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Vivre la fraternité (3) Jusqu’au bout

Jusqu’où ? Quelle est la limite ? Sous quelles conditions ? Quelles sont les petites lettres en bas du contrat, ou les pages cachées derrière le lien « en cliquant sur cette case, vous acceptez  les conditions générales d’utilisation/ les conditions générales de vente et d’achat… » ? Dès qu’on souscrit à un contrat, qu’on accepte une responsabilité, qu’on signe un papier, la question c’est : jusqu’où ? Qu’est-ce que ça va me coûter ? Quelles sont les limites de notre, ou de leur, engagement ?

Depuis deux semaines, avec Vincent on vous parle d’amour. De fraternité. C’est un des leitmotivs de Dieu, de Jésus, de la Bible : aimez-vous. A peu près tout le monde, chrétien ou pas, prône l’amour – mais jusqu’où ? Jusqu’où aimer ? Jusqu’où pardonner ? A quoi nous engage cette fameuse fraternité ? Cet amour dont parle Jésus ? Est-ce que je dois aimer la personne qui m’agace ? Qui me blesse ? Qui m’ignore ? Qui me choque ? Qui me veut du mal ? On parle de fraternité dans l’église, mais jusqu’où ?

Il y a deux semaines, un texte de l’apôtre Jean définissait notre condition : par notre foi partagée, en Christ, nous sommes frères, car enfants du même Dieu. Dimanche dernier, Vincent a abordé un défi particulier : la diversité – comment être frères quand on est différents, quand on ne se comprend pas ? Et aujourd’hui : comment être frères quand on s’est fait mal ? Quand on est en désaccord – pas un simple malentendu, mais qu’on est blessé, déçu, choqué ? Dans bien des fratries, la fraternité rencontre des couacs ; dans l’église aussi ! Que fait-on quand ça frotte, quand ça se déchire ?

Inspiré par Dieu, l’apôtre Paul, disciple de Jésus, nous apporte une réponse, souvent lue dans les mariages (vous allez peut-être reconnaître). Mais il n’écrit pas pour des couples ! Il écrit à une église marquée par les divisions, les rivalités, les frottements, et il les exhorte à aimer – pas comme un beau sentiment enrobé de barbe à papa, mais dans le concret des relations réelles, avec leur passif.

Lecture biblique : 1 Corinthiens 13.4-8

4 L’amour est patient, l’amour rend service. Il n’est pas jaloux, il ne se vante pas, il ne se gonfle pas d’orgueil. 5 L’amour ne fait rien de honteux. Il ne cherche pas son intérêt, il ne se met pas en colère, il ne se souvient pas du mal. 6 Il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il se réjouit de la vérité. 7 L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout.

8 L’amour ne disparaît jamais.

Alors, cet amour ! L’amour que Paul décrit n’est pas le sentiment passionné que nous pouvons ressentir pour nos enfants, notre conjoint, nos familles. Si je retraduis, il s’agit de patience, de serviabilité, d’humilité. De bienveillance et d’encouragement, d’honnêteté, de confiance. Paul décrit en fait une posture, une attitude, un caractère qui se manifeste dans toutes nos actions, dans toutes nos relations, un genre de réglage par défaut qui s’applique quelle que soit la personne. Celui qui aime, c’est celui qui ne se met pas en avant mais qui fait une place à l’autre pour lui faire du bien.

Un amour jusque-boutiste

Le problème c’est ce petit mot : « tout ». « L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il supporte tout ». Alors je pourrais vous rassurer, me rassurer, en relativisant, en donnant des définitions subtiles, en rappelant les exceptions possibles, en faisant appel au bon sens pour bloquer ce qui est intolérable. Mais ce n’est pas ce que fait Paul ! Il ne dit pas que tout est excusable, mais que celui qui aime doit être prêt à tout pardonner. A offrir une nouvelle chance quoi qu’il arrive. A accepter l’autre tel qu’il est, même quand il nous fait bondir. Il est fou, Paul ou quoi ? Il y a des limites, quand même ! Non, dit Paul : l’amour va jusqu’au bout.

