Tous les articles par Vincent MIEVILLE

Dépasser nos a priori

 Regarder la vidéo

Quelle est la personne que vous connaissez le mieux au monde ? Votre conjoint ? Votre meilleur ami ? Vos enfants ou vos parents ?

Pour ma part, la personne que je connais le mieux au monde, c’est ma femme. Ça fait 30 ans qu’on se connait, 28 ans de vie commune… on peut dire qu’on se connaît bien ! Mais quel chemin parcouru, dans notre connaissance mutuelle, par rapport au jour où on s’est rencontré pour la première fois ! Forcément, on se faisait une idée l’un sur l’autre, on avait certains a priori. Aujourd’hui, les masques sont tombés ! Mais ça n’a en rien entamé notre amour…

Et vous, quelle est la personne que vous connaissez le mieux au monde ? Et pourquoi est-ce que c’est la personne que vous connaissez le mieux au monde ? Parce que vous la connaissez depuis longtemps, de façon intime, que vous l’avez vue changer, que vous avez évolué avec elle… Ce n’est pas un CV ou un test de personnalité qui nous permet de connaître quelqu’un, c’est la relation qu’on va entretenir avec elle.

Il me semble que l’analogie est valable pour la foi. Avoir la foi, c’est connaître Dieu et sans cesse apprendre à le connaître, dans une forme de relation personnelle et intime avec lui. Et si on en reste à nos a priori, on ne le connaîtra jamais vraiment.

Il y a un épisode des évangiles qui peut l’illustrer. Il se trouve au chapitre 6 de l’Evangile selon Marc.

Dans les premiers chapitres de son Evangile, Marc a évoqué le début du ministère de Jésus en Judée. Il a appelé une poignée de disciples à le suivre, il allait de village en village, annonçant une bonne nouvelle, celle du Règne de Dieu désormais tout proche. Il guérissait aussi des malades. Et sa renommée a vite grandi, des foules venaient l’écouter et le voir. Et puis, Jésus décide de quitter la Judée et de se rendre dans son pays, là où il a grandi, à Nazareth, en Galilée.

Marc 6.1-6
1 Jésus quitta cet endroit et se rendit dans son pays ; ses disciples le suivaient. 2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. Impressionnés, de nombreux auditeurs disaient : « D’où lui vient cela ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée et comment ces miracles se réalisent-ils par ses mains ? 3 N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? » Cela les empêchait de croire en lui. 4 Et Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, dans sa parenté et dans sa maison. » 5 Et il ne pouvait faire là aucun miracle, si ce n’est qu’il posa les mains sur quelques malades et les guérit. 6 Et il s’étonnait de leur manque de foi.

Ca ne se passe pas aussi bien pour Jésus à Nazareth qu’en Judée… Nul n’est prophète en son pays. C’est une expression qui est entrée dans le langage courant. On ne sait pas forcément que ça vient de la Bible et que Jésus est le premier à l’avoir dit !

 

La barrière des a priori

Qu’est-ce qui pose problème pour les habitants de Nazareth ? C’est qu’ils croyaient déjà connaître Jésus :

« N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne vivent-elles pas ici parmi nous ? » Cela les empêchait de croire en lui. (v.3)

Ils sont incapables de croire en Jésus parce qu’ils le connaissent trop bien. Ou plutôt ils croient le connaître. “Il est de chez nous, on connaît sa famille, on l’a vu grandir.” Ils sont incapables de voir en Jésus autre chose que ce qu’ils connaissent déjà : le charpentier, le fils de Marie. Ils sont bloqués par leurs a priori.

Est-ce que ça ne nous arrive pas à nous aussi d’être piégés par une telle attitude ? Pourtant, comment peut-on prétendre connaître quelqu’un si on en reste à notre première impression, ou pire, à nos a priori ?

Il me semble que c’est valable aussi dans le domaine de la foi… Je crois qu’un des principaux obstacles à la foi, c’est justement nos a priori. Si vous n’êtes pas croyants, je suis sûr que vous avez des a priori sur la foi, la Bible, la religion, Jésus. Et je ne vous jette pas la pierre, c’est normal. D’ailleurs, si vous êtes croyants, je suis sûr que vous avez aussi des a priori, y compris sur ce que doit être votre vie de croyant, sur l’Église voire même sur Dieu. Qui peut prétendre que sa foi est exempte de tout a priori ?

