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Motivés par l’essentiel (5) Formés pour servir Dieu

 

Ne vous arrive-t-il pas, parfois, d’avoir l’impression de perdre votre temps ? Et je ne parle pas seulement des moments où vous faites la queue dans une administration pour remplir tel ou tel formulaire et qu’il vous manque toujours un document pour finaliser le dossier ! Je parle de ce sentiment de ne pas être à sa place, et qui crée de la frustration, du découragement, de la fatigue. Un sentiment que vous pouvez ressentir dans votre vie de tous les jours, dans votre travail ou même dans l’Eglise !

Par exemple, lorsque vous êtes mis au placard dans votre entreprise, parce que la direction ne peut pas vous licensier mais qu’elle vous attribue un poste où vous êtes payé pour ne rien faire… Ou quand vous faites partie d’un groupe mais que vous y êtes réduit à un rôle de spectateur, soit parce que vous ne comprenez pas grand chose à ce qui s’y vit, soit parce que vous n’êtes jamais intégré dans la vie du groupe. Et ce groupe peut d’ailleurs aussi être une Eglise…

On entend assez souvent les chrétiens se demander : « Quelle est la volonté de Dieu pour ma vie ? » En réalité, si on est honnête, je crois qu’il faut surtout entendre derrière cette question très spirituelle, une question existentielle : « A quoi je sers ? » ou une question plus pragmatique : « En quoi puis-je être utile ? » Et c’est une question qui se pose plusieurs fois dans notre vie, avec une nuance : « Est-ce que je suis encore à ma place ? Est-ce que je ne serais pas plus utile ailleurs ? »

Ces questions, ainsi formulées, sont légitimes. Car pour que notre vie, notre engagement, ait un sens, nous avons besoin de nous sentir utiles. Nous avons besoin de comprendre pourquoi nous faisons telle ou telle chose. Et le fait de savoir que ce que nous faisons correspond bien à ce que Dieu attend de nous contribue évidemment à se sentir utile !

Nous retrouvons les mêmes préoccupations dans ce que l’apôtre Paul écrivait aux chrétiens d’Ephèse :

Ephésiens 2.8-10
En effet, vous êtes sauvés grâce à la bonté de Dieu, et parce que vous croyez. Cela ne vient pas de vous, c’est Dieu qui vous donne le salut .
Ce salut ne vient pas de vos actions à vous, donc personne ne peut se vanter !
Oui, c’est Dieu qui nous a faits. Il nous a créés dans le Christ Jésus pour que nous menions une vie riche en actions bonnes. Et ces actions, Dieu les a préparées pour que nous les fassions.

Le salut et les oeuvres

Il y a, dans ces quelques versets, plusieurs concepts clés de l’Evangile : le salut, la foi, la grâce, les oeuvres… Et il y a notamment cette formule étonnante où l’apôtre Paul parle des actions bonnes, ou des oeuvres bonnes, que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions.

Il le rappelle clairement, ce ne sont pas nos oeuvres qui nous sauvent. C’est Dieu qui nous sauve, pas ce que nous pouvons faire ou mériter. Nous sommes sauvés parce que Jésus-Christ est mort et ressuscité ! Son pardon nous est offert, la vie éternelle nous est acquise. C’est une donnée fondamentale de l’Evangile. Mais ça ne signifie pas que les oeuvres, les bonnes actions, ne sont pas notre affaire !

Les œuvres ne sont pas à l’origine de notre salut mais elles font bien partie de la dynamique du salut. Il faut absolument sortir d’une compréhension statique du salut qui voudrait qu’être sauvé, c’est échapper au jugement de Dieu, assurer sa place au Paradis ! Si votre conception du salut s’arrête là, quelle tristesse !

Le salut, c’est toute l’oeuvre de restauration de Dieu en nous. Une restauration qui est un don de Dieu, une grâce que nous recevons. Et cette grâce, elle nous transforme et elle crée en nous des oeuvres bonnes, elle nous poussent à agir, à servir. L’oeuvre restauratrice de Dieu se manifeste aussi en nous par des oeuvres bonnes.

Dans ces versets, l’apôtre Paul compare le salut à une oeuvre de création : « Dieu nous a créés dans le Christ Jésus. » C’est une autre façon de dire « Dieu nous a sauvés », c’est le début d’une vie nouvelle. Mais depuis quand un bébé reste-t-il un bébé toute sa vie ? Un bébé ne fait pas grand chose, à part manger, faire pipi, dormir et pleurer. Et on peut être chrétien et ne pas en faire beucoup plus qu’un bébé !

