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A quel point la Nature nous parle-t-elle de Dieu ?

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Notre Dieu est un artiste, qui révèle l’abondance de son imagination, de sa puissance, de sa sagesse, à travers tout ce qu’il fait – dans la Nature, créée, dont on voit la beauté malgré les dérèglements, comme dans ses interventions dans notre vie. Dans la Bible, les croyants s’émerveillent de découvrir les traces d’action de Dieu – notamment à travers la Nature. Ainsi, le psaume 19 nous invite à la louange :

Les cieux proclament la gloire de Dieu,

la voûte étoilée révèle ce qu’il a fait.           (Psaume 19.2)

Dans la Bible, c’est une évidence qu’observer la Nature conduit à célébrer notre Créateur. Cependant, les auteurs bibliques s’attardent assez rarement sur ce fait : rapidement, ils passent à l’étape suivante et transmettent ce que Dieu leur a révélé personnellement.

L’apôtre Paul aborde ce lien entre création et créateur dans sa lettre aux Romains, mais sous un angle inattendu. Il vient de rappeler qu’à travers Jésus, Dieu offre son amour et son pardon à toute personne, quelle que soit sa situation ou son origine. Paul se prépare à développer la Bonne Nouvelle de l’Evangile, mais avant, il fait le point : pourquoi avons-nous besoin d’être pardonnés par Dieu ? Pourquoi faut-il que Dieu nous sauve pour que nous puissions vivre vraiment ?

Au-delà même de nos fautes quotidiennes et personnelles, Paul prend du recul et regarde pourquoi l’être humain, en général, a besoin d’être sauvé.

Lecture biblique : Romains 1.18-25

18 Du haut du ciel, Dieu révèle sa colère contre toute marque de mépris envers lui et toute injustice commise par les humains qui étouffent la vérité par le mal qu’ils commettent. 

19 Et pourtant, ce que l’on peut connaître de Dieu est clair pour eux : Dieu lui-même le leur a montré clairement. 20 En effet, depuis que Dieu a créé le monde, ses qualités invisibles, c’est-à-dire sa puissance éternelle et sa nature divine, se voient fort bien quand on considère ses œuvres. Les humains sont donc inexcusables ! 21 Ils connaissent Dieu, mais ils ne l’honorent pas et ils ne le reconnaissent pas comme Dieu. Au contraire, leurs pensées sont devenues stupides et leur cœur insensé a été plongé dans l’obscurité. 22 Ils se prétendent sages mais ils sont fous ! 23 Au lieu d’adorer la gloire du Dieu immortel, ils ont adoré des statues représentant un être humain mortel, des oiseaux, des animaux et des reptiles.

24 C’est pourquoi Dieu les a abandonnés à des actions impures, selon les désirs mauvais de leur cœur, de sorte qu’ils se conduisent d’une façon honteuse les uns avec les autres. 25 Ils échangent la vérité concernant Dieu contre le mensonge ; ils adorent et ils servent ce que Dieu a créé au lieu du créateur lui-même, qui doit être béni pour toujours ! Amen.

          Un Dieu qui se laisse deviner par ses œuvres   

Pour Paul, l’idée est simple : le Christ est sauveur de toute l’humanité, parce que tout humain a besoin d’être sauvé, c’est-à-dire pardonné pour son impiété, son manque de respect envers Dieu, et l’injustice qui en découle. Cette impiété, c’est que tous ont échoué à adorer Dieu correctement.

Cela rejoint la question qu’on se pose souvent chez les chrétiens : que se passe-t-il pour ceux qui n’ont pas entendu parler de Jésus ? Ceux à qui on n’a pas présenté l’Evangile ? Faut-il absolument qu’on leur parle du Christ ? ou est-il possible de connaître Dieu sans passer par le Christ ? C’était une question qu’on se posait beaucoup pour la mission auprès des peuples éloignés, qui s’est rapprochée avec la montée de l’athéisme en Occident, et qui prend une nouvelle forme avec l’émergence d’une spiritualité non religieuse, souvent basée sur la Nature, par laquelle certains de nos contemporains reconnaissent un Être supérieur auxquels ils se connectent de manière informelle.

