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L’horizon de notre espérance

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Il me semble qu’en ce premier culte de l’année, il est légitime de parler d’espérance. Et c’est sans doute d’autant plus vrai dans le contexte que nous connaissons depuis deux ans… Je vous propose de le faire à partir du texte de l’Ancien Testament proposé pour ce dimanche de l’épiphanie.

Mais d’abord, quelques éléments de contexte avant de lire le texte. Les derniers chapitres du livre du prophète Esaïe s’adressent au peuple de Juda en Exil à Babylone, au VIe siècle avant Jésus-Christ. Ils sont découragés, loin de chez eux, déracinés. Leur avenir est bouché, sans espoir. Si le prophète leur adresse de vibrants appels à un retour à Dieu pour un peuple qui s’est écarté de l’alliance que Dieu avait faite avec eux, son message contient aussi de magnifiques promesses de restauration. Une espérance est possible, même dans les temps troublés qu’ils traversaient ! Le début du chapitre 60 est une des plus éclatantes expressions de cette espérance.

Esaïe 60.1-6
1 Debout, Jérusalem, brille de mille feux, car la lumière se lève pour toi : la gloire du Seigneur t’éclaire comme le soleil levant. 2 L’obscurité couvre la terre, la nuit enveloppe les peuples. Mais toi, le Seigneur t’éclaire comme le soleil qui se lève. Au-dessus de toi apparaît sa présence lumineuse. 3 Alors des peuples marcheront vers la lumière dont tu rayonnes, des rois seront attirés par l’éclat dont tu te mettras à briller.
4 Regarde bien autour de toi, et vois tous tes enfants : ils viennent et se rassemblent auprès de toi. Tes fils arrivent de loin, on ramène tes filles en les portant dans les bras. 5 En les apercevant, tu rayonnes de bonheur ; tu en es tout émue, ton cœur éclate de joie. Car les richesses de la mer arrivent chez toi, les trésors du monde affluent jusqu’à toi. 6 Ton pays se couvre d’une foule de chameaux : ce sont les caravanes de Madian et d’Éfa, arrivant toutes de Saba. Elles apportent de l’or et de l’encens en chantant les exploits du Seigneur.

C’est bien un texte pour l’épiphanie. Le mot signifie apparition, manifestation. Il n’est pas limité à l’épisode de la visite des mages pour voir la manifestation de Dieu dans l’enfant Jésus. On peut l’utiliser pour toute manifestation particulière de Dieu, toute révélation de sa gloire. D’une certaine façon, toute démarche de foi prend naissance dans une épiphanie : une révélation de Dieu, une expérience de sa présence, une prise de conscience de son existence. Elle peut être radicale et spectaculaire, comme Paul sur le chemin de Damas. Elle peut être plus secrète et intime, au fond de notre coeur.

Dans le contexte de l’Exil du peuple de Juda, le texte évoque un retour à Jérusalem. C’est un mouvement inverse à l’Exil : non seulement les enfants de Juda reviennent à Jérusalem mais les peuples et leurs rois se rendent aussi à Jérusalem, attirés par la lumière de la gloire du Seigneur.

Le retour de Juda à Jérusalem a bien eu lieu, quelques années plus tard. Mais ça ne s’est pas fait avec l’éclat et la gloire décrits dans ces versets. L’accomplissement de la promesse était encore à venir… Elle a alimenté l’espérance messianique des croyants Juifs. Elle alimente aussi aujourd’hui l’espérance chrétienne.

D’une certaine manière, on a un écho de ce texte dans le récit de la visite des mages chez Matthieu. Mais la lumière que les sages d’Orient sont venus contempler, guidés par une étoile, rayonnait sur le visage d’un enfant. C’est bien pourtant la lumière de la gloire de Dieu qui resplendissait, encore discrète. Elle sera plus éclatante lorsque cet enfant devenu adulte ressuscitera après sa mort. Elle brillera de tout son éclat le jour où, selon ses promesses, il reviendra pour établir le Royaume de Dieu.

La portée de ce texte d’Esaïe s’enrichit donc de la venue du Fils de Dieu sur terre, en Jésus-Christ, de sa vie, sa mort et sa résurrection, et de son retour prochain. Le plein accomplissement de la promesse d’Esaïe est encore à venir, au jour de la pleine révélation de la gloire de Dieu.

J’aimerais simplement souligner, à partir de ce texte d’Esaïe, trois effets de l’espérance sur le croyant.