Si Dieu nous a créés en Christ, c’est pour que nous vivions, pour que nous grandissions, pour que nous agissions ! C’est donc tout à fait légitime de se poser la question : « qu’est-ce que Dieu attend de moi ? Que veut-il que je fasse ? » Et se demander « à quoi je sers ? », « en quoi puis-je être utile » est une démarche très spirituelle.

Les oeuvres que Dieu a préparées

Mais que sont donc ces « oeuvres que Dieu a préparées » ?

Ce n’est certainement pas une sorte de planning personnalisé que Dieu aurait préparé pour chacun de nous, et qu’il nous faudrait discerner, ou deviner, pour l’accomplir. Ce n’est pas une liste de tâches qu’il faudrait avoir entièrement cochée pour avoir réussi sa vie aux yeux de Dieu !

L’Evangile nous libère du poids de notre salut : ce ne sont pas nos oeuvres qui nous sauvent mais la grâce de Dieu. Ça n’est pas pour nous remettre sous un autre poids, en nous imposant le fardeau d’oeuvres à accomplir pour réussir notre vie.

Il faut voir dans ces paroles de l’apôtre Paul une promesse. Celle d’un Dieu qui ne nous laisse pas seul dans la mise en oeuvre de notre salut. Un Dieu qui nous prend par la main et qui préparent toutes choses pour nous permettre d’accomplir ses oeuvres bonnes. Il me semble qu’on peut le comprendre de deux façons au moins :

  • D’une part que Dieu va nous préparer, nous rendre capable d’accomplir ces œuvres, parce qu’il nous a créés pour ça en Christ !
  • D’autre part qu’il va préparer les conditions et les circonstances qui vont nous permettre d’accomplir les oeuvres qu’il a prévues pour nous.

Bref, Dieu rend possible, dans notre vie, la mise en pratique de son oeuvre de restauration. Et cela aussi, c’est le fruit de sa grâce !

C’est pourquoi dans le processus de discernement auquel nous sommes appelés, je vois une double mouvement, une double dynamique dans laquelle entrer.

La première dynamique me pousse vers les autres et vers mon environnement. Là où je suis, là où je vis. Je vais être attentif aux circonstances de ma vie, aux besoins qui se manifestent autour de moi, aux rencontres que je vais faire. Les questions que je vais me poser seront alors : « Quels sont les besoins de ceux que je côtoie au quotidien ? », « Dans quels services a-t-on besoin d’aide autour de moi, ou dans l’Eglise que je fréquente ? »

La deuxième dynamique me pousse vers Dieu et vers moi-même. En approfondissant ma relation avec mon Créateur et Sauveur, je vais apprendre à mieux le connaître et par la même occasion, à mieux me connaître moi-même. Et je vais écouter mon coeur, là où l’Esprit de Dieu est venu faire sa demeure. Je vais être attentif à mes aspirations, à ce qui me fait vibrer, à ce que Dieu prépare dans mon coeur.

Et il peut arriver que les besoins autour de moi et les aspirations de mon coeur se rejoignent. C’est l’idéal. Et là, on n’a pas le droit d’hésiter et d’attendre ! Tous les voyants sont au vert : il faut foncer ! Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, ce sont les besoins autour de moi qui prévaudront et me pousseront au service. Et il faudra accepter d’être patient avec certaines aspirations de notre coeur, qui ne se concrétiseront pas tout de suite dans un service…

Même si Dieu prépare des oeuvres bonnes pour que nous les pratiquions, il ne faut pas s’attendre à ce que tout nous tombe du ciel, de façon évidente. Il est de notre responsabilité d’être attentif aux autres et à notre environnement, et d’écouter Dieu, et notre coeur.

Conclusion

Dieu ne veut pas que vous vous sentiez inutile. Il ne veut pas que vous perdiez votre temps, que vous ne vous sentiez pas à votre place. Il vous a créé en Jésus-Christ pour que votre vie soit riche en oeuvres bonnes, en actions utiles, pour votre prochain, pour Dieu lui-même !

C’est pourquoi, par sa grâce il vous a sauvé. Et par sa grâce, il a préparé, en vous et autour de vous, les oeuvres que vous allez pratiquer. Alors soyez attentif aux besoins autour de vous et écoutez votre coeur. Dieu vous appelle à vous mettre au service !

Motivés par l’essentiel (1) Conçus pour le plaisir de Dieu

 

Si vous deviez estimer la part que l’adoration prend dans votre journée, quel pourcentage donneriez-vous ? Soyez honnêtes ! Enlevons 8 heures de sommeil, il reste 16 heures dans la journée… presque 1000 minutes. Ca ferait quel pourcentage pour l’adoration ? 1% ? 5 % ? Plus ?