En théologie classique, on distingue ainsi la révélation naturelle (comment la création révèle le créateur) et la révélation spéciale (qu’on ne peut pas déduire de la Nature et qui résulte d’une prise de parole de Dieu envers les humains).

Peut-on connaître le Créateur à partir de la Nature qu’il a créée ? oui, en théorie, mais.

Oui, en théorie, puisque la Création porte la signature d’un Dieu puissant, supérieur à notre temps et à notre espace, un Dieu sage qui a su trouver le bon dosage physique de l’atome à la galaxie pour que l’Univers fonctionne, un Dieu imaginatif, plein de couleurs et de diversité. Comme un tableau, la création porte l’empreinte du Créateur. Bien des scientifiques, d’ailleurs, croient en l’existence d’un Être ou d’une énergie supérieure, qui a conduit intelligemment la naissance et l’évolution du monde (Intelligent Design).

Donc oui, en théorie, mais… la Nature n’évoque son auteur qu’à demi-mots, de façon partielle et limitée. Comme un tableau pourrait vous révéler l’obsession du peintre pour la lumière ou pour le jaune ou pour le regard, sans pour autant vous dire grand-chose de sa personnalité : vous pouvez reconnaître un tableau de Van Gogh sans vraiment connaître l’homme, Vincent.

Certains diront peut-être : et alors ? est-ce que ça ne suffit pas de savoir qu’il y a un Créateur ?

Je renverse la question : imaginez votre père âgé, atteint d’une perte de mémoire importante. Vous allez le voir, et il ne vous reconnaît pas. Il sait qu’il a un fils, ou une fille, mais il ne se rappelle plus votre nom, votre occupation, votre vie, il a oublié les moments clefs de votre enfance, il ne sait plus quel âge vous avez. C’est la détresse de bien des proches qui accompagnent une personne qui perd la mémoire. Cette « connaissance » vous suffirait-elle ?

Allons plus loin : votre père se met maintenant à inventer certains détails – il sait qu’il a un fils ou une fille, mais il a changé le prénom, l’âge, il évoque des événements qui ne se sont jamais passés, et il a une photo sur sa table de nuit d’un illustre inconnu. Ne vous sentiriez-vous pas trahis ?

Par la Nature, nous pouvons deviner quelques traits de Dieu, mais c’est insuffisant : limiter Dieu à sa puissance, à son éternité ou à son amour des couleurs ne lui fait justice. Pire, bien souvent, à partir de ces quelques points, nous traçons un portrait qui n’a pas grand-chose à voir avec ce qu’il est vraiment : plus qu’un manque de justice, c’est une trahison. Presque automatiquement, nous dessinons un portrait qui n’existe pas, mais qui nous convient : un Être paisible, dynamique (vu ce qui a été créé) mais sans personnalité, sans désir, de qui on peut dire tout et son contraire. Sans parler de justesse, est-ce même plausible que notre monde, dans sa diversité et sa beauté, que vous, dans votre diversité, votre beauté, vos passions, votre sensibilité, votre personnalité, vous ayez été créés par une « énergie » dénuée de sensibilité, de personnalité ou de passion ?

En théorie, c’est donc possible de connaître Dieu à partir de la Nature mais c’est insuffisant : il faut plus ! Il faut que Dieu nous parle, personnellement, pour que nous puissions apprendre à le connaître tel qu’il est lui, et avoir une relation avec lui. C’est un tremplin, ou un escalier, planté devant nous pour sentir l’existence de Dieu, pour partir à sa recherche, puis, quand on le connaît, on peut redescendre et étudier les détails de l’escalier. On peut retrouver après coup dans la Nature ce que Dieu nous dit de lui en Jésus: son amour, sa joie, sa vitalité, sa protection, sa vérité, sa fidélité, sa patience… Pour le croyant, contempler ou étudier la Nature nourrit ainsi la louange et l’engagement (humanitaire, écologique) afin d’honorer Dieu en soignant ses créations.

Du coup, dans les faits, personne n’honore Dieu correctement à partir de la création. Soit l’homme manque de reconnaître Dieu pour ce qu’il est, soit il invente carrément une caricature de Dieu.