Bon, Jésus disait la même chose : aime ton ennemi, quand tu demandes pardon à Dieu rappelle-toi de pardonner toi aussi, aimez-vous comme je vous ai aimés… Oui mais c’est Jésus, c’est facile pour lui, il est parfait ! (c’est ce qu’on se dit, non ?) Mais Paul… Paul a connu les mêmes églises que nous, avec les mêmes chrétiens que nous : des gens qui se chamaillent (Ph 4), immoraux, tricheurs, menteurs, colériques, violents, paresseux, profiteurs, orgueilleux, cupides… Paul n’a pas fréquenté des chrétiens modèles, non, c’était les mêmes que vous et moi ! Il s’en est pris plein la figure, il a été trahi, attaqué, traîné dans la boue. Et c’est ce même Paul qui dit : l’amour pardonne tout. L’amour n’a pas de conditions. Celui qui aime n’a pas de limites.

L’amour chrétien n’est pas une vague bienveillance béate, souriante et aseptisée, avec des petites fleurs dans les cheveux et un pendentif de licorne. L’amour que Dieu nous appelle à vivre est un amour extrême, radical, jusque boutiste. Un amour qui sera testé, et re-testé, et re-testé, par ceux qui nous entourent. Un amour ambitieux.

En fait, Dieu nous demande d’avoir pour les autres le même amour que lui a pour nous : un amour têtu, obstiné, qui choisit l’espoir à chaque impasse. Dieu a aimé des gens décevants, blessants, usants – peut-être qu’on ne se définit pas nous-mêmes comme ça, mais c’est ce qu’on est : je blesse autant que je suis blessée ! Je fatigue autant qu’on me fatigue ! L’enfer, ce n’est pas que les autres, c’est moi aussi – mais Dieu nous a aimés ! Avec notre mesquinerie, notre bêtise, notre vanité, nos déviances et notre indifférence. Il s’est donné pour des gens comme nous. Nous ne sommes peut-être pas les pires qui puissent exister, mais nous pouvons facilement nous rendre insupportables. Pourtant Dieu nous supporte, il nous aime, il est patient, serviable, il dépasse sa colère et ses frustrations, il cherche ce qui est bon pour nous, il met de côté nos erreurs et nos fautes, il croit tout, il excuse tout, il espère tout, il supporte tout.

Jésus a dit : aime ton ennemi, tout le monde peut aimer ses amis. Aime ton frère. Mais quand un frère ou une sœur de l’église nous blesse, ou nous déçoit, qu’est-ce qu’on fait ? Il n’y a pas de catégorie entre « frère avec qui je m’entends bien » et « ennemi », une zone au milieu où on n’aurait pas à aimer : c’est depuis le frère jusqu’à l’ennemi. Et quand mon frère se rapproche de l’ennemi, me trahit ou me casse, Jésus nous dit là aussi : aime-le.

citation CS Lewis : « Il est plus facile d’être enthousiaste pour l’Humanité [ou l’Eglise en général !] que pour des individus exaspérants, dépravés, ou peu attirants d’une manière ou d’une autre »

Un défi impossible

Aimer jusqu’au bout, c’est impossible ! C’est inhumain ! Même dans l’église.

L’église, comme toute famille, est un lieu formidable & terrible. Formidable car nous y avons une même référence, le Christ, une même énergie, l’Esprit, une même espérance. Nous nous sentons chez nous. Mais terrible car nous y avons tant d’attentes : que ce soit comme notre famille naturelle, ou bien mieux. Que tout s’y passe bien, que tout coule, car on se rassemble autour de Dieu – mais la diversité de nos attentes, nos cultures, nos caractères conduit fréquemment à des déceptions, des malentendus, des blessures et des conflits. Que faire dans ces cas-là ? Etre chrétien ne signifie pas qu’il n’y aura jamais de problèmes : je lutte avec mon péché, mes défauts, mes failles, comme chacun d’entre nous !

Nos stratégies habituelles : amertume, rancune, ragots, clans, ou alors se renfermer, mettre de la distance, ignorer l’autre (après tout l’église est grande). Éventuellement quitter l’église (on peut comme ça faire toutes les églises de Toulouse, en partant au moindre conflit), éventuellement renoncer aux églises. Mais la vraie fraternité n’est pas cet univers aseptisé où on se sourit sans se connaître, où on ne dit rien jusqu’au jour où on part. Non, on peut aimer et discuter, parfois avec ardeur, on peut critiquer – mais l’amour ne détruit pas, il construit. Celui qui aime ne crie pas plus fort que les autres, après avoir parlé il écoute de bon cœur. Celui qui aime accorde le bénéfice du doute à l’autre, avec humilité il se remet en question.

