Recevoir les miracles

« J’ai 35 ans, mais j’ai l’impression d’en avoir le double. Ma vie est terriblement difficile en ce moment ! Il y a quatre jours, mon mari est mort, et il m’a laissée avec une maison et deux petits à gérer. Vous savez, je ne travaille pas, ma famille est loin, je suis franchement démunie. Au milieu de ma peine, j’ai tellement de soucis ! Et ce matin, j’ai reçu une visite qui m’a glacé le sang : l’an dernier, nous avons eu une mauvaise récolte, et du coup nous avons dû emprunter de l’argent pour nous nourrir. Nous pensions rembourser cette année, si le climat était propice, mais les fortes chaleurs nous ont obligé à emprunter une deuxième fois, à un commerçant qui n’était pas touché par la sécheresse. Mais maintenant que mon mari est mort, il réclame le paiement de mes dettes ! il a même menacé de prendre mes deux garçons, mes deux petits, pour les faire travailler et rembourser notre dette. Je suis désespérée… Au fond du trou. Il me reste peut-être un recours : je vais aller voir Elisée, le prophète qui était dans le même groupe que mon mari. Il était proche du grand prophète Elie, peut-être qu’il pourra m’aider. »

Lecture biblique: 2 Rois 4.1-7 

1Un jour, une veuve vient trouver Élisée. Son mari faisait partie d’un groupe de prophètes. Elle supplie Élisée en disant : « Mon mari est mort. Tu le sais, il respectait le SEIGNEUR. Or, l’homme à qui nous avons emprunté de l’argent est venu me demander mes deux enfants. Il veut en faire ses esclaves. » 
2Élisée lui dit : « Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? Dis-moi ce que tu as chez toi. » La femme répond : « Je n’ai rien du tout. Il me reste seulement un peu d’huile pour me parfumer. » 
3Élisée lui dit : « Va donc demander des récipients vides chez tes voisines. Tu en demanderas beaucoup. 
4Quand tu seras rentrée chez toi avec tes enfants, ferme bien la porte. Ensuite, tu verseras de l’huile dans tous ces récipients et tu mettras de côté ceux qui seront pleins. »
5La femme quitte Élisée. Quand elle est chez elle avec ses enfants, elle ferme la porte. Ses fils lui présentent les récipients, et elle les remplit. 
6Quand les récipients sont pleins, elle dit à l’un de ses enfants : « Donne-moi encore un récipient. » Mais il répond : « Il n’y en a plus. » Alors l’huile s’arrête de couler. 
7La femme va raconter à Élisée ce qui vient d’arriver. Le prophète lui dit : « Va vendre cette huile et rembourse ta dette. L’argent qui te restera vous permettra de vivre, toi et tes fils. »

En ce début de mois de juillet, je commence une série, comme nous avons l’habitude de le faire pendant l’été, consacrée cette année à des épisodes autour du prophète Elisée, que l’on trouve dans le deuxième livre des Rois (2 R 2-13). Elisée, comme Elie, son prédécesseur et maître, exerce son ministère dans un contexte très dur. Nous sommes aux environs de 850-800 av. JC, et ça fait un peu plus d’un siècle que le royaume d’Israël s’est divisé en 2, au nord et au sud. Depuis, il y a une sorte d’engrenage, avec des rois de plus en plus sourds à Dieu, en particulier au Nord, là où Elie puis Elisée exercent. Dans un pays où sur le plan politique – les rois – et sur le plan religieux – les prêtres – tous sont corrompus, et trahissent allègrement leur alliance avec Dieu, comment Dieu peut-il montrer sa fidélité, sa présence ? Il le fait en passant par les quelques prophètes qui lui sont encore fidèles, et qui vont devenir les catalyseurs de l’action de Dieu. D’où l’importance d’Elie et Elisée dans ces annales sur les rois d’Israël.

1)   La foi, au jour le jour

Evidemment, ce qui est au centre de ce récit, c’est le miracle ! La puissance de Dieu qui vient au secours des plus démunis. A l’époque, les veuves, les orphelins, sont parmi les plus fragiles sur le plan social, et il n’est pas étonnant qu’ils soient vite dans l’impasse. Par l’intermédiaire d’Elisée, cette veuve et ses enfants échappent à la perte de leurs biens voire de la liberté, avec l’esclavage, mais en plus ils reçoivent de quoi vivre longtemps.

