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Devenons ce que nous sommes !

Quelle est la tendance cet été ? Quels sont les vieux vêtements que vous allez donner, parce que vous ne les aimez plus ou parce qu’ils ne vous vont plus… :s ? Comment rafraîchir votre garde-robe, votre style, renouveler votre déco ?

Rassurez-vous, pendant les vacances, je n’ai pas changé de vocation, et je ne vais pas seulement parler chiffons… Quoique !

L’objet de notre espérance (la vie pleine et entière avec Dieu) est assuré, nous sommes sûrs de l’obtenir, les jeunes nous l’ont rappelé. Et cette assurance change déjà notre façon de vivre aujourd’hui – comme en voyage, connaître notre destination et être sûrs d’y arriver change déjà notre trajectoire et notre façon de conduire, de nous conduire, ici-bas. En quoi cela consiste-t-il concrètement ? Les jeunes ont choisi un texte extrait de la lettre de l’apôtre Paul aux églises de la ville grecque de Colosses pour nous conduire dans cette réflexion.

            Lecture biblique: Col 3.1-17

1 C’est avec le Christ que vous avez été réveillés de la mort. Cherchez donc les choses d’en haut, là où le Christ se trouve, assis à la droite de Dieu. 2 Le but de votre vie est en haut et non sur la terre. 3 Oui, vous êtes passés par la mort, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu. 4 Le Christ est votre vie. Quand il paraîtra, vous aussi, vous paraîtrez avec lui et vous participerez à sa gloire.

5 C’est pourquoi, faites mourir ce qui en vous appartient à la terre : par exemple, mener une vie immorale ou impure, désirer des choses honteuses et mauvaises, chercher à avoir tout pour soi, ce qui est une façon d’adorer les faux dieux. 6 Voilà ce qui attire la colère de Dieu sur ceux qui refusent de lui obéir. 7 Autrefois, vous aussi, vous agissiez ainsi quand vous viviez de cette manière. 8 Mais maintenant, rejetez tout cela : colère, violence, méchanceté. Ne lancez plus d’insultes ni de paroles grossières ! 9 Ne vous mentez plus les uns aux autres. En effet, ce que vous étiez avant avec vos façons de vivre, vous vous en êtes débarrassés comme d’un vieux vêtement. 

10 Et, comme si vous aviez mis un vêtement neuf, vous êtes devenus une personne nouvelle. Cette personne se renouvelle sans cesse et elle ressemble de plus en plus à son Créateur. C’est ainsi que vous pourrez connaître Dieu pleinement. 11 Maintenant, il n’y a plus des non-Juifs et des Juifs, des circoncis et des non-circoncis. Il n’y a plus des étrangers, des non-civilisés. Il n’y a plus des esclaves et des personnes libres. Mais il y a le Christ : il est tout et il est en tous. 

12 Dieu vous a choisis, il veut que vous soyez à lui et il vous aime. Donc, faites-vous un cœur plein de tendresse et de pitié, un cœur simple, doux, patient. 13 Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous si quelqu’un a un reproche à faire à un autre. Le Seigneur vous a pardonné, agissez comme lui ! 14 Et surtout, aimez-vous : l’amour est le lien qui unit parfaitement. 15 Que la paix du Christ dirige vos cœurs ! Dieu vous a appelés à cette paix pour former un seul corps. Dites-lui toujours merci. 

16 Que la parole du Christ habite parmi vous avec toute sa richesse. Donnez-vous des enseignements et des conseils avec toute la sagesse possible. Remerciez Dieu de tout votre cœur, en chantant des psaumes, des hymnes et des cantiques qui viennent de l’Esprit Saint. 17 Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en remerciant par lui Dieu le Père.

1/ Le principe… Devenez ce que vous êtes ! (« recherchez les choses d’en haut » v.2)

Paul développe une idée, une seule : vous êtes une personne nouvelle. Votre identité est en Christ : c’est lui maintenant qui définit ce que vous êtes. Par la foi, vous êtes solidaires du Christ, unis à lui par son Esprit, et ce qui vous définit maintenant, c’est lui. Il est mort pour porter nos fautes et notre culpabilité ? Vous êtes morts ! Le mal n’est plus ce qui vous définit. Jésus est vivant, rempli de la vitalité divine, de sa joie, de sa paix, de sa justice, de son amour, pour l’éternité ? Vous êtes vivants ! Même si vous êtes dans un contexte mortel, vous recevez de lui, dès maintenant, un peu de sa vie, dans l’attente de tout recevoir lorsque Dieu renouvellera ce monde. Le Christ est votre vie !

