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Accueillir Jésus

Jésus arrive à Jérusalem, la capitale. Il est déjà venu, mais là, c’est la dernière fois. Il le sait : ça fait des mois que la tension monte avec les autorités religieuses. Plusieurs fois il a échappé de justesse à ceux qui voulaient l’éliminer. Il va mourir – dans quelques semaines ? quelques jours ? Jusque là, sa sagesse, sa puissance, sa bonté ont bouleversé les foules. Mais en avançant vers sa mort, il devient plus clair sur son identité et sa mission.

Alors il reprend ce code du roi pacifique, monté sur un ânon, plein d’une autorité bienveillante. Certains l’acclament, d’autres sont indifférents, d’autres encore s’offusquent : pour qui se prend-il ? pour le roi ? Plus Jésus est clair sur ce qu’il est, plus il est difficile d’être vaguement indifférent. Il faut prendre parti. Plus son identité est claire, plus la façon de l’accueillir doit être adaptée : on n’accueille pas chez soi de la même façon un vendeur qui fait du porte-à-porte ou son propriétaire, ou bien un artisan venu faire des réparations ou son frère. En tant que chrétien, notre foi est centrée sur Jésus, mais qu’est-ce que ça implique ?

Je vous propose de méditer la suite de l’entrée de Jésus à Jérusalem : il continue son parcours, jusqu’au cœur de la capitale, le temple.

Lecture biblique: Luc 19.41-48 (Traduction Œcuménique de la Bible) 

41 Quand il [Jésus] approcha de la ville et qu’il l’aperçut, il pleura sur elle. 

42 Il disait : « Si toi aussi tu avais su, en ce jour, comment trouver la paix… ! Mais hélas ! cela a été caché à tes yeux ! 

43 Oui, pour toi des jours vont venir où tes ennemis établiront contre toi des ouvrages de siège ; ils t’encercleront et te serreront de toutes parts ; 44 ils t’écraseront, toi et tes enfants au milieu de toi ; et ils ne laisseront pas en toi pierre sur pierre, parce que tu n’as pas reconnu le temps où tu as été visitée. »

45 Puis Jésus entra dans le temple et se mit à chasser ceux qui vendaient. 46 Il leur disait : « Il est écrit : Ma maison sera une maison de prière ; mais vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » 

47 Il était chaque jour à enseigner dans le temple. Les grands prêtres et les scribes cherchaient à le faire périr, et aussi les chefs du peuple ; 48 mais ils ne trouvaient pas ce qu’ils pourraient faire, car tout le peuple, suspendu à ses lèvres, l’écoutait.

Jésus le prophète

Jésus finit sa procession royale, comme tout bon roi, au temple. Normalement, le roi y offre un sacrifice à Dieu, un sacrifice de reconnaissance, mais on voit que Jésus est dans une autre démarche. Mais avant d’entrer vraiment à Jérusalem, il fait une pause, pour regarder cette ville, qui représente tout un peuple, tout un projet de la part de Dieu. L’historien Luc est le seul à mentionner cette pause, et elle nous en dit long sur la façon d’accueillir Jésus.

Il faut savoir que depuis des siècles, le peuple juif attend une visite de Dieu – pas une visite de courtoisie ! Une intervention, une rencontre qui leur apportera la paix véritable, la libération politique mais aussi intérieure, spirituelle, la libération du mal. Et quand Dieu, en Jésus, donc en tant qu’homme, vient les visiter, ils ne le voient pas ! Ils le rejettent ! Alors Jésus en tire les conséquences, à la manière d’un prophète – d’ailleurs il va citer des prophètes juifs pour parler de l’aveuglement du peuple et de ses terribles conséquences : la ruine de Jérusalem, la destruction du pays.

Jésus décrit en fait la prise de Jérusalem, assiégée et dévastée, qui aura lieu en 70 après JC, quand l’empereur romain Titus détruira la ville et le temple. Ca a déjà eu lieu par le passé (avec une première destruction de Jérusalem par les Babyloniens presque 600 ans plus tôt, en 586 avant JC), parce que le peuple avait abandonné Dieu : ça va se reproduire. Ce n’est pas juste un événement historique, ici, c’est vraiment la conséquence d’un éloignement de Dieu.

On peut se sentir décontenancé devant des paroles si dures. Le Dieu juge, on l’imagine cantonné aux jours guerriers de l’Ancien Testament, pas en Jésus ! Normalement, lui, il est doux et humble de cœur !… Jésus nous révèle Dieu : à ce titre, il est juge lui aussi. Mais il nous révèle aussi comment Dieu est juge (ça marche dans les deux sens) – peut-être en remettant en question notre façon de nous représenter le juge.

