Tous les articles par Florence VANCOILLIE

Tout-Puissant! (A nul autre pareil 4/4)

Superman-45-DC-Comics-Spoilers-2

Si les histoires de super-héros nous apprennent quelque chose, c’est au moins que nous sommes nombreux à désirer être forts, puissants, à avoir des super-pouvoirs – ou tout simplement du pouvoir. De bien des manières : par le statut social, par une réputation reconnue, par un corps fort ou un esprit habile, ou encore, par un portefeuille bien garni qui ouvrira la majorité des portes…

Ce n’est pas forcément pour être le chef suprême de la galaxie, ou pour commander aux autres, mais juste parfois pour échapper aux soucis et à la frustration du quotidien : pouvoir œuvrer comme on l’entend sans avoir à supporter un chef autoritariste, pouvoir offrir à ses enfants ce dont ils ont besoin et envie, venir en aide à un proche… Parfois simplement pouvoir aller où on veut alors que notre corps ne suit plus…

Les histoires de super-héros nous font rêver d’un autre quotidien, mais elles soulignent les limites que nous rencontrons chaque jour. En contraste avec notre situation humaine, Dieu, lui, est tout-puissant. Après avoir exploré sa grandeur infinie, son statut de créateur et sa présence constante, c’est sur sa toute-puissance que je vous invite à conclure notre série de juillet.

Pour méditer sur cette qualité de Dieu, je vous propose de lire ensemble une prière du prophète Jérémie. Jérémie a été prophète en Israël entre les années 650 et 580 avant Jésus-Christ. Alors que le pays sombre dans l’absurde et la décadence, Jérémie appelle le peuple à revenir à Dieu – en vain. De la part de Dieu, Jérémie annonce que le pays va devoir affronter les conséquences de son comportement : un puissant adversaire, l’empire babylonien, va les vaincre et déporter les responsables du peuple, détruire la capitale Jérusalem, détruire le Temple. La pression babylonienne se fait sentir : Jérusalem est assiégée, quand Dieu demande à Jérémie d’acheter le champ de son oncle en province. Jérémie obéit mais ne comprend pas, et va porter à Dieu ses questions. C’est Jérémie qui parle.

 

Lecture biblique : Jérémie 32.16-25

16 Après avoir remis l’acte de vente à Baruc, j’ai adressé au Seigneur cette prière : 

17 « Ah, Seigneur Dieu, tu as montré ta force et ton savoir-faire en créant le ciel et la terre. Rien n’est trop difficile pour toi. 18 Tu montres ta bonté jusqu’à mille générations humaines ; mais si des parents ont commis une faute, tu en fais supporter les conséquences à leurs enfants. Tu es le Dieu grand et fort ; tu te nommes le Seigneur de l’univers. 19 Tu as de grands projets, tu es souverain pour les réaliser. Tu regardes attentivement ce que font les humains, pour traiter chacun d’eux selon sa conduite et ses actes.

20 « Tu as montré qui tu es par des prodiges marquants, lorsque nos ancêtres étaient en Égypte, et aujourd’hui encore, non seulement dans le peuple d’Israël mais aussi dans le reste de l’humanité, comme on le voit aujourd’hui. 21Tu as montré ta force et ton savoir-faire par des prodiges marquants et des plus impressionnants, pour faire sortir d’Égypte Israël, ton peuple. 22 Tu avais juré à nos ancêtres de leur donner le pays où nous sommes aujourd’hui, ce pays qui regorge de lait et de miel, et tu le leur as donné. 23 Ils sont venus en prendre possession. Seulement ils n’ont pas écouté ce que tu disais, ils n’ont pas suivi tes instructions, ils n’ont pas fait ce que tu commandais. Alors tu as envoyé tous ces malheurs qui arrivent aujourd’hui.

24 « Voilà en effet les Babyloniens qui avancent leurs travaux de siège de plus en plus près de la ville ; ils vont la prendre ; elle leur est déjà livrée, pour ainsi dire ; ils cherchent à la vaincre par les armes, la famine et la peste. Ce que tu avais prédit est arrivé, tu le vois bien.

