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Motivés par l’essentiel (3) Créés pour ressembler au Christ

Au cours des années, il m’est arrivé de rencontrer quelques personnes vraiment lumineuses. Des gens tout simples, d’apparence ordinaire (dans la rue je ne les aurais pas remarqués) mais quand ils commençaient à parler, c’était incroyable – ils irradiaient littéralement. Il y avait même quelque chose de l’ordre de la beauté, un peu comme un tableau d’art.

On a tous des gens qui nous ont marqués : souvent des personnes qui vous ont fait plaisir, ou qui vous ont donné de la joie, ou vous ont soutenus dans les difficultés… et puis il y a ces personnes qui vous ont montré qu’un autre chemin était possible : ils vous ont inspirés par leur sens de la justice, nourris par leur soif de vérité, fait du bien par leur attitude aimante et pacifique. Les rencontrer a marqué un tournant dans votre vie. Pour certains, c’est même des personnes qui ont marqué l’histoire et qui donnent le cap – comme un grand scientifique ou une personne qui s’est battue pour les autres. Ce sont des gens dans la meilleure version d’eux-mêmes, qui nous donnent envie de nous aussi devenir meilleurs.

Pourtant, si rencontrer ces gens nous inspire et nous remplit d’enthousiasme, il nous est bien difficile nous-mêmes de devenir comme eux, aussi lumineux. Et puis, nos « modèles » ont toujours leurs limites, leurs faiblesses – on le sait, ils sont humains comme nous, mais ça ne nous empêche pas d’être parfois profondément déçus quand la personne qui nous a fait si forte impression révèle son côté sombre.

Rechercher le meilleur modèle   

Un des disciples de Jésus, l’apôtre Paul, écrit aux chrétiens de Corinthe, en Grèce, justement sur ce sujet : qu’est-ce qui m’influence ? Qu’est-ce qui me tire vers le haut ? On peut s’inspirer de la vie de nombreuses personnes, mais pour lui, la plus grande source d’inspiration, celle qui ne nous décevra jamais et dont on ne peut pas atteindre les limites, c’est celui qui n’a pas de côté sombre : Dieu, celui qu’il appelle le Maître, le Seigneur. Selon la Bible, nous avons été créés pour ressembler à Dieu qui se révèle parfaitement à travers le Christ.

2 Corinthiens 3.18

18 Nous tous, le visage découvert, nous reflétons la gloire du Seigneur ; ainsi, nous sommes transformés pour être semblables au Seigneur et nous passons d’une gloire à une gloire plus grande encore. Voilà en effet ce que réalise le Seigneur, qui est l’Esprit.  

Je n’ai pas lu ce qu’il y avait avant, donc ça peut paraître bizarre. Paul parle de la spécificité de notre relation avec Dieu à travers Jésus, et il fait la comparaison avec la relation entre Dieu & Moïse (le grand prophète, le chef qui a conduit le peuple juif hors de l’Egypte, en passant par la mer rouge etc.). Moïse était très proche de Dieu – il y a notamment une période où il a passé de longues semaines seul en haut d’une montagne à noter par écrit le projet que Dieu avait pour son peuple. Ils étaient proches mais bien sûr Moïse ne le voyait pas directement. Quand il faisait des pauses et redescendait, il était si lumineux que le peuple avait presque peur ; alors Moïse mettait un voile pour atténuer son éclat. Imaginez que vous soyez si lumineux que vous en éblouissez les autres – et qu’ils doivent mettre des lunettes de soleil ;) Nous avons chanté : ébloui, éblouis par Dieu – Moïse était ébloui par dieu, il était exposé à sa présence lumineuse au point d’en devenir éblouissant lui-même.

L’idée de Paul, c’est que Moïse n’a vécu cette expérience lumineuse que pendant une courte période – et voyez le résultat ! Mais le Christ révèle parfaitement qui est Dieu – c’est comme si Dieu était derrière nous et qu’il se laissait voir dans le reflet d’un miroir devant nous. L’image que nous voyons sur le reflet, c’est Jésus-Christ. Nous ne voyons pas encore Dieu complètement, mais nous avons déjà une image de lui très précise et très concrète, en Christ. Donc lorsque nous regardons Jésus par nos yeux ou à travers les récits de l’Evangile qui nous le décrivent, nous avons une représentation nette de la gloire, de l’être-même de Dieu (la gloire c’est le poids, la valeur, l’ampleur d’une personne). Lorsque nous regardons le Christ, il nous renvoie l’éclat de la lumière qui est en Dieu – et il n’est pas possible d’en sortir indemnes ! Quand vous allez au soleil, vous revenez avec de belles couleurs, imaginez le bien que nous fait la lumière de Dieu.