Pour l’apôtre Paul, le pourcentage que nous devrions viser n’est pas de 1%, 5 %, ni même 10 % de notre vie mais 100 % !

Romains 12.1-2
1 Frères et sœurs chrétiens, Dieu est plein de bonté pour nous. Alors, je vous demande ceci : offrez-lui votre personne et votre vie, c’est le sacrifice réservé à Dieu et qui lui plaît. Voilà le vrai culte que vous devez lui rendre. 2 Ne suivez pas les coutumes du monde où nous vivons, mais laissez Dieu vous transformer en vous donnant une intelligence nouvelle. Ainsi, vous pourrez savoir ce qu’il veut : ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait.

En nous exhortant à offrir notre personne et notre vie comme un sacrifice à Dieu, Paul nous invite à faire de toute notre vie une adoration à Dieu. C’est du 100 % ! Mais comment est-ce possible ?

Un sacrifice vivant

Il faut mesurer combien l’appel de l’apôtre Paul dans ces deux versets est radical. On pourrait même se demander s’il ne pousse pas le bouchon un peu loin quand même ! Offrir notre vie entière comme sacrifice à Dieu, ce n’est pas rien… On ne parle pas ici de consentir dans notre vie à quelques sacrifices, comme donner une part de ses biens à ceux qui en ont besoin ou renoncer aux grasses matinées le dimanche pour aller au culte !

L’apôtre Paul ne nous appelle pas seulement à faire des sacrifices mais à offrir notre vie entière comme un sacrifice à Dieu. Il utilise ici un vocabulaire lié au temple (sacrifice, culte…) tout en parlant de notre vie entière. Littéralement, il invite à « offrir notre corps comme un sacrifice vivant ». On est bien dans la métaphore du sacrifice offert au temple mais il s’agit ici de vivre et non pas de mourir. Le sacrifice que Dieu attend de nous, c’est notre vie toute entière. Le culte, l’adoration, ne concerne pas que le temple ou l’église. Tout, dans notre vie, est appelé à être adoration de Dieu !

Et quand Paul dit que c’est ce qui est agréable à Dieu, ce qui lui plaît, ce n’est pas comme s’il parlait du bon plaisir du roi qui peut demander tout et n’importe quoi à ses sujets. Il ne s’agit pas de satisfaire ses caprices ! Dieu n’est pas un enfant gâté qui pique une crise si les chrétiens ne l’adorent pas assez ou ne le servent pas comme il faut !

Dieu nous aime et prend plaisir à l’adoration de ses créatures. Il nous a créés à son image, pour que nous soyons en relation avec lui. En faisant de notre vie une adoration de Dieu, nous retrouvons l’intention première de Dieu pour nous, le sens profond de notre vie. Quand vous aimez quelqu’un, vraiment, vous n’avez envie que d’une chose : lui faire plaisir ! Il en est de même dans notre relation avec Dieu. Il s’agit de trouver notre plaisir dans le plaisir de Dieu.

Tout est adoration

Pour le croyant, tout est donc adoration. Ou tout devrait l’être… parce que, avouons-le, ce n’est pas si simple que ça à vivre ! Pourtant il s’agit bien d’un concept clé pour comprendre la vie chrétienne.

Le risque si on l’oublie, c’est d’avoir une vie compartimentée : l’adoration est confinée au dimanche ou au temps de prière et de méditation personnelle, le reste, c’est du boulot, des loisirs, des corvées… mais pas de l’adoration ! L’adoration, c’est quand je chante des cantiques, quand je prie, quand je lis la Bible. Pas quand je suis au bureau, quand je passe l’aspirateur à la maison ou quand je fais du sport… à la rigueur quand je fais du bien à mon prochain !

Mais offrir toute notre vie comme un sacrifice à Dieu, ça concerne… toute notre vie ! Et ça impacte aussi ma vie de prière : si l’adoration vécue le dimanche matin au culte, et la prière personnelle vécue avec Dieu, sont complètement coupées de ma vie quotidienne, je suis à côté de la plaque !