Mais arrêtons-nous sur la foi de la veuve. Est-ce que vous avez remarqué sa docilité ? Elle présente sa situation désespérée à Elisée, dans l’urgence, et lui, il lui demande d’aller chercher des récipients. Il lui donne des instructions précises, qu’elle respecte scrupuleusement et sans poser de question. C’est d’autant plus étonnant qu’Elisée n’est pas responsable depuis longtemps, et qu’il est encore en train de prouver qu’il est vraiment prophète de l’Eternel, du vrai Dieu. Nous, à sa place, on aurait quand même demandé des précisions, mais elle, elle y va. Je ne dis pas qu’il faille obéir sans réfléchir à ce que dit le pasteur ( !), mais cette femme nous donne un exemple de ce que peut être la foi.

Manifestement, elle reconnaît dans les paroles d’Elisée quelque chose qui vient de Dieu, et elle s’y accroche. Elle s’y accroche maintenant, sans savoir de quoi sera fait demain, sans savoir où ça va l’emmener. Quand elle expose sa situation à Elisée, on ne sait pas ce qu’elle attend : une offrande/ aumône, qu’un des prophètes aille parler avec le créancier pour négocier la dette ?… mais probablement pas un miracle ! Donc une foi exemplaire, qui avance pas à pas, sans savoir de quoi l’avenir sera fait – et cette qualité-là est essentielle dans la foi. Faire confiance, à Dieu, c’est accepter de ne pas tout savoir, mais de croire que sur notre chemin, encore inconnu, Dieu sera présent et agira.

Et Dieu a agi ! Il a multiplié, il a fait déborder sa grâce – ici de manière miraculeuse, spectaculaire, mais bien souvent dans notre vie, de manière discrète mais décisive : une offre d’emploi, une guérison, une rencontre, ou encore la paix dans la difficulté ! la réconciliation au milieu du conflit ! Dieu fait déborder sa grâce, aujourd’hui, comme hier, et c’est ça qui motive notre confiance aujourd’hui, au jour le jour.

2)   Dieu agit pour et avec nous

Dans ce miracle (ailleurs ça peut être différent), Dieu utilise ce que la veuve possède « Qu’est-ce que tu as ? Un reste de parfum ». On est tous d’accord que le miracle ne dépend pas de ce qui est là, mais de celui qui fait – le miracle ne vient pas du reste de parfum mais de Dieu ! Cela dit, je comprends ce fond de parfum comme un rappel que Dieu agit la plupart du temps avec ce qu’on a, aussi petit soit-il. Il n’intervient pas sans nous, comme si nous étions passifs, spectateurs, récepteurs anesthésiés – non, il nous implique !

Quand Jésus a nourri des milliers de gens, il a utilisé le peu qui était là, 5 pains, 2 poissons. Dieu nous implique dans son miracle, personnellement, avec ce que nous sommes. On retrouve la même dynamique dans le salut, non plus seulement du corps, mais total, que Jésus nous offre : il prend notre culpabilité en mourant sur la croix, il ressuscite, victorieux, innocent et juste, triomphant du mal, prince du salut – mais si nous n’apportons pas notre petit et faible « oui, je crois », rien ne se passe. Quand Jésus envoie ensuite son Esprit dans le croyant pour le remplir de sa vie et le transformer, si nous n’apportons notre petit et faible « s’il te plaît, change-moi », peu se passe. Les miracles ne dépendent pas de ce que nous avons, l’action de Dieu ne repose pas sur notre puissance – et pourtant, Dieu nous implique // parce qu’il veut être en relation avec nous. Dieu n’agit pas que pour nous, il agit avec nous, il nous rend partenaires de son salut (quelle dignité !) partenaires de son salut, pour le grand salut de l’âme, avec notre faible « oui » comme pour les portes qui s’ouvrent au quotidien, avec notre faible prière ou notre engagement parfois minime. Mais Dieu agit avec nous, parce qu’il nous aime et nous respecte.