25 Oui, la ville est presque aux mains des Babyloniens. Seigneur Dieu, pourquoi donc m’as-tu ordonné d’acheter ce champ et de le payer comptant devant témoins ? »

Ce que le texte nous apprend

Dans sa situation de désarroi intense, voire de détresse, Jérémie se tourne vers Dieu avec cette question : pourquoi investir sur l’avenir alors que le pays va tomber ?

(v.17-19) Jérémie s’adresse d’abord à Dieu de manière générale, comme au Dieu fort, puissant, créateur. Puisqu’il a créé le monde, il peut tout faire. Qu’est-ce qui serait trop difficile pour lui ? Il est au-dessus de tout. Mais sa puissance n’est pas que de la force brute : Dieu est fondamentalement bon et le bien qu’il veut faire aux hommes résonne presque sans fin. En effet, la bonté sur mille générations… Ca dépend comment on calcule la durée des générations, mais la version minimale, avec une génération de 25 ans, ça fait déjà 25 000 ans… Jérémie a écrit il y a 2500 ans, selon ce calcul on n’en est qu’à la 100e génération ! Quand la bonté de Dieu jaillit, rien ne l’arrête… Sa bonté et sa puissance ne font qu’un : elles sont impossibles à stopper.

Dieu est puissant, bon – et juste. Il nous tient responsables de nos actes, et nous avons à affronter les conséquences de ce que nous faisons (v.18b si des parents ont commis une faute, tu en fais supporter les conséquences à leurs enfants ; v.19). Toutefois, dans sa bonté, Dieu ne nous place pas sous un jugement de 1000 générations, ni même de 100, ni même de 10, mais d’une seule, ici. Les fautes des parents retombent sur leurs enfants. Vous allez dire, ce n’est pas juste ! Pourquoi l’enfant paierait-il les erreurs des parents ? Il n’y est pour rien !

2 remarques à ce sujet. a) D’une part, les enfants sont de fait influencés et marqués par les actes de leurs parents, sans parfois que Dieu s’en mêle : dettes à payer dans l’héritage, éducation ou manque d’éducation, blessures d’enfance qui poursuivent parfois toute la vie. Il y a une solidarité familiale que nos sociétés individualistes oublient, mais qui est bien réelle. b) D’autre part, ce texte fait référence à la manière dont Dieu s’est révélé à Moïse (Exode 20.5) : à l’époque, il avait parlé d’un châtiment sur 4 générations (comparé à 1000 générations de bénédiction). Ici, on passe à 1 génération, et Ézéchiel, un prophète contemporain de Jérémie, annonce le temps où chacun sera jugé seulement d’après sa conduite (Ézéchiel 18).

Donc Dieu : tout-puissant, bon, et juste (attentif au droit, attentif à la justice). Avec un penchant net pour la grâce.

(v.20-23) Jérémie ajoute à sa description de Dieu ce que son peuple connaît de lui depuis que l’aventure a commencé avec Abraham, près de 1500 ans plus tôt. Dieu n’est pas tout-puissant qu’en général, visible dans sa création : il se révèle personnellement dans l’histoire, dans nos expériences.

(v.24-25) Dans un moment d’impuissance profonde, emprisonné dans une ville assiégée, sans trop comprendre ce que Dieu a en réserve, Jérémie choisit de contempler la puissance de Dieu, tout en demandant pourquoi : pourquoi a-t-il dû acheter un champ ?

Dieu répondra en évoquant l’avenir (Jérémie 32.26-44): le jugement qui tombe sur ce pays dépravé n’est pas le dernier mot. Dieu a prévu de relever son peuple, de le guérir et le restaurer, de faire revenir les déportés – ils seront à nouveau chez eux sur cette terre. Le champ acheté en pleine défaite est un geste d’espérance pour l’avenir. C’est bien la puissance de Dieu qui va se manifester à nouveau, à travers l’histoire : c’est Dieu qui permet aux Babyloniens de blesser le peuple d’Israël, afin de mettre un terme à leurs exactions, c’est Dieu qui permettra que cette nation existe à nouveau, que le peuple revienne, que la ville et le temple soient reconstruits (livres d’Esdras & Néhémie).

