Le Dieu de grâce

Lecture biblique : Exode 34.1-9

Le Dieu de l’Ancien Testament est-il différent du Dieu du Nouveau Testament ? C’est ce qu’on entend parfois… Celui de l’Ancien Testament serait sévère, à la justice implacable, un Dieu saint qu’il faut craindre. Celui du Nouveau Testament serait grâce, bonté, patience, un Dieu que l’on peut aimer.

Avouons que parfois on porte un regard distant et critique sur l’Ancien Testament. On a en tête les paroles du prologue de l’évangile selon Jean : « La loi a été donnée par Moïse, mais la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ » (Jean 1.17). On pense à Paul, dans ses épîtres, qui oppose la loi et la grâce. Mais on oublie qu’il le fait en argumentant à partir de l’Ancien Testament, et de l’exemple d’Abraham en particulier.

Non, le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas différent du Dieu du Nouveau Testament ! Le SEIGNEUR, dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, est le Dieu de grâce. La preuve ici : « Je suis le SEIGNEUR. Oui, je suis un Dieu de pitié et de tendresse. Je suis patient, plein d’amour et de fidélité. » (v.6) Certes, la justice de Dieu se manifeste dans ce texte… mais c’est bien une justice marquée par la grâce !

La grâce accorde toujours une nouvelle chance

La grâce de Dieu se manifeste dès la première parole du Seigneur dans notre texte : « Taille deux tablettes de pierre, comme celles que tu as cassées. J’écrirai sur elles les paroles qui étaient sur les premières. »

Dieu accorde un nouvelle chance au peuple d’Israël. Les tablettes sur lesquels il avait inscrit ses 10 paroles ont déjà été gravées une fois… mais elles avaient été brisées par Moïse, suite à l’épisode du veau d’or. Impatient et ne voyant pas Moïse redescendre de la montagne où il était aller rencontrer Dieu, le peuple d’Israël avait alors fondu tout l’or qu’ils avaient pu récolter et avait façonné un veau en or en disant : « Voici ton Dieu qui t’a fait sortir d’Egypte » ! En voyant cela, en colère, Moïse brisa les tablettes de pierre.

Ça aurait pu être la fin de l’alliance de Dieu avec son peuple. Il n’en est rien. Le Seigneur redonne une chance au peuple d’Israël. Il demande à Moïse de retailler des tablettes et il écrira à nouveau ses 10 paroles, la charte de l’alliance.

Dieu est bien plus patient que le peuple d’Israël ! Il est bien plus patient que Moïse ! « Je supporte les fautes, les révoltes et les péchés. » (v.7) La patience est une des premières marques de la grâce. Et l’on voit bien, tout au long de l’histoire biblique, combien Dieu s’est montré patient avec son peuple, malgré ses errances, ses infidélités. Un peuple à la tête dure, comme le dit Moïse ! Et combien il se montre encore patient avec nous, je n’en doute pas… nous qui, aussi, avons souvent la tête dure.

Que se passerait-il si Dieu ne nous laissait jamais de nouvelle chance ? S’il n’avait aucune patience envers nous ? Si la moindre faute était immédiatement sanctionnée… Nul doute que cette église serait vide !

Et nous qui sommes au bénéfice de la grâce et la patience de Dieu, de quelle patience faisons-nous preuve envers nos prochains ? Savons-nous leur donner une nouvelle chance ou les enfermons-nous dans une sanction, un jugement ? Quelle est la mesure de grâce dans notre vie, nos relations ?

La grâce prend le péché au sérieux

Dans ses paroles adressées à Moïse, Dieu se présente comme un Dieu plein de grâce et de patience… Pourtant, il parle aussi du péché et du coupable qu’il ne déclare pas innocent. Mais la grâce prend au sérieux le péché. D’ailleurs, s’il n’y a pas de péché, il n’y a pas besoin de grâce !

« Je supporte les fautes, les révoltes et les péchés. Mais le coupable, je ne le déclare pas innocent. J’agis contre celui qui a péché, contre ses enfants jusqu’à la troisième ou la quatrième génération. »

La formule peut étonner, voire choquer. Mais il y a d’abord ici une question de proportion. 3 ou 4 générations contre 1000 ! Une génération, c’est quoi, 25 ans ? 3 ou 4 générations, c’est de l’ordre d’un siècle… Mais 1000 générations, ça fait 25000 ans. L’histoire de Moïse date de moins de 4000 ans par rapport à aujourd’hui… ça nous laisse 21000 ans de marge !!!