 

          La responsabilité humaine

Dans son mépris de Dieu, l’humanité est sans excuse puisqu’il y a assez d’éléments pour partir à la recherche de Dieu. Devant la Nature, nous ne pouvons pas dire : « oh, je ne savais pas qu’il y avait un Dieu ! on ne m’avait pas prévenu ! »

L’humanité au sens large n’a pas juste « manqué le but » mais nous avons fauté en choisissant le mensonge. C’est l’histoire d’Adam et Eve, qui plongent tête baissée dans le mensonge du Tentateur, c’est notre histoire humaine à chaque fois que nous remplaçons Dieu par une version difforme de lui ou par carrément autre chose. Bien trop souvent, la folie humaine conduit à regarder le doigt qui indique la lune au lieu de se tourner vers la lumière, à adorer ce qui a été créé à la place de l’Artiste derrière notre monde. A l’époque de Paul, où triomphait le polythéisme, il n’était pas rare d’adorer les étoiles, ou des animaux divinisés (on se souvient du veau d’or à l’époque de Moïse). Aujourd’hui, souvent c’est plus subtil. Certains adorent la Nature pour elle-même, « Mère Nature » comme si la Nature s’était auto-créée (c’est un des points sur lesquels écologistes chrétiens ou non-chrétiens peuvent se heurter). D’autres consacrent leur vie à une personne, proche ou lointaine, qui devient le centre de leur monde. D’autres encore exaltent les capacités de l’être humain : sa force, sa beauté, son intelligence… en niant le Dieu parfait qui nous offre ces capacités pour vivre avec lui et comme lui. Comme des idiots, nous regardons le doigt au lieu de regarder la lune ! et de cette déviation mentale, spirituelle, basique découle une vie désorientée. Comment vivre droitement si nos pensées, nos valeurs, nos priorités sont déviées ?

 

          La colère de Dieu

La colère de Dieu est donc toute justifiée, devant une humanité qui le méprise et qui plonge allègrement dans la destruction de l’autre et de soi : il n’y a qu’à voir les faits divers ou les grands scandales, ou tout simplement se pencher 5 minutes sur nos tendances personnelles, notre difficulté à aimer Dieu de tout notre cœur et à aimer notre prochain…

Deux remarques sur la colère de Dieu, si impopulaire :

1) Dieu nous aime, mais lorsque nous clamons « Dieu est amour », en refusant ce qui chez Dieu nous indispose, nous forgeons une image difforme, idolâtre de Dieu. Bien plus, l’amour véritable exige la justice. Je souris souvent devant la réaction des parents ou des conjoints : une injustice commise au loin glisse sur nous, mais qu’on touche à nos enfants ou à nos proches !… là c’est une autre histoire ! Votre amour vous poussera à la colère !

Si notre amour est passionné, alors l’amour de Dieu, qui nous aime infiniment plus que ce que nous imaginons, cet amour est bien trop exigeant pour accepter que le mal pollue les êtres qu’il a créés avec tant de passion.

2) Et comment se manifeste cette colère ? Souvent nous l’imaginons comme la colère du Père Fouettard, et nous préférons le Père Noël… or Dieu, pour l’instant, exprime sa colère de manière indirecte, en livrant le monde, l’humanité, à elle-même, en nous laissant (en tant qu’humanité) aller au bout de notre folie, en nous tenant responsables de nos actes, en nous laissant subir les conséquences de ce que nous avons commencé. Il laisse le navire suivre la direction que nous lui donnons, même si nous fonçons droit dans l’iceberg ! Dieu ne nous donne pas de coups : il laisse notre cœur abîmé s’exprimer… et nous en voyons, un peu, les résultats.

Je dis un peu, parce que malgré sa colère, Dieu limite nos actes : vu l’être humain, l’horreur pourrait être beaucoup plus répandue… Et surtout Dieu appelle, personnellement, chaque passager de ce navire à la dérive, il est monté lui-même en Christ dans ce navire qui fonce vers le naufrage, pour que nous puissions en sortir et monter dans le canot de sauvetage, le canot de salut. Sur cette réalité chaotique que Paul nous force à observer, brille en Christ la lumière et l’espoir du salut, d’un monde différent, reconnecté avec Dieu, marqué par la vérité et la justice, par l’amour de Dieu et l’amour du prochain, sans faille. Nous n’y sommes pas encore, mais, embarqués sur le canot de sauvetage de la foi, nous pouvons laisser cette lumière nous réorienter peu à peu.