Mais la lumière nous transforme aussi à l’intérieur : comme le soleil vous fait secréter de la vitamine D qui est bonne pour vos os, votre humeur ou votre immunité, s’exposer à la lumière de Dieu fait naître en nous de bonnes choses. Dieu, quand nous nous tournons vers lui à travers Jésus, Dieu nous inspire, nous motive, nous guérit, nous corrige, nous allège – il nous transforme. Il répare ce qui est tordu, assainit ce qui moisit, fortifie ce qui est faible.

Alors, est-ce qu’on a vraiment besoin d’être réparés ? Est-ce que nos défauts ne font pas partie de notre charme ? Faut-il absolument de devenir meilleurs ? On l’entend souvent : si tout le monde était parfait, on s’ennuierait…

Est-ce que c’est si vrai, que sans nos défauts, la vie perdrait de son charme ?

Evidemment, si vous pensez à un artiste tellement dans les nuages qu’il en est un peu tête en l’air, ou à quelqu’un de si spontané qu’il met parfois les pieds dans le plat…

Mais nos défauts, en vrai, c’est pas ça ! c’est ce qui  nous attriste quand on se regarde dans la glace : nos mensonges, trahisons, échecs, colères, peurs, agressivité, tout ce qui est tordu voire pervers que nous ne voulons pas toujours avouer… ce qui peut vite nous faire basculer dans celui qu’on ne veut pas être, ce qui nous fait fuir chez l’autre. Je crois qu’on s’en passerait bien, de ça, non ? de ces poids, de ces fardeaux, de ces lourdeurs, de ces pilotages automatiques qui nous emmènent parfois droit au désastre…

Une chose que Paul et les ouvrages de développement personnel ont en commun : le processus est progressif ! Ca c’est sûr ! Mais la différence, c’est qu’est-ce qui me transforme. Combien de fois j’ai essayé d’être gentille, paisible, altruiste, courageuse – par moi-même c’est des sauts de puce et quand je m’améliore d’un côté, je relâche d’un autre. Mais la bonne nouvelle de l’Evangile (Evangile ça veut dire bonne nouvelle), c’est qu’en Jésus, Dieu lui-même porte nos défaillances – quand dieu me regarde à travers le miroir de la foi, il voit la justice la bonté et la paix de Jésus. Et quand je regarde Jésus, je reçois la vie de Dieu lui-même, qui par son saint esprit répare nos défaillances. Quand je me tourne vers Jésus, sa lumière agit en moi – et il met toute sa force pour me faire progresser.

De là où nous sommes, quel que soit notre parcours de vie, nous aspirons à un mieux, nous aspirons à devenir meilleurs, une meilleure version de nous, plus belle, plus généreuse, plus humble, plus courageuse ! A qui regarder ? Nous pouvons nous inspirer de milliers d’exemples, mais seul le Christ nous met en contact avec la source de toute justice, de toute joie, de toute vérité et de toute paix, d’un amour inégalé – et cette source nous transforme de l’intérieur.

S’exposer activement à la lumière du Christ  

Alors si c’est Dieu qui me transforme, je n’ai plus rien à faire ?! Si, bien sûr. Dieu ne me transforme pas malgré moi : c’est un processus où je suis impliqué ! Pour grandir, pour ressembler de plus en plus au Christ, je dois m’exposer activement à sa lumière. Et ça veut dire deux choses : 1/ renoncer à ce qui est sombre, 2/ rechercher tout ce qui est lumineux, tout ce qui vient de Dieu.

1/ Renoncer à ce qui est sombre. On ne peut pas suivre des influences contradictoires dans notre vie. Si nous voulons nous rapprocher de Dieu, nous devons renoncer à ce qui nous éloigne de lui. Si nous voulons plus de lumière, nous devons renoncer à ce qui tue la lumière en nous. Ca peut être renoncer à des penchants dégradants ou des habitudes destructrices, mais aussi à des fonctionnements stériles ou à des valeurs égoïstes. Peut-être aussi réfléchir à ce qui m’influence dans ma vie : ce que je regarde, ce que j’écoute, qui je fréquente (il n’y a pas que les ados qui ont de mauvaises fréquentations !). Qu’est-ce qui me fait grandir, et qu’est-ce qui me tire vers le bas ?

