Archives pour la catégorie Prédication dimanche matin

Transfigurés pour honorer Dieu

Voir le culte ici.

Nous continuons ce matin le parcours de méditations proposé par notre Union d’églises sur le thème : la foi, une espérance qui nous transforme. La semaine dernière, Dieu était comparé à un potier, qui nous façonne et qui nous restaure comme un artiste restaure une œuvre abîmée pour lui rendre sa beauté d’origine.

Aujourd’hui, nous nous centrons un peu plus sur ce processus de transformation. Marc nous a cité 3 exemples de personnes transformées par leur relation avec Jésus. Regarder à ces témoins nous inspire, mais cela peut aussi nous décontenancer : nous ne sommes pas pêcheurs ou collecteurs d’impôts en Galilée, ni théologien en Syrie ! Que retenir de leur parcours qui puisse nous inspirer dans notre contexte personnel, dans notre culture, notre société, nos responsabilités diverses ? Paul nous mâche le travail en résumant ce processus de transformation en quelques versets, vers la fin de sa lettre aux chrétiens de Rome.

Paul a longuement rappelé le cœur de la foi chrétienne : le pardon de Dieu, immérité, offert à tous, pour offrir un nouveau départ, la promesse d’une vie nouvelle, indestructible parce que nourrie de son Esprit. Il en arrive maintenant aux conséquences : à quoi ressemble une vie reconnectée à Dieu ? Il y consacre plusieurs chapitres, en s’attardant sur des domaines particuliers (dans l’église, face aux autorités, en situation de conflit, etc.) mais les tout premiers versets, que nous allons lire maintenant, résument le principe général que Paul va décliner ensuite.

Lecture biblique : Lettre de Paul aux Romains 12.1-3

1 Frères et sœurs, puisque Dieu a ainsi manifesté sa bonté (ses compassions) pour nous, je vous exhorte à offrir votre corps en sacrifice vivant, qui appartient à Dieu (saint) et qui lui est agréable. C’est là le véritable culte conforme à la parole de Dieu. 

2 Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez-vous transformer par le renouvellement de votre mentalité. Vous discernerez alors ce que Dieu veut : ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait.

3 À cause du don que Dieu m’a accordé dans sa bonté (compassion), je le dis à chacun de vous : ne vous prenez pas pour plus que vous n’êtes, mais ayez une idée juste de vous-même, chacun selon la part de foi que Dieu lui a donnée. 

Paul exhorte – il n’invite pas, il supplie ! – ceux qui aiment le Christ à vivre autrement, et comme je le disais, il parlera ensuite de situations précises. D’abord, je vais lever quelques ambiguïtés, parce que Paul veut marquer les esprits, et du coup il utilise des mots forts, parfois en changeant le sens.

Verset 1 : notre vie comme un culte

Commençons par le commencement : c’est à cause des compassions de Dieu que nous sommes appelés à changer. La compassion de Dieu, c’est sa capacité à nous aimer quand nous n’en sommes pas dignes, sa tendresse, sa patience, son pardon – révélé dans le don de sa vie pour nous en Christ, qui a pris sur lui toutes nos indignités pour qu’on n’en parle plus, qu’elles ne pèsent plus sur nous et sur notre relation avec Dieu. Ces indignités, elles l’ont écrasé jusqu’à la mort, mais il est revenu à la vie, ouvrant la promesse d’un nouveau départ avec Dieu, pour une vie indestructible. Parce que Dieu nous a aimés et s’est donné pour nous en Christ, alors nous sommes appelés à nous donner à lui. Ce n’est pas dans l’autre sens : on ne change pas pour plaire à Dieu, mais parce que Dieu nous aime.

