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Vous êtes le sel de la terre ! (1/5)

Hier soir, avec les jeunes, on a fait un petit jeu : chacun devait écrire anonymement 3 qualités et 1 défaut, ensuite, je rassemblais les informations, et on devait retrouver qui se cachait derrière la description. Evidemment, les défauts nous ont fait rire ! Mais c’est top secret ! En tout cas, une des choses que cet exercice a révélées (et je l’ai fait, je confirme !), c’est que c’est très dur de répondre. C’est comme en entretien d’embauche : c’est difficile de décrire soi-même ses propres points forts & points faibles. La modestie ou l’orgueil déforment notre perception de nous-mêmes, et puis il y a toutes ces choses auxquelles on ne pense pas, parce qu’il y a un décalage entre ce qu’on perçoit de soi-même, à l’intérieur, et ce que l’autre voit, qui est souvent très partiel et en même temps, assez révélateur.

Difficile de se définir, difficile de définir l’autre… Un seul peut vraiment nous dire qui nous sommes, et c’est celui qui connaît toutes choses, en interne et en externe. Il n’est pas seulement omniscient, il est aussi celui qui nous a façonnés – et c’est comme une œuvre d’art : qui mieux que l’artiste peut expliquer le sens de son œuvre ?

La Bible nous dévoile ainsi le regard que Dieu pose sur nous. Ce matin, j’aimerais en voir un exemple avec vous, une affirmation que Jésus pose sur ses disciples de la part de Dieu.

Lecture biblique : Matthieu 5.13  

C’est vous qui êtes le sel du monde.

Mais si le sel perd son goût, comment le rendre de nouveau salé ?

Il n’est plus bon à rien ; on le jette dehors, et les gens le piétinent.

          Cette affirmation de Jésus à ses disciples, à ses plus proches, sonne comme une vocation, proclamée avec confiance : vous êtes le sel du monde. C’est vous qui donnez du goût !

Remarquez que ce n’est pas une question, ni même une invitation : Jésus pose un constat – Vous êtes le sel de la terre. C’est vous qui donnez du goût au monde.

En cuisine, beaucoup de choses donnent du goût… Mais vous avez déjà goûté la nourriture sans sel ?… Pour certains aliments, ça passe, mais le pain sans sel, c’est vraiment pas bon ! Alors si même le sel perd son goûtplan B : on remplace par des épices ? Mais l’avertissement reste là : si les épices s’éventent, elles ne servent plus à rien… L’avertissement de Jésus souligne une grande responsabilité : rester un sel goûteux, qui assaisonne son milieu.

C’est cette affirmation qui va nous guider en cette rentrée : elle est la base du livret de méditations que nous vous proposons de suivre pendant 5 semaines, seul et en église (au culte, en petits groupes, à deux…). Alors pendant 5 semaines, on va explorer cette vocation ensemble – la méditer, la discuter, l’imaginer, la prier… Qu’est-ce que ça veut dire, pour l’église, pour chacun, être sel de la terre ?

Alors en ce début de campagne, je n’ai pas les réponses au quoi ni au comment, mais j’aimerais qu’on s’attarde sur le « pourquoi ». Pourquoi, aux yeux de Dieu, sommes-nous sel de la terre ?

          Parce que le monde en a besoin

Réponse presque automatique : parce que la terre en a besoin. L’avertissement de Jésus (un sel sans goût sera jeté) peut nous effrayer, mais il est surtout là pour nous montrer à quel point ce qu’il dit est sérieux. Cette vocation est incontournable – parce que le monde en a besoin. Être salé n’est pas facultatif pour le sel… parce que le pain en a besoin ! L’enjeu dépasse notre nombril ou nos envies… C’est un besoin mondial.

De quoi le monde a-t-il besoin ? LA question ! Paix, amour, justice,… Notre monde en dérive, secoué par des crises diverses : la crise sanitaire est peut-être la plus médiatisée, mais le moindre bulletin d’informations nous suggère tellement de souffrances & de dysfonctionnements – sur le plan économique, social, sociétal, psychologique, écologique, politique, physiologique, (pause – inspirer) et caetera… Nous le voyons à grande échelle, et sur le plan individuel aussi : nos contemporains sont malheureux – épuisés, dans un système où il faut toujours plus, être efficace, aller vite, ne faire aucune erreur (jamais), et être toujours le meilleur de soi.