La toute-puissance de Dieu

Dieu, être infiniment grand, est infiniment puissant. Dans sa puissance et sa liberté, il fait ce qu’il veut. Il fait tout ce qu’il veut ! Et il ne fait que ce qu’il veut… Tout ce que Dieu veut faire, il le fait, et rien n’empêche qu’il arrive à ses fins. La seule limite qui existe à ce que Dieu peut faire, c’est ce que Dieu se refuse à faire : il se refuse à mentir, à être injuste, à faire le mal.

Le mal. Pourquoi le mal si Dieu existe ? Pourquoi tant d’horreurs si Dieu est tout-puissant ? Cela veut-il dire qu’il accepte et cautionne les catastrophes naturelles, les maladies, les guerres, les méfaits des uns et des autres ?

La Bible évite d’expliquer les causes du mal – comme si c’était un trou noir, un tourbillon qu’on ne peut approcher sans s’y noyer. Il y a pourtant quelques indices : Dieu n’a pas créé le mal. On ne sait pas pourquoi le mal est apparu, mais certains anges se sont révoltés contre Dieu. L’humanité s’est engouffrée à leur suite : on en trouve le récit stylisé au début de la Bible, en Genèse 3. Dieu les a avertis, mais pas empêchés : il a tenu les hommes responsables de leur choix. Nous ne sommes ni marionnettes ni esclaves de Dieu : Dieu nous a créés pour être à son image, pour que nous soyons ses fils et ses filles, pas pour nous écraser de sa puissance. Les dérèglements, dans la nature et l’humanité, sont malheureusement les conséquences de ce choix de se déconnecter du Dieu juste et bon. Même si notre monde est mal en point, il va toutefois mieux qu’il ne devrait : dans sa bonté, Dieu fait grâce jusqu’à 1000 générations mais ne condamne qu’à 4 ou 1 générations. Dans sa bonté, Dieu ne nous laisse pas voguer dans le noir, mais il limite les conséquences de notre chute : comme si au lieu d’être morts, nous étions « simplement » paralysés en partie.

Ce que la Bible décrit, en revanche, c’est toute la réponse que Dieu apporte au mal qui nous étouffe : dans sa puissance, sa justice et sa bonté, il est devenu un homme, solidaire de sa création, le Christ, pour porter et absorber le choc de ces horreurs qui nous déforment, nous & le monde. Par sa mort, il a subi les conséquences de notre révolte. Par sa résurrection, par sa puissance de vie qui transperce la mort, par sa justice qui efface le mal, il annonce l’avenir & pose un geste d’espérance, comme Jérémie avec son champ : si nous nous tournons vers le Christ, Dieu nous restaurera.

Des êtres responsables mais limités

Quel impact la foi en un Dieu tout-puissant a-t-elle sur nous ? Il y a la confiance, bien sûr, la confiance en Dieu quelles que soient les circonstances. Mais cela nous renvoie aussi à une réflexion sur notre pouvoir. En effet, même en tant que créatures minuscules devant Dieu, nous ne sommes pas sans pouvoir. Même si nous sommes loin de pouvoir subsister par nous-mêmes, nous avons quand même du potentiel, des capacités.

Comment exercer notre autorité de parents, de chefs d’équipe, de « premier dans la file », d’enseignants, de médecins, de chefs de famille, de responsables dans l’église,… ? A chaque fois que nous avons voix au chapitre, nous sommes tentés d’affirmer notre position, notre autorité, d’avoir raison. Parfois nous refusons de nous remettre en question, imaginant que notre sagesse est sans défaut, comme celle de Dieu. Parfois, convaincus que notre avis est le meilleur, nous sommes prêts à écarter l’autre avec indifférence ou mépris.

Dieu est l’être le plus puissant qui existe, dont nous n’imaginons même pas le début de la puissance : il a créé le monde. Pourtant, il n’agit que pour le bien et la justice. Il n’écrase pas ses créatures, quitte à se mettre un moment en retrait. Même dans le désaccord, il reste généreux, plein de bonté et de patience, cherchant mille solutions pour préserver ceux qu’il a créés. Être image de Dieu c’est aussi exercer notre pouvoir comme Dieu le fait.  Loin d’être un tyran, Dieu montre sa puissance pour faire du bien, pour relever, pour élever l’autre, quitte à se donner lui-même.