En réponse à l’amour de Dieu, nous sommes invités à nous offrir comme un sacrifice vivant. Un sacrifice, vivant ? Oui, si Jésus se donne pour nous donner la vie, ce n’est pas pour qu’on se tue ou qu’on se mortifie ! Jésus fait tout pour nous faire entrer dans la joie, la liberté, la beauté de la vie avec Dieu. Paul parle de sacrifice parce qu’à son époque, c’était le cœur de la religion, qu’on soit Juif ou polythéiste. La façon de bien faire le sacrifice, le bon protocole, pour être sûr de plaire au dieu. Toute la dimension du culte, son rituel, ses participants, était extrêmement codifiée – pour être sûr de bien faire. Pensez par exemple à ceux qui nettoient les blocs d’opération dans les hôpitaux : c’est extrêmement codifié, parce que l’enjeu est essentiel ! Si Dieu est Dieu, on veut faire de son mieux ! Et puis on a peur de lui, il est puissant, donc il vaut mieux bien faire.

On trouvait différentes sortes de sacrifices : pour demander pardon, pour remercier, pour faire un cadeau, par amour. On pouvait offrir une bête, ou de la farine, de l’huile, du vin, des gâteaux… En gros, on prenait ce qu’on avait de précieux pour le donner à Dieu.

De quel sacrifice Paul parle-t-il pour nous ? Le sacrifice pour demander pardon, pour réparer, pour payer les dettes, c’est Jésus qui l’a accompli, en troquant sa justice contre nos injustices : efficacité parfaite, garantie, une fois pour toutes, pour toute personne qui lui fait confiance. Donc si on garde l’image du sacrifice, il nous reste l’offrande, qu’on donne en remerciement, en cadeau.

Qu’offrir en cadeau à Dieu ? Paul cite notre corps – étrange ! Nous sommes tellement plus que notre corps ! En fait, notre corps c’est la partie de nous qui agit, qui est ancrée dans la réalité, que l’on voit, entend, touche, et qui a un impact sur les autres. C’est nos paroles, nos écrits, nos postures, notre regard, nos actions, nos choix, nos votes… C’est nous dans ce que nous avons de plus concret, de présent dans le monde, en relation avec l’autre : une façon de dire que Dieu désire bien plus qu’un petit merci de temps en temps dans un coin de notre tête. Pour répondre à son amour total, nous sommes exhortés à offrir toute notre vie comme un cadeau à Dieu, dans ses grands moments, comme dans les instants ordinaires. Et c’est ça le vrai culte, la vraie façon d’honorer Dieu.

Les Protestants, en quittant le catholicisme, ont changé le nom du rassemblement du dimanche : au lieu de parler de messe, on a parlé de culte. Pourquoi pas ! Mais ça donne l’impression que le culte, c’est-à-dire le moment où on honore Dieu, c’est le dimanche matin, dans un bâtiment, avec un certain nombre de personnes, des chants, des prières, des réflexions sur l’Ecriture. Ce moment de rassemblement fait partie du culte, oui, puisque nous honorons Dieu en le célébrant et nous mettant à son écoute ensemble – mais c’est juste un aspect ! LE culte, c’est notre vie. Au travail, au lycée, au sport, à la maison, dans les transports, sur les réseaux, avec les voisins, dans les magasins, voilà où se déroule LE culte : notre vie, 7 jours sur 7, 24h sur 24, toute notre vie confiée à Dieu parce que lui nous a aimés de tout son cœur.

Versets 2-3 : un quotidien transformé

Et ce culte, cette offrande qui honore Dieu, ce témoignage vivant de notre reconnaissance pour son amour vertigineux, c’est un quotidien transformé, un quotidien qui reflète ce que Dieu aime.

Dans ce processus, il y a deux phases : une part de rejet, et une part d’adhésion. On arrête certaines choses pour en faire de nouvelles. Et Paul oppose deux grandes directions : les habitudes d’un monde qui ne fait plus place à Dieu, et ce que Dieu propose comme bon, beau, agréable et parfait. L’idée ici, c’est de résister aux pressions de la société (hier comme aujourd’hui) pour tirer notre inspiration de Dieu, si on veut refléter ce que Dieu aime.