Conclusion

Sans le Christ, qui fait irruption dans nos dérives, comment être sauvé ? Il est notre espoir, notre phare, il est la lumière qui vient briller dans nos ténèbres et nous promettre la Vie pour toujours, dans la lumière de Dieu, dans l’amour et la justice. On peut deviner qu’il y a un Dieu sans forcément connaître l’Evangile – et bien des religions, des spiritualités, incarnent cette réalité – mais pour le connaître vraiment, pour en avoir le portrait juste, seul le Christ, Dieu lui-même venu parmi nous, peut nous conduire.

Notre espoir est en Christ : Dieu nous invite personnellement vers lui, pour le connaître et recevoir son salut, et à partager autour de nous cet espoir, afin que d’autres trouvent sa lumière.

Une relation libre avec le Dieu généreux

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La Bible nous présente parfois de petites pépites, comme par exemple cette jeune femme de l’Ancien Testament qui est très intéressante : Aksa, la fille de Caleb. Seuls 3-4 versets nous parlent d’elle, dans le livre de Josué (Josué 15.13(19), ensuite répétés dans le livre des Juges (c’est rare !). Bien souvent son histoire, si courte, passe inaperçue, alors qu’elle est riche en enseignements…

Je vais lire la version dans le livre des Juges. Le peuple d’Israël vient juste de s’installer dans le pays promis, autour de 1400 av. J.-C., sous la conduite de Josué qui a pris la suite de Moïse, avec des réussites et des déboires. Josué meurt et personne ne le remplace vraiment : il n’y a pas encore de roi à la tête du peuple. Pendant cette période qui va durer plusieurs siècles, chaque tribu s’organise, et tente de faire face aux difficultés rencontrées. C’est une période brouillon, assez sombre, remplie de batailles avec d’autres peuples ennemis locaux ou voisins. Sombre aussi parce que le peuple échoue à rester connecté au Dieu qui l’a sauvé et conduit jusqu’ici ; et leurs écarts répétés vont influencer leur façon d’être en société, révélant de façon flagrante que plus on s’éloigne du Dieu juste et bon, plus les relations humaines se détériorent.

L’histoire d’Aksa se trouve au tout début de cette période, lors de l’installation des Israélites dans la terre promise, lorsque la situation est encore encourageante. Son père, Caleb, de la tribu de Juda, un vieux de la vieille, le dernier vivant à avoir expérimenté les événements de l’Exode, la libération d’Israël hors d’Egypte, donc Caleb remarque que sa tribu peine à aller au bout de son installation, et laisse certaines villes aux mains des ennemis. Et voici comment il décide de motiver sa tribu à aller au bout du projet :

Lecture biblique : Juges 1.12-15

12 Caleb dit : Je donnerai ma fille Aksa pour femme à celui qui battra Qiriath-Sépher et la prendra. 

13 Otniel, fils de Qenaz, frère cadet de Caleb, la prit ; Caleb lui donna pour femme sa fille Aksa. 

14 A son arrivée, elle l’incita à demander un champ à son père. 

Elle sauta de son âne, et Caleb lui dit : Qu’est-ce que tu as ? 

15 Elle lui répondit : Accorde-moi une faveur, car tu m’as donné une terre aride ; donne-moi aussi des sources d’eau.

 Alors Caleb lui donna les sources d’en haut et les sources d’en bas.

 

Aksa et Caleb : une relation de confiance

L’anecdote aurait pu s’arrêter au v.13 : on aurait su qu’Otniel, neveu de Caleb, était le héros qui avait remporté la dernière bataille, et cela aurait suffi pour permettre au lecteur de comprendre pourquoi, plus tard, Dieu allait appeler Otniel à être juge, c’est-à-dire, comme le nom ne l’indique pas, ici à protéger et diriger son clan, pendant une quarantaine d’années. Donc Otniel sera le premier chef régional, et à ce titre, son lien de famille avec Caleb est un motif de respectabilité : nous, on tique à la perspective d’un mariage entre deux cousins (autres temps, autres mœurs), mais le texte souligne plutôt la filiation entre un chef respecté (Caleb) et la prochaine génération, qui reprend le flambeau de façon prometteuse.