Nous avons plus ou moins de responsabilités, de charge et d’autorité, mais il y a toujours des moments où nous sommes en situation de décision ou de pouvoir : tournons-nous vers Dieu pour apprendre. Apprenons à résister à nos élans tyranniques, et puisons à l’exemple parfait de la puissance de Dieu : le Christ, patient, généreux, porteur d’espérance.

 

Infiniment présent! (A nul autre pareil 3/4)

Vivre dans la présence de Dieu, voilà un des aspects de la foi chrétienne. Quels sont ces moments où vous sentez Dieu présent ? Lorsque vous priez, dans le calme de votre chambre ? Quand vous chantez votre amour pour Dieu ? Ou bien, l’observation de la nature ; ou bien, la réponse de Dieu à nos prières : une solution qui se présente, une réponse favorable, une « coïncidence », une ouverture chez l’autre, un changement en soi…

Mais on ne peut pas parler de ces moments où on sent la présence de Dieu sans évoquer ces moments où Dieu semble absent. Lorsqu’on est dans une « routine » spirituelle qui ne nous fait plus vibrer… Ou en terrain profane, dans les moments ternes du quotidien par exemple : quand vous faites vos courses, dans les embouteillages, dans vos tâches ménagères ou vos réunions de travail… Dans un autre registre, lorsque quelque chose de mauvais nous apparaît brusquement comme séduisant et intéressant (c’est ce qu’on appelle la tentation), on se sent bien seul face à cette petite voix (intérieure ou extérieure) dont le murmure se fait persistant. Il y a pire : lors d’une épreuve terrible, la sensation que Dieu est absent, loin, indisponible.

Ces impressions de présence et d’absence font partie de la vie chrétienne et de la relation avec Dieu. Elles font écho au reste de notre vie : à part notre corps, quasiment tout ce que nous connaissons dans notre vie alterne entre présence & absence –nos proches, nos possessions, ce que nous voyons, même le soleil et la lune passent de la présence à l’absence. Qu’en est-il de Dieu ?

Pour continuer cette série de l’été sur les qualités uniques de Dieu, je vous invite à lire un passage dans le livre du prophète Jérémie, quelques siècles avant la naissance de Jésus. C’est Dieu qui parle.

Lecture biblique : Jr 23.23-24 (NBS)

23 Ne suis-je Dieu que de près ? — déclaration du SEIGNEUR.

 Ne suis-je pas aussi Dieu de loin ?

24 Quelqu’un peut-il se cacher dans une cachette sans que je le voie ?

— déclaration du SEIGNEUR.

Est-ce que je ne remplis pas le ciel et la terre ?

— déclaration du SEIGNEUR.

Texte et contexte

Quelques mots de contexte : Jérémie transmet les paroles de Dieu, ici, à des faux prophètes. A cette époque, injustice et scandales jonchent la vie politique, sociale, économique, et même spirituelle du peuple d’Israël. Depuis longtemps, Dieu les avertit des conséquences à de telles horreurs, et les invite à abandonner leurs pratiques pour revenir à ce qui est bon. Mais les responsables du peuple s’enferment dans le déni : « mais non, tout ira bien, après tout nous sommes le peuple élu !… »

Et ce qui met particulièrement Dieu en colère, c’est de voir des personnes qui s’autoproclament prophètes (c’est-à-dire porte-paroles de Dieu) et qui proclament de fausses promesses d’assurance alors que Dieu, lui, souhaite la repentance de son peuple ! Ce sont des menteurs ! Alors, Jérémie s’exprime, porteur lui des vraies paroles de Dieu : vous voyez les expressions « déclaration du Seigneur » par trois fois, qui visent à authentifier les prophéties de Jérémie. Il ne dit pas ce qu’il veut, mais il transmet le message que Dieu lui confie.

Ici, il dénonce l’idée que les prophètes pensent pouvoir dire ce qu’ils veulent en s’éloignant, comme on pourrait dire [mime : baisser la voix] un secret en baissant la voix ou [s’écarter/ se détourner, main sur la bouche] en s’écartant des autres. Comme si Dieu ne les entendait pas. Comme si Dieu était limité, enfermé dans un lieu dont on pourrait s’éloigner. Comme si on pouvait se cacher de lui.