Être transformé, ça vient de metamorpheo en grec, qui a donné métamorphose en français : une transformation profonde, qui ne veut pas dire qu’on devient quelqu’un d’autre mais qu’on s’exprime sous une autre forme, plus aboutie, plus belle – l’image courante, c’est celle de la chenille qui devient papillon. Et c’est le verbe qui est utilisé pour parler de la transfiguration de Jésus, sur la montagne avec ses disciples, quand il devient tellement lumineux qu’il ressemble à un ange. Laissez-vous, laissons-nous, transfigurer… illuminer (dans le bon sens), inspirer par la pureté de Dieu…

Et pour que notre corps, visible, soit transfiguré, cela commence dans notre intériorité, notre mentalité, nos façons de pensées, nos motivations, nos valeurs : le moteur invisible qui nous fait aller dans telle ou telle direction. Si notre intériorité ne change pas, la transformation n’est qu’extérieure et artificielle, comme un mur humide qu’on repeint sans l’avoir assaini : c’est beau quelque temps, mais ça ne dure pas. Si nous voulons que notre vie visible reflète la lumière de Dieu, il faut que cette lumière se répande dans notre intériorité et l’assainisse.

C’est essentiel de le rappeler, de peur qu’on imagine que le monde et ses tentations sont la cause de tous nos maux : oui, il y a des dysfonctionnements dans la société, mais la tentation n’est néfaste que parce que j’y cède. Jésus a été tenté, a fréquenté toutes sortes de milieux, sans jamais céder au mal – il avait un cœur pur. Inversement, si notre cœur est abîmé, même la situation la plus innocente peut dégénérer.

Je reçois beaucoup d’une anecdote de la vie de saint Jérôme : chrétien citadin du 4e siècle ap. J.-C., il est connu pour avoir traduit en latin l’Ancien Testament. Il était moine, c’était un érudit incroyable. Et SJ raconte que le pire moment de tentation dans sa vie, ce n’était pas à Rome au milieu des excès de la vie païenne, ce n’était pas dans la vie communautaire où les susceptibilités s’entrechoquent, c’est dans sa période ermite, lorsqu’il a vécu seul, à l’écart de tout : là, il a ressenti profondément le vertige de son cœur abîmé et déformé.

Evidemment, entre un cœur abîmé et un monde abîmé, la rencontre est explosive. D’autant plus que « le monde », oubliant Dieu, nous invite à laisser libre cours à notre cœur sans contrainte, à notre recherche de profit, à notre quête de jouissance à tout prix, à nos droits au détriment des autres, à notre course en avant du plus, plus, plus qui écrase et les autres et nous.

Dieu nous invite, non pas à changer le monde à la force de nos bras, mais à laisser Dieu réparer et transfigurer notre cœur pour que nous avancions différemment dans ce monde abîmé en y répandant sa lumière.

Marcher dans le monde, sans être empêtré dans les marasmes du monde… Il ne s’agit pas de devenir ascètes ou ermites (St Jérôme a prouvé que se retirer du monde ne suffit pas !), mais de vivre avec discernement, pour choisir ce qui est bon, agréable à Dieu, bienfaisant, beau, juste, vrai, pacifique, constructif.

Evidemment, à chaque époque et dans chaque culture, il y a des éléments contraires à ce que Dieu, et d’autres alignés sur ses projets. Par exemple, aujourd’hui, que peut-on voir autour de nous qui soit aligné sur Dieu ?

Je vous propose quelques éléments de mon point de vue, peut-être que vous ne serez pas d’accord… je vois du bon dans certaines valeurs promues aujourd’hui : la solidarité, le respect de l’environnement, la lutte contre le racisme ou l’exclusion, l’intention de voir la valeur des personnes hors normes ; dans les sciences : l’exigence d’une certaine rigueur de pensée, les progrès techniques lorsqu’ils sont utilisés pour construire et guérir ; dans les pédagogies, plus inclusives ; dans l’art, quand il nous connecte à ce qu’il y a de beau, d’authentique, de profond, dans l’humanité.