Qu’est-ce qui peut nous définir, dans notre société ? le poids de notre passé, notre réputation, notre statut social, les réussites ou les échecs, notre argent ou notre famille, nos connaissances ou nos lacunes – pas pour Dieu ! A ses yeux, aux yeux du Créateur, pour l’éternité, ce qui nous définit, c’est le Christ ! Notre identité profonde, véritable, éternelle, c’est d’être frères et sœurs du Christ, par la foi, de partager son nom, sa fortune, sa réussite. C’est lui notre identité. D’où le fait que Paul dit qu’il n’y a plus ni Juifs ni non-Juifs, ni étrangers ni citoyens, ni riches ni pauvres, ni hommes ni femmes… Ce qui nous définit en premier, c’est le Christ. Qui que nous soyons, par la foi, nous sommes héritiers du Christ : voilà notre identité.

La conséquence est simple : Dieu nous appelle à devenir ce que nous sommes, en Christ. A laisser cette identité nouvelle s’épanouir et s’exprimer dès maintenant. Nous sommes à l’ère du bien-être, où l’accomplissement de soi, l’épanouissement / le développement personnel, sont prépondérants. Oui, accomplissez-vous, développez-vous,  épanouissez-vous… mais dans votre vraie identité ! Assumez ce que vous êtes – en Christ ! Le reste a perdu sa force lorsque vous avez cru au Crucifié, et passera bien assez tôt. Fixez vos yeux sur l’horizon, sur la vie avec Dieu qui n’a pas de limites – et laissez cette direction changer votre trajectoire.

Pour reparler chiffons : vous allez vivre pour l’éternité au ciel, dans l’entourage proche de Dieu. Suivez la mode… mais la mode du ciel ! Renouvelez votre garde-robe, oui, mais pour correspondre aux tendances célestes ! Bien sûr, je ne parle pas vraiment de vêtements ici… Quelles sont les tendances, la mode de notre société ? La culture qui nous entoure ? Dieu nous appelle à investir sur ce qui sera tendance dans l’éternité, pour toujours dans l’actualité, son actualité. Puisque vous êtes destinés au ciel, vivez déjà comme au ciel.

2/ Les vêtements à jeter (« faites mourir »… v.5)

Cela implique d’abord un tri dans notre dressing – Paul y va fort : faites mourir ce qui n’a rien à faire au ciel, ce qui appartient au monde d’ici-bas et qui n’a pas une chance de tenir dans la présence de Dieu. Il y a des choses qui seront détruites par Dieu, car elles font tache (déjà aujourd’hui, dans la semi-obscurité dans laquelle nous vivons, mais alors, imaginez dans la pleine lumière de la présence de Dieu, de la sainteté de Dieu…) Dieu nous dit : débarrassez-vous-en dès maintenant ! Ces « vêtements » ne vous vont plus, depuis que vous êtes définis par le Christ. Ils font tache ! Paul donne plein d’exemples concrets, mais il insiste sur trois domaines, ô combien d’actualité : le corps, l’argent, les relations/l’usage de notre langue.

Le corps et l’argent sont mis dans le même bateau. Ce sont de bonnes choses, en soi, données par Dieu. Mais le bât blesse lorsque le corps, ou l’argent, prennent la première place dans notre vie : le plaisir à tout prix – par une sexualité débridée, une garde-robe ( !) démesurée, une maison grandiose, des voyages à tout va, un hygiénisme rigide… Lorsque la priorité se porte sur le corps, ou sur ce que j’ai, ce que je peux faire, toute une partie de ce que nous sommes est négligée : notre âme, notre vocation à ressembler à Dieu, notre solidarité profonde avec ceux qui nous entourent… La société nous invite au « fun », à profiter, toujours plus… Ou à accumuler, dans l’espoir de plaisirs futurs… Quitte à prendre des raccourcis en négligeant d’autres réalités, comme notre besoin de relations simples, de partage, d’entraide, d’amour/ notre besoin de nous décentrer pour accueillir la présence de l’autre, la présence de Dieu… Ces raccourcis sont bien souvent des impasses.