Sur le plan de l’histoire d’Israël, cela suffit – pourtant le texte ajoute des détails, complètement inutiles d’un point de vue militaire ou historique, sans but d’expliquer une pratique ultérieure ou le nom donné à un endroit ; non, gratuitement, nous avons droit aux détails de la négociation de la dot d’Aksa ! Mais pourquoi donc ??

Quand on parle de société traditionnelle, patriarcale, comme c’était le cas pour les Juifs de l’Antiquité, et dans tout le contexte de la Bible, à la fois l’Ancien Testament centré sur Israël et le Nouveau Testament présentant Jésus et ses disciples, on sait que la place des femmes dans la société était très limitée, et on se représente volontiers les femmes passives, voire réduites au statut d’objet – on en voit l’exemple typique lorsque Caleb offre sa fille en prime de guerre au combattant héroïque : même si c’est un honneur, notre Aksa n’a pas son mot à dire !

Les détails que le texte nous donne sont d’autant plus frappants, et viennent nuancer ce tableau caricatural… Si Aksa épouse Otniel sans broncher, elle n’hésite pas à prendre position lorsqu’elle considère – avec beaucoup de bon sens – qu’une terre aride sans point d’irrigation ne va pas la mener très loin pour élever du bétail ou cultiver des champs… !

Et Aksa de prendre l’initiative pour changer cette situation. D’abord, elle essaie de convaincre son mari d’agir, mais il n’a pas l’air de l’écouter – en tout cas le texte reste silencieux. Alors elle fait tout le trajet pour retourner chez son père, dont nous ne voyons que le moment où Caleb la voit descendre de son âne, ce qui suffit à l’interpeller.

Aksa présente ensuite sa demande (ici, c’est sûrement résumé), avec un savant mélange d’audace, de confiance, et de respect : elle demande une faveur, bien consciente qu’elle a déjà reçu sa dot, et que ce qu’elle demande en plus, même si c’est nécessaire, n’est pas dans les habitudes…

Et Caleb, loin de la reprendre sur les us et coutumes (je ne t’ai pas élevée comme ça ma fille ! Fais avec !), apporte une réponse d’une générosité inattendue : non seulement il accède volontiers à sa demande, mais en plus il la double en donnant un terrain irrigué au nord, et un terrain irrigué au sud. L’erreur est doublement corrigée.

On voit dans sa réponse toute sa sollicitude paternelle, un désir d’équité, et beaucoup d’humilité puisqu’il n’hésite pas à se laisser interpeller.

Des modèles inspirants

Aksa est un modèle inspirant, jusqu’à aujourd’hui, avec sa grande liberté, sa facilité à exprimer son besoin et à oser demander une faveur – sans dépasser les bornes pour autant. Or cette liberté n’est possible que parce que son père, Caleb, a une posture accueillante et généreuse. Ce qui peut tous nous inspirer, pour nos relations hommes-femmes, mais pas seulement ! dans toutes les relations où il y a une différence ou une asymétrie : grands-petits, anciens-nouveaux, etc. C’est la posture de chacun des deux qui permet cette dynamique de confiance respectueuse.

C’est d’autant plus marquant que la période qui suit, je l’ai dit, s’assombrit à grande vitesse, à mesure que le peuple sombre dans l’idolâtrie religieuse et l’injustice sociale. Etonnamment, tout au long de ce livre, il y a beaucoup de personnages féminins, qui deviennent un peu comme des marqueurs de l’état de la société : on commence avec Aksa, libre, forte, confiante, en sécurité, soucieuse de favoriser les meilleures conditions de vie – et peu à peu ça se dégrade, avec des femmes qui finiront par être sacrifiées (pas au sens figuré !), anonymisées, victimes de violence et d’atrocités, ou alors d’autres femmes qui porteront la violence, la tromperie, avec des comportements destructeurs (pensez à Dalila par exemple qui manipule Samson pour lui ôter sa force et favoriser sa mise à mort par les Philistins).