D’abord, la sanction découle directement de l’attitude du peuple : c’est la terrible conséquence de notre liberté humaine. On veut le choix ? Il faut assumer… D’ailleurs, ces paroles veulent aussi faire prendre conscience des conséquences qu’il y a à rejeter Dieu, comme un électrochoc pour inviter à revenir à lui. Cette prophétie est logique : si Dieu est source de vie, si c’est sérieux cette histoire, qu’est-ce qu’on peut attendre hors de lui ? Si c’est lui qui donne l’amour, le pardon, la paix, que peut-on attendre en s’écartant de lui ? Si vous conduisez de nuit et que vous éteignez vos phares, que va-t-il se passer ? Vous ne verrez plus rien, vous risquez de vous prendre un mur, de tomber dans un ravin, de rentrer dans une voiture, peut-être de mourir. Hors du Dieu vivant, de sa lumière, que peut-on attendre ?

Mais Jésus le dit en pleurant… Dans les Evangiles, on ne voit Jésus pleurer que deux fois. Quelques jours plus tôt, lorsque son ami Lazare est enterré, et que Jésus contemple l’abîme de la mort dans lequel il va lui-même entrer bientôt. Et devant Jérusalem : Dieu, en Jésus, a tout mis en place pour accorder la paix. Il prend tout à sa charge – il n’y a qu’à accueillir ! Vincent évoquait la semaine dernière cette promesse de Jésus : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je mangerai avec lui et lui avec moi » (Apocalypse 3.20). Dieu fait tout le chemin jusqu’à notre porte. Il se fait homme, du début à la fin, il offre sa justice et porte notre violence, nos fautes, le mal, dans sa mort. Avec un seul but : nous faire entrer dans sa vie, dans sa paix, dans sa joie ! Comme s’il venait avec des valises entières de billets pour payer toutes nos dettes, pour rénover notre maison, pour organiser un festin – quelle tristesse quand la porte reste fermée ! Ce n’est pas étonnant que Jésus pleure.

Jésus le prêtre

Puis il arrive au temple, et c’est le même constat : l’aveuglement et la surdité à Dieu. Le Temple, ce lieu de la rencontre avec Dieu, ce lieu sacré qui symbolise la présence de Dieu sur terre, ce Temple qui est le titre de gloire du peuple d’Israël… Quand on y entre, on est assailli par les stands, les étalages, les comptoirs pour changer la monnaie, le bruit des bêtes qu’on peut acheter pour les sacrifices… C’est la cohue – et Jésus ne le supporte pas : il renverse les tables et vire les marchands. Son geste est violent, mais il est plus symbolique qu’autre chose : le temple ne remplit plus son rôle. On ne peut plus se recentrer sur Dieu – au-delà du temple, c’est toute l’institution de l’époque qui a dévié. Vu l’enchaînement des textes, on peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle le peuple, la ville, les autorités, sont incapables de saisir la paix que Jésus vient offrir, incapables d’entendre ce Dieu qui se tient à leur porte et qui frappe. C’est la cohue, et ils n’entendent plus rien.

Que penser de ce temple parasité ? Les stands et les étalages s’étaient installés là pour le côté pratique : pour des gens qui viennent de loin, trouver les « fournitures » du culte sur place, c’est l’idéal ! Mais de là à s’installer dans le temple… Ils auraient pu rester devant l’entrée ! Ce qui nous parasite, ce n’est pas forcément des mauvaises choses – c’est parfois de bonnes choses mais qui ne sont pas au bon endroit. C’est pratique d’avoir une voiture, mais vous ne la garez dans votre cuisine ou votre chambre ! C’est bon de faire du sport, mais pas au point de négliger votre couple ou de vous ruiner ! C’est pratique un téléphone, mais si ça devient la balise incontournable de chaque instant, on peut se poser des questions… C’est vrai aussi pour l’église : on aime tel chant, tel style de culte (ok) mais au point de ne pas pouvoir chanter Dieu si ce n’est pas notre répertoire (récent ou ancien d’ailleurs)… qu’est-ce qui prime ? Dans notre façon de vivre sous le regard de Dieu, seul ou en église,  posons-nous la question : est-ce qu’il y a des priorités qui se sont embrouillées ? des choses qui ont pris trop d’importance, au détriment de l’essentiel ? des points sur lesquels on devrait laisser couler mais qui nous divisent ? Des chevaux de bataille, des grands chevaux sur lesquels nous montons : quel contraste avec l’âne de la paix où s’assoit Jésus…

En faisant le ménage dans le temple, Jésus agit, non pas comme un croyant ordinaire, mais comme un prêtre, comme celui qui est responsable du temple ! D’où la rage des autorités religieuses : pour qui se prend-il ? Il n’est même pas de la bonne tribu ! C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. C’est décidé, il faut s’en débarrasser.