La pression sociale est très forte sur ces sujets – dans la culture, les médias, l’imaginaire ambiant, des évidences se forment comme des vérités intemporelles (alors que bien souvent, c’est très récent : ce n’est pas parce que c’est dit que c’est vrai) – et la responsabilité de chaque chrétien, c’est de se poser la question : est-ce c’est compatible avec ma nouvelle identité en Christ ? Avec mon avenir éternel ? Le corps, le bien-être, le plaisir, l’argent, mais aussi les loisirs, la réussite, la réputation… ces choses ont une place, mais quand elles dirigent notre vie à la place de Dieu, elles nous détournent de notre réelle identité. C’est toujours un combat, pour garder l’équilibre et donner une place juste à chaque chose, en gardant la meilleure place pour Dieu et nos relations avec les autres. Cela demande, régulièrement, de demander les lumières de Dieu : où est-ce que j’en suis en ce moment ?

Autre point sur lequel Paul insiste : nos paroles ! Le mensonge (pour se justifier ? pour manipuler ? pour se cacher ?), la brutalité, la colère. Nous vivons dans une époque joyeusement grossière, où la  vulgarité et les insultes sont monnaie courante, où la parole engage peu. Ce n’est pas nouveau, mais c’est très présent. Dieu nous invite à reconsidérer le poids de nos mots, leur impact sur l’autre, et sur nous. Ca ne laisse pas indemnes, d’insulter ou de mentir ! Peut-être que la première fois, nous allons au-delà de notre pensée, mais quand nous entendons nos propres mots, cela laisse une empreinte sur nous aussi, en préparant un chemin pour nos futures pensées.

Paul décrit ici une façon de vivre où l’ego, le moi, ne se met plus de limites, et se prend lui-même comme référence, comme source et but de l’existence. Je vis par moi-même, pour moi-même, je me fais plaisir, je fais ce que je veux quand je veux comme je veux. Comment construire des relations véritables si telle est notre mentalité ?

3/ Les vêtements à porter (« faites-vous un cœur… » v.12)

Alors, le dressing céleste ? A quoi ressemble-t-il ? S’il y a des vêtements à jeter, il y en a d’autres à acquérir ! Je le rappelle : il ne s’agit pas d’abandonner et d’acquérir des choses pour devenir une bonne personne qui obtiendra les faveurs de Dieu. Non ! Il s’agit de se mettre en conformité avec ce que nous sommes déjà, avec cette identité nouvelle que nous avons reçue en Christ, une identité à assumer et à exprimer au quotidien.

Puisque nous vivons par le Christ, puisque notre identité c’est le Christ, nous avons « simplement » à ressembler au Christ. Pas physiquement ! Mais dans son caractère : douceur, simplicité/droiture, un cœur qui se laisse attendrir, et la patience (la patience !). J’insiste sur la patience, car nous sommes tous en transition, empêtrés dans des vêtements qui ne nous vont plus, en train d’essayer de nouveaux vêtements où nous ne sommes pas encore très à l’aise… La patience qui demande de supporter ce qui nous agace, parce que finalement, ce n’est pas si grave ou important. Une patience généreuse, qui conduit même à pardonner à celui qui nous blesse : ses maladresses et ses fautes ne sont-elles pas du même ordre chez moi ? Et heureusement que Dieu me pardonne ! « pardonnez-vous les uns les autres » – cela ne peut arriver que si l’un des deux, offenseur ou offensé, prend l’initiative de parler à l’autre : je voudrais te demander pardon de…, si… On n’est pas obligé d’attendre que l’autre vienne nous demander pardon, on peut aussi prendre l’initiative (surtout si l’autre ne se rend pas compte de la situation) et dire: écoute, sur tel point, j’ai été blessé de… est-ce qu’on pourrait en parler ensemble ? C’est dur ! Il est plus facile d’avoir une paix visible et polie, ou de critiquer par-derrière. Mais demandons-nous : est-ce cela l’amour qui réjouit Dieu ? L’amour qui dirige le cœur du Christ ? L’amour qui règnera dans l’éternité ? Des relations hypocrites, fausses, remplies d’amertume ?