Mais rien n’échappe à Dieu. Il voit tout, il entend tout, il sait tout – parce qu’il est partout. Il remplit le monde. Lui, le créateur du ciel et de la terre, lui le Dieu infini et infiniment grand, il remplit le monde de sa présence. Rien ne peut lui échapper. Il est omniprésent, c’est-à-dire qu’il est présent partout, en tout lieu, en tout temps. Et c’est cette qualité propre à Dieu que je vous invite à creuser.

L’omniprésence de Dieu

Dieu n’a aucune limite. Notamment au niveau spatial ou temporel. On a du mal à l’imaginer, parce que ça n’a rien à voir avec ce que nous connaissons, mais Dieu existait avant la création du monde, avant la création du temps et de l’espace – ce qui veut dire qu’il ne se situe pas dans l’espace ou dans le temps. La création avec son cadre spatio-temporel est en quelque sorte devant lui, ou sous lui – distincte de lui.

Pourtant, je le rappelais la semaine dernière, Dieu n’est pas absent de la création : sans en faire vraiment partie, il la remplit toute entière comme un courant d’air qui traverse la maison ou l’eau qui gonfle l’éponge. Parce qu’il remplit le monde, notre monde existe. Si Dieu se retirait, tout serait mort. Dieu anime notre monde par son souffle, par son esprit – il soutient ce qui vit, permettant au soleil de briller, aux plantes de grandir, aux animaux de respirer. Sans lui, rien ne pourrait exister. En ce sens, il est présent partout, que nous en soyons conscients ou pas.

Cependant, Dieu est présent à différents degrés à différents endroits. Même si rien ne lui échappe, même s’il est partout, il n’adopte pas toujours la même posture. Dieu n’a pas de corps, alors le parallèle que je vais faire est un peu bancal : quand vous êtes quelque part, vous pouvez être dans un coin de la pièce en retrait/ en observateur, ou assis avec les autres, ou en discussion privée avec quelqu’un, ou encore debout à faire une présentation devant tout le monde. A chaque fois, vous êtes présent, mais différemment.

La Bible évoque différents lieux que Dieu remplit, avec différentes postures : l’univers, le ciel (résidence divine, comme en vis-à-vis de la terre où vivent les humains), son trône où rayonne sa gloire (c’est-à-dire qu’il est vraiment visible à cet endroit, le lieu d’où il exerce son autorité). Mais aussi Jésus-Christ, que le Temple de Jérusalem préfigurait partiellement : lieu/ personne où Dieu se montre et se laisse rencontrer – en Christ particulièrement, Dieu se révèle tel qu’il est : juste et bon, honnête et salvateur, sage et accueillant. Et puis il y a notre cœur : le cœur, c’est notre être intérieur, notre volonté dans la Bible, cette partie de nous qui nous dirige [aujourd’hui on dirait plus facilement la tête]. Lorsque nous croyons que Jésus Christ a comblé la distance qui nous séparait de Dieu en assumant nos fautes et nos hontes, nous devenons à notre tour le temple de Dieu, c’est-à-dire que par son Esprit, il habite notre cœur, il remplit notre âme – il insuffle en nous amour et pureté, et nous fait grandir à son image.

Avant de voir l’impact que l’omniprésence de Dieu peut avoir sur notre vie de foi, une dernière remarque : quelle que soit sa posture, Dieu est toujours pleinement présent, avec toutes ses qualités et tout son caractère, toute sa justice et toute sa bonté, toute sa sainteté et toute sa fidélité. Mais comme nous, selon sa posture et selon les moments, il montre un aspect de son caractère plutôt qu’un autre.

Notre vie dans la présence infinie de Dieu.

Donc nous sommes constamment dans la présence de Dieu.

