nous n’avons plus besoin de prouver quoi que ce soit, d’enfoncer le clou, une fois que nous savons que Dieu agit. Le changement de notre comportement dépend de notre changement de point de vue, et notre changement de point de vue dépend de notre vie de prière, nourrie et orientée par la lecture de ce que Dieu a fait.

 

Quelques siècles plus tard, Dieu a donné un signe. Un signe clair, de sa présence, de sa puissance, de son amour pour nous. Il a envoyé son Fils manifester concrètement, physiquement, la présence de Dieu dans le monde. Il a envoyé son Fils vaincre radicalement ce qui nous blesse : le poids écrasant de nos fautes, l’aveuglement et le mensonge d’une vie sans Dieu, et, finalement, la mort. Jésus, mort et ressuscité, scelle pour nous l’engagement de Dieu à nos côtés, un amour que nous ne méritons pas mais qui nous sauve.

 

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