 

L’espérance nous met debout

“Debout, Jérusalem !” (v.1) C’est par cet appel que commence notre texte. Debout ! Ne restez pas abattus, épuisés, découragés.

Notre espérance nous met debout, ou elle nous remet debout. Quelles que soient les circonstances de notre vie, quel que soit le contexte dans lequel nous vivons, l’espérance nous tient debout… et nous permet d’avancer.

Bien-sûr qu’il y a des raisons d’être fatigués, découragés, inquiets aujourd’hui. Je n’ai pas besoin de vous faire un dessin… Et si notre espoir n’est que dans ce monde, je ne suis pas sûr du tout qu’il y ait beaucoup de raisons de se mettre debout !

Mais Jésus-Christ est ressuscité, il s’est relevé de la mort. Avec lui, nous pouvons nous tenir debout. La puissance de sa résurrection est à l’oeuvre en nous aujourd’hui : elle nous restaure, elle nous purifie et nous pardonne, elle nous communique la vie et nous donne la victoire. Il ne s’agit pas d’être triomphaliste et de nier les combats que nous devons continuer à mener en tant que croyant. Mais il s’agit bien de saisir les promesses de Dieu, de laisser l’Esprit de Dieu faire son oeuvre de restauration en nous et d’expérimenter la puissance de la grâce de Dieu.

Et même si nous sommes accablés par l’épreuve, incapable de la surmonter, nous savons qu’un jour nous nous relèverons aussi de la mort, nous nous tiendrons debout en présence du Christ ressuscité, pour l’éternité. Au dernier jour, l’espérance nous mettra debout, pour toujours !

 

L’espérance nous donne un horizon

Au coeur de notre texte, il y a la lumière. Une lumière qui est celle du soleil qui se lève : “La gloire du Seigneur t’éclaire comme le soleil levant.” (v.1) Que regarde-t-on quand on contemple le spectacle d’un lever de soleil ? On regarde au loin, l’horizon.

L’espérance nous donne un horizon, un avenir qui ne s’arrête jamais. Elle permet de voir au-delà des épreuves et des difficultés du moment, aussi intenses soient-elles. Elle nous garantit que notre histoire ne se terminera pas dans ce monde mais qu’elle se prolongera pour l’éternité, dans un monde nouveau. Oui, l’horizon est dégagé depuis que Jésus a vaincu la mort !

On ne sait pas de quoi sera fait cette année 2022 qui s’ouvre devant nous. On a appris depuis deux ans à être prudent et à utiliser le conditionnel… Mais ce qui est certain, c’est que notre espérance n’est pas dans les laboratoires pharmaceutiques ou les candidats à l’élection présidentielle ! Ça ne veut pas dire que nous devions nous en désintéresser, évidemment. Mais nous devons toujours garder nos yeux fixés sur l’horizon de notre espérance.

C’est ce qui nous permettra de relativiser les espoirs et les désespoirs de ce monde, et voir plus loin, avec les yeux de la foi. Ainsi, quand l’avenir semble bouché, l’espérance voit au-delà, vers l’horizon du Royaume de Dieu qui vient.

 

L’espérance éclaire nos ténèbres

“L’obscurité couvre la terre, la nuit enveloppe les peuples. Mais toi, le Seigneur t’éclaire comme le soleil qui se lève” (v.2)

Vous remarquerez la forme verbale au présent. Ce n’est pas “le Seigneur t’éclairera, un jour, plus tard…” mais bien “le Seigneur t’éclaire”. C’est vrai dès aujourd’hui. C’est aussi cela l’espérance : non pas seulement un espoir pour demain mais une assurance dès aujourd’hui. C’est un peu la promesse de Jésus à ses disciples, qu’il fait juste avant de les quitter : “Je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde”.

Quand le soleil se lève, à l’horizon, sa lumière nous atteint. Elle commence à paraître même avant que le soleil se lève. Nous attendons encore, bien-sûr, le plein accomplissement de notre espérance. Mais sa lumière nous atteint dès aujourd’hui. Elle éclaire nos ténèbres, elle chasse la nuit qui nous entoure.

Notre vie dès aujourd’hui est illuminée par notre espérance, elle éclaire notre vie. D’ailleurs, dans notre texte, Jérusalem est appelée à briller de mille feux ! Je ne sais pas si notre espérance nous fait briller de mille feux… mais elle est au moins appelée à transparaître de notre vie.