Jésus est entré à Jérusalem comme un roi, un prophète, un prêtre. Dans la société juive, les trois fonctions étaient bien distinctes, et ceux qui ont essayé le mélange des genres en ont subi les conséquences. Seul Jésus peut prétendre à toutes ces fonctions en même temps, comme Envoyé de Dieu qui vient établir un royaume nouveau (sur d’autres bases), qui vient révéler pleinement le projet de Dieu, qui vient offrir une nouvelle façon de s’approcher de Dieu, non plus par les sacrifices d’animaux mais en s’appuyant sur son sacrifice à lui. Jésus est un homme, comme nous, et tellement plus qu’un homme : il est Dieu.

            Faire de la place pour accueillir Jésus

Si c’est vrai, on ne peut pas l’accueillir n’importe comment ! Si c’est vrai, on ne peut pas l’accueillir n’importe comment… Dans une semaine, c’est Pâques. Nous célébrerons le Roi qui triomphe du pire ennemi qui soit (la mort), le Prophète dont les paroles se sont réalisées, le Prêtre qui s’est donné lui-même. Mais il ne suffit pas de le célébrer, il faut l’accueillir.

Peut-être pour la première fois, si vous n’avez jamais fait ce pas : ouvrir la porte à Jésus [geste qui frappe] ce n’est pas forcément très compliqué. On peut juste lui dire (comme il est Dieu, comme il est vivant, il nous entend) : « viens dans ma vie. Viens dans ma vie. Je veux recevoir ce cadeau de ton pardon, de ta paix, de ta joie. » Par contre, je vous préviens : quand Jésus arrive, ça déménage ! Il y a des choses dont il va se débarrasser parce que c’est toxique, d’autres qu’il va ranger parce que ce n’est pas à la bonne place – mais qu’est-ce que c’est bon d’entrer dans une vie propre, aérée, qui sent bon !

Mais ce n’est pas parce qu’on a reçu Jésus dans sa vie, par la foi, qu’il n’y a plus jamais de ménage à faire… Il y a le grand ménage de l’installation, mais ensuite le ménage courant, le ménage de printemps… Ce n’est pas parce qu’on est chrétien qu’on ne peut pas devenir sourd à Dieu, qu’on ne peut pas s’éloigner ou se laisser parasiter… Qu’est-ce qui s’est incrusté dans notre église, notre vie, notre cœur ?  des petits mensonges ? des graines d’amertume ? de la colère ? une certaine tiédeur ? Cette semaine de Pâques c’est l’occasion de faire le point, et demander à Dieu d’enlever de notre vie ce qui nous encombre, ce qui nous parasite, ce qui nous rend sourds à lui.

            Conclusion

Ce que Jésus veut nous donner, c’est exceptionnel. Unique. Inouï. Parce qu’il est lui-même inouï : il est dieu, venu parmi les hommes. Devenu un homme. Pour nous offrir la possibilité d’être enfants de Dieu, connectés au Créateur, remplis de sa vie et de sa paix. Mais pour l’accueillir vraiment, il faut faire du ménage. Et la bonne nouvelle, c’est que nous ne faisons pas le ménage tout seuls : Jésus le fait en nous, par son Esprit. Tout ce que nous avons à faire, c’est l’inviter à aller plus loin. Le laisser prendre les devants et le suivre. Faisons place à Jésus dans notre vie, lui le Roi, le prophète de la Vérité, Celui qui nous garantit l’amour de Dieu… Alors, alors, la paix de Dieu débordera dans nos mains…

Une foi aux mille nuances

 

rainbow

Dans trois semaines, nous fêterons Pâques. Nous proclamerons la mort et la résurrection de Jésus, Dieu fait homme.

Si Jésus est mort, c’est pour nous délivrer de nos chaînes, de nos esclavages, de nos blessures – celles que nous portons, et celles que nous imposons aux autres. C’est pour nous rapprocher du Dieu dont nous étions déconnectés en portant sur lui tout ce qui en nous fait horreur à Dieu (ce que la Bible appelle péché). Par sa mort, nous sommes pardonnés, libérés de toute honte et de toute culpabilité devant Dieu – Jésus a tout assumé.