Le vrai problème, ce n’est pas tellement d’avoir des a priori… On en a tous. Le problème c’est de faire des ces a priori des certitudes. Car des a priori, on peut les remettre en cause, on peut les surmonter. Mais des certitudes, ça ne bouge pas beaucoup… Je ne dis pas que nous ne devons pas avoir des convictions, même fortes, que nous ne devons croire en rien. Bien au contraire, nous avons besoin de convictions et de valeurs qui nous animent. C’est essentiel si on veut que notre vie ait un sens. Mais nous devons nous méfier des certitudes absolues qui risquent de nous enfermer.

Si vous avez des a priori négatifs sur la Bible, la foi ou Jésus, et si vous en faites des certitudes, alors je comprends que vous n’ayez pas la foi et même que vous n’en ayez pas envie. Et si, tout en étant croyant, vous avez laissé vos a priori concernant la vie chrétienne ou la personne de Dieu devenir des certitudes absolues, alors je crains que votre cheminement spirituel ne progresse plus vraiment parce que pour progresser, il faut savoir se remettre en question.

 

Dépasser nos a priori

Comment dépasser nos a priori ? En osant la rencontre ! C’est vrai dans nos relations humaines. Si vous voulez vraiment connaître quelqu’un et dépasser vos a priori sur lui, il vous faudra prendre le temps de le rencontrer. Ca ne veut pas dire que vous deviendrez forcément des amis intimes, vous n’allez peut-être pas trouver d’atome crochu avec lui, peut-être même que vous n’allez pas l’apprécier mais au moins, vous le connaîtrez.

Dans le domaine de la foi, c’est pareil ! Laissez vos a priori et vos certitudes pour oser la rencontre !

Car il faut comprendre que la foi est avant tout une affaire de rencontre. Dans le domaine de la foi, si vous en restez à une simple croyance, en fait, vous n’êtes guère allé plus loin que les a priori. Et vous passez à côté… Choisir la foi, c’est oser la rencontre avec Dieu, c’est apprendre à lui faire confiance, apprendre à le voir agir en nous et autour de nous, apprendre à entendre sa voix, dans la prière, dans la lecture de la Bible. Au début, certes, c’est un peu un saut dans l’inconnu… mais n’est-ce pas toujours le cas quand on découvre quelqu’un qu’on ne connaît pas ? Avec Dieu aussi, osez la rencontre !

Mais j’aimerais nous adresser, à nous croyant, la même exhortation. Laissons nos certitudes pour oser la rencontre. Car tout au long de notre vie de croyant, nous pouvons nous forger des certitudes absolues et croire que nous avons tout compris. On tombe alors dans le même travers que les habitants de Nazareth avec Jésus : on croit déjà tout connaître de lui.

Or, on ne peut jamais réduire Dieu à l’image qu’on se fait de lui, ni même le réduire à notre théologie, aussi élaborée soit-elle. Pour approfondir notre foi, approfondissons notre relation avec Dieu. Osons, toujours, la rencontre, dans la prière, dans la méditation de sa Parole. Même si ça peut parfois nous remettre en question. Surtout si ça nous remet en question ! C’est comme ça qu’on grandit dans la foi.

 

Conclusion

Les a priori sont un piège. C’est vrai dans nos relations les uns aux autres. C’est vrai aussi par rapport à la foi.

Ne considérez donc pas la foi comme une simple croyance. Elle ne serait guère plus qu’une opinion voire un simple a priori.

Ne faites pas non plus de la foi une certitude inébranlable, qui vous enferme dans une posture rigide et sclérosante.

Chercher une foi vivante, fondée sur une relation vivante et structurante avec Dieu. Osez la rencontre, pour dépasser vos a priori !