Pour vivre avec Dieu, il faut nous détourner de ce qui nous détourne de lui.

2/ Pour lui ressembler davantage, nous devons choisir ce qui nous rapproche de lui.

Ca demande d’abord de connaître Jésus, de toujours mieux le connaître, car on n’a jamais fait le tour de tout ce qu’il a à nous apprendre. Pour le connaître, le mieux c’est encore les évangiles : quatre biographies de Jésus qui présentent sa vie, ses actes, ses paroles, ses attitudes. Le reste de la Bible, avant et après, permet de comprendre les enjeux et la portée de la vie de Jésus. Donc lire les Evangiles, les méditer, s’en imprégner, c’est s’exposer à la lumière du Christ.

Il ne suffit pas de connaître Jésus. Si vous voulez vous mettre à la course, et que vous avez lu un manuel sur la meilleure méthode pour la course à pied et acheté de bonnes chaussures, mais c’est tout, vous n’irez pas loin ! Il faut vous y mettre, vous entraîner ! C’est pareil pour ressembler à Jésus : il faut s’entraîner concrètement à vivre comme lui. Il ne s’agit pas de fréquenter seulement des gens ou des lieux chrétiens ! D’ailleurs, Jésus n’était pas comme ça : il allait partout et fréquentait des gens de tous bords.

Vivre comme Jésus demande de changer de filtre par rapport à notre vie : au lieu d’agir par automatisme, demandons-nous comment Jésus réagirait, comment lui il aborderait la situation. Dans tout ce que nous vivons, facile ou difficile, nous pouvons grandir en choisissant de laisser Jésus nous inspirer.

Parfois/ souvent, nous nous tromperons – comme à la course, vous vous ferez des claquages ou vous tomberez – mais ce n’est pas grave : nous nous entraînons ! Peu à peu, les muscles se forment, le chemin se fait, la ressemblance au Christ grandit.

Tout cela, nous ne pouvons le vivre que dans la prière, car si nous avons notre part à faire, c’est surtout Dieu qui agit et nous le savons.

« Dieu, que veux-tu transformer en moi en ce moment ? »

ou « Conduis-moi dans ces circonstances confuses, car je ne sais pas où aller : montre-moi le chemin, donne-moi un signe ! » et le Dieu qui a créé la terre trouvera bien le moyen de vous guider !

ou, quand nous savons où aller mais que nous nous sentons faibles : « Donne-moi la force et la volonté de choisir le meilleur ! »

Conclusion

Est-ce que si nous ressemblons tous à Jésus nous serons tous pareils ? Non, car nous lui ressemblerons à notre manière. Imaginez que nous soyons tous des lampes avec des abat-jours de formes et de couleurs différentes. De très belles lampes ! mais éteintes. En nous approchant de Dieu par Jésus, le courant se branche à nouveau, et la lumière arrive dans l’ampoule (à faible consommation d’énergie) qui gagne progressivement en luminosité.

En marchant avec Jésus, la vie ne sera pas forcément plus simple ou plus facile, mais elle sera plus légère : avec le temps, certaines questions ne se posent plus, certaines tentations disparaissent, des évidences se forment – Dieu porte notre vie avec nous. Avec lui, nous vivrons plus de joie, car il agit en nous et autour de nous pour le meilleur. Et la paix ! La paix de se savoir toujours avec lui, dans sa lumière, une lumière que rien ni personne ne peut éteindre. Oui, laissant derrière nous la confusion et les tiraillements, nous recevrons la paix – car nous marchons dans la lumière de Dieu, vers le meilleur.

Motivés par l’essentiel (2) Façonnés pour la famille de Dieu

« En famille » à l’église

Si je vous dis qu’hier soir, j’ai passé une soirée où je me suis sentie « en famille », vous ne me demanderez pas forcément qui de ma famille est venu me voir mais vous comprendrez que je me suis sentie bien, à l’aise, que j’étais moi-même, dans un environnement de confiance et chaleureux. C’est ça, le sens de l’expression « en famille » : quand on se sent à sa place, reconnu, accueilli tel qu’on est, avec tout ce qu’on est. Ca arrive en famille justement, dans ces relations où on sait qu’on n’a rien à prouver, qu’on est aimé et valorisé sans avoir mérité quoi que ce soit. On a notre place.

