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Une brebis perdue et un berger éperdu

Cela vous est déjà arrivé, non ? De ne plus trouver vos clefs, vos lunettes, votre portefeuille, un papier important (ou, pire que tout, votre téléphone… !), et de chercher partout pendant loooongtemps, quitte à devoir appeler vos proches en panique (« dis, j’ai pas oublié mes lunettes chez toi ? »). Les scénarios tournent dans la tête alors qu’on essaie de retracer ses gestes ou ses pas. En même temps, un circuit parallèle s’enclenche pour trouver un plan B : et si je ne le retrouve pas… Untel a un double de mes clefs, je déplace mon rdv à demain, il faut que je retourne chez l’opticien, etc. Evidemment, si c’est votre téléphone que vous avez perdu, il n’y a pas de plan B : c’est la fin !

Quel soulagement quand on finit par retrouver ce qui était perdu : ce qui nous oppressait disparaît. On est reparti ! La vie tourne rond à nouveau. C’est vrai dans les petits moments du quotidien, pour nos clefs, nos lunettes, et a fortiori, bien sûr, avec des personnes : un ami perdu de vue qu’on recherche sur internet, une sœur avec qui on se réconcilie, un enfant qui a fugué et qu’on retrouve après des heures de recherche et d’angoisse…

Cette expérience, Jésus y fait référence dans une série de paraboles pour parler de Dieu.

Lecture biblique : Luc 15.1-7

1 Les collecteurs d’impôts et les pécheurs s’approchaient tous de Jésus pour l’écouter. 

2 Et les Pharisiens et les scribes murmuraient ; ils disaient : « Cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! »

3 Alors il leur dit cette parabole : 

4 « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et qu’il en perde une, ne laisse pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? 

5 Et quand il l’a retrouvée, il la charge tout joyeux sur ses épaules, 6 et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins, et leur dit : “Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue !” 

7 Je vous le déclare, c’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion.

Jésus enchaîne en fait trois paraboles : celle-ci, une autre sur une femme qui perd l’équivalent de sa carte bleue, et l’histoire d’un homme dont l’un des deux fils part en claquant la porte (communément appelée la parabole du fils prodigue). Elles vont toutes dans la même direction, avec des nuances bien sûr, mais je vous propose de nous concentrer sur cette première parabole, la parabole de la brebis perdue.

          Un berger éperdu

Dans cette histoire, comme dans les Ecritures juives, le berger représente Dieu, et les brebis, son peuple, l’humanité. Ce berger possède une centaine de moutons. En comptant ses bêtes, il se rend compte qu’il en manque une : elle a dû se perdre en route.

Vu le contexte, Jésus associe clairement la brebis perdue aux collecteurs d’impôts, aux pécheurs qui sont venus l’écouter, ces gens qui se retrouvent en marge de la société juive, du peuple de Dieu, à cause d’un mode de vie contraire aux règles religieuses. Certains collecteurs d’impôts fricotaient avec le pouvoir romain, quitte à accepter la corruption financière, d’autres étaient mêlés à des pratiques licencieuses et immorales, d’autres encore n’en faisaient qu’à leur tête et ne respectaient rien.

Face à eux, comment Dieu peut-il réagir ? Instinctivement, on situerait Dieu sur un trône, raide, les bras croisés, attendant que le rebelle revienne en baissant les yeux. Or Jésus donne un portrait radicalement opposé : le berger laisse tout en plan et part chercher la brebis égarée. Pour Jésus, c’est une évidence : qui d’entre vous ne ferait pas ça ?

Est-ce si évident ? Clairement, il n’a pas entendu parler des 15% de pertes auxquelles on a droit ! Si vous avez oublié un article payé à la caisse, est-ce que vous laisseriez sur le parking votre caddie rempli de marchandises payées pour aller le chercher ! C’est trop risqué ! Alors, pour les 99 brebis, il n’y a peut-être personne qui va venir les voler, mais une bête sauvage pourrait attaquer, d’autres brebis pourraient se perdre… Ca ne paraît pas sage ! Ce serait plus rassurant si le berger laissait son troupeau sous surveillance, comme un père qui doit aller chercher son dernier à l’école et qui laisse les grands chez la voisine.