La dimension communautaire est essentielle dans notre identité nouvelle : nous sommes ensemble, nous sommes un corps, nous sommes au pluriel ! Nous sommes reliés – à Dieu, en Christ, par l’Esprit. Aux autres aussi. Comment pourrait-il en être autrement ? Comment un Dieu d’amour nous lancerait-il dans une vie solitaire ? Quand la Bible parle d’amour, de paix, elle parle de relations ! Pas d’un sentiment vague et flottant, sans objet, zen… Avec ses beautés et ses laideurs, l’église est le lieu où nous apprenons à vivre notre identité céleste, à nous décentrer de nous pour aimer Dieu et notre prochain.

Pour vivre cela, la recette c’est de mettre sans cesse le Christ en avant. S’entraîner à se tourner sans cesse vers Dieu. Un sujet de joie ? Chantons la générosité de Dieu ! Un sujet de tristesse ? Cherchons le réconfort de Dieu ! Une idée ? Confrontons-la à la sagesse de Dieu, dans la Bible ! Un projet ? Demandons à Dieu son avis, et pas seulement sa bénédiction ! Toujours méditer un peu plus la vie, la personne, l’œuvre de Dieu, en particulier en Jésus – qui pourrait s’en lasser ? On parle de l’être le plus merveilleux, incroyable, extraordinaire qui puisse exister…

En toutes occasions, cherchons la perspective de Dieu – par exemple en apprenant à dire merci. Dire merci c’est décoller notre regard de l’évidence, de ce qui est dû, pour discerner la main paternelle qui nous porte et nous accorde tant de grâces. Nous avons de la chance ! Emerveillons-nous toujours à nouveau de pouvoir vivre avec Dieu, dans les bons et les mauvais moments – il est notre vie !

Conclusion

Paul nous invite à vivre ici-bas comme au ciel… Pas dans les nuages ! Pas dans un rêve ! Mais par anticipation, pour s’entraîner à l’éternité. Pour montrer ici, aujourd’hui, à quoi peut ressembler la vie avec Dieu.

C’est un grand défi ! Le plus grand relooking de tous les temps. Mais sur ce chemin, le Christ est notre modèle, notre motivation, et notre secours : Il nous enseigne, nous conduit, nous pardonne nos mauvais pas et nous donne la force de nous relever lorsque nous tombons.

Devenons ce que nous sommes ! Centrons-nous sur le Christ, et laissons-le nous transformer encore un peu plus à son image, pour la gloire de Dieu, pour notre joie, et pour bénir ceux qui nous entourent.

Sur une mauvaise voie…

La Bible est un livre extraordinaire, d’une diversité et d’une richesse formidables. Mais ce n’est pas toujours un livre facile à lire. Il nous résiste parfois… et cela même si nous la lisons depuis des années, même si nous avons fait de longues études de théologie et que nous pouvons la lire dans son texte original, en hébreu et en grec !

Bien-sûr, le message central de la Bible est clair. On comprend bien la révélation du Dieu Créateur, son projet de salut pour l’humanité rebelle, sa révélation progressive à travers un homme, Abraham, puis à travers un peuple issu de sa descendance, le peuple d’Israël. On comprend bien le message de la Bonne Nouvelle du salut de Dieu en Jésus-Christ, annoncé par les prophètes, accompli par le Fils de Dieu devenu homme, mort et ressuscité.

Mais reconnaissons que certains textes nous restent encore parfois obscures, difficiles à comprendre. Et la compréhension n’est pas la seule difficulté que nous rencontrons. Il y a aussi la difficulté à vivre et à mettre en pratique ce que nous comprenons…

Cette semaine, nous avons reçu un mail d’un membre de notre Eglise qui nous demandait justement notre avis sur deux textes difficiles de la Bible. Je me suis efforcé de lui donner quelques pistes possibles de réponse… Et puis je me suis pris au jeu et, en réfléchissant à ma prédication, je me suis dit que l’un de ces deux textes pouvait être intéressant pour nous ce matin. Un texte qui n’en a pas l’air au premier abord mais qui est plutôt difficile

Jacques 5.19-20

19 Mes frères et mes sœurs, parmi vous, quelqu’un peut se perdre loin de la vérité, et un frère ou une sœur peut le ramener. 20 Eh bien, vous devez savoir ceci : si une personne ramène un pécheur de la mauvaise route où il se trouve, il le sauve de la mort. Et à cause de cette action, Dieu va pardonner beaucoup de péchés.