Malheureusement, nos familles ne sont pas toujours ces lieux où nous nous sentons complètement accueillis ou en confiance… Combien de tensions avec nos parents, nos frères et sœurs, notre belle-famille ?… Pour certains, les réunions de famille relèvent plus du cauchemar auquel on se prépare 3 mois à l’avance que d’un havre de paix et d’amour ! Vous me direz, il n’y a pas qu’en famille qu’on se sent en famille ! Nous retrouvons avec certains amis proches cette liberté, cette aisance, cette simplicité dans les relations. Même là, les questions de temps, de mobilité, de loyauté, font que les liens d’amitié, même s’ils sont très forts pendant une période, peuvent se disloquer, à notre grand regret.

Tous, que nous soyons plutôt solitaires ou sociables, nous avons au fond de nous cette soif de relations profondes et authentiques où nous nous savons acceptés et aimés quoi qu’il arrive. Et même si au quotidien nous avons du mal à étancher cette soif, il n’en demeure pas moins que nous avons été créés, câblés, façonnés pour vivre des relations « en famille », des relations authentiques et pleines d’amour donné et reçu. Dans notre série « Motivés par l’essentiel » (livret), c’est le 2e essentiel de notre vie sur terre : le premier, c’est que nous avons été conçus pour le plaisir de Dieu, pour trouver notre joie en sa présence. Mais le 2e essentiel, c’est que nous avons été façonnés pour aimer.

Lecture biblique: Ephésiens 1.3-6

3 Louange à Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ ! En effet, il nous a bénis dans le Christ en nous communiquant les dons de son Esprit qui viennent du ciel. 
4 Avant la création du monde, Dieu nous a choisis dans le Christ pour que nous soyons saints et sans défaut devant ses yeux. Dieu nous aime 5 et, depuis toujours, il a voulu que nous devenions ses fils par Jésus-Christ. Il a voulu cela dans sa bonté.
6 Alors chantons la gloire de Dieu pour la grandeur de ses bienfaits ! Il nous les donne généreusement par son Fils très aimé.

Dieu veut une famille nombreuse

De toute éternité, Dieu aime. Dieu est amour, on le dit souvent. Mais est-ce qu’on saisit à quel point Dieu est amour ? Est-ce qu’on saisit que l’une des caractéristiques éternelles de Dieu, bien avant la création de notre monde, c’est les relations d’amour qui existent entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint ? C’est ce qu’on dit quand on parle de « trinité » : d’autres religions croient que le dieu ou la divinité est puissant, juste, créateur, vrai… certains vont même dire que ce dieu est bon ou plein de compassion envers nous – ça rejoint l’une des affirmations centrales de la Bible. Mais comment Dieu pourrait-il être aimant de toute éternité s’il n’avait jamais connu de relation avant nous ? Dire que Dieu est amour, ça veut dire que Dieu expérimente cet amour – et si ça fait partie de son essence, alors c’est des relations éternelles. L’image que donne la Bible, notamment ici, c’est l’image de la famille : de toute éternité, Dieu est « en famille », Dieu est une famille.

Mais il a voulu une famille nombreuse. (diapo) Non que le Fils divin ne lui suffise pas, non que l’Esprit saint le déçoive, mais l’amour de Dieu est vaste, et large, et immense, et Dieu voulait… toujours plus ! Il voulait aimer, et voir aimer ! Il nous aime, lui, mais il désire aussi pour nous des relations aimantes et bienfaisantes avec d’autres – comme en reflet de ce que lui a toujours vécu.

Et lorsque le mal s’est mis en travers, lorsqu’il a déformé notre relation avec Dieu, avec les autres, avec nous-mêmes, Dieu n’a pas supporté de nous perdre. Le Fils a tout donné, il s’est donné lui-même pour que nous puissions retrouver notre place auprès de Dieu, comme des enfants adoptés, retrouvés, près de lui, pour toujours. Grâce à ce don du Christ, Dieu nous remplit à nouveau de son Esprit, pour combler notre vie de sa présence.