Il y a une question pertinente à se poser en tant que croyant aujourd’hui, particulièrement dans le contexte que nous connaissons : comment pouvons-nous être porteurs d’espérance ? “Que votre lumière brille aux yeux de tous”, disait Jésus à ses disciples (Mt 5.16) Comment être porteur d’espérance dans un monde où règnent l’incertitude, la peur, la méfiance et le soupçon ?

Plutôt que de suivre comme des moutons, et de relayer soit les discours anxiogènes soit les discours complotistes, les chrétiens aujourd’hui ne devraient-ils pas avoir une voix discordante exprimant la confiance en Dieu, la paix, l’espérance ?

 

Conclusion

Je ne sais pas dans quel état psychologique et/ou physique vous vous trouvez au début de cette nouvelle année. Vous êtes peut-être fermement debout, prêt et déterminé. Vous êtes peut-être chancelant, mal assuré, fatigué ou inquiet. Et vous êtes peut-être même à terre, découragé, au fond du trou.

Dans tous les cas, je vous invite à lever les yeux et regarder vers l’horizon, celui du Royaume de Dieu qui vient. Je vous invite à laisser sa lumière vous rejoindre et la laisser vous guider. Je vous encourage à puiser dans votre espérance la force de vous relever ou de rester debout. Car une espérance solide est possible, grâce à Jésus-Christ, mort et ressuscité, qui a promis d’être avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde !

Personne n’est trop petit pour connaître Dieu

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(Dialogue avec les enfants) : Est-ce que vous savez qu’on parle de vous dans la Bible ? Est-ce que vous savez que Jésus parle de vous ? Plusieurs fois, Jésus parle des enfants. Et non seulement, il dit que les enfants sont importants, mais il dit même aux adultes qu’ils doivent les prendre en exemple !

Depuis deux semaines, le début du temps de l’Avent qui conduit jusqu’à Noël, nous méditons des textes des évangiles qui nous parlent des enfants.
Il y a deux semaines, Eglantine avait parlé de l’épisode où Jésus a, contre l’avis de ses disciples, accueilli des enfants qu’on lui amenait pour qu’il les bénisse. Il les a même pris en exemple en disant à ceux qui l’entouraient : « Laissez les enfants venir à moi et ne les en empêchez pas, car le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent. » Il s’agit, pour connaître Dieu et son Royaume, c’est-à-dire son oeuvre, de se reconnaître vulnérable et dépendant devant Dieu, comme des enfants.
La semaine dernière, Florence a évoqué un autre épisode qui souligne l’importance d’accueillir les petits. Jésus a pris un enfant dans ses bras et il a dit à ses disciples, qui se disputaient pour savoir qui était le plus grand : « Qui accueille en mon nom un enfant comme celui-là, m’accueille moi-même ; et qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. » Être grand, c’est accueillir le petit… et c’est dans ce processus d’accueil que Jésus vient nous rencontrer.

Le texte de ce matin est dans la même veine. Sa particularité est qu’il s’agit d’une des très rares prières de Jésus dont on connaisse le contenu. Les évangiles nous disent à plusieurs reprises que Jésus aimait s’isoler pour prier. Il a donné à ses disciples un modèle de prière, c’est le Notre Père. Mais ici, c’est Jésus lui-même qui prie à haute voix, s’adressant autant à Dieu qu’à ses disciples qui l’entendent prier.

On ne connaît pas précisément le contexte de cette prière mais dans les versets qui précèdent, Jésus a fait référence aux personnes qui l’ont vu accomplir des miracles et qui pourtant ont refusé de croire. Et avant encore, il parlait de tous ceux qui avaient entendu l’appel de Jean-Baptiste, qui annonçait la venue de Jésus, mais qui n’ont pas voulu l’écouter ou qui n’ont pas cru.

Face aux blocages et aux résistances de ceux qui ne voulaient ou n’arrivaient pas à croire, Jésus s’émerveille dans une prière à haute voix :

Matthieu 11.25-26
25 En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit : « Ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, je te loue d’avoir révélé aux tout-petits ce que tu as caché aux sages et aux personnes instruites. 26 Oui, Père, dans ta bienveillance, tu as voulu qu’il en soit ainsi. »

En gros, ce que dit Jésus dans cette prière, c’est que Dieu a renversé les valeurs. Ce n’est pas aux grands et aux sages qu’il se révèle mais aux petits. Qu’est-ce que ça signifie ?

(Dialogue avec les enfants) : Est-ce que vous aimez aller à l’école ? Pourquoi ? Finalement, pourquoi est-ce que vous allez à l’école ?