1e conséquence, qui n’est pas forcément celle à laquelle nous pensons en premier mais que les paroles de Jérémie mettent en valeur : nous ne pouvons pas commettre le mal en cachette. Vous connaissez l’expression : « pas vu, pas pris » ou « ni vu, ni connu ». Brûler un feu rouge, chaparder un paquet de bonbons, ou encore colporter une rumeur dans le dos de quelqu’un (sans parler de mensonge, fraude ou infidélité) : tant que personne ne l’a remarqué, on peut avoir l’impression de ne pas vraiment être en tort, comme si notre faute n’existait pas tant qu’il n’y a pas de témoin.

C’est là le hic : Dieu est toujours présent. Témoin invisible de tous nos actes, de toutes nos paroles, de toutes nos pensées, même. Du coup, croire en un Dieu omniprésent devrait nous inviter à rechercher toujours plus une vie cohérente. A être pareil devant témoin ou dans le secret de notre chambre – après tout, le plus important des témoins est aussi dans le secret de notre chambre… A parler de la même façon de quelqu’un, devant lui ou en son absence. A travailler avec le même zèle et la même qualité, que le chef soit présent ou qu’on soit en autonomie (Paul dira aux salariés de son époque : Quoi que vous fassiez, travaillez-y de toute votre âme, comme pour le Seigneur, et non pour des humains, Colossiens 3.23). A regarder homme ou femme de la même façon, que notre conjoint soit là ou pas. Une vie cohérente et intègre, parce que nous sommes toujours sous le regard de Dieu.

Croire que DIue est toujours présent nous motive à vivre une vie cohérente, mais c’est aussi un puissant encouragement. Dieu nous soutient. Même dans nos coups de mou, nos moments de solitude, nos doutes, nos peurs, nos épreuves, nos tentations : il est là ! Rien ne lui échappe, et il est près (de nous). David dira : même dans la vallée de l’ombre de la mort, je ne crains rien, car tu es avec moi (Psaume 23.4). Dieu est là, c’est le fondement de notre paix.

Lorsque nous avons l’impression que Dieu est absent, bien souvent c’est nous qui sommes aveugles à sa présence : préoccupés, submergés par nos craintes, distraits par mille sollicitations… Dans son sermon sur la montagne, Jésus nous adresse une parole d’encouragement : Cherchez et vous trouverez. Celui qui cherche trouve (Matthieu 7.7-8). Celui qui cherche la présence de Dieu la trouve, car il est déjà là.

C’est la délicatesse de Dieu qui parfois reste dans le coin de la pièce tant qu’on ne l’a pas invité à s’asseoir avec nous. Cette invitation de notre part, je crois que c’est la prière dans ce qu’elle a de plus essentiel. Dieu sait déjà, Dieu connaît, Dieu voit, mais on peut facilement vivre comme s’il n’était pas là. Prier, c’est se rendre attentif à sa présence. C’est lui confier ce qui nous occupe, ou l’inviter à parler. C’est parfois sans paroles, comme on marche en s’appuyant sur le bras d’un plus fort ou en tenant la main d’un être aimé. C’est peut-être un court recentrage : dans la voiture, la file d’attente, en réunion ou en repas de famille – Dieu est présent, là, maintenant, avec moi, avec nous.

La paix que nous recevons en prenant conscience que Dieu est toujours présent à nos côtés, cette paix s’élargit quand nous prenons en compte le fait que Dieu est aussi toujours présent aux côtés des autres : nos parents qui sont parfois loin, au pays, nos enfants qui volent de leurs propres ailes, parfois loin aussi, nos bien aimés dans leurs occupations… Au lieu de nous affairer sans cesse et de nous inquiéter comme si tout dépendait de nous, nous pouvons nous appuyer sur cette assurance : Dieu est présent. Avec nous, avec nos proches parfois loin, dans tout l’univers.

Conclusion

Puisque Dieu est présent, puisqu’il se rend particulièrement présent à nous dans notre cœur grâce au Christ, prenons le temps de nous recentrer régulièrement sur la réalité de sa présence dans notre vie. Au moment de l’épreuve, de la tentation ou du souci : concentrons-nous sur cette vérité. Il est là. Dans la lassitude ou l’excitation, il est là. Profitons de sa présence pour nous tourner vers lui, autant que nous pouvons – et nous trouverons en lui inspiration, soutien et réconfort.