Il y a de quoi chanter la grandeur de l’amour de Dieu ! Il y a de quoi célébrer le Christ ! Il y a de quoi nous réjouir de la présence du Saint Esprit ! Mais nous pouvons aussi nous réjouir de la famille que Dieu nous donne. Car oui, en devenant ses fils et ses filles bien-aimés, nous recevons des frères et sœurs dans la foi. De fait, tous ceux qui croient en Jésus-Christ et qui appellent Dieu « Père », tous ceux-là sont frères et sœurs… pour l’éternité ! Vous qui avez des frères et sœurs, comment auriez-vous pu ignorer votre fratrie à la maison ? Quand vous êtes nés, ils étaient là ! A table, ils étaient là ! Dans la voiture, en vacances, aux réunions de famille, aux anniversaires… ils étaient là ! Et tout parent vous le dira : l’amour entre les enfants compte presque autant que la relation avec les parents…

De toute éternité, Dieu désire et se prépare une famille nombreuse, avec des enfants de tous âges, et de tous styles, qui se réjouissent ensemble, se soutiennent dans les difficultés, s’entraident aux différentes étapes de la vie : tout simplement une fratrie qui s’aime, comme le Père aime ses enfants !

Vivre l’église « en famille »

L’Eglise, dans l’histoire et dans le monde, est le rassemblement visible des enfants de Dieu, disons que c’est la grande famille de Dieu. Et toutes les communautés locales, temporaires, que nous formons sont les branches de cette famille – vous savez, comme les branches que l’on trouve dans les arbres généalogiques.

A partir du moment où l’on dit que l’église est un morceau de la famille de Dieu, notre attente, légitime, c’est qu’elle soit « familiale ». Surtout dans nos églises évangéliques, où nous sommes très attachés à cette notion de fraternité, d’accueil, de chaleur fraternelle. Mais qu’entend-on par une église « familiale » ? Il y a parfois des soupirs de regrets : ah, l’église a grandi, on ne connaît plus tout le monde, c’est anonyme… Et nous ne sommes que 200 ! Imaginez les églises qui comptent plusieurs milliers de membres ! Il y a derrière ces regrets la nostalgie d’une vie d’église intense, riche, avec des relations fortes. Mais le côté « familial » ne dépend pas du nombre de membres. Vous trouverez des petites familles froides et indifférentes, avec des repas de Noël à 5 pleins de tension et de malaise, alors qu’il y a de grandes familles chaleureuses et aimantes ! Vivre l’église comme une famille ne dépend pas du nombre de membres, mais de la qualité des relations que nous avons entre nous. C’est la fraternité entre nous qui détermine à quel point notre église est « familiale ».

Si nous voulons, si vous voulez, vivre pleinement votre vie chrétienne, vous ne pouvez pas faire l’impasse sur vos frères et vos sœurs. Ils font partie intégrante de votre relation avec Dieu. Et vivre l’église en famille demande que chacun de nous investisse dans des relations fraternelles. Pas avec tout le monde, c’est impossible ! Mais si chacun d’entre nous décide de s’investir dans une relation familiale avec mettons 2 personnes (l’objectif est modéré ! c’est pour commencer…), notre église, notre vie !, ne sera plus la même.

Investir dans des relations fraternelles, c’est y passer du temps  : eh oui ! vous investissez avec vos précieuses ressources – à la banque c’est l’argent, en famille c’est le temps ! si vous n’appelez jamais vos frères et sœurs ou vos parents, si vous ne passez jamais de temps ensemble, si vous ne faites rien ensemble… comment sera votre relation ? Une relation familiale demande du temps ! Du temps en petit comité, du temps pour se connaître, pour s’apprivoiser, pour s’épauler… Les activités que nous avons dans l’église ce sont des retrouvailles de famille, mais nous développons notre fraternité dans les petits groupes (de partage ou de service, organisés par l’église ou spontanés). Par exemple en invitant à manger ou proposant un café à un autre membre de l’église, en donnant de vraies nouvelles quand on vous dira à la fin du culte « ça va ? ». En rejoignant un groupe. En proposant à quelqu’un de prier avec lui, ou de lire la Bible ensemble. Réfléchissez à comment vous pourriez vivre des relations un peu plus fraternelles, juste un pas supplémentaire.