Derrière ces dynamiques, le besoin de prouver notre valeur ou de trouver notre place, de savoir où on va et pourquoi. Ces questions sont légitimes, et on se les pose tous plus ou moins – mais qu’est-ce que c’est dur quand on n’a même pas un début de réponse. Quand on se raccroche à des substituts articifiels et vains… comme l’argent ou le nombre de voyages effectués, la quantité de muscles ou le tour de taille, le nombre de like sur notre réseau préféré… Il existe d’autres substituts, moins superficiels : trouver le sens de sa vie dans son activité professionnelle, dans sa famille, dans son engagement (amical, associatif ou même à l’église !) – ce sont des préoccupations légitimes mais qui se déforment quand on mise tout dessus : quand toute notre identité s’appuie sur notre performance scolaire ou sportive, sur nos amis, sur le rapport aux enfants, sur la place au travail…

Nos contemporains ont besoin d’amour, quelque soit la forme de leur recherche – nous avons besoin d’amour et de reconnaissance. D’espérance et de sens. Des soifs que seul Dieu peut étancher : lui qui aime sans limite, qui invente des nouveaux chemins, qui est infatigablement fidèle.

          Pourquoi nous ? Un sel AOC

Bon, que Dieu donne du goût au monde, ça se tient ! Que son amour soit l’ingrédient qui manque pour que le plat soit parfaitement assaisonné, ça se tient ! Mais quel rapport avec nous, les disciples de Jésus, les chrétiens ? Nous qui nous trouvons souvent dans les mêmes travers ! Etre chrétien donnerait-il la solution à tout ?

Il y a eu de ces réponses arrogantes : « nous les chrétiens nous savons, les autres se perdent. Allons les sauver par notre bonne parole. » Des siècles d’histoire de l’église ou dix minutes d’introspection nous rattrapent : non, nous ne sommes pas meilleurs ! Et Dieu le sait très bien !

Alors pourquoi Jésus dit-il que nous sommes le sel du monde, alors que c’est très clairement à travers lui que Dieu donne le salut dont nous avons tant soif ?

Parce que notre connexion à lui nous donne du goût : c’est dans la mesure où nous nous attachons à lui, où nous nous enracinons en Dieu par Jésus dans l’Esprit, que nous trouvons amour, sens et espérance. Et ce goût se partage ! mais pour qu’il soit goûteux, il faut qu’il soit AOC, d’appellation origine contrôlée. C’est l’origine qui garantit le goût ! C’est dans la mesure où nous sommes connectés à Dieu, nourris et abreuvés par lui, que nous pouvons transmettre autour de nous. Le sel ce n’est pas nous, soyons humbles : c’est ce que Dieu fait en nous et à travers nous. Son œuvre, ses transformations, sa sagesse, sa vertu, son courage, sa générosité – concrétisés dans notre vie – voilà qui peut interpeller le monde !

Alors le monde, c’est grand ! mais ce n’est pas à moi, individuellement, de saler le monde – l’Eglise dans le monde entier relève ce défi. Mais c’est un défi grandiose qui passe forcément par chacun, là où il est, à sa mesure, dans son contexte. L’Eglise mondiale est sel de la terre, l’église locale est sel de sa ville, je suis / vous êtes sel de votre réseau.

Créés pour participer

Vous êtes le sel de la terre… Jésus affirme à la fois une identité et une mission. Une identité missionnaire.

Est-ce qu’on a le choix ? est-ce qu’on peut dissocier les deux, l’identité et la mission ? oui et non. Oui, on peut être sauvé sans rayonner beaucoup. On peut en rester à une foi privée qui nous réconforte, nous encourage, nous aide à avancer. Je crois que dans sa grâce, Dieu nous sauve à travers l’œuvre de Jésus, qui vaut pour nous quand nous croyons – nos manques ne nous sépareront pas de l’amour de Dieu.

Mais c’est tellement dommage ! Parce que Dieu a un projet bien plus ambitieux ! Et ce depuis le début, avant même la chute, bien avant les dysfonctionnements et les travers de notre humanité. Dès le départ, dès la conception du projet « Terre », Dieu a décidé que l’humanité serait sel de la terre. C’est l’ingrédient secret dans sa recette cosmique. L’humanité donnerait du goût au monde – en veillant à son harmonie, à son équilibre, en partageant ce qu’elle recevrait de Dieu, en cultivant et en créant à son tour.