Le dernier chapitre de l’épître de Jacques est constitué de différentes exhortations, assez disparates. Elles parlent du rapport aux richesses, de la patience, de la prière, en particulier pour les malades… Et puis il y a notre texte, qui est la conclusion, un peu abrupte, de la lettre. On ne trouve pas, comme à la fin de la plupart des épîtres du Nouveau Testament, une salutation ou une formule de bénédiction. S’est-elle perdue ? Ou est-ce intentionnel de la part de Jacques, pour nous laisser sur une exhortation ultime ? En tout cas, notre texte constitue le point final de l’épître de Jacques telle qu’elle nous est parvenue. Un point final quelque peu énigmatique.

Qu’est-ce qui est difficile dans ce texte ? J’identifie au moins deux difficultés, l’une est théologique, l’autre est pratique.

D’abord, la difficulté théologique. Nous voyons que Jacques parle à des frères et des sœurs. Il s’agit donc bien de chrétiens. Or il parle de personnes qui « se perdent loin de la vérité ». Plus encore, Jacques nous dit que si ces frères ou ces sœurs sont ramenés, ils sont « sauvés de la mort ». Ces expressions ne semblent pas convenir à des chrétiens… Comment un croyant, qui appartient au Seigneur, peut-il s’égarer loin de la vérité ? Et comment peut-il être « sauvé de la mort » ? N’est-il pas déjà sauvé en Jésus-Christ ?

L’autre difficulté, plus pratique cette fois, est dans la façon de vivre ce texte dans l’église. Comment peut-on « ramener un pécheur de la mauvaise route où il se trouve », spécialement si ce pécheur est mon frère ou ma sœur en Christ ? Et surtout comment le faire sans se positionner en juge, sans user d’un discours accusateur ou culpabilisateur ?

Un chrétien peut s’égarer de la vérité

Il faut d’abord comprendre ce que signifie exactement ici l’expression « sauver de la mort », littéralement « sauver son âme de la mort ».

On l’a dit, Jacques s’adresse à des chrétiens. Je ne pense donc pas que l’expression « sauver une âme de la mort » signifie ici simplement « être sauvé ». Quand on prend en compte l’ensemble de la révélation biblique, on comprend que Dieu ne reprend pas ce qu’il donne. J’aime bien dire qu’on ne peut pas « perdre » son salut parce qu’on ne peut pas non plus le « gagner » ! Il ne dépend d’aucun effort de notre part, d’aucun mérite. On le reçoit de Dieu, par grâce. Et Dieu ne reprend pas ce qu’il a donné !

Mais, même sauvé, le chrétien doit encore lutter contre la « mort » qui agit en lui, contre le péché encore présent dans son coeur, contre le « vieil homme » comme dirait l’apôtre Paul. Il ne faut pas croire qu’il suffit de devenir chrétien pour ne plus avoir de combat spirituel à mener dans sa vie. C’est même probablement le contraire ! Des luttes spécifiques commencent avec la conversion. C’est un combat qui accompagne le chrétien, parfois douloureusement, tout au long de sa vie.

Jacques lui-même l’a déjà évoqué, au début de sa lettre :

« Chacun est poussé au mal par son désir mauvais qui l’attire et l’entraîne. Et quand on laisse faire ce désir, il donne naissance au péché. Puis, quand le péché a grandi, il donne naissance à la mort. » (Jacques 1.14-15)

Il est donc tout à fait possible qu’un chrétien s’égare de la vérité, autrement dit qu’il s’éloigne de Dieu. Car il n’y a pas de vérité en dehors de Dieu. D’ailleurs la formulation utilisée par Jacques évoque de manière étonnante la célèbre parole de Jésus affirmant être « le chemin, la vérité et la vie » (Jean 14.6). Jacques aussi parle de vérité, de chemin (ou de route) et de vie (en étant sauvé de la mort).

Mais attention : s’égarer, ce n’est pas seulement commettre tel ou tel péché. Il ne s’agit pas de faire une liste de péchés à ne pas commettre et si on n’a coché aucune case, on est bon ! Commettre le péché, c’est aussi ne pas faire le bien, c’est aussi l’absence, voire le manque, d’amour. Jacques l’a déjà dit : « Celui qui sait faire le bien et ne le fait pas, se rend coupable d’un péché. » (Jacques 4.17)

Pour toutes ces raisons, nous pouvons dire qu’un chrétien peut s’égarer de la vérité. Ca ne veut pas dire qu’il est perdu, mort spirituellement. Mais par son égarement, quel qu’il soit, il laisse le péché agir en lui. Cela a forcément des conséquences spirituelles, ça l’éloigne de Dieu, la source de vie… c’est aussi cela, la mort.