Evidemment, c’est une courte parabole, et il ne faut pas trop pousser les détails ! Cela dit, ce qui ressort, c’est l’impact sur le berger, le choc quand il comprend qu’une brebis s’est égarée : il laisse tout en plan et va la chercher.

Si le berger est Dieu, est-ce qu’on l’imagine s’interrompre, tout laisser en plan, pour partir à la recherche de celui qui s’est perdu ? faire tous les efforts, grimper, descendre, se faufiler, parfois courir, appeler à tous vents celui ou celle qui s’est éloignée ? face à la brebis perdue, Jésus nous montre un Dieu éperdu, un Dieu qui ne recule devant rien pour retrouver ceux qu’il aime.

Et quand il retrouve la brebis égarée, désorientée, sûrement paniquée, il la prend dans ses bras avec force et tendresse pour la ramener au bercail.

          Des brebis perdues mais précieuses

Peut-être que parmi vous, certains se sentent comme cette brebis : égarés, désorientés, en décalage avec Dieu, peut-être que vous vous êtes éloignés et que vous avez du mal à revenir, peut-être que vous avez l’impression de dériver, emportés par un courant contre lequel vous ne pouvez pas lutter, peut-être que vous vous demandez comment ce serait possible de revenir jusqu’à Dieu, et surtout, comment il pourrait bien vous accepter après cette séparation.

Le message de Jésus, c’est que Dieu ne vous attend pas : il vous cherche. Il vous appelle. Il vous court après, tellement vous êtes importants pour lui !

Finalement, je crois que c’est ça, le sens du troupeau de 99 brebis laissées de côté pour chercher 1 brebis : vous n’êtes pas un parmi d’autres, une perte que Dieu accepte dans son bilan comptable. Pour Dieu, vous avez une valeur inestimable. C’est pour cela qu’il vient dans l’humanité, à travers Jésus, pour chercher ceux qui se sont égarés (tout le monde, en fait, plus ou moins). C’est lui qui vient à notre rencontre, à votre rencontre, et s’il y a quelque chose qui vous pèse et vous empêche lui répondre, il le prend sur lui, berger devenu brebis, Dieu devenu homme en Jésus, prêt à porter tout le poids de ce qui nous accable, nos souffrances comme nos injustices, à endurer la pire condamnation, pour que nous n’ayons ‘’qu’à’’ répondre « oui ».

Mais l’histoire ne s’arrête pas là : une fois la brebis retrouvée, la joie déborde. Trois fois Jésus cite la joie du berger. Il y a la joie de retrouver la brebis perdue, et aussi le contentement de retrouver son troupeau, sa famille, au complet.

En rentrant, il est dans une telle effervescence qu’il fait une fête, une grosse fête, avec tout le quartier ! Ceux qui sont perdus, Dieu part à leurs trousses pour les inviter à la fête, avec lui, dans la joie de son amour.

Petit décalage : la parabole parle des efforts du berger pour retrouver sa brebis, alors que dans sa conclusion, Jésus évoque le mouvement de conversion des pécheurs. Se convertir, c’est se tourner vers… Alors, qui fait le mouvement ? le berger ou la brebis ? Dieu ou nous ? Les deux ! Dieu fait quasiment tous les efforts : il envoie une invitation, il appelle, il se déplace en personne… mais il faut répondre ! RSVP ! Cette réponse, c’est un lâcher-prise (oui !), une prière, voire une question « t’es sûr que tu m’aimes vraiment ? »…

Et cette réponse est un choix, un mouvement : répondre oui à l’invitation de Dieu, c’est comme s’inscrire à un événement – on renonce à être ailleurs, à faire autre chose, on renonce à ce qui nous empêche d’être avec Dieu.

          Changer de regard sur l’autre  

Pour qui Jésus raconte-t-il cette histoire ? Si on se sent brebis perdue, on est touché par ce message d’un Dieu qui nous aime de façon éperdue.