3)   Notre rôle dans le miracle

Cette histoire nous parle de Dieu, de ses miracles, d’Elisée qui se montre fiable dans ses prophéties puisqu’elles s’accomplissent, de la foi de la veuve, sa confiance même quand elle ne maîtrise pas tout. Mais je trouve autre chose dans ce récit : un exemple de fraternité. La fraternité, c’est une des marques de l’église, mais nous sommes parfois démunis dans ce domaine, côté matériel mais aussi moral, spirituel. Comment vivre à plusieurs le miracle ? Le texte nous donne trois repères.

1) La veuve expose sa situation. Elle en parle ! On a le droit de parler de ses problèmes ! Personne n’est censé être le grand vainqueur qui réussit tout sans jamais faillir ou douter. On a le droit de demander de l’aide, ou du soutien.

Mais remarquez que la veuve reste assez sobre : elle dit ce qu’elle vit, mais elle n’impose pas à Elisée de faire telle ou telle chose. Elle parle, puis elle passe la parole [image ballon qu’on passe] et elle écoute de ce qu’Elisée va dire. Elle est vraiment dans l’équilibre – ni « je serre les dents, je ronge mon frein, et dans 5 ans j’ai un ulcère », ni « j’ai ce problème, c’est le tien maintenant, résous-le ». Parfois on a peur de s’exprimer parce qu’on craint de trop faire peser sur l’autre, mais la veuve a trouvé le bon positionnement : confier sans écraser.

2) En réponse, Elisée la responsabilise. Vous avez remarqué qu’il ne fait rien ! Il donne deux-trois consignes et c’est tout. C’est elle qui est responsable de sa vie, et ce n’est pas à Elisée de résoudre ses problèmes ou de gérer sa vie. Elle n’est pas un bébé, mais une adulte, et c’est à elle de décider ce qu’elle va mettre en pratique.

C’est central pour nous : souvent, quand quelqu’un nous confie ses problèmes, on est tentés de régler sa vie, mais ce n’est pas notre place. On peut vite s’épuiser, voire se perdre, si on essaye de « sauver » l’autre, de gérer sa vie à sa place.

3) Cela dit, Elisée ne la laisse pas toute seule. Déjà il donne des conseils, et il recommande qu’elle s’appuie sur ses voisines. Alors prêter un récipient, ça nous paraît peu, mais à l’époque les gens avaient moins de matériel domestique !  Il ne faut pas surinterpréter le texte, mais je suis frappée qu’Elisée l’encourage à solliciter les autres même si ce n’est pas grand-chose.

Nous ne sauverons pas les autres – Dieu seul le peut, et il le fait en partenariat avec la personne, dans le secret d’une chambre fermée. Mais, nous pouvons quand même être solidaires : donner de notre temps, écouter, prier, accompagner, éventuellement aider, donner. Nous aussi, nous pouvons participer aux miracles que vivent les autres, à notre place, par fraternité.

Conclusion

En conclusion, j’aimerais vous laisser une image qui illustre comment Dieu a agi pour la veuve. Elle était en train de se noyer… et Dieu l’a sauvée ! Il est descendu de son hélicoptère, a lancé une corde pour la remonter. Mais ce n’est pas tout : la veuve a tendu les bras, avant même de voir la corde, elle a tendu les bras vers Dieu. Mais ce n’est pas tout : ceux qui l’entouraient ont appelé Dieu à l’aide, ils ont lancé des bouées, peut-être des encouragements…

Alors ce texte n’est pas le modèle d’action de Dieu par excellence, ce n’est qu’un exemple de la manière dont Dieu a agi pour cette femme – parfois, il agit autrement. Mais ce récit nous rappelle une vérité inébranlable : Dieu prend soin de nous. Dieu nous aime. Dieu veut intervenir pour nous, et avec nous. Il nous implique dans ses miracles, par la prière et l’action, que ce soit en notre faveur ou en faveur des autres. Il nous fait passer dans les coulisses de son amour, de sa puissance, et nous rend partenaires de son action dans le monde. Alors osons approcher Dieu avec le peu que nous sommes, le peu que nous avons, osons approcher avec foi, en sachant qu’il fera des miracles !

Une réflexion au sujet de « Recevoir les miracles »

  1. Merci pour cet encouragement à venir avec notre « peu » et à avoir confiance en l’action divine! Aussi la responsabilisation et l’obéissance devant la parole divine! J’aime cette idée d’équilibre dans les relations alors même qu’il s’agit d’une situation de crise!
    Merci Florence!!! Noémie

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