Mais Jésus ne nous donne pas seulement une nouvelle chance, la possibilité d’un nouveau départ, en effaçant l’ardoise de nos dettes. Il nous invite à une vie nouvelle, dont sa résurrection est le gage : il est vivant, d’une vie divine qui transperce même la mort. Cette vie, par la foi, nous pouvons la recevoir, comme nous avons reçu le pardon de Dieu par la foi. La caractéristique de cette vie, c’est que nous sommes maintenant connectés à Dieu. Directement, sans problème de réseau : nous pouvons recevoir de Dieu et lui donner, lui parler, lui demander, avec la liberté d’un enfant qui se confie à son père.

Mais ce n’est pas toujours facile de savoir comment se tenir devant Dieu. Comment être en relation avec lui. Dans notre enfance, nous avons appris que dans nos relations avec les autres, nous pouvons avoir différentes attitudes. Vous ne vous comportez pas de la même façon envers le maire de votre village ou votre beau-frère, votre conjoint ou votre mère, envers un inconnu ou un voisin. On s’adapte : le vocabulaire n’est pas le même, ni les sujets de conversation, ou encore le degré de confidence. Et le critère c’est l’identité de l’autre, qui détermine ma relation avec lui.

Le problème dans notre relation avec Dieu, c’est qu’on ne le voit pas. On l’entend rarement. Quelle attitude avoir envers lui ? Cette question, on ne peut y répondre qu’en méditant sur qui est Dieu. Tout dépend de qui est ce Dieu qui nous sauve, ce Dieu qui nous réconcilie avec lui.

Pour nourrir notre méditation, et nous aider à mieux être en relation avec Dieu, je vous propose un texte de l’AT, dans le livre de l’Exode, il y a quelques 3500 ans. Nous sommes à une époque difficile. Depuis plusieurs siècles, les descendants d’Abrahm, son fils Isaac et son petit-fils Jacob habitent en Egypte, où avec le temps ils sont devenus esclaves. L’oppression est de plus en plus dure. Il y a quelques années, un Juif a bien essayé de soulager leur misère, mais dans son ardeur il a tué un Egyptien et il a fui le pays. Cet homme c’est Moïse. Nous le retrouvons quarante ans plus tard…

Lecture biblique : Exode 3. 1-15

1 Moïse garde les moutons et les chèvres de Jéthro, son beau-père, le prêtre de Madian. Un jour, Moïse conduit le troupeau au-delà du désert et il arrive à l’Horeb, la montagne de Dieu.

2 Là, l’ange du SEIGNEUR lui apparaît dans une flamme, au milieu d’un buisson. Moïse regarde : le buisson est en feu, mais le feu ne détruit pas le buisson. 

3 Moïse se dit : « Je vais faire un détour pour voir cette chose étonnante. Le buisson n’est pas brûlé. Pourquoi donc ? » 

4 Le SEIGNEUR voit que Moïse fait un détour pour regarder. Alors Dieu l’appelle du milieu du buisson : « Moïse ! Moïse ! » Moïse répond : « Je suis là ! » 

5 Le SEIGNEUR dit : « N’approche pas du buisson ! Enlève tes sandales parce que cet endroit est saint. 6 Je suis le Dieu de tes ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob. » Moïse se cache le visage parce qu’il a peur de regarder Dieu.

Piqué par la curiosité devant un buisson qui ne brûle pas, Moïse s’avance. Au milieu de ce buisson, la voix de Dieu.

C’est l’ange du Seigneur, ange au sens de messager. On retrouve bien souvent cet « ange du Seigneur » dans l’AT, un messager qui s’exprime au nom de Dieu, avec l’autorité divine, au point que quand il parle on peut dire que Dieu parle. Là où il est, on peut dire que Dieu est présent d’une manière spéciale. On ne voit pas Dieu tel qu’il est, mais ce messager porte un peu du poids divin.

Dieu appelle Moïse deux fois, avec affection, c’est lui qui prend l’initiative, mais il le repousse juste après : « N’avance pas trop près ! Garde tes distances ! Et enlève tes chaussures, comme on le fait quand on entre chez un supérieur. » A d’autres époques, on ferait la révérence, on s’inclinerait.