Face à l’ennemi

Regarder la vidéo

1 Pierre 5.8-14
8 Soyez lucides, veillez ! Car votre ennemi, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer. 9 Résistez-lui en demeurant fermes dans la foi. Rappelez-vous que vos frères et vos sœurs, dans le monde entier, endurent les mêmes souffrances. 10 Vous aurez à souffrir encore un peu de temps. Mais Dieu, source de toute grâce, vous a appelés à participer à sa gloire éternelle dans l’union avec Jésus Christ ; lui-même vous perfectionnera, vous affermira, vous fortifiera et vous établira sur de solides fondations. 11 À lui soit la puissance pour toujours ! Amen.
12 Je vous ai écrit cette courte lettre avec l’aide de Sylvain que je considère comme un frère fidèle. Je l’ai fait pour vous encourager et pour attester que c’est à la véritable grâce de Dieu que vous êtes attachés.
13 La communauté qui est ici, à Babylone, et que Dieu a choisie comme vous, vous adresse ses salutations, ainsi que Marc, mon enfant. 14 Saluez-vous les uns les autres avec affection, comme des frères et des sœurs.
Que la paix vous soit donnée à vous tous qui appartenez au Christ !

Avant les formules traditionnelles de salutation, à la toute fin de l’épître, Pierre veut adresser à ses lecteurs une dernière exhortation. Rappelons-nous que le contexte global de cette épître, c’est l’hostilité à laquelle les chrétiens devaient faire face, qui pouvait aller jusqu’à la persécution à cause de leur foi. Pierre dit à ses lecteurs qu’ils ne doivent pas s’étonner de cela, c’est le lot de tous les croyants, hier comme aujourd’hui. Même si les sociétés changent et les formes d’opposition aussi.

L’exhortation ultime de son épître reste donc vraie pour nous aujourd’hui. Même si, pour en souligner l’importance, il l’affirme avec force, en usant d’une métaphore… qui peut faire peur !

1 Pierre 5.8-9
8 Soyez lucides, veillez ! Car votre ennemi, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer. 9 Résistez-lui en demeurant fermes dans la foi.

 

Un double impératif

Mais avant la métaphore, Pierre adresse un double impératif à ses lecteurs, qui ont d’ailleurs aussi une certaine dimension imagée : “Soyez lucides, veillez !”

“Soyez lucides”.
On pourrait traduire, comme le font certaines versions, “Soyez sobres”. Le verbe désigne en effet celui qui reste lucide parce qu’il n’a pas bu d’alcool, parce qu’il est resté sobre. On sait que l’alcoolisation altère la vigilance… ce n’est pas pour rien qu’on ne doit pas conduire quand on a bu !

“Veillez”.
Il ne s’agit pas seulement de ne pas dormir et de rester réveillé, il s’agit d’une veille active, celle des gardes qui restent éveillés la nuit pour s’assurer qu’aucun ennemi n’attaque. Il s’agit donc de monter la garde, de rester en alerte.

La juxtaposition de ces deux impératifs opère un effet d’accentuation et doit éveiller notre esprit. Oui, il y a des dangers et il faut rester vigilant. Mais chacun des deux impératifs a une connotation propre.

Le premier nous met en garde contre l’insouciance ou la suffisance. “Moi oui, bien-sûr que je peux prendre le volant, je résiste à l’alcool !” Il s’agit de faire un travail sur soi pour rester sur ses gardes. Je pense à cette parole de l’apôtre Paul : “Que celui qui pense être debout prenne garde de ne pas tomber.” (1 Corinthiens 10.12)

Le second nous met en garde contre la naïveté. Celle qui nous empêche de voir les dangers autour de nous, et chez les autres. Je pense ici à la fameuse parole de Jésus, quand il envoie ses disciples : “Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups…” (Matthieu 10.16)

Evidemment, il ne faut pas tomber dans la paranoïa et le complexe de persécution. Mais il faut aussi être conscient qu’il y a bien certains dangers propres à la vie chrétienne. Et par ces deux impératifs brefs et cinglants, Pierre nous met en garde, d’une part contre l’insouciance et la suffisance, et d’autre part contre la naïveté. L’un et l’autre de ces écueils nous guettent, si nous n’y prenons pas garde.

 

Une métaphore

L’ennemi

Mais alors quel est le danger ? Qui est cet ennemi dont il faut se méfier ? Pierre l’évoque par le biais d’une métaphore saisissante : “Votre ennemi, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer.”

L’image est parlante… et effrayante. Peu d’entre nous aimerait croiser un lion affamé sur son chemin ! Pierre nous dit : “N’oubliez pas qu’il y a autour de vous des gens mal intentionnés qui vous veulent du mal.” Et même plus que des gens : le diable.