Un défi qui nous met à genoux

Franchement, c’est difficile. Et souvent impossible, tant les déchirures peuvent être profondes. C’est impossible, oui, mais impossible à qui ? A nous, mais pas à Dieu ! (diapo)

L’ambition de Dieu pour nous, elle nous met à genoux. Elle nous plonge dans la prière. Ce défi nous donne soif, soif de son Esprit : « O Dieu, je n’ai pas le cœur pour aimer comme toi. Mais toi tu changes les cœurs. Alors, viens au secours de mon manque de foi. Transforme-moi par ton Esprit »

Et Dieu donne ce qu’il ordonne, disait déjà Saint Augustin au 5e siècle. Dieu donne ce qu’il ordonne. Dieu ne nous demande rien qu’il ne soit prêt à nous aider à vivre ! Dieu nous met des défis impossibles ? Des défis de fou ? Il nous donne son Esprit ! Mais je dois lui demander. Je dois aller puiser, pour boire. Si je ne prie pas pour que Dieu me donne un cœur humble, qu’il me donne de pardonner, ça n’arrivera pas tout seul. Si je ne réclame pas à Dieu son aide, je ne m’en sortirai pas. Mais pourquoi nous acharner à vivre les défis de Dieu sans Dieu ? Pourquoi rapetisser notre vocation – parce qu’on a peur de lui demander ? Bien sûr qu’aimer est difficile, bien sûr que pardonner demande du temps – je ne dis pas le contraire ! Mais ce texte nous pose la question : quelles limites mettons-nous à ce que Dieu nous demande ? Quelles limites mettons-nous à nos prières ? Celui qui demande peu reçoit peu – peu d’amour, peu de patience, peu de pardon. Mais celui qui demande beaucoup recevra beaucoup ! Devant des personnes blessantes, rageantes, désespérantes, vers quelle source d’amour nous tournons-nous ? La nôtre ? On sera vite à sec !

Oui, Dieu nous appelle à l’impossible : dépasser nos peurs pour ouvrir notre cœur et tendre notre main. Mais Dieu s’épanouit dans l’impossible : dans le désert, il met des vignes. Dans les pleurs, il met le chant. Dans la mort, il met la vie. Dans la haine, ne mettra-t-il pas le pardon ? Dans la douleur, la guérison ?

Conclusion 

Les histoires d’amitié, de fraternité, de réconciliation, sont magiques. Dans un film ou un témoignage, elles font bondir notre cœur. Quand on entend que deux frères se sont réconciliés après trente ans, ou qu’une femme a pardonné au meurtrier de son fils, on a le vertige, le vertige de l’espoir. C’est impossible, mais c’est arrivé ! Dieu est intervenu, il a débloqué des freins, ouvert des portes, bâti des passerelles. C’est dans les défis impossibles que Dieu se révèle, que l’on voit la marque de sa main, que l’on sent le souffle de sa voix. Certains peuvent se contenter d’une fraternité de surface, sage et creuse – vous pouvez mais ce n’est pas ce que Dieu a en tête. Le Dieu incroyable dont nous sommes si fiers est un Dieu qui transforme, pas après pas, pardon après pardon, prière après prière, un Dieu qui nous entraîne dans le sillage de son amour impossible mais bien réel.

Vivre la fraternité (1) Aimer nos frères, pourquoi?

église papier

Liberté, égalité, … fraternité ! La fraternité. Ce n’est pas juste un mot, c’est une des valeurs de notre République, et c’est aussi une valeur essentielle dans l’Eglise. La fraternité… Nous voulons la vivre ! Et dans l’église, nous avons cette ambition d’être comme une famille. Nous en avons envie, mais pas toujours le temps ! Parfois même, comme dans nos familles d’origine, des brouilles nous divisent, et la fraternité devient plus compliquée. Ou alors on ne se comprend pas. Ou certains prennent toute la place et d’autres doivent rester dans leur coin.