Pourtant Jésus ne vise pas ici les « brebis perdues »: il parle d’abord aux pharisiens, aux religieux bien-pensants et convenables qui viennent de le critiquer, de s’insurger qu’un prophète accepte de se mélanger avec ceux qui viennent des bas-fonds. Comme de bons élèves qui seraient choqués que le prof inclue les cancres pour une sortie découverte.

Le message de Jésus, c’est que Dieu ne voit pas ces « cancres », ces « rebelles », comme des intrus, mais comme des invités d’honneur ! Et on comprend pourquoi, puisque Jésus nous a révélé ce qui se passe dans le cœur de Dieu : son plus profond désir, c’est que tous reviennent à lui. Il est prêt à tout pour les retrouver. Alors quand Jésus voit s’approcher pour l’écouter ces « pécheurs » marginalisés, même sur la pointe des pieds, même sans avoir tout compris, il est tellement heureux, car il porte en lui ce désir de Dieu de retrouver ceux qui l’ont perdu de vue.

Quel contraste avec l’attitude des pharisiens ! Préoccupés à juste titre par la sainteté de Dieu, ils sont scandalisés par certaines choses. Le problème, c’est que ça a dérivé, ça a pris des proportions énormes et ils ont fini par juger les gens, par distinguer entre les bons et les mauvais, ceux qui sont dedans et ceux qui sont dehors – hors de question de les mélanger !

Aujourd’hui, dans notre société, il y a bien des principes et des comportements qui paraissent incompatibles avec la foi. Est-ce que nous en arrivons à éviter, à fuir, à repousser ( ?) ceux qui vivent ainsi ? S’ils venaient ici, sans s’être rangés, comme ils sont, seraient-ils les bienvenus ?

Dans le jugement des pharisiens, il y a de l’orgueil, oui, un aveuglement sur leurs propres failles (personne n’est de lui-même parfaitement en phase avec le Dieu saint, intègre, juste et bon !), et un oubli de l’essentiel : Dieu désire ceux qu’il a créés, il désire vivre avec eux, les combler de son amour, les inviter dans sa joie.

Jésus rappelle la posture de Dieu pour nous appeler à nous réjouir de ce qui réjouit Dieu, à accueillir ceux que lui invite – accueillir malgré les différences, les écarts, les incompréhensions, les « valises ». A changer de regard pour voir l’autre comme un précieux, invité d’honneur à la table de Dieu.

Et si on comprend ce désir éperdu de Dieu, sa ferveur, notre regard ne change pas seulement dans l’église, au culte ou dans les groupes. Il change aussi dehors, au quotidien : on dit qu’on se fait une idée des gens dans les 10 premières secondes. Et si notre première impression c’était que l’autre est précieux aux yeux de Dieu, que Dieu le désire et l’invite ? Notre collègue agaçant, notre voisine qui ronchonne, un copain survolté, une cliente impolie, tous ceux qui nous semblent à côté de la plaque : si l’amour fervent de Dieu venait transformer notre regard, qu’est-ce que ça donnerait ? au lieu de la suspicion, du jugement ou du rejet, d’une attitude défensive ou dégoûtée, peut-être de l’intérêt, de la curiosité, une écoute, une disponibilité pour aller boire un café, pour aller plus loin dans la relation. Expérimenter à notre tour le désir profond que l’autre reçoive, là où il est, l’amour de Dieu qui le cherche, voilà qui peut changer notre perspective, nos actes, et nos paroles – et peut-être, permettre à l’autre de se savoir aimé de Dieu, de façon éperdue.

Honorer la sainteté de Dieu

Comment honorer la sainteté de Dieu au quotidien ? C’est abstrait, comme concept, et il y a plusieurs réponses ! Je vous propose de suivre une histoire vécue par le roi David, qui nous fait réfléchir sur la façon dont nous honorons Dieu dans notre vie.

Nous sommes au tout début du règne du roi David, après que son rival Saül a enfin quitté le trône, après des décennies de conflits.