Dieu nous propose ainsi une éthique en construction. C’est plus facile de mettre des règles, rigides, valables partout et tout le temps pour tout le monde en disant « ça c’est bien, et ça c’est mal »… Mais Dieu n’est pas rigide et uniforme : il s’adapte à nous par amour, et il nous demande de nous adapter, par amour, à l’autre. Certaines choses autour sont bonnes, d’autres assurément mauvaises (on n’assassine pas, point) mais au milieu, il y a des choses neutres qui peuvent basculer d’un côté ou de l’autre, comme l’intelligence artificielle, ou des situations tellement abîmées qu’on doit choisir la moins mauvaise solution (p. ex. les personnes qui ont menti pour protéger des Juifs pendant la 2WW : il fallait discerner où est la priorité).

Si on avait un mode d’emploi à suivre, ce serait facile, et ce serait entre nos mains. Mais Dieu, en nous proposant une éthique de sagesse et d’amour, nous fait toucher du doigt que ce n’est pas si simple, et que nous sommes obligés de dépendre de lui. Si lui ne nous inspire pas, ne renouvelle pas constamment notre façon de voir les choses par sa Parole et son Esprit, nous sommes perdus !

Donc dans notre transformation, il y a une part de décision : être prêt à se laisser travailler, à rejeter ce qui ne plaît pas à Dieu, à résister aux tentations, ET il y a une immense part de confiance, de dépendance, de disponibilité envers Dieu pour qu’il nous montre le chemin, aujourd’hui, là où nous sommes.

Et le verset 3 ? Il fait la transition vers la suite, au sujet des relations dans l’église, mais je l’ai gardé parce que l’avertissement est tellement pertinent : personne ne peut imaginer qu’il maîtrise la vie chrétienne, qu’il a atteint le niveau de bonté qui reflète la bonté de Dieu – qui que nous soyons, quel que soit notre parcours, nous avons tous infiniment besoin que Dieu nous transfigure, que sa lumière inonde notre cœur assombri et se répande généreusement autour de nous.

Dieu, notre potier (Une espérance qui nous transforme 2/4)

Regarder la vidéo du culte ici.

Nous poursuivons aujourd’hui le parcours de méditations proposé par notre Union d’églises, qui nous plonge, pendant 4 semaines, dans l’espérance que la foi nous donne, une espérance qui nous transforme. La semaine dernière, nous avons évoqué le fait de regarder vers l’horizon de ce que Dieu prévoit, un monde juste et bon, un point d’espérance, qui, logiquement, produit des changements dans notre vision des choses, et dans nos priorités. Bien plus, Dieu lui-même met la main à la pâte (comme le boulanger) ou les mains dans la terre, comme le potier, pour imprimer en nous, déjà, cet ADN d’éternité, comme un avant-goût de ce qu’il a hâte de nous faire vivre.

Cette semaine, nous allons explorer comment Dieu nous prépare à vivre avec lui pour toujours, avec l’image du potier qui façonne une matière brute pour en faire une œuvre belle – l’implication étant bien sûr, que, peu importe qui nous sommes, Dieu veut faire de nous un chef-d’œuvre qui rend hommage à sa justice et son amour. En introduction, nous sommes invités à réfléchir à notre attitude envers l’artiste, notre posture, nos attentes, et du coup, la relation que nous avons avec lui.

L’apôtre Paul touche à cette question dans sa lettre à l’église de Rome, dans un contexte un peu différent, que je vous résume rapidement (on fait un détour mais promis, on revient au potier !) : Paul écrit à des chrétiens de différentes origines, dont des chrétiens d’origine juive qui ont tellement assimilé l’idée d’être le peuple élu qu’ils ont du mal à accepter que d’autres puissent rejoindre le groupe. Paul transmet que oui, ils étaient le peuple élu pour un temps, pour une phase du projet de salut de Dieu, mais que depuis Jésus, on est entré dans une autre phase : tous, par la foi en Jésus, peuvent devenir enfants de Dieu. Le peuple juif a toujours une place dans le projet, mais ce n’est plus la même, Jésus a rebattu les cartes.