Dès la première minute de l’humanité, l’identité que Dieu donne s’assortit d’une mission. Adam & Eve doivent cultiver & garder le jardin. Après la chute, plan B pour rejoindre l’humanité – par le biais d’Abraham & de ses descendants, le peuple d’Israel : appelés à recevoir la bénédiction de Dieu et à être bénédiction pour les nations. Jésus est celui qui nous révèle Dieu, mais le salut qu’il nous offre ne se trouve pas seulement dans la joie de contempler Dieu : c’est par ses actions qu’il nous a bénis. Et l’Eglise, à sa suite, elle adore et sert Dieu, mais cet amour envers Dieu conduit naturellement à servir l’autre, avec générosité et compassion. Si vous ne me croyez pas, relisez les Evangiles.

Nous avons été créés pour avoir du goût et en donner. Loin de Dieu, la vie devient fade ou déséquilibrée. Lorsqu’il nous rejoint à travers Jésus, Dieu restaure cette identité missionnaire qui est la nôtre depuis toujours, indissociable : recevoir son amour et l’offrir à notre tour.

          Saler, en toutes circonstances

Un mot sur le contexte qui est le nôtre. La crise que nous traversons nous secoue, secoue nos certitudes et nos habitudes. Nous sommes perdus. Alors beaucoup ont décidé de revenir à l’essentiel, de lâcher le superflu pour se recentrer sur les fondements, le solide, sur ce qui est stable en ces temps d’incertitude. Et c’est très bien !

Mais en tant que chrétiens, si on se centre sur l’essentiel – et je prie pour qu’on se centre sur l’essentiel ! – ce ne sera pas stable. Parce que notre Dieu est un Dieu en mouvement, un Dieu qui agit, et un Dieu qui nous envoie. Qui nous fait participer à ses projets – qu’il pleuve ou qu’il vente ! La façon de faire, il faudra l’adapter. Mais le cœur de notre vocation : il reste vrai – nous sommes sel de la terre. En ces temps d’incertitude, notre vocation n’est pas incertaine : nous sommes sel de la terre.

Alors deux encouragements.

Quand Jésus ressuscité demande aux disciples de partager l’espérance qu’on trouve en Dieu, les temps ne sont pas meilleurs qu’aujourd’hui. Persécution, famine, incompréhensions… Si les disciples avaient attendu que ça se calme avant de témoigner, personne ne connaîtrait Jésus aujourd’hui.

Et comment ont-ils réussi ? Ils ont tâtonné, mais ils y sont allés. Alors comment ? Avec l’aide du Saint Esprit. Mais nous aussi, nous avons le Saint Esprit ! L’Esprit de Dieu, souverain, maître de tout, que rien ne déstabilise – c’est lui qui nous envoie et nous accompagne. Alors par nos propres forces, nous ne pouvons rien faire – en temps de covid comme en temps normal. C’est avec Dieu, enracinés en lui, nourris et inspirés par lui, que nous trouvons notre espérance, notre force, et que nous pouvons en témoigner.

L’objet de cette campagne, c’est de revenir à Dieu, ensemble. Peut-être que vous ne vous sentez pas très salés, ou que vous avez glissé loin de Dieu. Peut-être que vous vous sentez bloqués par une difficulté ou un manque. Ou peut-être que vous êtes démunis devant l’avenir. Profitons de ces quelques semaines pour nous recentrer sur Dieu et sur ce qu’il nous appelle à vivre. Laissons-nous questionner, interpeller, bousculer, inspirer, pour mieux le retrouver et mieux le suivre. Car c’est lui, notre créateur, notre sauveur, notre père, c’est lui qui nous garantit amour, espérance et joie, quoi qu’il arrive.

EEL Toulouse – Campagne de rentrée 2020

Communiquer la grâce

Récemment, dans un établissement de santé, je suis tombée sur une charte de bonnes pratiques comme on en voit en milieu médical, scolaire, commercial ou au travail. A la lecture de ces chartes qui prônent respect et bienveillance, on s’imagine vivre dans une société idéale où chacun peut parler et être écouté de façon bénéfique. Un archéologue du futur qui retrouverait ces documents se dirait que notre société se préoccupe beaucoup de soutenir les relations par une communication juste et positive.