Lecture biblique : 1 Chroniques 13.1-14

1 David tient conseil avec les chefs de 1 000 soldats et de 100 soldats, et avec tous les notables. 2 Ensuite, il dit à tous les Israélites rassemblés :

« Si cela vous semble bon et si c’est la volonté du SEIGNEUR notre Dieu, envoyons un message à nos frères restés dans tout le territoire d’Israël. Allons trouver en particulier les prêtres et les lévites dans les villes et les endroits où ils habitent. Demandons-leur de venir avec nous. 3 Alors nous rapporterons chez nous le coffre de notre Dieu. En effet, nous ne nous sommes pas occupés de lui au temps de Saül. »

 4 Toute l’assemblée est d’accord pour réaliser ce projet, car tout le monde trouve que c’est une bonne idée. 5 David rassemble alors tous les Israélites, depuis la frontière d’Égypte au sud, jusqu’à Lebo-Hamath au nord. Ils veulent aller chercher le coffre de Dieu à Quiriath-Yéarim. 

En ce contexte post-électoral, nous saisissons l’impact de la décision de David : il vient juste de monter officiellement sur le trône, il est enfin roi… Les premières décisions donnent le ton de ce que sera le règne (ou le mandat) de celui qui gouverne. Elles représentent les valeurs profondes du gouvernement, et à ce titre elles sont hautement symboliques. Nous sommes en plein dedans, avec les commentaires sur chaque mesure que prend, ou devrait prendre, notre président fraîchement réélu.

Quelle est la première décision de David ? Faire venir le coffre de l’alliance à Jérusalem. Rembobinons une seconde : le coffre de l’alliance, c’est le coffre sacré, construit du temps de Moïse (environ 400-500 ans plus tôt). Il contient les deux tablettes de la Loi donnée à Moïse : c’est le symbole de l’alliance entre Dieu et son peuple, le rappel de la délivrance du peuple, de la fidélité de Dieu et de son autorité.

 

Ce coffre mesure plus d’un mètre de long sur 70 cm de large et de haut. Il est fait en acacia, un bois précieux, et entièrement plaqué or à l’intérieur et à l’extérieur. On voit des chérubins au-dessus : ils représentent la présence solennelle de Dieu.

arche

Ce coffre n’est pas la présence de Dieu, mais il en est le symbole matériel. A ce titre, il est interdit de le toucher. Plus tard, le roi Salomon, qui construira le Temple, fera placer le coffre dans le saint des saints, cet espace où personne ne va, sauf le grand-prêtre 1 fois par an.

Or, dans les différents conflits avec leurs voisins philistins, les Israélites s’étaient fait piquer le coffre de Dieu, qui leur a été rendu environ 40 ans plus tôt ( 1 Samuel 4). Depuis, il est stocké chez Abinadab, mais personne ne s’en occupe.

Donc, lorsque David insiste pour aller chercher le coffre et le placer à Jérusalem, il envoie un signal très fort : il fait venir Dieu dans la capitale, au cœur du royaume, au cœur de son règne. Très clairement, sa priorité c’est d’honorer Dieu en lui donnant la place centrale.

 

6 David part avec eux à Baala, c’est-à-dire Quiriath-Yéarim, en Juda, pour reprendre le coffre de Dieu. Ce coffre porte le nom du SEIGNEUR qui est assis au-dessus des chérubins. 

7 Il se trouve dans la maison d’Abinadab. On le place sur un char neuf. Ouza et Ahio conduisent le char. 

8 David et tous les Israélites dansent devant Dieu de toute leur force. Ils chantent, accompagnés d’instruments de musique : cithares, harpes, tambourins, cymbales et trompettes. 

Quelle fête ! quel cortège ! On ne regarde pas à la dépense : un char neuf (pour nous, peut-être un jet privé), des danseurs, des chanteurs, des musiciens – si on avait pu mettre des feux d’artifice, David l’aurait fait. C’est un jour de joie pour Israël, un jour d’allégresse en l’honneur de Dieu.

Mais la fête tourne au drame.

 

9 Quand ils arrivent près de chez Kidon, là où on bat les céréales, les bœufs glissent. Ouza étend la main pour retenir le coffre sacré. 