Dans son argumentation, Paul s’appuie notamment sur le fait que Dieu a toujours eu une préférence pour les petits derniers – un peu comme si le peuple juif était le frère aîné dans la famille spirituelle de Dieu : or Dieu a toujours aimé mettre en avant les petits frères (p. ex. le livre de la Genèse, sur les premiers croyants, ce n’est que ça), pour montrer que notre statut dans la société n’est pas un critère pour recevoir la faveur de Dieu. Paul anticipe alors la réponse de ceux qui le lisent : Non mais c’est n’importe quoi ! C’est injuste ! Si les grands frères perdent leurs privilèges (à l’époque, ils avaient une double part d’héritage p.ex.), qu’est-ce que ça veut dire ?

Je vais lire en commentant rapidement les références de Paul (en particulier à l’histoire juive) pour que le raisonnement soit plus clair.

Texte biblique : Lettre de Paul aux Romains 9.14-23 (Traduction Parole de vie)

14 Que faut-il en conclure ? Dieu serait-il injuste ? Certainement pas ! 

15 En effet, il dit à Moïse : « J’aurai pitié de qui je veux avoir pitié et j’aurai compassion de qui je veux avoir compassion. » (cf. Exode 33.19 : c’est le moment où il se montre à Moïse, et dans cette phrase il résume son identité)

16 Cela ne dépend donc pas de la volonté de l’être humain ni de ses efforts, mais uniquement de Dieu qui a compassion. (C’est la grâce ! La grâce, par définition, est un cadeau que l’autre nous fait librement, généreusement, sans mérite de notre part)

17 Dans l’Écriture, Dieu déclare au Pharaon : « Je t’ai établi roi précisément pour montrer en toi ma puissance et pour que ma renommée se répande sur toute la terre. » (cf. Exode 9.16. C’est le moment où Moïse doit négocier avec le pharaon la libération du peuple juif, tenu en esclavage – Moïse transmet au pharaon que même son obstination est dans le plan de Dieu, parce que c’est comme un point d’appui pour bien montrer que Dieu est prêt à tout pour sauver son peuple : comme un bras de fer, avec de la résistance, qui souligne la puissance et l’implication de Dieu)

18 Ainsi, Dieu a compassion de qui il veut et il incite qui il veut à s’obstiner.

19 Tu me diras peut-être : « Alors pourquoi Dieu nous ferait-il encore des reproches ? Qui en effet résisterait à sa volonté ? » (oui, si c’est Dieu le maître du jeu, et qu’il choisit les directions, alors l’être humain peut-il encore être tenu responsable, si c’est Dieu qui dirige l’ensemble ?)

20 Mais qui es-tu donc, toi, un être humain, pour contredire Dieu ? Le vase d’argile demande-t-il à celui qui l’a façonné : « Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? » 

21 Le potier fait ce qu’il veut avec l’argile : à partir de la même pâte il fabrique un vase précieux ou un vase ordinaire.

22 Eh bien, Dieu, en bon potier, voulait montrer sa colère envers certains vases et faire ainsi connaître sa puissance. Pourtant il a supporté avec une grande patience les personnes qui méritaient sa colère et qui s’en allaient à leur perte. 

23 Mais son but était surtout de manifester combien sa gloire est riche pour les autres vases, ceux dont il a compassion, ceux qu’il a préparés d’avance à participer à sa gloire.

Je vous avais dit qu’on reviendrait au potier !