Et puis nous ne venons pas forcément dans cette église à cause des gens la composent ! Pourquoi venez-vous dans cette église ? Parce que vous connaissez quelqu’un ? Que vous aimez bien le culte ? Ou simplement parce que c’est à côté de chez vous ?… Peu importe les raisons, nous sommes rassemblés dans le même lieu. Mais cela veut-il dire que l’on se doit quelque chose  les uns aux autres ?

Avec Vincent, nous avons décidé de commencer une série de prédications sur la fraternité, dans l’église d’abord mais aussi au-delà. N’ayez pas peur, on ne s’est pas dit : il y a un vrai problème dans cette église, on doit absolument en parler. Rassurez-vous ! Cela signifie-t-il que vous n’avez pas besoin d’écouter ?… Non !! La fraternité, l’amour pour l’autre, reste toujours un défi. Dans le récit biblique que nous avons choisi pour notre église l’an dernier, la rencontre entre Pierre et Corneille (Actes 10-11), nous avons reconnu comme nôtre le défi de la fraternité, comme quelque chose qu’on vit mais qu’on veut encore mieux vivre, toujours mieux toujours plus, parce qu’on ne peut pas trop aimer.

C’est un défi qui se pose à toute église, quand on se connaît trop peu ou trop bien… mais c’est un défi qui s’est posé dès le début. Et dès les débuts de l’église, l’apôtre Jean, un disciple de Jésus, écrit aux églises qu’il a fondées pour rappeler l’essentiel de la foi chrétienne. Et il consacre un temps non négligeable au type de relations que nous devons entretenir dans l’église.

Lecture biblique : 1 Jean 3.1, 16-24

1 Voyez : (Dieu) le Père nous aime tellement qu’il nous appelle ses enfants, et c’est vrai, nous sommes ses enfants ! Mais le monde (extérieur) ne nous connaît pas, parce qu’il n’a pas connu Dieu.

16 Aimer, qu’est-ce que c’est ? Maintenant, nous le savons : Jésus a donné sa vie pour nous. Donc, nous aussi, nous devons donner notre vie pour nos frères et nos sœurs. 17 Voici un exemple : quelqu’un est riche. Il voit un frère ou une sœur qui est dans le besoin et il ferme son cœur. Est-ce qu’on peut dire qu’il aime Dieu ?

18 Mes enfants, n’aimons pas avec des paroles et avec de beaux discours, mais avec des actes. Ces actes montrent que notre amour est vrai. 19 Par là, nous saurons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu, nous rendrons la paix à notre cœur. 20 En effet, si notre cœur nous accuse, nous le savons, Dieu est plus grand que notre cœur et il connaît tout.

21 Amis très chers, si notre cœur ne nous accuse pas, nous sommes pleins de confiance devant Dieu 22 et nous recevons de lui tout ce que nous demandons. Pourquoi ? Parce que nous obéissons à ses commandements et nous faisons ce qui lui plaît.

23 Voici ce que Dieu commande : nous devons croire au nom de son Fils, Jésus-Christ, et nous aimer les uns les autres, comme le Christ l’a commandé.

24 Celui qui obéit aux commandements de Dieu, il vit en Dieu et Dieu vit en lui. Oui, Dieu vit en nous, à cause de l’Esprit Saint qu’il nous a donné.

  1. Vraiment frères ?

C’est quoi l’amour ? C’est Jésus qui donne sa vie pour nous. Voilà la définition de l’amour véritable. Dooonc, si nous aimons, nous devons aimer comme Jésus, c’est-à-dire donner notre vie, nous aussi, pour nos frères.

L’enjeu est de taille ! Mais vérifions, du coup : sommes-nous vraiment frères et sœurs, nous chrétiens ? C’est un grand mot, quand même ! Ne sommes-nous pas juste des compagnons de route, engagés sur un bout de chemin ensemble ? Des gens qui partagent les mêmes convictions, comme dans n’importe quelle association après tout.

Non. Dieu a tout fait pour que nous soyons réconciliés avec lui, et que nous puissions l’appeler « Père ». Et, sur la base de l’œuvre de Jésus, nous pouvons dire, fièrement et avec assurance : je suis la fille, le fils, de Dieu ! Mais nous ne sommes pas fils uniques : Dieu nous appelle à vivre avec ses autres enfants, comme quand vous êtes nés dans votre fratrie. Comme n’importe quel parent, Dieu rêve de voir ses enfants développer une relation horizontale riche et profonde.