10 Alors le SEIGNEUR se met en colère contre lui. Il le frappe à mort, parce qu’il a touché le coffre. Ouza meurt là, à côté du coffre.

11 David est fâché, parce que le SEIGNEUR a brisé la vie de Ouza. Il appelle l’endroit Pérès-Ouza (« brèche d’Ouza »), et ce nom existe encore aujourd’hui. 

Après la joie, la tragédie. On est parti d’un simple accident : les bœufs glissent. Ouza, plein de bonnes intentions, rattrape le coffre sacré, le touche de ses mains profanes, et s’attire les foudres de Dieu qui l’élimine. La fête est finie. La colère de Dieu s’est abattue, et on comprend : personne ne doit toucher le coffre. On comprend, mais un peu seulement. C’est violent, brutal, injuste : que fallait-il faire ? laisser le coffre s’écraser ? Sûrement qu’il valait mieux le protéger, même avec des mains profanes, plutôt que de courir le risque qu’il ne se brise, non ?

David à son tour se met en colère en voyant ce qui se passe – et on ne peut pas le blâmer : nous aussi, lecteurs modernes, nous sommes choqués, voire déçus. Pourquoi cette réaction disproportionnée, cette violence, cette injustice ? Le Dieu d’amour et de compassion que David lui-même a tellement chanté dans les psaumes, il paraît loin.

Où est le problème ? Regardez bien le coffre de l’alliance : vous voyez les barres, sur les côtés du coffre ? Lorsque Dieu donne à Moïse les instructions au sujet du coffre sacré, il précise que ce coffre devra toujours être porté au moyen des barres (Exode 25.12-15). Et oui, cela évite le genre d’accident rencontré par les bœufs… Normalement, le coffre n’aurait jamais dû être transporté sur un char : ça, c’est la façon philistine de faire. Ouza et Ahio ont simplement imité les étrangers qui avaient rapporté le coffre il y a des décennies. Ils y ont mis leur bonne volonté, mais ils n’ont pas respecté les instructions. Et personne ne trouve à y redire.

Deux explications possibles : soit ils ignoraient ce que Dieu avait prescrit – et c’est de la négligence –, soit ils ont considéré que la façon philistine de faire était plus pertinente – et c’est du mépris. En tout cas, leur désobéissance, volontaire ou pas, conduit au drame.

Dieu ne réagit pas à la première désobéissance. Mais, comme souvent, cette transgression conduit à des complications, qui conduisent à une nouvelle désobéissance qui transgresse là tout le système que Dieu a mis en place par les sacrifices, les prêtres, etc. C’est que Dieu réagit : on ne prend pas sa sainteté à la légère. Ce système des sacrifices et du temple veut enseigner physiquement au peuple que Dieu est saint, et qu’on ne l’approche pas n’importe comment. Il est intouchable. On ne touche pas l’intouchable, point.

C’est d’autant plus vrai en ce jour solennel censé mettre Dieu au centre : si Dieu est Dieu, les hommes doivent le respecter et respecter sa volonté, non ? Sinon, ce cortège, c’est de la publicité mensongère.

Conclusion :

12 Ce jour-là, David a peur de Dieu et il dit : « Je ne peux pas recevoir chez moi le coffre de Dieu ! » 

13 Il ne veut pas prendre le coffre chez lui, dans la « Ville de David ». Il le fait conduire dans la maison d’Obed-Édom, un homme de la ville de Gath. 

14 Le coffre reste trois mois chez lui, et le SEIGNEUR bénit la famille d’Obed-Édom et tous ses biens.

David a compris qu’il n’est pas prêt et il prend peur. Il comprend que Dieu n’est pas son égal. Même si David veut honorer Dieu, ça ne lui donne pas le droit de négliger sa Parole et son autorité. Même si David a expérimenté la présence, la force, l’affection de Dieu pendant toutes ces années, ça ne lui donne pas le droit de faire ce qu’il veut comme il veut. Le privilège d’être proche de Dieu ne donne pas le droit de le prendre à la légère. La joie et la louange n’empêchent pas l’obéissance !