Ici, avec Aksa et Caleb, on est encore dans la période prometteuse, lumineuse, pleine d’espoir, et les relations ont un cadre ample, flexible, où chacun peut exister pleinement sans écraser ni se faire écraser, où le respect et l’humilité côtoient l’initiative et le franc-parler.

Vous l’aurez compris, en tant que femme, j’aime énormément ce texte, mais pas seulement à cause de la liberté d’Aksa ! Si tous les pères, les maris, les frères, s’inspiraient de Caleb, notre société serait merveilleuse ! Et pas seulement les hommes : tous ceux qui ont du pouvoir, en fait – les mamans, les grands-parents, les enseignants, les juges, les patrons ou les cadres, les responsables de service, les autorités… si chacun à sa mesure, dans sa sphère, s’inspirait de Caleb, de son désir d’équité, de son humilité et de sa générosité… Ce serait extraordinaire !

          Une illustration pour notre relation avec Dieu

Dans ce portrait de Caleb, il y a plus encore ! Vous y avez peut-être pensé, on voit chez lui se dessiner le profil d’une autre personne, humble, généreuse, passionnée de justice… Dieu ! Dieu, en particulier tel qu’il se révèle à travers Jésus… Désireux de rétablir la justice dont nous nous sommes écartés, prêt à offrir bien plus que nos besoins, un Dieu plein de grâce, qui n’hésite pas, à travers Jésus, à passer par l’humiliation et la mort pour déblayer et libérer le chemin qui nous conduit à lui (Philippiens 2.5-11) – dans la surabondance de sa grâce et de son amour, il donne bien plus que deux terrains supplémentaires : il se donne lui-même pour nous permettre de recevoir en héritage la plénitude de sa paix et de son amour.

Alors, si l’attitude de Caleb oriente vers la grâce de Dieu, que peut-on voir dans l’attitude d’Aksa ? La liberté d’une enfant, pleine de confiance dans l’amour que son père lui porte, dans la justice qu’il ne manquera pas d’accomplir, dans sa générosité. Cet enfant de Dieu, libre devant son Père, c’est d’abord le Christ, le Fils par excellence, en complète harmonie avec lui. Et nous, en nous appuyant sur le Christ, Fils aîné qui partage avec nous la plénitude de son héritage, nous pouvons retrouver cette proximité avec Dieu, comme avec un Père bienveillant, juste et généreux, respectueux et accueillant. Et comme des enfants, comme Aksa, nous pouvons aller vers lui librement, avec confiance.

Et puisqu’Aksa apporte une demande à son père, son exemple peut nous inspirer dans notre façon de prier. Combien de fois limitons-nous nos prières en nous disant que notre demande est hors-cadre, qu’il nous faut accepter notre lot, sagement, en silence ? Combien de fois nous disons-nous que tel besoin n’est pas très spirituel, et que cela n’intéresse sûrement pas Dieu ? Or la Bible nous présente des croyants audacieux, qui n’hésitent pas à dire à Dieu ce qu’ils vivent et de quoi ils ont besoin. Libre ensuite à Dieu d’agir selon sa sagesse, mais nous pouvons lui présenter nos demandes simplement, clairement, avec la confiance d’Aksa envers son père : une confiance sûre de la bonté de Dieu, respectueuse (à Dieu de prendre la décision), et reconnaissante (on n’exige pas un dû, on demande une faveur imméritée).

Je me demande si ce n’est pas à ce type d’attitude que Jésus pensait lorsqu’il a parlé de la prière dans le Sermon sur la Montagne (Matthieu 7.7-11)

7 « Demandez, et on vous donnera. Cherchez, et vous trouverez. Frappez à la porte, et on vous ouvrira. 

[…] 9 Quand votre enfant vous demande du pain, qui parmi vous lui donne une pierre ? 10 Quand il vous demande du poisson, qui lui donne un serpent ? 

11 Vous, vous êtes mauvais/ imparfaits, et pourtant, vous donnez de bonnes choses à vos enfants. Alors, ceci est encore plus sûr : votre Père qui est dans les cieux donnera de bonnes choses à ceux qui les lui demandent. »

Alors que l’audace, la simplicité et la confiance d’Aksa viennent nous renouveler dans notre vie de prière avec Dieu, notre Père, qui nous accueille par Jésus-Christ. Amen