Et le problème avec cette vision étriquée de l’adoration, c’est quand on veut essayer d’instiller artificiellement de l’adoration dans notre vie quotidienne. Alors, pour se donner bonne conscience, on place des références bibliques dans toutes ses discussions, on s’efforce de toujours bien montrer qu’on est un bon chrétien et on met le Seigneur à toutes les sauces dans ses paroles… C’est ce que j’appelle des bondieuseries évangéliques ! Ça sonne faux…

A l’extrême inverse, il ne faut pas diluer l’adoration dans une réalité floue qui n’engage plus vraiment, et qui pourrait même conduire, à la limite, à ne plus prier. Si tout est adoration, est-ce vraiment utile de prier et d’aller au culte le dimanche ? Je peux bien adorer Dieu chez moi, dans mon lit, ou allongé sur la plage !

Mais nous n’adorons pas Dieu à notre insu… L’adoration demande qu’on se tourne consciemment vers Dieu, qu’on fasse l’effort de chercher à lui faire plaisir. En toutes circonstances. En fait, si mon désir n’est pas que ma vie toute entière fasse plaisir à Dieu, mon Créateur et mon Sauveur, celui qui a tout donné pour moi en son Fils Jésus-Christ, c’est que je n’ai pas encore vraiment compris l’amour de Dieu pour moi…

Un besoin de transformation

Même si l’appel est là, Paul ne pense pas que c’est du tout cuit ! Loin de là. En réalité, l’adoration dont il est question, dans toutes ses dimensions, ne nous est pas naturelle. Pour y arriver vraiment, il faut nous laisser transformer par Dieu : « laissez Dieu vous transformer ! »

L’enjeu, c’est de ne pas suivre les coutumes du monde. Ou, de façon plus littérale, de ne pas se conformer au monde présent. Mais attention, il ne faut pas croire que ces « coutumes » ou ce « monde » dont parle Paul seraient ce qui vient de l’extérieur et qui risque de nous contaminer. Les « coutumes du monde », c’est notre façon naturelle de vivre ! La frontière du « monde » passe par notre coeur. La preuve : pour échapper à leur influence, il faut que notre intelligence, notre façon de penser, soit transformée. Si le problème venait de l’extérieur, on n’aurait pas besoin d’une transformation intérieure !

Paul assume ainsi que sans une transformation de notre intelligence, nous ne sommes pas capables de savoir ce que Dieu veut, et donc comment lui faire plaisir. Pour que notre vie soit une adoration, il faut que dans notre coeur il y ait une transformation. Il me semble donc que Paul parle ici d’une discipline de vie dont les effets se mesurent dans la durée. Cette transformation dont parle l’apôtre, c’est l’oeuvre de Dieu tout au long de notre vie chrétienne.

C’est un vrai défi à relever. Car il y a, c’est vrai, des domaines de notre vie où il est facile de percevoir une dimension d’adoration et d’autres où c’est moins évident… La question que nous sommes toujours appelés à nous poser est celle-ci : comment ce que je fais et ce que je vis dans mon quotidien peuvent-ils être adoration de Dieu ?

Des activités créatrices ou solidaires peuvent facilement être perçues comme des expressions de l’image de Dieu en nous, une façon d’honorer le Dieu Créateur et amour.

Un esprit de service dans les tâches pratiques, le souci du travail bien fait peuvent aussi être une façon d’honorer Dieu, y compris dans les choses concrètes du quotidien. Les intentions donnent de la valeur à nos actes. Et Dieu connaît notre coeur !

Même le repos (pas la paresse !) fait partie de ce que Dieu veut pour nous : la 4e parole du Décalogue concerne le sabbat ! Certes, il permet la contemplation qui est une forme d’adoration. Mais le sabbat nous rappelle aussi que notre valeur devant Dieu ne dépend pas de ce que nous produisons… Vivre la gratuité, c’est vivre quelque chose de la grâce. Nous n’avons pas besoin d’être « utile » pour adorer Dieu. Voyez dans les évangiles la femme qui verse le parfum sur Jésus. Les disciples le lui reprochent en disant que ça aurait été plus utile de le vendre pour donner l’argent aux pauvres… mais Jésus honore cette femme pour ce qu’elle a fait : une geste généreux d’adoration.

Conclusion

Dieu attend 100 % de notre vie parce qu’il s’est donné à 100 % pour nous en Jésus-Christ ! On ne peut pas se satisfaire de demies mesures… Toute notre vie est appelée à être adoration.

Mais pour arriver à 100 %, ou au moins s’en rapprocher, il faut élargir notre vision de l’adoration. Et pour cela, laisser Dieu nous transformer de l’intérieur pour comprendre comment faire de notre quotidien, et pas seulement des temps explicitement spirituels, une adoration de Dieu.

L’appel de l’apôtre Paul, c’est que nous ayons une vie qui cherche toujours à faire plaisir à Dieu, dans laquelle notre plaisir est de faire plaisir à Dieu.