David annule le cortège, même si c’est la honte ; le coffre repart, et 3 mois plus tard, il revient dans un nouveau cortège, avec des lévites qui portent le coffre : David est prêt, cette fois-ci.

Et pour nous, chrétiens? 

 

Aujourd’hui, nous sommes loin du système du Temple etc. mais cet épisode nous rappelle la sainteté de Dieu, l’écart impressionnant entre lui et nous. Un écart rendu infranchissable par notre propension antédiluvienne à prendre Dieu à la légère : dès le jardin d’Eden, Eve et Adam méprisent la demande de Dieu (Genèse 3). Lorsqu’ils mangent du fruit interdit, ils déclarent de fait qu’ils savent mieux que Dieu ce qui est bon. Comment peut-on prétendre savoir mieux que le Dieu créateur et roi ? Comme avec Ouza, c’est la mort qui les guette, et qui les aspire, qui nous aspire, puisque depuis, nous continuons de vivre comme si nous étions nous-mêmes les maîtres du monde – et d’aller vers la mort.

Cet écart abyssal entre un Dieu saint et nous, Dieu le franchit en venant à notre rencontre en Jésus. Dans sa première lettre, Jean, le disciple de Jésus écrit avec excitation : celui qui était Dieu (Dieu !) est venu parmi nous, et nous l’avons touché (1 Jean 1.1-4). Quelle proximité ! Dieu a franchi l’abîme infranchissable ; le Dieu saint a rencontré les pécheurs, mais à son contact, ce n’est pas nous qui mourons pour prix de notre orgueil, c’est lui qui meurt sur la croix pour expier notre folie. Quelle grâce ! Couverts par le Christ, nous pouvons maintenant vivre dans la présence sainte de Dieu, proches de lui, notre sauveur, notre Père.

Mais qu’en est-il de notre attitude vis-à-vis de Dieu ? Même si Dieu ne nous foudroie pas sur-place lorsque nous le déshonorons, Dieu reste Dieu. Il reste le Dieu saint : Notre père qui es au cieux, que ton nom soit sanctifié – c’est-à-dire : que tous te reconnaissent comme saint. Que ta volonté soit faite – et non la nôtre !

Aimer Dieu, honorer Dieu, c’est aussi le respecter. Chantons-le avec force, passons du temps avec lui, réjouissons-nous de sa présence, mais n’oublions pas de le respecter : Dieu n’est pas notre égal. Sa volonté n’est pas une matière brute dans laquelle nous sélectionnons ce qui nous semble pertinent. Sa parole créatrice n’est pas une parole en l’air.

A quoi ressemble le fait d’honorer et respecter le Dieu saint ? Comme à l’époque de David, il est nécessaire de connaître sa Parole pour comprendre qui il est et ce qu’il veut. Lire la Bible n’est pas une option si nous voulons honorer Dieu : comment voulez-vous être en accord avec quelqu’un dont vous ne connaissez pas les idées ?

Connaître la Parole, et l’appliquer ! Dans le respect, il y a une part d’obéissance, même si nous ne comprenons pas toujours à l’avance pourquoi Dieu élimine telle option ou encourage telle autre. Mais faut-il en arriver aux complications pour se dire : ah oui, il n’avait pas tort ?

Il y a aussi des situations inédites où nous ne savons pas trop ce que Dieu attend de nous : prions ! prions ! Dieu nous promet sa sagesse – si nous la demandons – alors prions ! Mais prions avant… Dieu dans sa grâce répondra aussi si nous prions après, mais… la situation risque d’être plus compliquée, et les dommages plus graves et plus tristes. Prions avant… Cherchons la sagesse de Dieu – sans nous laisser berner par nos bonnes intentions ou nos progrès modernes : seule la sagesse de Dieu mérite d’être suivie.

Notre Dieu est extraordinaire : il est majestueux, saint, d’un amour incroyable – alors aimons-le, oui, et honorons-le, dans ce tout ce que nous sommes et dans tout ce que nous faisons. Non seulement il le mérite, mais c’est aussi auprès de lui, par sa sagesse, que nous trouverons un chemin sûr sur lequel avancer.