L’argument est sec, les mots sont durs et provoquants ! Pour résumer, Dieu est dieu, il est complètement libre et il est tout-puissant : donc, il fait ce qu’il veut – basta ! S’il a envie d’aider certains et pas d’autres, c’est comme ça, il est libre – et on ne peut pas dire que c’est injuste, puisque c’est Dieu qui a créé le monde, et ses règles du jeu : tant qu’il est fidèle à lui-même, et à ses règles, il est juste.

Bien sûr que Dieu, en tant que créateur et roi, a autorité, mais ce genre d’argument nous donne l’impression que Dieu est un tyran, capricieux, péremptoire – et l’être humain a tellement souffert depuis toujours sous la main des tyrans que cela nous révolte.

En réalité, ce qui est dit de façon provocante nous aveugle sur les autres points importants dans le texte. Comment se caractérise ce Dieu plein d’autorité ? Revenons aux exemples cités.

À Moïse : « j’aime qui j’aime ! » C’est un Dieu d’amour. Un Dieu qui fait tout pour sauver son peuple, qui prend sur lui, dès le départ, avec patience, pour conduire ce peuple vers la liberté et la joie. Ce même Dieu se révèle à travers Jésus-Christ : lui qui était capable de marcher sur l’eau et faire taire la tempête, qui était rempli d’une autorité que tous reconnaissaient, celui-là même s’est donné, par amour, jusqu’à la mort, la mort humiliante sur la croix, pour que nous soyons délivrés de ce qui nous détruit, pour que nous puissions entrer dans sa joie. Ce Dieu libre, puissant, plein d’autorité, affirme d’abord son droit à aimer !

Que dit-il au pharaon ? « J’accepte que tu fasses n’importe quoi parce que ça va me permettre de montrer (là, à son peuple) combien je les aime et qu’aucun obstacle ne peut m’empêcher de les bénir. » C’est dur pour le pharaon, mais Dieu ne veut pas lui faire du mal, il veut faire du bien à son peuple – comme un prof qui vous laisse faire des erreurs, aller au bout d’un raisonnement bancal pour que vous appreniez : son but, ce n’est pas votre erreur, mais ce qu’il y a derrière. Ici, la leçon, c’est que Dieu est grand, et que personne ne peut s’opposer à lui, et en particulier à son amour. En fait, c’est plutôt réconfortant !

Dans la Bible, et dans la pensée de Paul, l’idée c’est que l’être humain court à sa perte depuis qu’il s’est déconnecté de Dieu. A partir de là, toutes les fois où Dieu vient repêcher quelqu’un, c’est un cadeau, puisque normalement, selon les règles du jeu énoncées dès le départ (Genèse 2.15-17), l’être humain déconnecté du Dieu vivant n’est pas censé vivre. Donc 1/ Dieu est patient, puisqu’il nous permet de vivre alors que pour la plupart dans l’humanité, nous faisons comme si Dieu n’existait pas et n’était pas constamment en train de nous donner son souffle et sa force. Et 2/ si Dieu vient en sauver un certain nombre, c’est complètement immérité car rien ne l’obligeait à venir aimer ne serait-ce qu’un seul de ceux qui lui ont tourné le dos. Dans les deux cas, la « tyrannie » de Dieu c’est quand même de montrer son amour et de libérer.

Je précise quand même que dans l’histoire du pharaon, le pharaon est d’une arrogance incroyable : il manipule le peuple, il essaie de les arnaquer, il revient sur sa parole… Pour le coup, lui c’est un vrai tyran qui fait souffrir les autres. Dans l’histoire, on ne peut pas dire qui est le premier à décréter cette obstination : est-ce que c’est Dieu et le pharaon suit la pente ? ou Dieu, dans la phrase citée, prend-il seulement en compte l’opposition de cœur du pharaon ? Dans l’histoire d’origine on ne sait pas. Mais si Dieu est la source de tout, le moteur du monde, c’est un peu dur d’imaginer qu’il soit à la traîne de nos décisions pour simplement appuyer nos idées, comme si notre liberté était plus importante que la sienne. Du coup si la liberté de Dieu est plus forte que la nôtre, est-ce que nous sommes encore responsables de nos choix ou est-ce que nous sommes des jouets entre les mains de Dieu ?