Evidemment, ce ne sont pas des nombres à prendre de façon littérale ! Mon petit calcul veut juste souligner que la bienveillance et la grâce de Dieu dépassent infiniment son jugement. On retrouve un peu ici ce que Paul appelle la surabondance de la grâce de Dieu, qui couvre le péché : « Là où le péché a proliféré, la grâce a surabondé ». (Romains 5.20)

Mais le péché lui-même doit être pris au sérieux : « le coupable, je ne le déclare pas innocent. » Il a des conséquences, qui s’étendent parfois sur plusieurs générations. Pas besoin ici de tomber dans l’écueil du péché des ancêtres dont il faudrait se repentir… Il s’agit probablement de considérer l’impact, les conséquences du péché au-delà de celui qui les commet. Et lorsque notre texte parle de trois ou quatre générations, il souligne la gravité possible de cet impact. Ce que je fais, mes choix de vie, mes actions, ne me concernent pas seulement moi mais affectent aussi ceux qui m’entourent, parfois au-delà de ce que j’imagine.

Il faut prendre le péché au sérieux pour prendre la grâce au sérieux ! Dieu ne nous aime pas parce que nous sommes aimables… Il nous aime malgré le fait que nous ne le sommes pas ! Il nous aime parce qu’il nous a créé. Il nous aime malgré notre péché, notre infidélité, malgré notre tête dure ! Et il vient à notre rencontre même si nous nous éloignons de lui. C’est cela la grâce.

Il demande à Moïse de refaire les tablettes de pierre. Il fait revenir Juda de son exil à Babylone. Il envoie son Fils dans un monde qui le rejette et le crucifie. Il vient à notre rencontre et nous appelle. Il continue de cheminer avec nous, malgré les détours et les impasses dans lesquelles nous nous engageons.

La grâce répond à nos besoins

Ce qui est aussi intéressant dans notre texte, c’est la réaction de Moïse.

« Seigneur, puisque tu te montres bon pour moi, je t’en prie, viens avec nous ! Je le sais, ces gens ont la tête dure. Mais pardonne nos fautes et nos péchés, et considère-nous comme ton peuple ! » (v.8-9)

Il a compris ce qu’est la bonté de Dieu. Et il la reçoit d’abord pour lui-même : « tu te montres bon pour moi. » Il est aussi conscient des limites de son peuple et en est solidaire. Il dit que le peuple a la tête dure mais il demande aussi à Dieu : « pardonne NOS fautes et NOS péchés… » En réalité, cette dernière phrase pourrait aussi être traduite au futur, c’est ce que font la plupart des versions françaises, comme une affirmation de foi : « Tu pardonneras nos fautes et nos péchés, et tu nous considéreras comme ton peuple. »

C’est comme si Moïse disait ici au SEIGNEUR : c’est bien d’un Dieu comme toi dont nous avons besoin. Parce que nous avons la tête dure, nous avons besoin d’un Dieu qui pardonne et qui fait grâce ! La version Parole de Vie traduit « ces gens ont la tête dure », mais littéralement, c’est un peuple « à la nuque raide ». Autrement dit, un peuple qui ne veut pas baisser la tête, qui refuse de se soumettre. Un peuple qui n’en fait qu’à sa tête… même s’il fonce droit dans le mur.

La grâce de Dieu est bien ce dont nous avons besoin ! Parce que nous avons aussi souvent la nuque raide. C’est une grâce par laquelle Dieu nous promet le pardon, et par laquelle il nous considère comme ses enfants. Une grâce aussi par laquelle il pourra, petit à petit, nous transformer. Assouplir notre nuque. Changer notre cœur. Nous rendre à notre tour plein de grâce pour les autres.

Conclusion

Il faut le dire clairement : le Dieu de l’Ancien Testament n’est pas différent du Dieu du Nouveau Testament ! C’est le même Dieu de grâce qui veut nous sauver, toujours prêt à nous donner une nouvelle chance. Sa grâce est bien ce dont nous avons besoin, aujourd’hui comme hier, et pour demain encore. Elle seule nous garantit le pardon de Dieu et peut transformer notre vie pour que nous soyons aussi des artisans de grâce au quotidien.

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