Dieu révèle à Moïse, dès les premiers mots de leur échange, sa sainteté en premier. Qu’est-ce que cela signifie ? Dieu est pur : rien de mal en lui, rien d’imparfait qui puisse l’approcher sous peine de se consumer, de s’auto-détruire, comme on se brûle en touchant une flamme. Mais dans la pureté de Dieu, il y a aussi de la puissance, quelque chose de majestueux et d’impressionnant comme un éclair ou un sommet enneigé. Dieu est roi.

La sainteté de Dieu va être au cœur de ce que Dieu veut apprendre au peuple d’Israël par la suite : on ne s’approche pas de lui n’importe comment, sous peine de se brûler. Dieu demandera un temple avec des étapes, des sas, des restrictions, pour le souligner : on ne s’approche pas n’importe comment du Créateur, du Roi pur et puissant.

7 Le SEIGNEUR continue : « J’ai vu la misère de mon peuple en Égypte. Je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs égyptiens. Oui, je connais ses souffrances. 8 Je suis donc descendu pour le délivrer du pouvoir des Égyptiens. Je veux l’emmener d’Égypte dans un pays beau et grand qui déborde de lait et de miel. C’est le pays des Cananéens, des Hittites, des Amorites, des Perizites, des Hivites et des Jébusites. [en évoquant les peuples, il dessine le contour des régions qui formeront le pays] 9 En effet, les cris des Israélites sont montés jusqu’à moi, et j’ai vu aussi comment les Égyptiens les écrasent. 10 Alors maintenant, je t’envoie vers le roi d’Égypte. Va et fais sortir de son pays les Israélites, mon peuple. »

Dieu ne s’étend pas sur sa sainteté, et il montre vite sa compassion. Il voit, il entend, il connaît les souffrances de son peuple – alors il va agir (il va « descendre »), et il va agir par l’intermédiaire de Moïse.

Il va libérer Israël de l’esclavage, pour le faire entrer dans un pays où le peuple pourra être souverain, et vivre librement sa relation avec Dieu. C’est un projet d’abondance que Dieu a : abondance visible, matérielle (le lait et le miel symbolisent la richesse des terres), mais aussi abondance spirituelle (la liberté, la joie, la justice, la paix…).

C’est un projet qui en annonce un autre, plus global : le salut en Jésus. Toute sa vie, et jusque dans sa mort, il œuvrera pour libérer de l’esclavage, et du pire qui soit : l’esclavage du péché, ce mal en nous qui nous empêche de vivre vraiment, dans la présence de Dieu. Le salut, c’est cette vie abondante dans la présence de Dieu, que nous commençons à vivre par la foi, mais dont nous attendons le plein accomplissement, lorsque Dieu aura instauré justice et paix dans ce monde.

Dieu intervient, non pas parce qu’Israël est un peuple particulièrement attendrissant, mais parce qu’il y a plusieurs siècles, Dieu a fait une promesse. Une promesse à Abraham, Isaac, et Jacob. La promesse d’un pays, la promesse de la vie avec lui. Il a fallu du temps pour accomplir cette promesse pour des raisons qui nous échappent. Mais maintenant, Dieu se montre fidèle à sa promesse, à sa parole, à l’alliance conclue avec les ancêtres de Moïse.

11 Moïse répond à Dieu : « Moi ? Est-ce que je suis capable d’aller trouver le roi d’Égypte pour faire sortir les Israélites de son pays ? » 

12 Dieu lui dit : « Je serai avec toi. C’est moi qui t’envoie. Voici la preuve : quand tu auras fait sortir d’Égypte le peuple d’Israël, vous me servirez sur cette montagne. » 

13 Moïse dit à Dieu : « Bon ! Je vais donc aller trouver les Israélites. Je leur dirai : “Le Dieu de vos ancêtres m’envoie vers vous.” Mais ils vont me demander ton nom. Qu’est-ce que je dois répondre ? » 

14 Dieu dit à Moïse : « JE SUIS QUI JE SUIS. Voici ce que tu diras aux Israélites : “JE SUIS m’a envoyé vers vous.”  » 15 « Puis tu leur diras encore : “Celui qui m’a envoyé vers vous s’appelle LE SEIGNEUR. Il est le Dieu de vos ancêtres, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob.” C’est mon nom pour toujours. C’est le nom par lequel vous pourrez faire appel à moi de génération en génération. »

Moïse va jouer un rôle clef dans le projet de libération que Dieu a élaboré. Mais il doute, moitié par politesse (oh non, c’est trop d’honneur… qui suis-je ?…), moitié parce qu’il n’est pas le héros idéal ! Déjà avancé en âge, exilé depuis quarante ans, meurtrier (un meurtre n’a pas vraiment de délai de prescription !), il n’est pas à la hauteur.