Pourquoi une telle importance à la communauté ? À la fraternité ? Il y a un indice dans le texte, même si Jean ne le développe pas : Dieu – Père, Fils, Saint-Esprit. Un Dieu unique, en trois personnes. Même si on ne comprend pas tout de l’être intime de Dieu, la Trinité dit au moins que Dieu est un être de relations. Dès avant la création du monde, Dieu, en lui-même, aime. Il n’est pas juste amour, il aime. Au plus profond de son essence, il y a ce réseau d’amour qui le fait vibrer. Quand Dieu crée l’homme, il y a bien bien longtemps, le récit biblique dit que son intention est de créer un être qui lui ressemble – et il crée un être de relation, l’être humain, version homme et version femme. L’humain à la ressemblance de Dieu : il crée, il est responsable, il parle… et il aime ! Il va au-delà de l’attirance, de l’instinct, de la connivence : il entre dans une relation profonde où donner est plus beau que recevoir, où l’autre devient plus important que lui (pas pour préserver la race, non, pas parce que l’autre est plus fort, non, mais parce qu’il a du prix à nos yeux). Lorsque nous aimons, nous ressemblons à Dieu. Nous sommes à son image.

  1. Un Père avec ses fils

Dieu va plus loin : aimer notre frère fait partie intégrante de notre amour pour Dieu. Il n’y a pas la foi et l’amour, il y a l’amour dans la foi. Sans amour, la foi est amputée, bancale, à trous.

Pour Jésus, le plus important des commandements, c’est : aime ton Dieu de toutes tes forces, et aime ton prochain comme toi-même. Ce sont les deux faces d’une même pièce. La qualité de nos relations fraternelles joue sur notre relation avec Dieu – et c’est Dieu qui en a décidé ainsi. Ce n’est ni anecdotique ni optionnel. C’est un commandement. Il n’y a qu’un commandement, et il a deux faces : aimer Dieu, aimer son prochain. Nous attacher à Dieu par Jésus-Christ, et nous aimer les uns les autres.

Se détourner d’un frère, c’est un peu se détourner du Père.

Vous connaissez ces parents : si tu n’acceptes pas mes enfants, je ne viens pas. Mes enfants, c’est moi. Là où je vais, ils sont les bienvenus, sinon, je ne me sens pas bienvenu non plus. C’est avec eux ou sans moi. Est-ce qu’il y a de cette radicalité viscérale dans l’amour paternel de Dieu ? Est-ce qu’il aime ses enfants au point de dire à tous ceux qui l’approchent : c’est avec eux ou sans moi ?

Peut-on imaginer que Dieu, qui a donné ce qu’il avait de plus cher pour nous, est prêt à ne plus se définir sans nous ? que Dieu se présente ainsi : « Bonjour, je suis Dieu, créateur du monde, juge parfait, maître de l’univers, et père de 1 293 456 754 enfants. Laissez-moi vous les présenter ! » (s’il sort toutes les photos de naissance, on n’a pas fini !) Et le Fils : « Je suis Jésus, Dieu le Fils devenu homme. Je vais vous parler de mes frères et sœurs, je les aime tellement ! Ils font presque partie de moi ! »

Se détourner d’un frère, c’est un peu se détourner du Père.

Nous ne pourrons être en pleine paix devant Dieu que si nous cherchons vraiment à aimer nos frères. Etre en paix avec Dieu, c’est s’approcher de lui avec assurance, avec le cœur tranquille. Ca ne veut pas dire qu’on est parfait ou qu’on a tout compris, mais qu’on est sur la même longueur d’onde, qu’on est sur le bon chemin, le chemin de la foi et de l’amour – alors quand on prie, le cœur voulant ce que Dieu veut, on ne peut que demander ce que Dieu veut donner, et Dieu répond.

Quand nous aimons, Dieu vit en nous et nous en Dieu : nous sommes plus qu’une image, nous entrons dans le cœur de Dieu et nous déversons son amour à ceux qui nous entourent, comme des ruisseaux qui partent de la source et irriguent la terre.

  1. Comment aimer ?

Alors concrètement, qu’est-ce que ça veut dire, aimer nos frères ? Jésus a donné sa vie pour nous, nous devons donner notre vie pour nos frères.

Nos frères sont importants, mais quand même : donner sa vie ? Pour tous nos frères ? Ce n’est pas possible !