Ramener de l’égarement…

Pour le chrétien, revenir de son égarement, c’est retrouver le chemin de la vie, de la communion avec Dieu. Mais dans notre texte, Jacques ne parle pas seulement des chrétiens qui se seraient égarés et qui reviennent d’eux-mêmes à Dieu. Il parle de chrétiens qui ramènent un de leurs frères ou de leurs sœurs de la mauvaise route où il se trouve. Ne pas le faire semble même s’apparenter à de la non assistance à un frère ou une soeur en danger !

Mais a-t-on le droit de dire à un frère ou une sœur qu’il s’égare ? Et comment être sûr que ce n’est pas nous qui nous égarons en le disant ? Et comment le faire sans que notre démarche soit perçue comme un jugement sur la personne ?

On ne veut pas tomber sous la condamnation de la mise en garde de Jésus, dans le Sermon sur la Montagne : « Ne jugez pas afin de ne pas être jugés ! » (Matthieu 7.1) Une parole à laquelle Jacques fait d’ailleurs référence dans sa lettre :

« Frères et sœurs chrétiens, ne dites pas de mal les uns des autres ! Celui qui dit du mal d’un frère ou d’une sœur, ou qui les juge, dit du mal de la loi et il juge la loi. Et si tu juges la loi, tu n’obéis plus à la loi, tu es son juge. C’est Dieu seul qui donne la loi et qui est juge, lui seul peut sauver et faire mourir. Mais toi qui juges ton prochain, pour qui te prends-tu ? » (Jacques 4.11-12)

Notons que Jacques ne dit rien de la manière de ramener son frère ou sa sœur de son égarement… Or, juste avant, il parlait de la prière. On peut sans doute se dire que la première façon d’accomplir l’exhortation de Jacques, c’est en priant pour notre frère ou notre soeur ! Prier les uns pour les autres, c’est se soucier les uns des autres !

Pour autant, la démarche suggérée par Jacques n’implique-t-elle pas autre chose que la prière seulement ? N’y a-t-il pas aussi quelque chose à dire explicitement parfois ? Nous pouvons penser aux prédicateurs et plus largement, à tous ceux qui se retrouvrent dans une situation où ils sont appelés à transmettre d’une manière ou d’une autre une parole du Seigneur… Quel est le message que nous prêchons ? Pour pouvoir ramener de l’égarement possible, il faut refuser un discours lénifiant, qui arrondit trop les angles, qui fait silence sur les exigences de Dieu et sa sainteté, qui refuse de parler du péché et du besoin, y compris pour le chrétien, de se repentir.

Mais Jacques nous invite sans doute aussi, parfois, à aller plus loin. A dire à notre frère, notre sœur, ce qui ne va pas, à les mettre en garde contre certaines pratiques qui les éloignent de Dieu. Mais attention : gardons toujours à l’esprit le risque de prendre la position du juge de son frère ou sa sœur. C’est à proscrire absolument ! L’Eglise est une communauté de pécheurs pardonnés. Personne ne peut se placer en juge d’autrui. Et si une démarche est entreprise envers un frère ou une sœur, il faut l’accompagner de prière, et faire de preuve de prudence, d’amour, de respect et d’humilité. Il suffit de relire la développement de la lettre de Jacques sur la langue et les dégâts que peuvent provoquer certaines paroles pour s’en convaincre…

Conclusion

Si cette parole de la lettre de Jacques est difficile, autant théologiquement que pratiquement, c’est peut-être parce qu’elle touche à nos luttes intimes, nos combats personnels contre le péché, nos risques de nous égarer loin de Dieu. Aucun chrétien n’y échappe !

Mais la bonne nouvelle, c’est que Dieu est toujours prêt à pardonner. Il nous accueille sans cesse, il ne rejette jamais celui qui revient à lui. C’est aussi ce qui doit nous motiver dans nos prières les uns pour les autres, et dans nos relations.

Finalement, nous avons toujours besoin d’être sauvés de la mort, par Celui qui a vaincu la mort, le Christ ressuscité !