D’ailleurs, il n’aurait qu’à fouiller dans les débris du rayon « Développement personnel » d’une librairie pour retrouver un nombre incalculable de ces titres à succès, manuels de communication et de relations, qui semblent fleurir depuis quelques années.

Cela dit, nous avons une donnée supplémentaire par rapport à cet archéologue du futur : l’expérience réelle des relations… Cet été encore, j’ai été choquée de voir les réactions des uns et des autres, ne serait-ce que dans la rue ! Les insultes qui fusent entre conducteurs, à l’égard d’un vélo ou d’un commerçant qui demande à porter le masque, quand ça ne va pas plus loin malheureusement.

Les mots malheureux viennent aussi, et surtout, fragiliser nos relations importantes : un adulte qui doute de lui parce qu’à l’école, un prof a émis un jugement catégorique (« tu n’arriveras jamais à rien » ?), une vexation dans l’amitié, au travail, ou dans la famille. Et même dans l’église : même sans grossièreté, il y a des paroles cassantes, violentes, ou simplement d’une insouciance absurde, qui laissent des cicatrices. On peut être très blessant juste en citant un verset biblique… Et j’ai malheureusement bien des exemples de personnes qui ont été blessées, parfois au point de ne plus voir l’intérêt de venir en communauté. D’autres viennent, mais avec une distance de protection. Vous voyez l’importance de l’enjeu !

Est-ce nous qui sommes trop sensibles ? Je ne crois pas, car la question des paroles et de la communication revient très souvent dans la Bible, et j’aimerais lire avec vous un extrait de la lettre de Paul aux Ephésiens, où il exhorte à une communication saine. Je lirai aussi les versets avant et après, car ils donnent le ton de la réflexion.

Lecture biblique : Ephésiens 4.1-3, 21-5.2  

1 Je vous le demande donc avec insistance, moi qui suis prisonnier parce que je sers le Seigneur : vous que Dieu a appelés, conduisez-vous d’une façon digne de cet appel. 2 Soyez toujours humbles, doux et patients. Supportez-vous les uns les autres avec amour. 3 Efforcez-vous de maintenir l’unité que donne l’Esprit saint par la paix qui vous lie les uns aux autres. 

[suit une réflexion sur l’unité de l’église et une exhortation à se laisser façonner par la réalité du salut] selon la vérité qui est en Jésus, 22 renoncez à votre conduite passée, débarrassez-vous de l’être humain que vous étiez auparavant car ses désirs trompeurs mènent à la ruine. 23 Laissez-vous renouveler par l’Esprit qui agit sur votre intelligence. 24 Revêtez l’être nouveau, créé à la ressemblance de Dieu et qui se manifeste dans une vie conforme à sa volonté et digne de lui qui est inspiré par la vérité.

25 Rejetez donc le mensonge ! Que chacun dise la vérité à son prochain, car nous sommes tous membres d’un même corps. 

26 Mettez-vous en colère, mais ne péchez pas ; que votre colère s’apaise avant le coucher du soleil. 

27Ne donnez pas au diable l’occasion de vous dominer.           

28 Que la personne qui volait cesse de voler ; qu’elle se mette plutôt à travailler et qu’elle fasse le bien de ses propres mains pour avoir ainsi de quoi aider celui qui en a besoin. 

29 Qu’aucune parole mauvaise ne sorte de votre bouche ; dites seulement des paroles bienveillantes, qui répondent à un besoin et qui sont constructives, pour faire du bien à ceux qui vous entendent. 

30 N’attristez pas l’Esprit saint de Dieu ; il est pour vous la marque personnelle attestant que le jour viendra où Dieu vous délivrera complètement du mal. 

31 Chassez loin de vous tout sentiment amer, toute irritation, toute colère, ainsi que les cris et les insultes. Abstenez-vous de toute forme de méchanceté. 

32 Soyez bons et pleins d’affection les uns pour les autres ; pardonnez-vous réciproquement, comme Dieu vous a pardonné par le Christ.

5. 1 Puisque vous êtes les enfants que Dieu aime, efforcez-vous d’être comme lui. 2 Que votre façon de vivre soit inspirée par l’amour, comme le Christ aussi nous a aimés et a donné sa vie pour nous, comme une offrande et un sacrifice dont l’agréable odeur plaît à Dieu.