Si on a besoin d’aller à l’école, c’est pour apprendre… Et ça peut être la première leçon de la prière de Jésus.

 

Pour connaître, il faut avoir besoin d’apprendre

Les petits enfants ont tout à apprendre. Et pas seulement apprendre à lire ou à compter. Ils ont tout à apprendre d’eux-mêmes, des autres, de la vie… Je suis grand-père depuis quelques mois seulement. Et je me régale de voir l’évolution de mon petit-fils, qui découvre petit à petit son corps et son environnement, l’interaction avec les autres, par des sourires, des babillements… Quoi de plus beau que les yeux pétillants d’un enfant, émerveillé devant une nouvelle découverte, un nouvel apprentissage ?

J’imagine bien Jésus avec les mêmes yeux pétillants (s’il les a gardés ouverts…) en disant cette prière. Car c’est bien une prière d’émerveillement qui appelle notre émerveillement. Car la foi demande d’avoir gardé son âme d’enfant, avec une soif de découverte et d’émerveillement.

Les petits enfants ont un autre grand avantage sur les adultes : leur regard n’est pas encore pollué par les a priori et les présupposés. Mais ça vient très vite… Les présupposés, c’est quand on dit : “ah oui, ça je sais, ça je connais, je n’ai plus besoin d’en apprendre…” Et c’est dramatique quand ça concerne les gens, qu’on enferme dans des cases ou des catégories. Mais les présupposés sont aussi très nombreux en ce qui concerne la foi. “La religion, je connais”, “je connais les chrétiens, la Bible, Dieu…”

Mais dans la prière de Jésus, la révélation de Dieu est pour ceux qui ne savent pas, pas pour ceux qui savent déjà… Pour connaître, il faut avoir besoin d’apprendre ! Du coup, l’avertissement reste valable qu’on soit croyant ou non. Pour le croyant aussi, le risque de penser savoir, de n’avoir plus besoin d’apprendre, existe. Et c’est un réel danger pour notre vie spirituelle…

 

Personne n’est trop petit pour connaître Dieu

Le deuxième élément que j’aimerais souligner dans la prière de Jésus, c’est la formidable promesse qu’on y trouve. Et c’est cette promesse qui est sans doute la principale source d’émerveillement de Jésus. La voici : personne n’est trop petit pour connaître Dieu !

Connaître Dieu, le grand Dieu, le “Seigneur du ciel et de la terre”, c’est possible ! Et c’est même possible pour tout le monde !

Se penser trop petit, ça peut être une question d’âge. On peut se dire : “moi, je suis trop jeune…” Mais pas besoin d’attendre d’être un adulte pour avoir la foi ! Bien-sûr qu’un enfant peut connaître Dieu. Évidemment, il ne vivra pas sa foi de la même manière qu’un adulte. Mais c’est la même chose pour un adolescent, un jeune adulte, ou quelqu’un au soir de sa vie. La foi évolue, elle nous accompagne tout au long de notre vie. Alors ce serait dommage de repousser à plus tard… Quel que soit votre âge, aujourd’hui, vous pouvez connaître Dieu, lui faire confiance et recevoir son amour.

Se penser trop petit, ça peut être une question de capacité intellectuelle, d’éducation, de niveau d’étude… Mais il n’y a pas besoin de diplômes particulier, pas besoin d’un certain niveau de QI, pas besoin d’avoir multiplié les expériences spirituelles pour connaître Dieu… c’est révélé aux tout-petits. C’est donné à ceux qui ont soif de comprendre. Essayez, vous verrez !

En fait, c’est même une chance de se savoir petit, d’une manière ou d’une autre, pour connaître Dieu. Parce que ceux qui se croient grands et sages risquent bien de croire qu’ils n’ont pas besoin de Dieu. Et dans ce cas, ils sont sûrs de ne pas le trouver…

 

Conclusion

Cette étonnante prière de Jésus convient bien à ce temps de l’Avent qui nous conduit jusqu’à Noël. C’est le temps de l’émerveillement, c’est le temps de la rencontre, pour petits et grands.

Le message de Noël, celui de la naissance de Jésus, c’est Dieu qui se met à notre portée. Le Dieu très grand se fait tout petit, le Fils de Dieu devient petit enfant, né dans une étable. Il vient à notre rencontre. Et aujourd’hui, si nous avons soif d’apprendre et de le connaître, nous pouvons le rencontrer par la foi. Personne n’est trop petit pour connaître Dieu !