Dieu répond avec une promesse : je t’accompagne, et un signe : tu vas y arriver, et quand tu auras accompli cette mission, tu seras avec le peuple, sur cette montagne-même où nous parlons, et vous inaugurez votre liberté avec une célébration qui sera le début d’une nouvelle ère.

Pour rassurer encore Moïse, Dieu précise son nom : Je suis. La forme utilisée dans le texte est ambiguë : ça peut vouloir dire « je suis » ou « je fais être, je crée ». Pour Dieu, qui est la source de toute vie, les deux marchent ! Puisqu’il est, puisqu’il crée, aucun obstacle n’est définitif. Dieu appelle ainsi Moïse au courage et à la confiance : allez ! on y va !

Moïse ne dira pas « je suis » aux Israélites, il dira « il est » avec les lettres qui forment le mot « yahvé », qu’on reprend parfois pour désigner Dieu. Dans ce nom, on sent la majesté de Dieu – il est. Il est saint, Il est compatissant, Il est avec nous.

            Une foi aux mille nuances

C’est ce Dieu-là que nous révèle Jésus : un Dieu impressionnant, un Dieu au cœur ardent, un Dieu très haut qui se fait très proche. Il a la vision panoramique du monde entier, avec ses univers qui nous restent inconnus, et en même temps, il nous entend et nous connaît. Et c’est avec ce Dieu-là que Jésus nous invite à vivre. Un Dieu dont la justice colore l’amour, dont la compassion fait vibrer la sainteté, un Dieu riche et profond. Comme la lumière blanche où se conjuguent les nuances des couleurs que nous connaissons, révélées dans un arc-en-ciel…

Nous sommes souvent touchés plutôt par un aspect de Dieu (Dieu est saint, Dieu est amour, Dieu est la vérité, Il est juste, artisan de paix…), parfois au détriment des autres. Mais le risque c’est de passer à côté du reste, et de rétrécir Dieu, comme on rétrécirait un arc-en-ciel à une seule couleur. Dieu est riche en nuances ; du coup, notre relation avec lui doit refléter ces différentes nuances pour être riche et authentique.

Par exemple, nous disons souvent « Dieu est amour ». C’est vrai. Mais parfois nous finissons par dire : « Dieu n’est qu’amour » – or il est aussi le Dieu saint, juste et vrai. Sa sainteté appelle notre crainte et notre respect, car nous sommes indignes, indignes de nous approcher du Créateur ! Mais Jésus a assumé cette indignité, et lorsque nous croyons en lui, nous pouvons utiliser son nom pour approcher Dieu, comme avec un laissez-passer : je connais le fils du patron ! Mieux, je suis son frère adoptif !  Mais Dieu reste le même, il est saint. On ne s’approche pas de lui comme d’un copain, ou d’un égal, même s’il nous aime. Il n’est pas à notre service, même s’il vient à notre secours. Et venir à lui, dans la prière, c’est dire d’abord : que ta volonté soit faite. Passe en premier. Qu’il n’y ait dans ma bouche aucune parole qui te déplaise, par mes mains aucun geste indigne, dans mes pensées aucun vice ni mensonge. Que ce qui doit brûler en t’approchant se détruise… Ce n’est pas une crainte peureuse qui nous habite, mais un respect admiratif, impressionné, humble devant la grandeur de Dieu…

Cela dit, n’insister que sur la sainteté de Dieu, c’est négliger les trésors de patience qui l’habitent. Négliger sa compassion et sa grâce : Il a pris l’initiative de nous sauver sans autre raison que son amour pour nous, sans que nos « mérites » y soient pour quelque chose. Et il continue ! Nous vivons dans la grâce de Dieu. Chaque jour, il renouvelle son pardon, et il œuvre pour nous transformer, par son Esprit qui habite en nous.

Voilà juste quelques couleurs sur l’arc-en-ciel de Dieu, mais rien que ces qualités-là interrogent : comment va votre relation avec Dieu en ce moment ? Y a-t-il une dimension de Dieu que vous avez oubliée récemment, ou des textes bibliques que vous évitez parce qu’ils vous mettent mal à l’aise ? Qu’avez-vous besoin de redécouvrir dans votre relation avec Dieu ? Sa justice, sa patience ? Sa sainteté, sa compassion ? Sa grandeur, sa présence ? Prenons un moment de silence pour demander à Dieu de nous éclairer, et nous conduire dans une relation plus riche et plus profonde avec lui.