          Bien communiquer… ou communiquer le bien ?  

Paul parle ici plus que de communication : il nous exhorte à devenir de nouvelles personnes. Ou plutôt, à nous mettre en cohérence avec la nouveauté de vie que Dieu rend possible en Christ, par son Esprit qui nous conduit désormais. Comme il est en train de parler de l’église, il glisse vers des exhortations relationnelles, très pratiques (du style : ne vous couchez pas sur votre colère !). Il parlera plus tard de questions plus personnelles, mais pour Paul, et dans la Bible, la sainteté est autant dans nos choix de vie que dans notre façon de gérer les relations. La pureté spirituelle, c’est aussi des relations saines.

Honnêtement, les conseils de Paul ne sont pas très originaux. Il s’inspire beaucoup de l’Ancien Testament, mais même au-delà : dans la sagesse de l’époque, on trouve le même genre de conseils. Par exemple dans la communauté de Qumrân, ou, dans le monde grec, chez les stoïciens, les pythagoriciens, etc. Il faut réfléchir avant de parler, ne pas mentir, ne pas laisser les situations s’envenimer… C’est du bon sens ! pas toujours respecté, mais pertinent et efficace. D’ailleurs, si vous parcourez des livres de communication aujourd’hui, comme un manuel de communication non violente (Les mots sont des fenêtres, de M. Rosenberg) ou les Accords Toltèques, ils sont, pour la partie communication, tout à fait en phase avec les conseils de Paul.

La grande originalité biblique – et c’est là que Paul se démarque des sagesses antiques & modernes – c’est que le cadre est différent. Le chrétien ne travaille pas sa façon de communiquer par souci pragmatique – dans le cadre social, pour éviter les conflits qui fragilent les relations et la société, ou pour sa santé, pour éviter un ulcère ! Non, le chrétien change de communication parce qu’il a changé. Voyez plutôt combien Paul justifie ses exhortations de manière spirituelle.

(v.2) vous que Dieu a appelés, conduisez-vous d’une façon digne de cet appel

(23) Laissez-vous renouveler par l’Esprit qui agit sur votre intelligence

(25) nous sommes tous membres d’un même corps

(27) Ne donnez pas au diable l’occasion de vous dominer

(32) comme Dieu vous a pardonné par le Christ.

(5.1) Puisque vous êtes les enfants que Dieu aime

(2) comme le Christ aussi nous a aimés et a donné sa vie pour nous

Au début du confinement, j’ai lu un bon article de Raphaël Charrier [https://raphaelcharrier.toutpoursagloire.com/bannir-lexpression-le-plus-important-dans-couple-communication/] qui évoquait la communication dans le couple. Il rappelle que, bibliquement, l’objectif n’est pas de bien communiquer, mais de communiquer le bien. Si vous exprimez avec justesse et précision toutes vos pensées, même les plus ambivalentes et parfois destructrices, ce n’est pas un geste d’amour ni un geste constructif. S’exprimer, c’est bien, mais qu’est-ce qu’on exprime ? et comment ?

D’après Paul, le Christ est mort pour que nous soyons réconciliés avec Dieu, notre Père qui demeure en nous par son Esprit : il nous façonne et nous change, pour le bien. Il renouvelle notre identité, comme s’il l’assainissait, afin qu’il découle de nous une eau pure et rafraîchissante, et non de l’eau frelatée et nauséabonde.

          Communiquer la vérité avec amour

Paul nous livre en même temps des exhortations très précises et très générales, sur la colère, les paroles, la posture, la gestion de nos émotions,… Globalement, on peut résumer ses conseils (que je vous invite à appliquer !) par cette formule qui intervient plus tôt dans le chapitre 4 : communiquer la vérité avec amour (4.15).

Communiquer la vérité – dans notre société avide d’authenticité, ça sonne bien ! Il y a un souci d’honnêteté, de simplicité – qui s’oppose à l’hypocrisie et à la duplicité. On dit les choses comme elles sont, sans manipulation ni fausseté, pour établir des relations de confiance. Outre le fait qu’une parole fausse peut vite se retourner contre nous si la vérité éclate, ou qu’elle peut nous troubler de l’intérieur, comment se faire confiance si personne ne dit la vérité ? c’est la base de toute relation ! Au-delà, nous appartenons au Dieu de la vérité et de la justice, en qui rien n’est double ou faux. Dieu est franc, et il attend la même chose de nous.