Paul répond, mais en partie seulement: Dieu est libre. Oui, Dieu, lui, il fait ce qu’il veut – il n’a de comptes à rendre à personne. Et nous, quand bien même nous aimerions être totalement libres, en réalité nous n’avons qu’une liberté relative, dérivée, contenue dans un cadre et des limites – physiques, spatiales, temporelles, mentales, financières, psychologiques, etc. Il est hors de question de nous mettre sur le même plan que Dieu : il est le Créateur, et nous sommes les créatures.

Cela étant, nous ne sommes pas des pions pour autant, nous avons une certaine liberté – mais Paul n’en parle pas, parce qu’ici, il veut insister sur l’autorité et la liberté absolues de Dieu. Ailleurs oui, Paul reconnaît notre liberté puisque toute sa vie, il va annoncer à toutes sortes de personnes que Jésus les aime et il va les inviter à choisir cet amour.

Plus largement, dans la Bible, on trouve ces deux affirmations fortes : Dieu est souverain, tout-puissant et totalement libre, et il intervient dans notre vie, et en même temps, nous sommes responsables de nos choix devant lui, parce que nous avons une certaine liberté.

On trouve les deux, dans la Bible – pas dans ce texte, mais dans la Bible – d’où la nécessité, en particulier sur des sujets sensibles, d’être prudent en ayant conscience que la Bible a un discours riche, nuancé, parfois paradoxal, sur notre monde qui est complexe, riche, nuancé, souvent paradoxal. Il ne s’agit de lancer un verset en disant « La Bible dit que » !

Nous ne vivons pas en noir et blanc ou en système binaire, mais dans un écosystème complexe. Et dans cet écosystème, Paul insiste ici, comme avec un laser, sur un point qu’on oublie régulièrement : l’autorité de Dieu – depuis Adam et Eve, l’autorité de Dieu nous est difficile à accepter. Pourtant, Dieu est le créateur, le roi, tout puissant et totalement libre. Paul nous invite ici à nous rappeler notre place dans l’écosystème : nous ne sommes pas les chefs – nous ne sommes pas des pions, mais nous ne sommes pas le roi.

 

La souveraineté de Dieu, sa puissance et sa liberté, doivent nous conduire à une certaine humilité dans notre foi : Dieu n’a pas de comptes à nous rendre. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais lui poser de questions ! Mais dans nos questions, nos demandes, nos plaintes, rappelons-nous que Dieu n’est pas notre grigri, il n’est pas à notre service, il n’a pas à se plier à notre façon de penser. Rappelons-nous sa grandeur, et soyons humbles devant lui.

Dans cette humilité de croyant, il y a aussi de la confiance, car Dieu se définit d’abord comme un Dieu aimant, et tout ce qu’il imagine, prépare, et accomplit, c’est pour répandre au maximum sa justice et sa bonté.

Humilité et confiance : c’est une position qui n’est pas facile à tenir, parce que nous aimerions savoir, comprendre, et même, pouvoir approuver tous les choix de Dieu. Mais ce n’est pas notre place. Il y a toutefois des vérités essentielles comme sa puissance et son amour prouvés en Christ, des vérités sur lesquelles nous pouvons nous appuyer – en particulier dans les moments où nous ne comprenons pas. Cela étant, c’est le principe de la foi, de la confiance, que d’accepter une part d’inconnu, une part qui nous échappe. Dieu nous échappe, mais nous en savons suffisamment sur lui pour pouvoir lui faire confiance dans les moments difficiles.

Alors quelles que soient nos questions, rappelons-nous que Dieu est pleinement puissant et pleinement bon, et qu’il fait tout pour mettre en œuvre sa justice et son amour. Que notre foi en lui puisse grandir, en humilité, en confiance, pour le suivre dans les clairs moments comme dans les heures sombres.