J’insiste sur le fait de vraiment se connaître les uns les autres, pour vivre une vraie fraternité. Une relation familiale, c’est une relation authentique, où chacun est lui-même, sans faux-semblants, sans chercher à se cacher ou à en imposer, avec ses points forts, ses limites, ses défauts. Et nous chrétiens, étrangement, nous avons du mal avec l’authenticité. Nous qui croyons en un Dieu de grâce qui nous prend tels que nous sommes et nous lave, nous purifie, nous transforme avec patience, quelque soit l’état de dégradation dans lequel nous étions. Nous qui affirmons et chantons que le salut par grâce est un salut immérité, que nous avons simplement à croire, en laissant Jésus porter (et emporter) notre honte et notre culpabilité. Nous qui disons avec les réformateurs Luther et Calvin que nous sommes toujours des pécheurs pardonnés, fautifs et imparfaits mais couverts par le sang du Christ – en lui nous avons l’assurance d’être aimés de Dieu.

Nous qui croyons tout cela, pourquoi avons-nous tant de mal à vivre dans l’église des relations authentiques ? Sûrement que quelque part, il y a le désir de bien faire – Dieu m’a sauvée et lavée pour que j’apprenne à mener une vie sainte, juste et belle : quand j’échoue, j’ai honte. Et puis je veux montrer aux autres mes bons côtés, mes réussites, c’est normal ! Il y a peut-être aussi la peur – la peur d’être la seule à n’avoir rien compris (le diable s’évertue toujours à nous couvrir d’accusations et c’est ainsi qu’il nous isole – de Dieu et des autres), la peur de décevoir, d’être jugée, d’être rejetée… Chacun se demande : qu’est-ce qu’ils penseraient de moi s’ils me connaissaient vraiment ? Nous avons tant d’exemples où nous avons fait confiance, en famille, en amitié, en amour, et la porte s’est refermée.

Le problème, c’est que nous n’avons pas le choix ! Soit nous aimons de vraies personnes, soit nous aimons des mirages – mais je doute que ça marche pour Dieu. Pour aimer, nous devons avoir le courage de l’authenticité, au moins avec quelques uns. Le courage d’être nous-mêmes, de confier nos joies, nos projets, nos rêves, nos doutes, nos peurs, nos échecs. Le courage de demander conseil, et la prière. Le courage de chercher Dieu ensemble.

Mais aussi le courage de regarder l’autre en frère, en sœur, même quand il me déplaît ou que je ne comprends pas. Le courage d’écouter sans rétorquer au quart de tour, en choisissant la grâce, comme Dieu l’a fait avec nous, le courage du pardon et de l’accompagnement. Le courage aussi de parler, en disant à l’autre ce qu’il n’a pas forcément envie d’entendre, mais pour le faire grandir pas pour l’écraser, sans remettre en question sa place auprès de Dieu ou parmi nous.

Vivre l’éternité aujourd’hui

Comment vivre cette véritable fraternité en église si déjà c’est difficile avec nos proches ?  Je crois que si Dieu a mis tant d’énergie à se façonner une famille, depuis la création jusqu’à la croix, la résurrection, le don de l’Esprit, il va nous éduquer ! ou nous rééduquer ! Ayons confiance : Dieu donne à chacun de ses enfants le saint Esprit qui agit dans nos cœurs, qui guérit les blessures, qui arrondit les angles, qui ouvre de nouvelles possibilités. Il nous donne le Christ pour compagnon et pour modèle.

Mais ne nous leurrons pas : la fraternité dans l’église reste un défi ambitieux à relever. Nous devons faire le choix du partage, voire du pardon. Mais est-ce vraiment un choix ? Pouvons-nous ignorer les autres enfants de Dieu qui habitent la même maison que nous ? Pouvons-nous rester dans notre coin ? Pouvons-nous décréter que l’amour dans la famille du Dieu d’amour est une option ?

De toute éternité, Dieu nous a préparé une place dans sa famille. Et je ne sais pas trop à quoi ressemblera la vie dans l’éternité de Dieu, mais une chose est sûre, nous y serons ensemble ! Aujourd’hui, nous avons un avant-goût de l’éternité au sein d’une branche de la famille. Aujourd’hui, nous pouvons déjà expérimenter, goûter, tester à quoi ressemble l’amour tel que Dieu l’imagine. Aujourd’hui, nous pouvons laisser cet avant-goût de l’éternité transformer nos relations, nous éduquer à la fraternité – et peut-être même qu’ayant appris à aimer comme Dieu ici, nous pourrons mieux aimer ailleurs.