Mais cette franchise ne dispense pas d’aimer, de parler avec douceur et bienveillance, d’être attentif à l’autre pour éviter de blesser. J’ai entendu maintes fois « Moi, je suis franche, je dis ce que je pense » façon bazooka parfois ! Leur focus est surtout sur eux et ce qu’ils pensent.

Paul invite les francs à se mettre du côté des auditeurs et à tester la douceur : ça fait quoi d’entendre ça ? Un peu de douceur n’éteindra pas la vérité. Paul et Jésus n’étaient pas des mous, pourtant ils parlaient souvent avec délicatesse et respect.

Le fléau inverse, c’est ceux qui ne disent rien pour ne pas faire de mal. En général, ils rongent leur frein jusqu’à ce qu’ils explosent ou qu’ils partent. Ce n’est pas mieux ! Car souvent, on en vient à tolérer des situations de compromis, des incohérences, des choses qui ne fonctionnent pas… et l’ensemble finit par se frelater. Pour garder des relations saines, Paul invite les doux à dire ce qu’ils pensent et à tester la vérité. A ne pas se focaliser que sur la réaction de l’autre.

Dans une relation saine, à l’église, en famille, au travail, partout, dans une relation saine, il y a de la place pour l’autre et pour moi. Le dosage peut varier selon les circonstances, mais les deux sont essentiels.

Communiquer la vérité avec amour : on est tous plutôt d’un côté ou de l’autre, mais Dieu est un Dieu de vérité et d’amour. Et depuis la création et notre re-création, notre vocation, notre projet, notre identité, c’est de devenir comme lui, à l’exemple du Christ, inspirés par l’Esprit saint !

          Un effort

Relevez l’intrus dans les exhortations de Paul… Au milieu de toutes ces exhortations de communication, pourquoi Paul vient-il nous parler du vol ? Peut-être qu’après avoir parlé du mensonge, emporté par ses souvenirs des dix commandements, il aborde le vol, et puis il revient à son premier thème : la communication. Mais je vois une autre possibilité : le voleur c’est celui qui ne participe pas. Il prend, il profite de la situation, aux dépens des autres, mais il ne donne rien en échange. Il est centré sur son intérêt, sur son nombril. Paul invite le voleur à une attitude responsable (se prendre en charge) et généreuse (venir en aide aux autres). Cette attitude est en fait très cohérente avec les questions de communication : dans la relation, nous sommes appelés à nous impliquer, nous-mêmes, tels que nous sommes, quitte à nous rendre un peu vulnérables. Et à l’implication s’ajoute la générosité, car je ne cherche pas seulement mon bien, mais aussi celui de l’autre.

La vie en communauté, les relations réelles (et je ne parle pas des réseaux sociaux qui simplifient/simplistifient beaucoup les interactions) demandent un engagement de notre part. Paul est clair là-dessus : il faut faire des efforts… Nos relations ne seront saines que si nous y mettons du nôtre – et ce n’est pas toujours agréable.

Dans une église où nous sommes si différents, les cultures, les habitudes, les tempéraments s’entrechoquent. Sans parler du fait que nous ne sommes pas toujours très agréables… Mais Dieu nous appelle à nous supporter les uns les autres – dans les deux sens ! Nous soutenir, mais aussi nous supporter, être patients, voire… nous pardonner. Pardonner les paroles malheureuses, les silences, les réactions bizarres, les incompréhensions : l’effort est dans notre cœur. Lutter inlassablement contre l’amertume, le soupçon, la rancœur… Et laisser le bénéfice du doute, être patient, plein de grâce… A choisir de regarder l’autre d’abord comme un frère dans la foi, et pas comme un ennemi.

Car Dieu nous a fait grâce en Christ, et il nous appelle à vivre ensemble pour l’éternité.

Mais même au-delà de l’église : à l’ère où la communication est si centrale dans notre société, quel témoignage si nous sommes de ceux qui communiquent la grâce, qui disent la vérité avec amour, qui sont authentiques et attentifs aux autres… Jésus, franc et doux, attirait les foules… que nous puissions lui ressembler, en public et en privé, dans l’église et en dehors, en présentiel et en virtuel, afin que la grâce de Dieu soit communiquée au plus grand nombre !