Quand on entend « sacrifier sa vie », on pense héros, martyr, et on se dit « très peu pour moi ! Je ne suis pas un saint, juste un chrétien ordinaire ». Et puis, il y a trop de gens à aimer, si je me mets à aider ne serait-ce que tous les gens de cette église, je ne vais pas m’en sortir ! L’ampleur de la tâche impressionne, comme dans une randonnée où on regarde le sommet, on prend peur, et on se dit (si on a un niveau moyen), « je n’y arriverai jamais ! Je reste en bas. » Combien de fois l’ambition de Dieu nous a fait frémir, battre en retraite, quitte à utiliser les idéaux de Dieu comme excuse pour ne pas lui obéir : « Non je n’aime pas, parce que ton idée de l’amour est beaucoup trop ambitieuse, Seigneur ! Ce que tu demandes, c’est pas réaliste ! »

Mais pour avancer en randonnée, on regarde le sommet et on se fixe des étapes, comme autant de défis raisonnables qui nous font avancer vers le but. Et Jean nous donne un défi raisonnable : si quelqu’un voit un frère dans le besoin… Pas tout le monde, juste un ! On ne devient pas Jésus en un jour, on apprend. Si tous, nous décidons de traiter en frère ou en sœur 1 personne, vraiment, pour commencer, vous imaginez ce que l’église peut devenir ? Commençons chacun à faire pour un ce que nous aimerions, devrions, faire pour tous, et déjà nos relations fraternelles changeront !

Et parlons du sacrifice : c’est pareil, ça fait bondir ! Mais Jésus n’a donné sa vie qu’une fois, à la croix, et c’était l’ultime sacrifice. Mais si c’était le plus grand, et le dernier, des sacrifices, ce n’était pas le seul ! Jésus a renoncé à sa gloire divine, pour naître parmi les hommes. Il a pris du temps pour former des disciples. Il a pris la peine d’expliquer, inlassablement, ce qui pour lui était une évidence. Il s’est laissé déranger – et combien de fois ? Pour guérir, nourrir, accueillir… Jésus avait un esprit radicalement généreux, un cœur radicalement tourné vers l’autre – et ça l’a finalement conduit à la Croix. Même si nous, sur notre chemin, nous n’imaginons pas un jour mourir pour quelqu’un, nous pouvons juste avancer d’un pas, un pas de plus dans les empreintes de Jésus faire un effort qui coûte/ qui pique, mais qui nous entraîne un peu plus sur la voie de la fraternité généreuse dont Jésus est l’exemple.

Il y a toutes sortes de dons qui nous sont des sacrifices, moins forts que la Croix mais déjà trop coûteux, en argent ou en temps (je ne sais pas de quoi nous manquons le plus ?…) : une soirée pour inviter untel qui vit seul, un samedi après-midi pour aider à déménager, une heure le dimanche matin alors qu’on aurait pu dormir pour aller chercher une sœur qui ne conduit plus et l’amener au culte, un coup de fil pour prendre des nouvelles, le budget d’une prochaine sortie en famille pour aider à payer une facture ou parrainer un enfant en détresse… Il s’agit bien là d’actes concrets, au-delà des émotions, des paroles et des sourires (qui sont bien aussi !) qui traduisent la réalité de l’amour fraternel, tout comme Dieu a exprimé son amour envers nous par des actes concrets, en Jésus-Christ.

 

Il y a mille façons d’être frères, mais Dieu nous demande de commencer quelque part, ou de faire le pas qui est devant nous. Lui dont nous célébrons l’amour, il désire que nous aimions, nous-mêmes, comme lui. Alors prions, prions Dieu non pas pour être plus aimés, mais pour lui demander un cœur un peu plus large, d’aimer un peu plus comme lui, d’entrer un peu plus dans la générosité radicale du Christ – Dieu nous répondra ! Demandons, et nous recevrons ! L’amour c’est la seule chose où plus on en donne, plus on en a. Demandons, demandons à Dieu un cœur et des mains pour aimer comme lui, en actes, en vérité. Pour que son amour devienne un peu plus une réalité en nous, entre nous, autour de nous. Oui, Seigneur, que ton règne vienne ! Que ton règne d’amour et de foi vienne dans notre cœur, dans nos relations, dans notre monde !