Le diabolos, en grec, c’est celui qui accuse, qui sépare et désunit. Il y a bien une réalité spirituelle qui cherche à s’opposer à Dieu et ceux qui lui appartiennent. Même si c’est une réalité qui nous reste bien mystérieuse, et pour laquelle il faut être prudent en évitant la fascination ou des conclusions hâtives, ce serait une grave erreur de nier son existence… Pierre le rappelle : “Votre ennemi, le diable, rôde comme un lion rugissant’.

Mais convoquer la figure du diable, ce n’est pas se dédouaner de ses responsabilités et spiritualiser à l’excès les problèmes que nous pouvons rencontrer. Il ne faudrait pas oublier que le diable, ça peut être vous ou moi lorsque nous accusons ou que nous divisons. Celui qui accuse et qui divise fait l’oeuvre du diable, le diabolos, l’accusateur. Jésus n’a-t-il pas dit à Pierre, qui voulait écarter Jésus de sa mission qui le mènerait jusqu’à la croix : “Arrière de moi, Satan !” ?

Face à l’ennemi

Une fois l’ennemi identifié, la métaphore se poursuit en évoquant l’attitude à tenir face à lui : “Résistez-lui en demeurant fermes dans la foi.” Le verbe grec signifie littéralement “Se tenir devant ou contre”. Et stereos, utilisé ensuite, signifie solide, ferme. C’est l’image de quelqu’un qui reste debout, planté devant le lion et ne bouge pas .

C’est Gandalf devant le Balrog, dans le Seigneur des Anneaux : “Tu ne passeras pas !”

Face à l’ennemi qui cherche à nous faire du mal, nous pouvons dire, par la foi : “Tu ne passeras pas !” C’est l’exhortation de Pierre : Tenez-vous devant lui, ferme dans la foi ! Il ne s’agit pas de l’attaquer de front ou de chercher à le maîtriser. En utilisant le même verbe grec, Jacques dit dans son épître : “Résistez au diable et il fuira loin de vous” (Jacques 4.7)

Il s’agit donc de tenir debout, ferme et solidement ancré dans notre foi. Ce n’est pas notre foi en elle-même qui compte, c’est celui en qui nous avons placé notre foi. C’est lui qui nous rend ferme et solide, qui nous permet de tenir debout devant les attaques du diable. Et même si le lion cherche à nous dévorer, il s’y cassera les dents !

On entend dire, parfois, que la foi c’est pour les faibles, que c’est une béquille pour ceux qui n’arrivent pas à affronter les difficultés. Je crois que c’est le contraire. La foi n’est pas une béquille artificielle pour les faibles, elle nous rend fort. Elle nous permet de rester debout et ferme.

La foi est une force incroyable face à l’adversité, dans les épreuves et les difficultés. Parce qu’elle permet de voir que nous ne sommes jamais seuls. Le Christ vivant, ressuscité d’entre les morts, est là avec nous, tous les jours, selon sa promesse. Et puis il y a les frères et les sœurs dans la foi qui sont à nos côtés, dans la même foi, qui prient avec nous et pour nous.

Oui, la foi nous rend fort. Parce qu’elle sait que notre force ne repose pas sur nos propres capacités, notre sagesse ou notre expérience. Mais elle repose sur Celui qui nous appelle et nous accompagne. Et lui, il a déjà vaincu la bête, il a dompté le lion, il a terrassé le dragon, par sa mort et sa résurrection.

 

Conclusion

La vie est un combat, une lutte parfois âpre et douloureuse. C’est vrai aussi de la vie chrétienne, le croyant devant faire face à des adversaires spécifiques. Il doit rester lucide et vigilant, et tenir ferme dans la foi.

Mais l’issue du combat n’est pas incertaine. Car le Christ a déjà remporté la victoire, par sa mort et sa résurrection. C’est d’ailleurs avec une promesse que Pierre termine son propos, avant les salutations finales. Et je terminerai simplement en citant ces versets 10-11 :

“Mais Dieu, source de toute grâce, vous a appelés à participer à sa gloire éternelle dans l’union avec Jésus Christ ; lui-même vous perfectionnera, vous affermira, vous fortifiera et vous établira sur de solides fondations. À lui soit la puissance pour toujours ! Amen.”